Processus de recherche : thème, objet et problématique
Construire progressivement une démarche de recherche à partir d’un thème professionnel, d’un sujet, d’un objet de recherche, d’une problématique et d’hypothèses ou propositions de recherche.
Introduction
Dans l’UE 7 du DSCG, le mémoire professionnel ne consiste pas à raconter une expérience de stage ou d’alternance. Il repose sur une démarche de recherche en sciences de gestion, adaptée à une situation professionnelle réelle. Cette leçon s’inscrit donc dans l’initiation à la recherche en sciences de gestion et vise un objectif central : apprendre à passer d’une idée générale à une problématique professionnelle clairement définie et argumentée.
Autrement dit, il ne suffit pas d’avoir un sujet intéressant. Il faut encore savoir :
- partir d’un thème ;
- le transformer en sujet de recherche ;
- préciser un objet de recherche ;
- formuler une problématique ;
- préparer, ensuite, les hypothèses ou propositions de recherche qui guideront l’analyse.
Cette progression est décisive, car un mémoire solide repose d’abord sur une bonne formulation de la question de départ. Une problématique mal construite entraîne souvent un travail descriptif, dispersé ou peu convaincant. À l’inverse, une problématique bien posée permet d’ordonner la recherche, de sélectionner les informations pertinentes et de produire des recommandations utiles.
Objectifs d’apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- comprendre ce que recouvre une démarche ou un processus de recherche ;
- identifier les différentes phases d’un processus de recherche ;
- distinguer clairement thème, sujet, objet de recherche et problématique ;
- comprendre pourquoi le mémoire s’appuie sur une problématique professionnelle clairement définie et argumentée ;
- formuler une problématique correspondant à une situation professionnelle ;
- éviter les erreurs fréquentes de cadrage.
1. Pourquoi parler de processus de recherche dans un mémoire professionnel ?
Le mot recherche peut impressionner. Pourtant, dans le cadre du DSCG, il ne s’agit pas nécessairement de produire une recherche académique au sens le plus théorique. Il s’agit d’initier une recherche en sciences de gestion à partir d’un problème concret observé dans une organisation.
1.1. Une logique de progression
Une recherche n’apparaît pas d’un seul coup sous une forme achevée. Elle suit un processus. Ce processus permet de transformer :
- une observation,
- une difficulté rencontrée,
- une interrogation professionnelle,
- ou un enjeu organisationnel,
… en un travail structuré, rigoureux et exploitable.
1.2. Pourquoi cette structuration est indispensable
Sans processus, on risque de :
- accumuler des informations sans direction ;
- confondre description et analyse ;
- choisir un sujet trop vaste ;
- produire un mémoire centré sur des généralités ;
- ne pas relier la réflexion à une situation professionnelle précise.
Or le programme précise que le mémoire s’appuie sur une problématique professionnelle clairement définie et argumentée. Cela signifie deux choses :
- la question traitée doit être professionnelle, donc ancrée dans une réalité d’entreprise, de cabinet ou de service comptable et financier ;
- elle doit être définie et argumentée, donc délimitée, justifiée et construite rationnellement.
1.3. Une recherche en sciences de gestion n’est pas un simple compte rendu
Un mémoire professionnel n’est ni :
- un journal de stage,
- un rapport d’activité,
- un exposé de cours,
- une compilation de définitions,
- ni une suite d’opinions personnelles.
Il mobilise une démarche de recherche : on part d’un terrain professionnel, on construit une question, on sélectionne des données, puis on analyse pour répondre à cette question.
2. Les différentes phases d’un processus de recherche
Le programme demande d’identifier les différentes phases d’un processus de recherche. Cette identification est fondamentale : elle permet de comprendre que la problématique n’est pas isolée, mais s’insère dans un enchaînement logique.
2.1. Vue d’ensemble
Les principales phases d’un processus de recherche sont les suivantes :
- Le thème
- Le sujet de recherche
- L’objet de recherche
- La problématique
- Les hypothèses ou propositions de recherche
- La revue de littérature
- Le cadre théorique
- La méthodologie de recherche
- La collecte et le traitement des données
- L’analyse des résultats
- La discussion et les contributions
- Les limites et les prolongements
Dans cette leçon, nous nous concentrons sur les premières étapes, c’est-à-dire celles qui permettent de construire le cœur du projet : thème, sujet, objet, problématique.
2.2. Logique d’enchaînement
Chaque étape répond à une question différente :
- Thème : de quel grand domaine parle-t-on ?
- Sujet : sur quel aspect précis veut-on travailler ?
- Objet de recherche : quel phénomène exact cherche-t-on à comprendre ?
- Problématique : quelle question centrale va guider l’étude ?
Si ces niveaux sont confondus, la recherche devient floue.
3. Le thème : le point de départ
3.1. Définition
Le thème est le domaine général dans lequel s’inscrit la recherche. Il correspond à une grande zone d’intérêt.
Exemples de thèmes en DSCG :
- contrôle interne ;
- digitalisation des processus comptables ;
- consolidation ;
- audit ;
- pilotage de la performance ;
- gestion des risques ;
- durabilité ;
- gouvernance des données.
3.2. À quoi sert le thème ?
Le thème sert à :
- situer le champ de réflexion ;
- montrer l’ancrage disciplinaire du mémoire ;
- orienter les premières lectures ;
- identifier un terrain professionnel compatible.
3.3. Limites du thème
Le thème est nécessaire, mais il est trop large pour constituer à lui seul un mémoire.
Par exemple :
- « l’audit » n’est pas un sujet suffisant ;
- « le contrôle de gestion » n’est pas encore une problématique ;
- « la cybersécurité » reste trop général.
Le thème est donc un point de départ, pas un point d’arrivée.
3.4. Exemple
Thème : digitalisation des processus comptables.
À ce stade, on sait seulement que le mémoire portera globalement sur la transformation numérique en comptabilité. On ne sait pas encore :
- dans quel type d’organisation,
- sur quel processus,
- avec quelle question,
- ni dans quel but analytique.
4. Le sujet de recherche : un premier resserrement
4.1. Définition
Le sujet de recherche est une déclinaison plus précise du thème. Il resserre l’angle d’étude.
Exemple :
- Thème : digitalisation des processus comptables
- Sujet : l’automatisation du processus de facturation fournisseurs dans une PME
4.2. Pourquoi passer du thème au sujet ?
Parce qu’un mémoire doit être faisable. Un sujet trop vaste pose plusieurs problèmes :
- impossibilité de traiter toutes les dimensions ;
- risque de superficialité ;
- difficulté à collecter des données pertinentes ;
- absence de fil conducteur.
Le sujet permet donc de délimiter :
- un processus,
- une population,
- un type d’organisation,
- une période,
- ou un enjeu particulier.
4.3. Comment construire un sujet ?
Pour transformer un thème en sujet, on peut se poser les questions suivantes :
- Dans quel contexte professionnel précis suis-je intervenu ?
- Quelle situation ai-je réellement observée ?
- Quel aspect est à la fois important et accessible ?
- Sur quel périmètre puis-je obtenir des données fiables ?
4.4. Exemples de transformation
-
Thème : audit
Sujet : la formalisation de la prise de connaissance d’une PME dans une mission d’audit légal -
Thème : contrôle de gestion
Sujet : la construction d’indicateurs de performance pour une activité de services -
Thème : systèmes d’information
Sujet : l’amélioration de la qualité des données clients dans un ERP
4.5. Erreur fréquente
Beaucoup d’étudiants formulent un sujet qui reste en réalité un thème.
Exemple insuffisant :
- « La performance financière »
Exemple mieux délimité :
- « L’utilisation d’indicateurs de trésorerie pour améliorer le pilotage à court terme d’une TPE du bâtiment »
5. L’objet de recherche : ce que l’on cherche réellement à comprendre
5.1. Définition
L’objet de recherche désigne le phénomène précis étudié. Il répond à la question : qu’observe-t-on exactement ?
Le sujet indique le terrain ou le cadre ; l’objet précise le phénomène analysé.
5.2. Pourquoi l’objet est décisif
Deux mémoires peuvent avoir un sujet proche mais un objet différent.
Exemple :
Sujet commun : l’automatisation du processus fournisseurs dans une PME.
Objets possibles :
- l’impact sur la fiabilité des données comptables ;
- les résistances des utilisateurs ;
- les effets sur les délais de traitement ;
- les conséquences sur le contrôle interne.
L’objet de recherche détermine donc l’angle réel d’analyse.
5.3. Comment identifier l’objet ?
Il faut repérer :
- ce qui pose question dans la situation observée ;
- le mécanisme ou la relation que l’on veut comprendre ;
- le point de tension entre une pratique, un outil, une organisation et ses effets.
5.4. Exemples
-
Sujet : la mise en place d’un tableau de bord social dans une association
Objet de recherche : les conditions d’appropriation des indicateurs RH par les responsables opérationnels -
Sujet : la révision du contrôle interne dans une filiale
Objet de recherche : l’articulation entre formalisation des contrôles et réduction des risques opérationnels -
Sujet : le reporting de durabilité dans un groupe
Objet de recherche : la difficulté de collecte des données extra-financières au niveau de la chaîne de valeur
5.5. Bon réflexe
Pour tester si l’objet est clair, demandez-vous :
« Quel phénomène exact vais-je analyser ? »
Si la réponse reste vague, l’objet n’est pas encore suffisamment construit.
6. La problématique : la question centrale du mémoire
6.1. Définition
La problématique est la question centrale, construite et argumentée, à laquelle le mémoire cherche à répondre.
Le programme insiste sur ce point : le mémoire s’appuie sur une problématique professionnelle clairement définie et argumentée.
La problématique n’est donc pas :
- un simple thème ;
- un titre ;
- une question très générale ;
- une évidence ;
- une opinion.
C’est une formulation problématisée d’un enjeu professionnel.
6.2. Pourquoi la problématique est le cœur du mémoire
La problématique sert à :
- donner une direction au travail ;
- sélectionner les lectures utiles ;
- choisir les données à collecter ;
- organiser l’analyse ;
- éviter la dispersion ;
- justifier les recommandations finales.
Sans problématique, le mémoire devient descriptif. Avec une problématique, il devient analytique.
6.3. Les caractéristiques d’une bonne problématique
Une bonne problématique doit être :
- professionnelle : reliée à une situation réelle ;
- claire : compréhensible sans ambiguïté ;
- définie : le périmètre est identifiable ;
- argumentée : on comprend pourquoi la question mérite d’être traitée ;
- pertinente : elle présente un intérêt pour l’organisation ou la pratique ;
- traitable : il est possible d’y répondre avec des données accessibles.
6.4. Question simple et problématique : distinction
Une question simple peut être trop descriptive.
Exemple :
- « Comment fonctionne le contrôle interne dans l’entreprise ? »
Cette question invite surtout à décrire.
Une problématique va plus loin :
- « Dans quelle mesure la formalisation du contrôle interne dans une PME en croissance permet-elle d’améliorer la fiabilité de l’information comptable sans alourdir excessivement les processus ? »
Ici, il y a :
- un contexte ;
- une tension ;
- un enjeu ;
- une question d’arbitrage.
C’est cela qui rend la question problématisée.
7. Comment formuler une problématique correspondant à une situation professionnelle
Le programme demande explicitement de formuler une problématique correspondant à une situation professionnelle. C’est une exigence majeure du mémoire DSCG.
7.1. Partir du terrain
La problématique ne doit pas être plaquée artificiellement. Elle doit émerger d’une situation professionnelle :
- dysfonctionnement observé ;
- projet en cours ;
- difficulté de pilotage ;
- besoin d’amélioration ;
- tension entre conformité, performance et organisation.
Exemples de situations professionnelles :
- retard récurrent dans la clôture comptable ;
- qualité insuffisante des données de gestion ;
- déploiement difficile d’un nouvel outil ;
- reporting extra-financier incomplet ;
- faible appropriation d’un tableau de bord ;
- hétérogénéité des pratiques de contrôle.
7.2. Identifier le problème professionnel sous-jacent
Une situation n’est pas encore une problématique. Il faut identifier ce qui fait problème.
Exemple :
- Situation observée : les équipes remplissent mal les indicateurs de reporting.
- Problème sous-jacent : absence d’appropriation, manque de sens, complexité des données, défaut de gouvernance ?
La problématique naît du travail d’analyse sur cette difficulté.
7.3. Mettre en évidence une tension ou un enjeu
Une problématique solide fait souvent apparaître une tension, par exemple entre :
- fiabilité et rapidité ;
- conformité et souplesse ;
- centralisation et autonomie ;
- performance et charge de travail ;
- digitalisation et maîtrise des risques.
Exemple :
- « Comment renforcer la fiabilité des données de reporting sans multiplier les contrôles manuels ? »
7.4. Délimiter précisément la question
Pour être traitable, la problématique doit être délimitée :
- dans une organisation ou un type d’organisation ;
- sur un processus ou une fonction ;
- parfois sur une population ;
- éventuellement sur une période ou une phase de projet.
Exemple trop large :
- « Comment réussir la transformation digitale ? »
Exemple délimité :
- « Dans quelle mesure la dématérialisation des factures fournisseurs améliore-t-elle le contrôle interne d’une PME industrielle en phase de structuration ? »
7.5. Vérifier la faisabilité
Une problématique doit pouvoir être traitée avec :
- des données accessibles ;
- un temps limité ;
- un périmètre réaliste ;
- une capacité d’analyse cohérente avec le niveau DSCG.
8. Méthode pas à pas : du thème à la problématique
Voici une méthode simple et efficace.
Étape 1 : choisir un thème
Exemple : pilotage de la performance.
Étape 2 : préciser le sujet
Exemple : le tableau de bord commercial dans une PME de services.
Étape 3 : identifier l’objet de recherche
Exemple : l’appropriation des indicateurs par les responsables commerciaux.
Étape 4 : repérer le problème professionnel
Exemple : les indicateurs existent, mais ils sont peu utilisés dans la prise de décision.
Étape 5 : formuler la problématique
Exemple :
Dans quelle mesure la conception du tableau de bord commercial influence-t-elle son appropriation par les responsables opérationnels dans une PME de services ?
Étape 6 : tester la qualité de la formulation
Demandez-vous :
- la question est-elle professionnelle ?
- est-elle claire ?
- est-elle assez précise ?
- ouvre-t-elle une analyse, et non une simple description ?
- puis-je collecter des données pour y répondre ?
9. Exemples complets de construction
9.1. Exemple 1 : audit et contrôle interne
- Thème : audit
- Sujet : l’évaluation du contrôle interne dans une PME en croissance
- Objet de recherche : les limites de la formalisation des procédures
- Situation professionnelle : l’entreprise grandit rapidement, mais les procédures restent peu documentées
- Problématique :
Dans quelle mesure la formalisation des procédures de contrôle interne permet-elle de sécuriser la croissance d’une PME sans rigidifier excessivement son fonctionnement ?
Pourquoi cette formulation est bonne :
- elle part d’une situation réelle ;
- elle fait apparaître une tension ;
- elle ouvre une analyse ;
- elle reste traitable.
9.2. Exemple 2 : systèmes d’information
- Thème : qualité des données
- Sujet : la fiabilisation des données clients dans un ERP
- Objet de recherche : les facteurs organisationnels de la qualité des données
- Situation professionnelle : doublons, erreurs de saisie, difficultés de reporting
- Problématique :
Comment améliorer durablement la qualité des données clients dans un ERP lorsque les causes des anomalies relèvent autant des processus que des pratiques des utilisateurs ?
9.3. Exemple 3 : reporting de durabilité
- Thème : reporting de durabilité
- Sujet : la collecte des données ESG dans un groupe
- Objet de recherche : la coordination des acteurs dans le processus de collecte
- Situation professionnelle : les informations sont dispersées entre plusieurs services
- Problématique :
Dans quelle mesure la gouvernance de la collecte conditionne-t-elle la fiabilité du reporting de durabilité dans un groupe multi-activités ?
9.4. Exemple 4 : contrôle de gestion sociale
- Thème : performance RH
- Sujet : le tableau de bord social dans une association
- Objet de recherche : l’utilité décisionnelle des indicateurs sociaux
- Situation professionnelle : de nombreux indicateurs existent, mais ils sont peu exploités
- Problématique :
Comment concevoir un tableau de bord social réellement utile à la décision dans une association confrontée à des contraintes budgétaires et humaines fortes ?
10. Les erreurs fréquentes à éviter
10.1. Confondre thème et problématique
Exemple erroné :
- « La digitalisation de la comptabilité »
Ce n’est pas une problématique, c’est un thème.
10.2. Poser une question trop générale
Exemple :
- « Comment améliorer la performance de l’entreprise ? »
Question trop vaste, trop abstraite et peu exploitable.
10.3. Poser une question purement descriptive
Exemple :
- « Quelles sont les étapes de mise en place d’un ERP ? »
Cette formulation appelle surtout un exposé descriptif.
10.4. Poser une question fermée
Exemple :
- « L’entreprise doit-elle digitaliser son reporting ? »
Une question fermée conduit souvent à une réponse binaire, insuffisante pour un mémoire.
10.5. Choisir une question sans accès aux données
Même une bonne idée peut devenir un mauvais sujet si :
- les documents ne sont pas accessibles ;
- les entretiens sont impossibles ;
- le périmètre est trop sensible ;
- le sujet dépend d’informations confidentielles inutilisables.
10.6. Oublier l’ancrage professionnel
Le mémoire DSCG doit être relié à une situation professionnelle. Une question trop théorique, sans lien avec le terrain, s’éloigne de l’esprit du programme.
11. Comment argumenter la problématique
Le programme ne demande pas seulement une problématique définie, mais une problématique argumentée.
11.1. Que signifie « argumentée » ?
Il faut expliquer :
- d’où vient la question ;
- pourquoi elle se pose dans l’organisation ;
- quels enjeux elle recouvre ;
- pourquoi elle mérite une analyse structurée.
11.2. Structure possible de l’argumentation
Pour justifier une problématique, on peut suivre ce cheminement :
-
Présenter le contexte professionnel
Exemple : croissance de l’activité, changement d’outil, nouvelles obligations, réorganisation. -
Décrire la situation observée
Exemple : retards, erreurs, faible appropriation, hétérogénéité des pratiques. -
Faire apparaître l’enjeu
Exemple : fiabilité, conformité, pilotage, qualité de l’information, performance. -
Montrer la tension ou la difficulté
Exemple : besoin de contrôle sans lourdeur administrative. -
Formuler la question centrale
11.3. Exemple d’argumentation courte
Dans une PME en forte croissance, la clôture mensuelle devient plus complexe en raison de la multiplication des flux et de la dispersion des responsabilités. Malgré la mise en place d’outils de suivi, les délais restent instables et la qualité des informations remontées varie selon les services. Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de décrire le processus de clôture, mais d’analyser comment son organisation peut être fiabilisée sans ralentir la production d’information. D’où la problématique suivante : dans quelle mesure la formalisation du processus de clôture améliore-t-elle la fiabilité de l’information comptable dans une PME en croissance ?
12. Place des hypothèses ou propositions de recherche
Même si cette leçon est centrée sur le thème, l’objet et la problématique, il faut situer la suite du processus.
Une fois la problématique formulée, la recherche peut être guidée par :
- des hypothèses de recherche ;
- ou des propositions de recherche.
Leur rôle est de transformer la question générale en pistes d’analyse plus précises.
Exemple à partir d’une problématique sur la qualité des données :
- la qualité des données dépend de la clarté des responsabilités ;
- elle dépend aussi du paramétrage de l’outil ;
- elle dépend enfin de l’appropriation des procédures par les utilisateurs.
Ces propositions orientent ensuite la collecte de données.
13. Grille pratique de vérification
Avant de retenir définitivement votre formulation, utilisez cette grille.
13.1. Pour le thème
- Le domaine est-il cohérent avec mon expérience professionnelle ?
- Présente-t-il un intérêt réel ?
13.2. Pour le sujet
- Est-il suffisamment délimité ?
- Le périmètre est-il réaliste ?
- Puis-je accéder aux informations nécessaires ?
13.3. Pour l’objet de recherche
- Le phénomène étudié est-il clairement identifiable ?
- Sais-je ce que je cherche à comprendre ?
13.4. Pour la problématique
- Est-elle reliée à une situation professionnelle ?
- Est-elle clairement définie ?
- Est-elle argumentée ?
- Ouvre-t-elle une analyse ?
- Est-elle faisable dans le cadre d’un mémoire DSCG ?
14. Étude guidée : transformer une idée vague en problématique exploitable
Prenons une idée de départ très fréquente :
« Je veux travailler sur la dématérialisation. »
14.1. Étape 1 : identifier le thème
Le thème est : dématérialisation des processus.
14.2. Étape 2 : préciser le sujet
Après observation du terrain :
Sujet : la dématérialisation du traitement des factures fournisseurs dans une PME.
14.3. Étape 3 : identifier l’objet de recherche
En discutant avec les équipes, on constate que le sujet réel n’est pas seulement technique.
Objet de recherche : les effets de la dématérialisation sur la fiabilité du processus et l’organisation du contrôle.
14.4. Étape 4 : formuler la problématique
Problématique :
Dans quelle mesure la dématérialisation du traitement des factures fournisseurs améliore-t-elle la fiabilité du processus comptable tout en modifiant les modalités de contrôle interne dans une PME ?
14.5. Pourquoi cette transformation fonctionne
Parce qu’on est passé :
- d’un thème large,
- à un sujet délimité,
- puis à un objet clair,
- enfin à une problématique professionnelle.
15. Conseils de rédaction
15.1. Employer des termes précis
Préférez des formulations comme :
- « dans quelle mesure » ;
- « comment » ;
- « sous quelles conditions » ;
- « quels facteurs expliquent » ;
- « en quoi ».
Ces formulations ouvrent l’analyse.
15.2. Éviter les titres vagues
Évitez :
- « Étude de la performance » ;
- « Analyse de l’audit » ;
- « Réflexion sur la digitalisation ».
15.3. Éviter les jugements implicites
Ne supposez pas d’emblée la réponse.
Exemple biaisé :
- « Pourquoi la digitalisation améliore-t-elle forcément la performance ? »
La formulation est orientée. Une recherche doit laisser place à l’analyse.
15.4. Garder un ancrage professionnel visible
La problématique DSCG gagne en qualité lorsqu’elle fait apparaître :
- le type d’organisation ;
- le processus concerné ;
- l’enjeu de gestion ;
- la tension à analyser.
16. Points clés à retenir
- Cette leçon relève pleinement de l’initiation à la recherche en sciences de gestion.
- Initier une recherche en sciences de gestion, c’est apprendre à transformer une situation professionnelle en question de recherche structurée.
- Il faut maîtriser les fondamentaux d’une démarche ou d’un processus de recherche.
- Parmi ces fondamentaux, il est indispensable d’identifier les différentes phases d’un processus de recherche.
- Le passage du thème au sujet, puis à l’objet de recherche, est une étape de cadrage essentielle.
- Le mémoire s’appuie sur une problématique professionnelle clairement définie et argumentée.
- Il faut donc savoir formuler une problématique correspondant à une situation professionnelle.
- Une bonne problématique est claire, délimitée, pertinente, professionnelle et traitable.
Mémo final
À ne pas confondre
- Thème = domaine général
- Sujet = angle plus précis
- Objet de recherche = phénomène exact étudié
- Problématique = question centrale construite et argumentée
Formule de progression
Thème → Sujet → Objet de recherche → Problématique
Test ultime
Si votre formulation permet de répondre clairement à ces trois questions, vous êtes sur la bonne voie :
- Sur quoi travaille-t-on ?
- Quel phénomène cherche-t-on à comprendre ?
- Quelle question professionnelle guide réellement le mémoire ?
Si l’une de ces réponses reste floue, le cadrage doit encore être retravaillé.