Connaissance scientifique et recherche en sciences de gestion

Définir la science, la recherche scientifique et la connaissance scientifique appliquées aux domaines du DSCG, en distinguant recherche académique et démarche professionnelle rigoureuse.

Introduction

Dans l’UE 7 du DSCG, l’initiation à la recherche en sciences de gestion ne consiste pas à transformer l’étudiant en chercheur à temps plein. Elle a une finalité plus précise : donner les bases intellectuelles et méthodologiques nécessaires pour raisonner de manière rigoureuse, produire une analyse fondée, et distinguer une affirmation argumentée d’une simple opinion.

Autrement dit, avant même de construire une problématique ou de choisir une méthode, il faut comprendre ce qu’est la science, ce qu’est une recherche scientifique et ce qu’est une connaissance scientifique appliquées aux domaines du DSCG : comptabilité, audit, finance, contrôle de gestion, management, systèmes d’information, droit appliqué à l’entreprise.

Cette leçon est donc une introduction générale à la recherche en sciences de gestion. Elle pose les fondations conceptuelles indispensables pour la suite de l’UE 7.


Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, il faut être capable de :

  • définir la science ;
  • définir la recherche scientifique ;
  • définir la connaissance scientifique ;
  • comprendre la place des sciences de gestion dans l’univers scientifique ;
  • distinguer une démarche scientifique d’une démarche intuitive, empirique ou strictement pratique ;
  • expliquer pourquoi l’initiation à la recherche est utile dans un mémoire professionnel de niveau master.

1. Qu’est-ce que la science ?

1.1 Définition générale

La science peut être définie comme une activité de production de connaissances fondée sur une démarche méthodique, argumentée, explicite et contrôlable.

Cette définition contient plusieurs idées essentielles :

  • la science ne se réduit pas à un stock de savoirs ;
  • elle est d’abord une démarche ;
  • cette démarche doit être méthodique ;
  • les résultats doivent pouvoir être discutés, vérifiés et critiqués.

La science ne consiste donc pas à « avoir raison » intuitivement. Elle consiste à construire un savoir justifié.

1.2 Pourquoi la science est-elle nécessaire ?

Dans la vie professionnelle, on rencontre souvent des affirmations du type :

  • « Le télétravail réduit toujours la productivité. »
  • « Un ERP améliore forcément le contrôle interne. »
  • « Les entreprises familiales sont plus résilientes. »
  • « La RSE accroît nécessairement la performance financière. »

Ces phrases peuvent sembler plausibles, mais une démarche scientifique demande autre chose qu’une impression ou un retour d’expérience isolé. Elle impose de se demander :

  • Sur quelles observations repose l’affirmation ?
  • Dans quel contexte est-elle valable ?
  • Quels concepts faut-il définir ?
  • Comment mesurer la productivité, la résilience ou la performance ?
  • Existe-t-il des cas contraires ?
  • Peut-on expliquer le phénomène ?

La science est donc nécessaire parce qu’elle permet de passer du jugement spontané à l’analyse fondée.

1.3 Les caractéristiques d’une démarche scientifique

Une activité mérite le qualificatif de scientifique lorsqu’elle présente plusieurs traits.

a) Elle est organisée

La science suit un cheminement structuré : questionnement, observation, formulation d’hypothèses ou de propositions, collecte d’informations, analyse, discussion.

b) Elle est explicite

Le chercheur doit pouvoir expliquer :

  • ce qu’il cherche ;
  • pourquoi il le cherche ;
  • comment il procède ;
  • sur quelles données il s’appuie.

c) Elle est critique

La science n’accepte pas une affirmation parce qu’elle est séduisante, fréquente ou portée par une autorité. Elle exige l’examen critique.

d) Elle est cumulative

Une recherche scientifique s’inscrit rarement dans le vide. Elle se construit à partir de travaux antérieurs, qu’elle confirme, nuance ou contredit.

e) Elle est discutable

Un résultat scientifique n’est pas un dogme. Il peut être discuté, réinterprété, complété ou remis en cause.


2. La place des sciences de gestion

2.1 Que sont les sciences de gestion ?

Les sciences de gestion étudient les organisations, leur fonctionnement, leurs décisions, leurs outils et leurs performances.

Elles couvrent notamment :

  • la comptabilité ;
  • l’audit ;
  • la finance ;
  • le contrôle de gestion ;
  • la stratégie ;
  • les ressources humaines ;
  • les systèmes d’information ;
  • le marketing ;
  • l’organisation.

Dans le cadre du DSCG, cela signifie que l’on peut faire de la recherche en sciences de gestion sur des objets très variés, par exemple :

  • l’impact d’un dispositif de contrôle interne sur la fiabilité de l’information financière ;
  • les effets d’un tableau de bord sur le pilotage de la performance ;
  • l’appropriation d’un nouvel outil SI par les équipes ;
  • la qualité perçue de l’audit ;
  • les déterminants d’une politique de financement ;
  • l’intégration des enjeux de durabilité dans les pratiques de reporting.

2.2 Une science appliquée, mais pas une simple pratique

Les sciences de gestion entretiennent un lien fort avec l’action. Elles s’intéressent à des problèmes concrets rencontrés par les organisations. Mais cela ne signifie pas qu’elles se réduisent à des « recettes ».

Une confusion fréquente consiste à croire que, parce qu’un domaine est professionnel, il ne relève pas de la science. C’est faux.

Par exemple, en cabinet ou en entreprise, on peut constater qu’un nouvel outil budgétaire « fonctionne mal ». La recherche en sciences de gestion ne se contente pas de ce constat. Elle cherche à comprendre :

  • ce que signifie exactement « fonctionne mal » ;
  • pour qui ;
  • selon quels critères ;
  • dans quelles conditions organisationnelles ;
  • avec quels effets observables.

La science en gestion ne remplace pas l’expérience professionnelle, mais elle lui donne un cadre d’analyse rigoureux.

2.3 Une discipline à la croisée de plusieurs approches

Les sciences de gestion mobilisent souvent des apports d’autres disciplines :

  • économie ;
  • sociologie ;
  • psychologie ;
  • droit ;
  • statistiques ;
  • informatique ;
  • science politique.

Cela explique pourquoi la recherche en sciences de gestion est souvent pluridisciplinaire. Une question de gestion n’est presque jamais purement technique.

Exemple : étudier l’échec d’un projet ERP suppose d’examiner :

  • des aspects techniques ;
  • des aspects humains ;
  • des aspects organisationnels ;
  • des aspects de gouvernance ;
  • parfois des aspects financiers et contractuels.

3. Qu’est-ce qu’une recherche scientifique ?

3.1 Définition

La recherche scientifique est une démarche organisée de production de connaissances visant à répondre à une question, à expliquer un phénomène, à comprendre une situation ou à éclairer une décision, en s’appuyant sur une méthode explicite.

Dans cette définition, quatre éléments doivent être retenus :

  • il y a une question de départ ;
  • il y a une méthode ;
  • il y a un travail sur des données, des faits ou des documents ;
  • il y a une production de connaissances.

3.2 La recherche ne se réduit pas à la collecte d’informations

Faire une recherche ne signifie pas seulement accumuler des documents, des articles, des chiffres ou des extraits de normes.

Une simple compilation documentaire n’est pas encore une recherche scientifique. Pour qu’il y ait recherche, il faut au minimum :

  • un objet clairement identifié ;
  • une question construite ;
  • une logique d’investigation ;
  • une analyse.

Par exemple, réunir des textes sur le télétravail n’est pas une recherche. En revanche, se demander :

« Dans quelle mesure le télétravail transforme-t-il les modalités de contrôle managérial dans une fonction comptable ? »

puis définir les concepts, choisir une méthode, recueillir des données et interpréter les résultats, relève d’une démarche de recherche.

3.3 Pourquoi parle-t-on d’initiation à la recherche ?

Dans le programme du DSCG, il est bien question d’une initiation à la recherche en sciences de gestion. Le terme est important.

Il signifie que l’objectif n’est pas :

  • d’atteindre le niveau d’une thèse de doctorat ;
  • de maîtriser toutes les controverses épistémologiques ;
  • de produire une théorie générale de l’organisation.

L’objectif est de savoir :

  • poser une question pertinente ;
  • raisonner avec méthode ;
  • distinguer faits, interprétations et opinions ;
  • appuyer une analyse sur des sources et des données ;
  • produire un écrit rigoureux.

En ce sens, l’initiation à la recherche est une formation à la rigueur intellectuelle.


4. Qu’est-ce qu’une connaissance scientifique ?

4.1 Définition

La connaissance scientifique est une connaissance produite selon une méthode explicite, fondée sur des éléments observables ou analysables, justifiée par un raisonnement, et ouverte à la discussion critique.

Elle se distingue :

  • de l’opinion ;
  • de la croyance ;
  • de l’intuition ;
  • du simple retour d’expérience non formalisé.

4.2 Les critères d’une connaissance scientifique

Une connaissance peut être qualifiée de scientifique lorsqu’elle présente plusieurs propriétés.

a) Elle est fondée

Elle repose sur des éléments identifiables : observations, entretiens, données chiffrées, documents, archives, comparaisons, analyses.

b) Elle est argumentée

Le résultat n’est pas affirmé sans justification. Il est relié à un raisonnement.

c) Elle est contextualisée

En sciences de gestion, une conclusion n’est presque jamais universelle. Elle dépend souvent :

  • du secteur ;
  • de la taille de l’organisation ;
  • de sa culture ;
  • de son environnement réglementaire ;
  • de sa gouvernance.

d) Elle est révisable

Une connaissance scientifique n’est pas définitive. De nouvelles données ou une autre méthode peuvent conduire à la nuancer.

4.3 Exemple simple

Affirmation 1 :

« Les tableaux de bord motivent les salariés. »

Cette phrase relève plutôt de l’opinion générale si elle n’est ni définie ni démontrée.

Affirmation 2 :

« Dans l’organisation étudiée, la mise en place d’un tableau de bord mensuel a amélioré la visibilité des objectifs, mais a aussi accru le sentiment de pression chez certains responsables opérationnels. »

Cette seconde formulation est plus proche d’une connaissance scientifique si elle repose sur :

  • des entretiens ;
  • des observations ;
  • une analyse des indicateurs ;
  • une explicitation de la méthode.

La différence essentielle tient donc à la justification et à la méthode.


5. Science, opinion, expertise et pratique professionnelle

5.1 L’opinion

L’opinion est une prise de position personnelle, souvent rapide, parfois intuitive, parfois influencée par l’expérience ou les représentations sociales.

Elle n’est pas forcément fausse. Mais elle n’est pas scientifique tant qu’elle n’est pas examinée méthodiquement.

5.2 L’expertise

L’expertise est une compétence approfondie dans un domaine. Un professionnel expérimenté peut produire des diagnostics très pertinents.

Cependant, l’expertise ne se confond pas toujours avec la recherche scientifique.

Pourquoi ? Parce que l’expert peut :

  • s’appuyer sur son expérience ;
  • raisonner par analogie ;
  • proposer une solution efficace sans formaliser entièrement sa méthode.

La recherche scientifique exige davantage d’explicitation et de mise à distance.

5.3 La pratique professionnelle rigoureuse

Dans le DSCG, il est essentiel de comprendre qu’il existe un lien étroit entre :

  • la recherche scientifique ;
  • la démarche professionnelle rigoureuse.

Le mémoire professionnel n’est pas une thèse, mais il ne peut pas être non plus un simple récit d’expérience. Il faut articuler :

  • une situation professionnelle réelle ;
  • une analyse structurée ;
  • des concepts ;
  • une méthode ;
  • des recommandations.

Ainsi, l’initiation à la recherche sert à éviter deux écueils :

  1. Le mémoire purement descriptif : « voilà ce que j’ai fait » ;
  2. Le mémoire purement théorique : « voilà des idées générales sans lien avec la pratique ».

La bonne démarche consiste à produire une analyse professionnelle appuyée sur une logique de recherche.


6. Les objets de recherche en sciences de gestion

6.1 Qu’est-ce qu’un objet de recherche ?

L’objet de recherche est le phénomène, la pratique, le dispositif, la situation ou le processus que l’on choisit d’étudier.

Exemples d’objets de recherche en sciences de gestion :

  • un dispositif budgétaire ;
  • un processus de clôture comptable ;
  • la mise en œuvre d’un contrôle interne ;
  • l’adoption d’un outil de data visualisation ;
  • la gouvernance d’un projet SI ;
  • la communication financière ;
  • les pratiques de reporting de durabilité.

6.2 Pourquoi bien délimiter l’objet ?

Un objet trop large empêche toute analyse sérieuse.

Exemple trop large :

  • « La performance des entreprises »

Exemple mieux délimité :

  • « L’effet de l’automatisation de certaines tâches comptables sur l’organisation du travail dans un service comptable de PME »

Délimiter l’objet permet :

  • de savoir ce que l’on étudie réellement ;
  • de choisir des données pertinentes ;
  • d’éviter les généralisations abusives.

7. Les finalités de la recherche en sciences de gestion

7.1 Décrire

Une recherche peut viser à décrire une réalité encore mal connue.

Exemple : décrire comment une organisation structure son reporting de durabilité.

7.2 Comprendre

Elle peut viser à comprendre les logiques d’acteurs, les pratiques et les mécanismes.

Exemple : comprendre pourquoi un outil de contrôle de gestion est peu utilisé malgré son déploiement officiel.

7.3 Expliquer

Elle peut chercher à expliquer les causes ou les relations entre phénomènes.

Exemple : expliquer les facteurs qui favorisent l’appropriation d’un nouveau système d’information.

7.4 Éclairer l’action

En sciences de gestion, la recherche a souvent une finalité d’aide à la décision.

Exemple : produire des recommandations pour améliorer la qualité de l’information financière ou la coordination entre directions métiers et DSI.

Cette proximité avec l’action est une caractéristique importante des sciences de gestion. Mais elle ne supprime pas l’exigence scientifique. Au contraire, elle la rend encore plus nécessaire, car une recommandation non fondée peut conduire à de mauvaises décisions.


8. Comment reconnaître une démarche scientifique en sciences de gestion ?

8.1 Les questions à se poser

Face à un travail présenté comme une recherche, il faut pouvoir vérifier plusieurs points.

  • La question étudiée est-elle clairement formulée ?
  • Les concepts principaux sont-ils définis ?
  • La méthode est-elle explicitée ?
  • Les données mobilisées sont-elles identifiables ?
  • Le raisonnement est-il cohérent ?
  • Les limites sont-elles reconnues ?

Si ces éléments manquent, on est souvent face à un travail descriptif ou impressionniste, mais pas à une véritable recherche scientifique.

8.2 Mini-grille de lecture

| Élément | Question à poser | |---|---| | Objet | Qu’étudie-t-on exactement ? | | Question | Quel problème cherche-t-on à comprendre ? | | Méthode | Comment les informations ont-elles été obtenues ? | | Données | Sur quoi repose l’analyse ? | | Résultats | Que montre réellement l’étude ? | | Limites | Jusqu’où peut-on généraliser ? |


9. Exemples appliqués aux domaines du DSCG

9.1 En comptabilité et audit

Question possible :

Comment la formalisation des procédures de clôture contribue-t-elle à la fiabilité de l’information comptable ?

Ce type de question relève des sciences de gestion car il ne s’agit pas seulement d’appliquer une règle comptable, mais d’étudier un processus organisationnel et ses effets.

9.2 En contrôle de gestion

Question possible :

Dans quelle mesure un tableau de bord stratégique favorise-t-il l’alignement entre objectifs opérationnels et stratégie ?

Ici, la recherche ne porte pas seulement sur un outil, mais sur son usage, son appropriation et ses effets de pilotage.

9.3 En finance

Question possible :

Comment les critères ESG sont-ils intégrés dans les décisions de financement d’une entreprise de taille intermédiaire ?

La question appelle des définitions, des observations et une analyse structurée.

9.4 En systèmes d’information

Question possible :

Quels facteurs expliquent l’acceptation ou le rejet d’un nouvel outil collaboratif dans une direction financière ?

On voit bien ici que la technique seule ne suffit pas ; il faut intégrer les dimensions humaines et organisationnelles.


10. Pourquoi cette leçon est essentielle pour le mémoire professionnel

10.1 Le mémoire n’est pas un rapport de stage

Le mémoire professionnel de niveau master attendu en DSCG repose sur une problématique professionnelle clairement définie et argumentée. Cela suppose une posture différente d’un simple compte rendu d’activité.

Un rapport descriptif dirait :

  • quelles missions ont été réalisées ;
  • dans quel service ;
  • avec quels outils.

Un mémoire adossé à une initiation à la recherche dira en plus :

  • quel problème professionnel a été identifié ;
  • pourquoi il mérite analyse ;
  • comment il a été étudié ;
  • quels enseignements peuvent être tirés.

10.2 La rigueur scientifique comme garantie de qualité

L’initiation à la recherche apporte au mémoire plusieurs qualités :

  • une meilleure délimitation du sujet ;
  • une argumentation plus solide ;
  • une capacité à justifier les choix ;
  • une meilleure distinction entre faits et interprétations ;
  • des recommandations plus crédibles.

10.3 Une compétence utile au-delà du mémoire

Cette culture de la recherche est aussi utile dans la pratique professionnelle :

  • analyser une situation complexe ;
  • construire un diagnostic ;
  • évaluer des sources ;
  • formuler un avis argumenté ;
  • éviter les conclusions hâtives.

Autrement dit, l’initiation à la recherche en sciences de gestion forme aussi un professionnel plus rigoureux.


11. Méthode simple pour passer d’un sujet vague à une démarche de recherche

Même si la construction détaillée de la problématique sera approfondie dans les leçons suivantes, on peut déjà poser une logique de base.

Étape 1 : partir d’une situation réelle

Exemple :

  • déploiement d’un nouvel outil de reporting ;
  • difficulté dans la clôture comptable ;
  • faible usage d’un tableau de bord ;
  • tensions entre fonctions métiers et DSI.

Étape 2 : transformer le constat en question

Au lieu de dire :

  • « le nouvel outil ne marche pas bien »,

on cherche à formuler :

  • « pourquoi l’outil est-il peu utilisé ? »
  • « quels effets produit-il sur les pratiques ? »
  • « quelles conditions favorisent son appropriation ? »

Étape 3 : définir les notions

Il faut préciser ce que l’on entend par :

  • appropriation ;
  • performance ;
  • qualité ;
  • fiabilité ;
  • contrôle ;
  • efficacité.

Étape 4 : adopter une démarche explicite

Il faut indiquer comment on va étudier la question :

  • analyse documentaire ;
  • entretiens ;
  • observation ;
  • étude de données internes ;
  • combinaison de plusieurs sources.

Étape 5 : produire un savoir utile et justifié

Le résultat attendu n’est pas une vérité absolue, mais une connaissance argumentée, utile pour comprendre et agir.


12. Les erreurs fréquentes à éviter dès l’introduction à la recherche

12.1 Confondre thème et recherche

Un thème n’est pas encore une recherche.

  • Thème : « contrôle interne »
  • Recherche : « comment la formalisation du contrôle interne influence-t-elle la fiabilité des processus de trésorerie dans une PME ? »

12.2 Confondre problème pratique et question scientifique

Un problème pratique peut être :

  • retard dans les clôtures ;
  • faible adhésion à un outil ;
  • difficulté de coordination.

La question scientifique consiste à transformer ce problème en objet d’analyse.

12.3 Confondre opinion personnelle et résultat

Dire « je pense que » ne suffit pas. Il faut montrer :

  • sur quoi repose l’analyse ;
  • comment on arrive à la conclusion.

12.4 Chercher à tout démontrer

Une initiation à la recherche ne demande pas de tout expliquer. Il faut au contraire délimiter son sujet, reconnaître ses limites et rester cohérent avec ses moyens.


13. Ce que signifie “comprendre ce qu’est la science” dans le cadre du DSCG

L’expression du programme — comprendre ce qu’est la science, une recherche scientifique et une connaissance scientifique — doit être prise au sérieux.

Dans le cadre du DSCG, cela signifie au minimum savoir que :

  • la science est une démarche méthodique de production de connaissances ;
  • la recherche scientifique est un processus structuré d’investigation ;
  • la connaissance scientifique est un savoir justifié, explicite et discutable ;
  • les sciences de gestion produisent des connaissances sur les organisations et leurs pratiques ;
  • un mémoire professionnel sérieux doit s’appuyer sur cette logique, même s’il reste orienté vers l’action.

Il ne s’agit donc pas d’un chapitre abstrait sans utilité. C’est le socle de toute la partie méthodologique de l’UE 7.


14. Cas illustratif : d’une intuition à une connaissance scientifique

Prenons un exemple simple dans un contexte de cabinet.

Situation de départ

Un collaborateur observe que les dossiers les plus numérisés semblent être traités plus rapidement.

Intuition initiale

« La numérisation améliore la productivité. »

Cette phrase est une hypothèse intuitive, pas encore une connaissance scientifique.

Démarche scientifique minimale

Pour passer à une logique de recherche, il faut :

  1. définir la numérisation ;
  2. définir la productivité ;
  3. préciser le périmètre : cabinet, type de dossiers, période ;
  4. recueillir des éléments : temps de traitement, organisation du travail, entretiens ;
  5. analyser les résultats.

Résultat possible

L’étude peut montrer que :

  • la numérisation réduit certains temps de saisie ;
  • mais elle crée aussi des temps de contrôle supplémentaires ;
  • son effet positif dépend de la qualité des procédures et de la formation des équipes.

On obtient alors une connaissance plus nuancée, plus utile et plus crédible.


15. Mémo de vocabulaire essentiel

Science

Activité de production de connaissances fondée sur une démarche méthodique, explicite et critique.

Recherche scientifique

Processus structuré visant à répondre à une question ou à comprendre un phénomène par une méthode explicite.

Connaissance scientifique

Savoir justifié, argumenté, fondé sur des éléments analysables et ouvert à la discussion critique.

Sciences de gestion

Discipline étudiant les organisations, leurs décisions, leurs outils, leurs processus et leurs performances.

Objet de recherche

Phénomène, pratique, dispositif ou situation que l’on choisit d’étudier.


16. Points à retenir

  • L’UE 7 comprend une initiation à la recherche en sciences de gestion.
  • Cette initiation commence par une introduction générale à la recherche en sciences de gestion.
  • Il faut d’abord comprendre ce qu’est la science, une recherche scientifique et une connaissance scientifique.
  • La science n’est pas une accumulation d’opinions : c’est une démarche structurée de production de savoirs.
  • La recherche scientifique suppose une question, une méthode, des données et une analyse.
  • La connaissance scientifique est justifiée, argumentée, explicite et discutable.
  • En sciences de gestion, la recherche est proche de l’action, mais elle ne se confond pas avec l’expérience professionnelle spontanée.
  • Cette base est indispensable pour construire ensuite un mémoire professionnel rigoureux.

Synthèse finale

L’initiation à la recherche en sciences de gestion constitue le point d’entrée intellectuel de l’UE 7. Avant de parler de problématique, d’hypothèses, de revue de littérature ou de méthodologie, il faut maîtriser les notions les plus fondamentales.

La science est une démarche de production de connaissances fondée sur la méthode et la critique. La recherche scientifique est le processus organisé par lequel cette production s’effectue. La connaissance scientifique est le résultat de cette démarche lorsqu’elle est justifiée, explicite et discutable.

Dans les domaines du DSCG, cette compréhension est essentielle. Elle permet de dépasser la simple description, d’éviter les opinions non fondées, et de construire une analyse professionnelle de niveau master. C’est ce passage de l’expérience à la réflexion structurée qui donne au mémoire professionnel sa véritable valeur.