Écarts d’évaluation, écart d’acquisition et goodwill
Déterminer et comptabiliser les écarts d’évaluation, l’écart d’acquisition positif ou négatif en normes françaises et le goodwill ou badwill en IFRS, avec amortissement ou dépréciation selon le référentiel.
Introduction
Dans le processus d’élaboration des comptes de groupe, après les retraitements préparatoires et l’élimination des opérations intragroupe étudiés dans les leçons précédentes, une étape décisive consiste à traiter :
- les écarts d’évaluation ;
- l’écart d’acquisition en référentiel français ;
- le goodwill ou, à l’inverse, le badwill / bargain purchase gain en IFRS.
Cette étape est centrale, car elle explique pourquoi la valeur d’entrée d’une participation ne se confond pas avec les capitaux propres comptables de la filiale. Lorsqu’une société mère acquiert le contrôle d’une entité, le prix payé reflète rarement la seule valeur comptable des actifs et passifs identifiables. Il intègre souvent :
- la réévaluation de certains actifs ou passifs à leur juste valeur ;
- des éléments incorporels non comptabilisés dans les comptes individuels ;
- des anticipations de rentabilité future ;
- parfois, au contraire, une acquisition réalisée à un prix particulièrement avantageux.
L’enjeu de consolidation est donc double :
- réallouer d’abord l’écart entre la valeur des titres et les capitaux propres de la filiale vers les actifs et passifs identifiables : ce sont les écarts d’évaluation ;
- constater ensuite le reliquat éventuel : c’est l’écart d’acquisition en normes françaises ou le goodwill en IFRS.
Cette leçon s’inscrit directement dans le bloc :
- Participer à l’élaboration du reporting financier des groupes en normes françaises et IFRS ;
- Déterminer l’impact des retraitements de consolidation en référentiels français et IFRS ;
- Traiter les écarts d’évaluation et d’acquisition / goodwill.
Nous restons ici dans le cadre du programme :
- traitement à l’entrée ;
- amortissement ou dépréciation selon le référentiel ;
- goodwill positif ou négatif ;
- sans traiter les variations de périmètre, ni les calculs de tests de dépréciation détaillés.
Objectifs de la leçon
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- définir les écarts d’évaluation et l’écart d’acquisition / goodwill ;
- comprendre leur place dans le processus d’élaboration des comptes de groupe ;
- distinguer le traitement en référentiel français et en IFRS ;
- calculer un écart d’évaluation sur des actifs et passifs identifiables ;
- déterminer un écart d’acquisition positif ou négatif ;
- distinguer le goodwill partiel du goodwill complet en IFRS ;
- enregistrer les principales écritures de consolidation correspondantes ;
- analyser les effets ultérieurs : amortissement ou dépréciation selon le référentiel.
1. Place du traitement dans le processus de consolidation
Dans la logique générale des comptes consolidés, le traitement des écarts d’évaluation et d’acquisition intervient après plusieurs étapes déjà vues :
- définition du périmètre de consolidation ;
- choix de la méthode de consolidation ;
- retraitements préparatoires et homogénéisation ;
- conversion éventuelle des comptes en devises ;
- retraitements de consolidation proprement dits.
Le traitement des écarts d’évaluation et d’acquisition fait partie des retraitements de consolidation appliqués au référentiel utilisé. Il ne s’agit pas d’une écriture passée dans les comptes sociaux de la filiale ou de la mère, mais d’une écriture propre aux comptes consolidés.
Pourquoi ce traitement est-il nécessaire ?
Lors de l’acquisition des titres d’une filiale, la mère inscrit dans ses comptes sociaux une immobilisation financière pour le coût d’acquisition des titres. Mais en consolidation, on ne présente pas la participation comme un simple titre : on remplace la valeur des titres par la quote-part des actifs et passifs de la filiale.
Il faut donc comparer :
- le coût d’acquisition des titres ;
- la quote-part de la mère dans les capitaux propres de la filiale à la date d’entrée ;
- puis identifier si l’écart provient :
- d’actifs ou passifs sous-évalués / surévalués ;
- ou d’une survaleur résiduelle.
Autrement dit, la consolidation répond à la question suivante :
Le prix payé correspond-il à des éléments identifiables de la filiale, ou à une valeur économique plus globale non individualisable ?
2. Notion d’écart d’évaluation
Définition
Les écarts d’évaluation correspondent à la différence entre :
- la valeur comptable des actifs et passifs identifiables de l’entité acquise ;
- et leur valeur retenue pour la consolidation, généralement leur juste valeur à la date d’entrée.
Ils permettent d’affecter une partie de l’écart global d’acquisition à des éléments identifiables.
Logique économique
Une filiale peut avoir dans ses comptes individuels :
- un terrain inscrit à son coût historique ancien, très inférieur à sa valeur actuelle ;
- une marque créée en interne non comptabilisée ;
- des provisions insuffisantes ;
- des passifs latents non encore traduits comptablement.
Si l’acquéreur paie un prix supérieur à la quote-part des capitaux propres comptables, ce surplus ne traduit pas nécessairement un goodwill. Une partie peut simplement provenir d’une réévaluation d’éléments identifiables.
Exemples typiques d’écarts d’évaluation
On peut rencontrer notamment :
- immobilisations corporelles sous-évaluées ;
- immobilisations incorporelles identifiables non comptabilisées ;
- stocks nécessitant une réévaluation ;
- passifs ou engagements à réestimer ;
- impôts différés liés à ces écarts.
Pourquoi distinguer écart d’évaluation et goodwill ?
Parce que leur traitement ultérieur diffère.
- Un écart d’évaluation rattaché à un actif amortissable influencera les résultats futurs via des dotations complémentaires.
- Un goodwill n’est pas ventilé sur des actifs identifiables et obéit à un régime spécifique selon le référentiel.
Cette distinction améliore la qualité de l’information financière consolidée : elle évite de gonfler artificiellement le goodwill alors qu’une partie du prix payé rémunère des éléments identifiables.
3. Notion d’écart d’acquisition en référentiel français et de goodwill en IFRS
3.1 Écart d’acquisition en normes françaises
En référentiel français, l’écart d’acquisition est le reliquat constaté après affectation de l’écart initial aux actifs et passifs identifiables.
On peut le résumer ainsi :
Écart d’acquisition = coût d’acquisition des titres – quote-part acquise dans les capitaux propres réévalués de la filiale à la date d’entrée
Cet écart peut être :
- positif : le prix payé excède la quote-part des capitaux propres réévalués ;
- négatif : le prix payé est inférieur à cette quote-part.
Le programme vise explicitement :
- l’écart d’acquisition positif et négatif selon l’ANC ;
- son amortissement ou sa dépréciation selon le référentiel.
3.2 Goodwill en IFRS
En IFRS, le reliquat positif est appelé goodwill.
Le goodwill représente les avantages économiques futurs attendus d’actifs qui ne sont pas individuellement identifiés et comptabilisés séparément.
Il peut refléter par exemple :
- la qualité du portefeuille clients ;
- les synergies attendues ;
- la capacité bénéficiaire future ;
- le positionnement concurrentiel ;
- l’organisation ou le capital humain non séparablement comptabilisables.
3.3 Goodwill négatif / badwill
Lorsque la contrepartie transférée est inférieure à la juste valeur de la quote-part acquise dans les actifs nets identifiables, on constate en IFRS un goodwill négatif, généralement désigné comme bargain purchase gain.
L’idée économique est qu’il s’agit d’une acquisition à prix avantageux. Ce n’est pas une situation ordinaire : elle suppose de vérifier soigneusement les évaluations avant de conclure à un badwill.
4. Méthode générale de calcul
4.1 Étape 1 : déterminer la quote-part acquise des capitaux propres comptables à l’entrée
On part des capitaux propres de la société acquise à la date d’entrée dans le périmètre.
Exemple simplifié :
- Capital : 500
- Réserves : 300
- Résultat : 100
- Capitaux propres comptables : 900
Si la mère acquiert 80 %, sa quote-part dans les capitaux propres comptables est :
900 × 80 % = 720
4.2 Étape 2 : identifier les écarts d’évaluation
Supposons qu’à la date d’entrée :
- un terrain ait une plus-value latente de 120 ;
- une marque identifiable non comptabilisée vaille 80 ;
- un passif supplémentaire doive être reconnu pour 20.
L’actif net identifiable est alors ajusté de :
+120 +80 -20 = +180
La quote-part de la mère dans ces écarts est :
180 × 80 % = 144
4.3 Étape 3 : calculer la quote-part acquise des capitaux propres réévalués
Capitaux propres comptables : 900
Écarts d’évaluation nets : +180
Capitaux propres réévalués : 1 080
Quote-part de la mère :
1 080 × 80 % = 864
4.4 Étape 4 : comparer avec le coût d’acquisition
Si le coût d’acquisition des titres est de 950 :
- coût d’acquisition : 950
- quote-part dans les capitaux propres réévalués : 864
Alors :
écart d’acquisition / goodwill = 950 - 864 = 86
Il s’agit d’un écart positif.
5. Les écarts d’évaluation : traitement pratique
5.1 Affectation aux actifs et passifs identifiables
L’écart global d’entrée doit être ventilé prioritairement sur les éléments identifiables.
Exemple détaillé
Une société M acquiert 70 % de F pour 700.
À la date d’entrée, les capitaux propres comptables de F sont de 800.
Quote-part de M dans les capitaux propres comptables :
800 × 70 % = 560
Écart initial :
700 - 560 = 140
Mais on identifie :
- machine sous-évaluée : +100 ;
- stock sous-évalué : +20 ;
- litige non provisionné : -10.
Écart net d’évaluation :
100 + 20 - 10 = 110
Quote-part de M :
110 × 70 % = 77
Le reliquat est donc :
140 - 77 = 63
Ce reliquat constitue :
- un écart d’acquisition en normes françaises ;
- un goodwill en IFRS.
5.2 Incidence des impôts différés
Les écarts d’évaluation ont souvent une incidence fiscale. En consolidation, lorsque la réévaluation d’un actif ou d’un passif crée une différence temporelle entre valeur comptable consolidée et base fiscale, il faut reconnaître un impôt différé.
Exemple :
- terrain réévalué de +100 ;
- taux d’impôt : 25 %.
Passif d’impôt différé : 25
L’écart net d’évaluation n’est donc pas +100 mais +75.
C’est un point essentiel :
si l’on oublie l’impôt différé, on surestime les capitaux propres réévalués et on sous-estime le goodwill.
Le programme inclut explicitement les impôts différés dans le traitement des écarts d’évaluation.
6. Traitement ultérieur des écarts d’évaluation
Les écarts d’évaluation ne restent pas figés sans conséquence. Leur traitement dépend de la nature de l’élément concerné.
6.1 Actifs amortissables
Si l’écart d’évaluation porte sur un actif amortissable, il faut constater en consolidation un amortissement complémentaire.
Exemple
Un matériel présente un écart d’évaluation de +100 à la date d’entrée. Sa durée d’utilisation résiduelle est de 5 ans.
Amortissement complémentaire annuel :
100 / 5 = 20
Cet amortissement réduit le résultat consolidé des exercices suivants.
Pourquoi ?
Parce que les comptes consolidés retiennent une valeur d’entrée plus élevée que les comptes individuels. Il faut donc répartir cette valeur sur la durée d’utilisation économique restante.
6.2 Stocks
Si l’écart d’évaluation porte sur des stocks, son effet transite généralement rapidement par le résultat lors de la vente des biens.
6.3 Actifs non amortissables
Pour un terrain, l’écart d’évaluation n’est pas amorti. En revanche, il pourra être maintenu jusqu’à la cession ou faire l’objet d’une dépréciation si nécessaire.
7. Traitement de l’écart d’acquisition en normes françaises
7.1 Écart d’acquisition positif
En référentiel français, l’écart d’acquisition positif correspond à une survaleur résiduelle.
Traitement ultérieur
Le programme mentionne explicitement :
- amortissement ou dépréciation selon le référentiel.
En normes françaises, l’écart d’acquisition peut donner lieu à un amortissement et, le cas échéant, à une dépréciation si sa valeur se détériore.
Logique
L’amortissement traduit l’idée que la survaleur acquise procure des avantages économiques sur une durée limitée ou estimable. La dépréciation intervient si la valeur recouvrable devient inférieure à la valeur comptable résiduelle.
7.2 Écart d’acquisition négatif
L’écart d’acquisition négatif apparaît lorsque le prix payé est inférieur à la quote-part acquise dans les capitaux propres réévalués.
Interprétation
Cela peut traduire :
- une acquisition réalisée dans un contexte de difficulté ;
- une vente contrainte ;
- une mauvaise valorisation initiale des actifs et passifs ;
- ou un prix d’acquisition particulièrement favorable.
Avant de conclure à un écart négatif, il faut toujours vérifier :
- la qualité des évaluations ;
- l’exhaustivité des passifs ;
- la correcte prise en compte de l’impôt différé.
8. Traitement du goodwill en IFRS
8.1 Goodwill positif
En IFRS, le goodwill positif est constaté lors d’un regroupement d’entreprises lorsque la contrepartie transférée excède la juste valeur de la quote-part acquise dans les actifs nets identifiables.
Traitement ultérieur
Contrairement au référentiel français, le goodwill en IFRS relève d’une logique de dépréciation et non d’amortissement systématique.
Le goodwill est maintenu à l’actif tant qu’aucune perte de valeur n’est constatée. En pratique, il doit être suivi et testé selon les règles IFRS, même si le programme n’exige pas ici les calculs détaillés des tests de dépréciation.
Pourquoi cette différence ?
La logique IFRS considère que le goodwill ne se consomme pas nécessairement de façon linéaire et prévisible. Il représente une capacité bénéficiaire future dont la diminution doit être constatée lorsqu’elle est objectivement observée, non répartie automatiquement par amortissement.
8.2 Goodwill partiel et goodwill complet
Le programme précise que le goodwill positif selon les IFRS peut être calculé en :
- goodwill partiel ;
- goodwill complet.
Goodwill partiel
Le goodwill partiel ne retient que la part correspondant aux intérêts de la société mère.
Goodwill complet
Le goodwill complet inclut aussi la part revenant aux intérêts minoritaires.
Enjeu conceptuel
La différence vient de la façon dont on évalue les participations ne donnant pas le contrôle.
- En goodwill partiel, on mesure seulement la survaleur acquise par la mère.
- En goodwill complet, on considère la survaleur de l’ensemble de l’entité acquise.
Illustration simple
Une mère acquiert 80 % d’une filiale.
- Goodwill partiel : calcul centré sur la part de 80 % ;
- Goodwill complet : calcul intégrant aussi la valeur attribuée aux 20 % minoritaires.
Le goodwill complet est donc généralement plus élevé.
Le programme n’impose pas ici un développement exhaustif des méthodes d’évaluation des minoritaires ; il faut surtout comprendre la différence de logique.
8.3 Goodwill négatif / bargain purchase gain
Si, après réexamen des évaluations, la juste valeur des actifs nets identifiables acquis excède la contrepartie transférée, on constate un goodwill négatif, appelé bargain purchase gain.
Signification
Il s’agit d’un gain résultant d’une acquisition à des conditions avantageuses.
Point de vigilance
Cette situation doit rester exceptionnelle. Avant de la retenir, il faut recontrôler :
- l’identification des actifs incorporels ;
- les passifs latents ;
- les impôts différés ;
- la contrepartie transférée.
9. Écritures de consolidation : logique générale
Le traitement des écarts d’évaluation et du goodwill s’inscrit dans l’écriture d’élimination des titres contre les capitaux propres de la filiale.
9.1 Principe
En consolidation, on :
- élimine la valeur des titres de participation figurant à l’actif de la mère ;
- annule la quote-part correspondante des capitaux propres de la filiale ;
- constate les écarts d’évaluation sur actifs et passifs ;
- constate le goodwill / écart d’acquisition pour le reliquat.
9.2 Exemple schématique
Données :
- coût des titres : 950 ;
- quote-part dans les capitaux propres comptables : 720 ;
- quote-part dans les écarts d’évaluation : 144 ;
- goodwill : 86.
Logique de l’écriture de consolidation :
- annulation des titres : 950 ;
- reprise des capitaux propres : 720 ;
- constatation des écarts d’évaluation : 144 ;
- constatation du goodwill : 86.
L’écriture exacte dépend de la présentation retenue dans le dossier, mais la logique économique est toujours la même :
substituer aux titres détenus la quote-part dans les actifs et passifs réévalués, puis isoler la survaleur résiduelle.
10. Exemple complet comparé ANC / IFRS
Prenons un cas synthétique.
Données
La société M acquiert 80 % de F pour 1 200.
À la date d’entrée, F présente :
- capitaux propres comptables : 1 300.
Des écarts d’évaluation sont identifiés :
- terrain : +200 ;
- relation clientèle identifiable : +100 ;
- passif latent : -40.
Soit un écart brut :
+260
Taux d’impôt : 25 %
Impôt différé sur l’écart net imposable supposé : 65
Écart d’évaluation net :
260 - 65 = 195
Capitaux propres réévalués :
1 300 + 195 = 1 495
Quote-part de M (80 %) :
1 495 × 80 % = 1 196
Comparaison avec le coût d’acquisition :
- coût : 1 200
- quote-part réévaluée : 1 196
Goodwill / écart d’acquisition :
1 200 - 1 196 = 4
Analyse
Le goodwill est très faible. Cela signifie que l’essentiel du prix payé s’explique par des éléments identifiables.
En normes françaises
On constatera :
- les écarts d’évaluation ;
- un écart d’acquisition positif de 4.
Cet écart suivra le régime français applicable : amortissement et, si besoin, dépréciation.
En IFRS
On constatera :
- les actifs et passifs identifiables à leur juste valeur ;
- un goodwill positif de 4.
Ce goodwill ne sera pas amorti mais suivi dans une logique de dépréciation.
11. Exemple d’acquisition à prix avantageux
Données
Une société mère acquiert 90 % d’une filiale pour 800.
Capitaux propres comptables : 700
Écarts d’évaluation nets : +300
Capitaux propres réévalués :
700 + 300 = 1 000
Quote-part acquise :
1 000 × 90 % = 900
Comparaison :
- coût : 800
- quote-part réévaluée : 900
Écart :
800 - 900 = -100
Interprétation
Il existe un écart négatif.
- En référentiel français : écart d’acquisition négatif.
- En IFRS : goodwill négatif / bargain purchase gain.
Réflexe professionnel
Avant de valider ce résultat, il faut :
- vérifier la juste valeur des actifs et passifs identifiables ;
- recontrôler l’impôt différé ;
- s’assurer que le prix d’acquisition est complet ;
- confirmer qu’il s’agit bien d’une acquisition à prix avantageux.
12. Impacts sur les états financiers consolidés
12.1 Sur le bilan consolidé / état de la situation financière
Les écarts d’évaluation et le goodwill modifient la structure de l’actif et parfois du passif consolidé.
On verra apparaître :
- des actifs réévalués ;
- éventuellement des incorporels identifiables supplémentaires ;
- des passifs réestimés ;
- un goodwill distinct.
Cela améliore la pertinence économique de l’information consolidée par rapport aux seuls comptes individuels historiques.
12.2 Sur le compte de résultat consolidé
Les conséquences ultérieures dépendent de la nature des éléments :
- amortissements des écarts d’évaluation sur actifs amortissables ;
- consommation des stocks réévalués ;
- éventuelles dépréciations ;
- amortissement de l’écart d’acquisition en référentiel français ;
- dépréciation éventuelle du goodwill en IFRS.
12.3 Sur l’analyse financière du groupe
Le traitement correct des écarts d’évaluation et du goodwill influence :
- le niveau des immobilisations ;
- les capitaux propres consolidés ;
- le résultat futur ;
- les ratios de rentabilité et de structure.
Un goodwill élevé peut signaler :
- des anticipations fortes de synergies ;
- ou un prix d’acquisition élevé.
À l’inverse, un goodwill faible peut signifier que le prix payé s’explique surtout par des actifs identifiables réévalués.
13. Différences essentielles entre référentiel français et IFRS
13.1 Points communs
Dans les deux référentiels, il faut :
- identifier les actifs et passifs acquis ;
- déterminer les écarts d’évaluation ;
- calculer le reliquat ;
- distinguer un écart positif d’un écart négatif.
13.2 Différences majeures
Terminologie
- ANC / référentiel français : écart d’acquisition
- IFRS : goodwill
Traitement ultérieur
- Référentiel français : logique d’amortissement possible, complétée si besoin par une dépréciation
- IFRS : pas d’amortissement systématique ; logique de dépréciation
Présentation du goodwill
- En IFRS, on distingue goodwill partiel et goodwill complet.
- Cette distinction n’est pas formulée de la même façon dans le référentiel français.
Écart négatif
- En français : écart d’acquisition négatif
- En IFRS : goodwill négatif / bargain purchase gain
14. Méthode de résolution pas à pas en dossier de consolidation
Pour traiter correctement un dossier, il est utile de suivre une méthode stable.
Étape 1 : repérer la date d’entrée
Le calcul se fait à la date d’entrée dans le périmètre. Il faut donc isoler les capitaux propres à cette date, et non à la clôture si celle-ci est postérieure.
Étape 2 : calculer la quote-part dans les capitaux propres comptables
On applique le pourcentage d’intérêt de la société consolidante aux capitaux propres comptables à la date d’entrée.
Étape 3 : recenser les actifs et passifs identifiables à réévaluer
Il faut lister méthodiquement :
- immobilisations corporelles ;
- immobilisations incorporelles identifiables ;
- stocks ;
- provisions ou passifs latents ;
- fiscalité différée.
Étape 4 : calculer l’écart d’évaluation net
On additionne les plus-values et moins-values latentes, puis on intègre les impôts différés.
Étape 5 : déterminer la quote-part acquise dans les capitaux propres réévalués
C’est cette base qu’il faut comparer au coût d’acquisition.
Étape 6 : calculer le reliquat
- reliquat positif : écart d’acquisition / goodwill positif ;
- reliquat négatif : écart d’acquisition négatif / bargain purchase gain.
Étape 7 : préparer les conséquences ultérieures
Il faut identifier :
- les écarts d’évaluation amortissables ;
- les écarts non amortissables ;
- le régime du goodwill selon le référentiel.
15. Erreurs fréquentes à éviter
1. Confondre écart d’évaluation et goodwill
Tout écart entre prix payé et capitaux propres comptables n’est pas du goodwill. Il faut d’abord rechercher les actifs et passifs identifiables à réévaluer.
2. Oublier l’impôt différé
C’est l’une des erreurs les plus pénalisantes. L’écart d’évaluation doit souvent être raisonné net d’impôt différé.
3. Utiliser les capitaux propres de clôture au lieu de ceux de la date d’entrée
Le calcul initial se fait à l’entrée dans le périmètre.
4. Oublier le suivi ultérieur
Le traitement ne s’arrête pas au calcul initial. Les écarts d’évaluation et le goodwill ont des impacts sur les exercices suivants.
5. Appliquer un amortissement IFRS au goodwill
En IFRS, la logique est celle de la dépréciation, non de l’amortissement systématique.
6. Valider trop vite un goodwill négatif
Un badwill doit conduire à une revue critique des évaluations.
16. Cas d’application synthétique
Énoncé
La société A acquiert 75 % de B pour 900.
À la date d’entrée, les capitaux propres comptables de B sont de 1 000.
Éléments identifiés :
- immeuble : +160 ;
- brevet identifiable : +40 ;
- provision à constater : -20.
Taux d’impôt : 25 %.
Étape 1 : écart brut d’évaluation
160 + 40 - 20 = 180
Étape 2 : impôt différé
180 × 25 % = 45
Étape 3 : écart net d’évaluation
180 - 45 = 135
Étape 4 : capitaux propres réévalués
1 000 + 135 = 1 135
Étape 5 : quote-part acquise
1 135 × 75 % = 851,25
Étape 6 : goodwill / écart d’acquisition
900 - 851,25 = 48,75
Conclusion
- En référentiel français : écart d’acquisition positif de 48,75.
- En IFRS : goodwill positif de 48,75.
Conséquences ultérieures
- l’immeuble réévalué pourra entraîner un amortissement complémentaire s’il est amortissable selon sa nature ;
- le brevet identifiable donnera lieu à amortissement s’il a une durée d’utilité finie ;
- le goodwill suivra le régime du référentiel : amortissement/dépréciation en français, dépréciation en IFRS.
17. Points à retenir
- Le traitement des écarts d’évaluation et d’acquisition / goodwill fait partie des retraitements de consolidation dans le processus d’élaboration des comptes de groupe.
- Les écarts d’évaluation correspondent à la réallocation de l’écart d’acquisition vers des actifs et passifs identifiables.
- Le reliquat constitue :
- un écart d’acquisition en référentiel français ;
- un goodwill en IFRS.
- En référentiel français, l’écart d’acquisition peut être positif ou négatif et suit une logique d’amortissement et, si nécessaire, de dépréciation.
- En IFRS, le goodwill peut être positif, partiel ou complet, et il relève d’une logique de dépréciation.
- Le goodwill négatif en IFRS correspond à un bargain purchase gain et suppose une vérification rigoureuse des évaluations.
- Les impôts différés doivent être intégrés dans le calcul des écarts d’évaluation.
- Les effets ultérieurs influencent le résultat consolidé, le bilan consolidé et l’analyse financière du groupe.
Mémo opérationnel
Formule de base
Goodwill / écart d’acquisition = coût d’acquisition – quote-part acquise dans les capitaux propres réévalués
Capitaux propres réévalués
Capitaux propres comptables + écarts d’évaluation nets d’impôt différé
Séquence de travail
- Identifier la date d’entrée
- Calculer les capitaux propres comptables à cette date
- Recenser les écarts d’évaluation
- Intégrer les impôts différés
- Calculer la quote-part acquise
- Comparer avec le coût d’acquisition
- Distinguer écart positif ou négatif
- Prévoir le traitement ultérieur selon le référentiel
Différence clé ANC / IFRS
- ANC : écart d’acquisition, amortissement possible + dépréciation
- IFRS : goodwill, pas d’amortissement systématique, dépréciation
Conclusion
Le traitement des écarts d’évaluation, de l’écart d’acquisition et du goodwill est l’un des moments les plus techniques mais aussi les plus révélateurs de la logique de consolidation. Il permet de passer d’une vision juridique fondée sur la détention de titres à une vision économique fondée sur les actifs, passifs et performances réelles du groupe.
Bien maîtrisé, ce traitement permet :
- de produire une information consolidée plus fidèle ;
- d’expliquer les différences entre référentiel français et IFRS ;
- d’anticiper les impacts futurs sur les résultats consolidés.
Dans la progression du cours, cette leçon prépare naturellement l’étude du partage des capitaux propres entre groupe et intérêts minoritaires, ainsi que la présentation des documents de synthèse consolidés.