Décisions d’investissement en milieu certain

Classer les projets d’investissement en milieu certain, traiter les projets mutuellement exclusifs ou liés et mesurer la création de valeur économique.

Objectifs de la leçon

Dans cette leçon, on cherche à maîtriser les compétences suivantes :

  • évaluer l’opportunité d’un investissement ou d’un désinvestissement ;
  • évaluer et classer des projets en milieu certain ;
  • déterminer la création de valeur à travers la décision d’investissement ;
  • appliquer les critères de sélection des projets d’investissement ;
  • conseiller en matière d’investissement et de financement pour des projets, dans le seul cadre ici étudié : le milieu certain.

Cette leçon prolonge les notions de valeur, d’actualisation et de coût du capital vues plus tôt en finance, notamment dans les leçons sur le CMPC, le MEDAF et l’évaluation par les flux. Ici, l’enjeu n’est plus d’évaluer une entreprise entière, mais de décider si un projet d’investissement doit être retenu, rejeté ou hiérarchisé.


1. Qu’est-ce qu’une décision d’investissement en milieu certain ?

1.1 Définition de l’investissement

Un investissement est une décision qui consiste à engager aujourd’hui des ressources financières dans l’espoir de générer des avantages économiques futurs.

Dans une logique financière, un projet d’investissement se traduit par :

  • une dépense initiale ou plusieurs décaissements ;
  • des flux nets de trésorerie futurs attendus ;
  • parfois une valeur résiduelle en fin de projet.

L’investissement peut concerner, par exemple :

  • l’achat d’une machine ;
  • l’ouverture d’un site de production ;
  • le remplacement d’un équipement ;
  • un projet informatique ;
  • un projet logistique ;
  • un désinvestissement, c’est-à-dire l’abandon ou la cession d’un actif, si cette décision crée davantage de valeur que la poursuite de son exploitation.

1.2 Définition du milieu certain

Le milieu certain désigne une situation dans laquelle les flux futurs du projet sont supposés connus avec certitude.

Autrement dit :

  • les montants des encaissements et décaissements futurs sont fixés ;
  • leur date de survenance est connue ;
  • il n’y a pas ici d’aléa probabilisable à traiter.

Cette hypothèse est évidemment simplificatrice. Dans la réalité, l’incertitude existe presque toujours. Mais l’étude en milieu certain est fondamentale, car elle permet de comprendre la logique de base des critères de sélection des projets d’investissement.

1.3 Pourquoi l’entreprise investit-elle ?

L’entreprise investit pour plusieurs raisons :

  • augmenter sa capacité de production ;
  • réduire ses coûts ;
  • améliorer sa qualité ;
  • se conformer à une exigence réglementaire ;
  • moderniser son outil de travail ;
  • soutenir sa stratégie de croissance.

Mais du point de vue financier, une règle domine :

un investissement est souhaitable s’il crée de la valeur.

Créer de la valeur signifie que les flux futurs générés par le projet compensent non seulement la dépense initiale, mais aussi le coût du temps et de l’immobilisation des capitaux.


2. La logique financière de la décision d’investissement

2.1 Le principe fondamental : comparer des flux à des dates différentes

La difficulté essentielle d’une décision d’investissement est que l’on compare :

  • un décaissement immédiat ;
  • des encaissements futurs.

Or un euro aujourd’hui n’a pas la même valeur qu’un euro demain. C’est la logique de la valeur temps de l’argent.

Il faut donc ramener les flux futurs à une base comparable, c’est-à-dire à leur valeur actuelle.

2.2 Le taux d’actualisation

Le taux d’actualisation représente le rendement minimal exigé pour rémunérer les capitaux engagés dans le projet.

Dans la pratique du programme de finance, ce taux est souvent rapproché du :

  • coût du capital ;
  • ou plus précisément du coût moyen pondéré du capital (CMPC) lorsque l’on raisonne sur des flux globaux du projet.

Le rôle du taux d’actualisation est double :

  • tenir compte du temps ;
  • exprimer l’exigence de rentabilité minimale.

2.3 La création de valeur

Un projet crée de la valeur lorsque la richesse actualisée qu’il apporte est supérieure au capital investi.

Cette idée est centrale : la décision d’investissement n’est pas seulement une question de récupération des fonds engagés, mais une question de rentabilité économique suffisante au regard des capitaux mobilisés.


3. Les flux à retenir pour évaluer un projet

Avant d’appliquer les critères de sélection, il faut déterminer correctement les flux nets de trésorerie du projet.

3.1 Les flux pertinents

Les flux à retenir sont les flux :

  • différentiels : on compare la situation avec projet et sans projet ;
  • encaissés ou décaissés : on raisonne en trésorerie, pas en résultat comptable ;
  • attribuables au projet ;
  • datés.

3.2 Composantes classiques des flux

On retrouve généralement :

  • l’investissement initial : acquisition, installation, formation, besoin de mise en route ;
  • les flux nets d’exploitation annuels ;
  • la variation éventuelle du besoin en fonds de roulement d’exploitation si elle est fournie dans le cas ;
  • la valeur résiduelle en fin de projet.

3.3 Ce qu’il ne faut pas confondre

Il ne faut pas confondre :

  • résultat comptable et flux de trésorerie ;
  • charge d’amortissement et sortie de trésorerie ;
  • coût déjà engagé et coût pertinent.

Même en milieu certain, une mauvaise identification des flux conduit à une mauvaise décision.


4. Les critères de sélection des projets d’investissement

Les critères de sélection des projets d’investissement sont les outils qui permettent d’évaluer et classer des projets en milieu certain.

Les principaux critères à maîtriser sont :

  • la Valeur Actuelle Nette (VAN) ;
  • le Taux Interne de Rentabilité (TRI) ;
  • le délai de récupération du capital investi ;
  • l’indice de profitabilité.

Tous n’ont pas la même portée. Le critère de référence pour la création de valeur reste la VAN.


5. La Valeur Actuelle Nette (VAN)

5.1 Définition

La Valeur Actuelle Nette (VAN) est la différence entre :

  • la somme des flux nets de trésorerie futurs actualisés ;
  • et l’investissement initial.

Formellement :

VAN = somme des flux actualisés – investissement initial

5.2 Interprétation

La VAN mesure directement la création de valeur du projet.

  • VAN > 0 : le projet crée de la valeur ; il est acceptable.
  • VAN = 0 : le projet couvre exactement le coût des capitaux engagés ; il est neutre.
  • VAN < 0 : le projet détruit de la valeur ; il doit être rejeté.

5.3 Pourquoi la VAN est le critère fondamental

La VAN est généralement considérée comme le meilleur critère de décision car elle :

  • tient compte de la totalité des flux du projet ;
  • tient compte de la chronologie des flux ;
  • intègre le coût du capital via l’actualisation ;
  • exprime directement la richesse créée.

Elle répond donc parfaitement à l’objectif : déterminer la création de valeur à travers la décision d’investissement.

5.4 Exemple simple

Une entreprise hésite à acheter une machine coûtant 100 000 €. Elle générera des flux nets de trésorerie de 30 000 € par an pendant 4 ans. Le taux d’actualisation est de 8 %.

Facteurs d’actualisation approximatifs :

  • année 1 : 0,926
  • année 2 : 0,857
  • année 3 : 0,794
  • année 4 : 0,735

Flux actualisés :

  • année 1 : 30 000 × 0,926 = 27 780
  • année 2 : 30 000 × 0,857 = 25 710
  • année 3 : 30 000 × 0,794 = 23 820
  • année 4 : 30 000 × 0,735 = 22 050

Somme des flux actualisés = 99 360 €

Donc :

VAN = 99 360 – 100 000 = –640 €

Conclusion : la VAN est légèrement négative. Le projet ne couvre pas totalement l’exigence de rentabilité de 8 %. Il est donc, en stricte logique financière, à rejeter.

5.5 Ce que signifie concrètement une VAN positive

Si la VAN avait été de 12 000 €, cela aurait signifié que, après remboursement implicite de l’investissement initial et rémunération normale des capitaux au taux requis, le projet aurait encore apporté 12 000 € de richesse supplémentaire.


6. Le Taux Interne de Rentabilité (TRI)

6.1 Définition

Le Taux Interne de Rentabilité (TRI) est le taux d’actualisation pour lequel la VAN du projet est égale à zéro.

Autrement dit, c’est le taux qui égalise :

  • le montant investi aujourd’hui ;
  • la valeur actuelle des flux futurs.

6.2 Règle de décision

  • si TRI > taux requis : le projet est acceptable ;
  • si TRI = taux requis : le projet est neutre ;
  • si TRI < taux requis : le projet est rejeté.

6.3 Intérêt du TRI

Le TRI exprime la rentabilité du projet sous forme de taux, ce qui est intuitif pour les décideurs.

Il permet de répondre à la question :

« Quel rendement annuel implicite procure ce projet ? »

6.4 Limites du TRI

Le TRI est utile, mais il présente plusieurs limites :

  • il peut conduire à des classements différents de ceux de la VAN ;
  • il raisonne en pourcentage et non en valeur créée absolue ;
  • il peut être ambigu dans certains profils de flux, même si cette difficulté est moins centrale dans les cas simples de milieu certain.

6.5 Exemple d’interprétation

Si un projet a un TRI de 11 % et que le taux minimal exigé par l’entreprise est 8 %, le projet est acceptable.

Mais cela ne signifie pas automatiquement qu’il est meilleur qu’un autre projet. Pour comparer des projets concurrents, il faut revenir à la VAN, surtout si les montants investis ou la durée diffèrent.


7. Le délai de récupération du capital investi

7.1 Définition

Le délai de récupération mesure le temps nécessaire pour que les flux générés par le projet remboursent la mise initiale.

Il peut être calculé :

  • en version simple : sans actualisation ;
  • ou en version actualisée : avec actualisation.

7.2 Intérêt

Ce critère est apprécié pour sa simplicité. Il renseigne sur :

  • la rapidité de récupération des fonds ;
  • l’exposition temporelle du projet.

7.3 Limites

Le délai de récupération est un critère secondaire car :

  • il ne tient pas toujours compte de tous les flux ;
  • en version simple, il ignore la valeur temps ;
  • il ne mesure pas directement la création de valeur.

Un projet peut récupérer rapidement sa mise et pourtant créer peu de valeur. Inversement, un projet plus long peut être beaucoup plus créateur de richesse.

7.4 Exemple

Investissement initial : 120 000 €

Flux annuels :

  • année 1 : 40 000 €
  • année 2 : 50 000 €
  • année 3 : 45 000 €
  • année 4 : 30 000 €

Cumul :

  • fin année 1 : 40 000
  • fin année 2 : 90 000
  • fin année 3 : 135 000

La récupération intervient pendant l’année 3.

Montant restant à récupérer après l’année 2 :

120 000 – 90 000 = 30 000 €

Part de l’année 3 nécessaire :

30 000 / 45 000 = 0,667

Délai de récupération ≈ 2,67 ans.

Ce résultat est utile, mais il ne suffit pas à lui seul pour décider.


8. L’indice de profitabilité

8.1 Définition

L’indice de profitabilité rapporte la valeur actuelle des flux futurs à l’investissement initial.

Formule :

Indice de profitabilité = valeur actuelle des flux futurs / investissement initial

8.2 Règle de décision

  • si l’indice est supérieur à 1, le projet est acceptable ;
  • s’il est égal à 1, il est neutre ;
  • s’il est inférieur à 1, il est rejeté.

8.3 Intérêt

Ce critère permet de raisonner en rentabilité relative par euro investi. Il est particulièrement utile lorsque les ressources sont limitées et qu’il faut comparer l’efficacité de plusieurs projets.

8.4 Limite

Comme le TRI, il ne mesure pas directement le montant absolu de richesse créée. Deux projets peuvent avoir des indices différents alors que celui qui a l’indice le plus faible crée davantage de valeur en euros.


9. Comment évaluer l’opportunité d’un investissement ?

Évaluer l’opportunité d’un investissement consiste à répondre à une question simple en apparence :

« Faut-il investir ? »

En réalité, la réponse suppose une démarche structurée.

9.1 Étape 1 : identifier le projet et ses flux

Il faut déterminer :

  • le coût initial ;
  • les flux nets de trésorerie annuels ;
  • la durée du projet ;
  • la valeur résiduelle éventuelle.

9.2 Étape 2 : choisir le taux d’actualisation

Le taux doit être cohérent avec l’exigence de rentabilité minimale du financeur du projet.

9.3 Étape 3 : appliquer les critères de sélection

On calcule au minimum :

  • la VAN ;
  • le TRI ;
  • éventuellement le délai de récupération ;
  • éventuellement l’indice de profitabilité.

9.4 Étape 4 : interpréter

L’interprétation doit être hiérarchisée :

  1. La VAN dit si le projet crée de la valeur.
  2. Le TRI donne une lecture en taux.
  3. Le délai de récupération renseigne sur la rapidité de retour.
  4. L’indice de profitabilité aide à comparer l’efficacité relative des capitaux investis.

9.5 Étape 5 : formuler un conseil

Dans le cadre du DSCG, il ne suffit pas de calculer. Il faut conseiller.

Exemple de formulation professionnelle :

  • « Le projet est financièrement acceptable car sa VAN est positive de 18 500 €, ce qui signifie qu’il crée de la valeur au-delà du rendement exigé. »
  • « Malgré un TRI satisfaisant, le projet B doit être écarté au profit du projet A, car sa VAN est inférieure et il crée donc moins de valeur absolue. »

10. Comment évaluer l’opportunité d’un désinvestissement ?

Le programme vise aussi la capacité à évaluer l’opportunité d’un investissement ou d’un désinvestissement.

Le désinvestissement consiste à céder, arrêter ou remplacer un actif lorsque sa conservation n’est plus la meilleure option.

10.1 La logique

Il ne faut pas raisonner seulement en termes de « sortie d’un actif », mais en termes de comparaison entre deux situations :

  • conserver l’actif ;
  • s’en séparer ou le remplacer.

10.2 Méthode

On compare les flux de trésorerie des scénarios :

  • scénario 1 : poursuite de l’exploitation ;
  • scénario 2 : désinvestissement / remplacement.

Le bon choix est celui qui offre la plus forte création de valeur.

10.3 Exemple simplifié

Une machine ancienne peut encore être utilisée 3 ans, mais elle génère de forts coûts de maintenance. Une machine neuve coûte 150 000 € mais réduit les charges et améliore la productivité.

La décision n’est pas : « la machine ancienne est-elle amortie ? »

La vraie question est :

« La valeur actuelle des économies et gains futurs apportés par la nouvelle machine excède-t-elle son coût net d’acquisition, compte tenu de la valeur de revente de l’ancienne ? »

Le raisonnement reste donc un raisonnement de VAN différentielle.


11. Classer des projets en milieu certain

Le programme exige de classer des projets en milieu certain. Cela suppose de distinguer plusieurs cas.

11.1 Cas 1 : projets indépendants

Des projets indépendants peuvent être réalisés simultanément.

Exemple :

  • moderniser un entrepôt ;
  • installer un logiciel de planification ;
  • remplacer une flotte de véhicules.

Dans ce cas, on peut accepter tous les projets dont la VAN est positive, sous réserve des contraintes de financement.

11.2 Cas 2 : projets mutuellement exclusifs

Des projets mutuellement exclusifs sont des projets entre lesquels il faut choisir, car la réalisation de l’un empêche celle de l’autre.

Exemple :

  • choisir entre deux machines remplissant la même fonction ;
  • choisir entre deux sites d’implantation ;
  • choisir entre deux technologies alternatives.

Dans ce cas, il faut classer les projets et retenir celui qui maximise la création de valeur.

11.3 Cas 3 : projets liés

Des projets liés sont des projets dont la rentabilité dépend de leur combinaison.

Exemple :

  • un investissement de production qui n’a de sens qu’avec un investissement logistique ;
  • un projet informatique préalable à un projet d’automatisation.

Ici, l’analyse doit porter sur l’ensemble cohérent des projets et non sur chacun isolément.


12. Les projets mutuellement exclusifs : quelle règle de décision ?

12.1 Pourquoi le classement peut être délicat

Quand plusieurs projets sont mutuellement exclusifs, les critères peuvent donner des résultats divergents.

Par exemple :

  • un projet peut avoir un TRI plus élevé ;
  • mais un autre peut avoir une VAN plus forte.

Cette divergence apparaît notamment lorsque :

  • les montants investis sont différents ;
  • la durée des projets diffère ;
  • la répartition des flux dans le temps n’est pas la même.

12.2 Le critère prioritaire : la VAN

En cas de conflit entre critères, le critère à privilégier est la VAN, car c’est celui qui mesure directement la richesse créée.

12.3 Exemple comparatif

Projet A :

  • investissement initial : 100 000 €
  • VAN : 20 000 €
  • TRI : 14 %

Projet B :

  • investissement initial : 40 000 €
  • VAN : 12 000 €
  • TRI : 18 %

Si les projets sont mutuellement exclusifs, il faut choisir A si l’objectif est de maximiser la valeur créée, même si B présente un TRI plus élevé.

Pourquoi ?

Parce que 20 000 € de valeur créée sont préférables à 12 000 €, dès lors que le financement du projet A est possible.

12.4 Rôle possible de l’indice de profitabilité

L’indice de profitabilité peut compléter l’analyse lorsqu’il existe une contrainte de rationnement du capital. Mais, en logique pure de création de valeur, la VAN demeure le critère central.


13. Les projets liés

13.1 Définition

Des projets liés ne doivent pas être évalués isolément lorsque leur rentabilité dépend de leur combinaison.

13.2 Exemple

Une entreprise envisage :

  • Projet A : automatisation d’une ligne ;
  • Projet B : acquisition d’un logiciel de pilotage.

Le projet A sans B ne fonctionne pas correctement. Le projet B sans A n’a pas d’utilité économique suffisante.

Il faut donc calculer :

  • la VAN de A seul ;
  • la VAN de B seul ;
  • la VAN de l’ensemble A + B.

La décision pertinente peut être :

  • rejeter A seul ;
  • rejeter B seul ;
  • accepter l’ensemble A + B si la VAN combinée est positive.

13.3 Enjeu de conseil

Le professionnel ne doit pas seulement appliquer mécaniquement un critère. Il doit identifier l’interdépendance économique entre projets.


14. Création de valeur et décision d’investissement

14.1 La décision financière doit être cohérente avec l’objectif de valeur

Le programme insiste sur la compétence suivante : déterminer la création de valeur à travers la décision d’investissement.

Cela signifie que l’on ne doit pas s’arrêter à une logique de volume, de croissance ou de récupération comptable. La bonne décision est celle qui augmente la richesse économique.

14.2 Création de valeur et coût du capital

Un projet peut dégager des encaissements importants et pourtant ne pas créer de valeur si ces encaissements sont insuffisants au regard du coût des capitaux immobilisés.

Exemple :

  • investissement : 1 000 000 € ;
  • flux futurs actualisés : 980 000 €.

L’entreprise récupère presque sa mise, mais elle ne couvre pas l’exigence de rentabilité. Il y a donc destruction de valeur de 20 000 €.

14.3 Création de valeur et arbitrage investissement / désinvestissement

La création de valeur peut conduire :

  • à investir dans un nouvel actif ;
  • à désinvestir d’un actif existant ;
  • à remplacer un équipement ;
  • à renoncer à un projet séduisant sur le plan commercial mais insuffisant sur le plan financier.

14.4 Ne pas confondre création de chiffre d’affaires et création de valeur

Un projet qui augmente le chiffre d’affaires n’est pas nécessairement créateur de valeur.

Il faut tenir compte :

  • des coûts induits ;
  • du montant immobilisé ;
  • de la durée ;
  • du rendement exigé.

15. Méthode complète de résolution d’un cas

Voici une méthode simple et rigoureuse pour traiter un dossier de décision d’investissement en milieu certain.

Étape 1 : qualifier le problème

Identifier si l’on est face à :

  • un projet unique ;
  • des projets indépendants ;
  • des projets mutuellement exclusifs ;
  • des projets liés ;
  • une décision de désinvestissement ou de remplacement.

Étape 2 : recenser les flux pertinents

Lister :

  • investissement initial ;
  • flux annuels ;
  • valeur résiduelle ;
  • flux différentiels éventuels.

Étape 3 : actualiser les flux

Utiliser le taux d’actualisation fourni ou retenu.

Étape 4 : calculer les critères

Calculer au minimum :

  • VAN ;
  • TRI si demandé ;
  • délai de récupération ;
  • indice de profitabilité si utile.

Étape 5 : classer les projets

  • projets indépendants : retenir ceux à VAN positive ;
  • projets exclusifs : choisir la VAN la plus élevée ;
  • projets liés : raisonner sur la combinaison pertinente.

Étape 6 : formuler la recommandation

La conclusion doit être argumentée :

  • chiffrée ;
  • hiérarchisée ;
  • explicitement reliée à la création de valeur.

16. Cas pratique d’application

16.1 Énoncé

Une entreprise industrielle doit choisir entre deux équipements mutuellement exclusifs.

  • Projet A

    • investissement initial : 200 000 €
    • flux annuels pendant 4 ans : 70 000 €
    • valeur résiduelle : 20 000 € en année 4
  • Projet B

    • investissement initial : 140 000 €
    • flux annuels pendant 4 ans : 50 000 €
    • valeur résiduelle : 10 000 € en année 4

Taux d’actualisation : 10 %

Facteurs d’actualisation :

  • année 1 : 0,909
  • année 2 : 0,826
  • année 3 : 0,751
  • année 4 : 0,683

16.2 Calcul de la VAN du projet A

Flux actualisés d’exploitation :

  • année 1 : 70 000 × 0,909 = 63 630
  • année 2 : 70 000 × 0,826 = 57 820
  • année 3 : 70 000 × 0,751 = 52 570
  • année 4 : 70 000 × 0,683 = 47 810

Valeur résiduelle actualisée :

  • 20 000 × 0,683 = 13 660

Total des flux actualisés :

63 630 + 57 820 + 52 570 + 47 810 + 13 660 = 235 490 €

VAN A = 235 490 – 200 000 = 35 490 €

16.3 Calcul de la VAN du projet B

Flux actualisés d’exploitation :

  • année 1 : 50 000 × 0,909 = 45 450
  • année 2 : 50 000 × 0,826 = 41 300
  • année 3 : 50 000 × 0,751 = 37 550
  • année 4 : 50 000 × 0,683 = 34 150

Valeur résiduelle actualisée :

  • 10 000 × 0,683 = 6 830

Total des flux actualisés :

45 450 + 41 300 + 37 550 + 34 150 + 6 830 = 165 280 €

VAN B = 165 280 – 140 000 = 25 280 €

16.4 Interprétation

Les deux projets ont une VAN positive : ils sont donc tous deux acceptables pris isolément.

Mais ils sont mutuellement exclusifs. Il faut donc choisir celui qui crée le plus de valeur.

  • VAN A = 35 490 €
  • VAN B = 25 280 €

Conclusion : le projet A doit être retenu.

16.5 Commentaire professionnel

Le projet A exige un investissement plus important, mais il crée davantage de richesse actualisée. Si l’entreprise ne fait face à aucune contrainte majeure de financement, il est rationnel de le privilégier.


17. Pièges fréquents dans les décisions d’investissement

17.1 Se focaliser sur le résultat comptable

La décision d’investissement se prend sur la base de flux de trésorerie, pas du résultat comptable.

17.2 Confondre rentabilité relative et création de valeur

Un TRI élevé ne signifie pas forcément que le projet est préférable si sa VAN est plus faible.

17.3 Oublier la valeur résiduelle

La valeur de revente ou de sortie en fin de projet peut modifier sensiblement la décision.

17.4 Mal traiter les projets liés

Évaluer séparément des projets interdépendants conduit à une mauvaise lecture économique.

17.5 Utiliser un critère unique sans recul

Même si la VAN est prioritaire, la lecture croisée avec le TRI et le délai de récupération peut enrichir le conseil au dirigeant.


18. Conseiller le dirigeant : au-delà du calcul

La compétence attendue ne se limite pas à calculer une VAN. Il faut conseiller en matière d’investissement et de financement pour des projets.

Dans cette leçon, le volet financement n’est abordé qu’à travers la cohérence générale de la décision : un projet n’a de sens que s’il crée de la valeur au regard du coût des capitaux mobilisés.

18.1 Ce qu’un conseil pertinent doit contenir

Un conseil professionnel doit préciser :

  • si le projet est acceptable ;
  • pourquoi il l’est ou non ;
  • quel critère justifie prioritairement la recommandation ;
  • quel est le niveau de valeur créée ;
  • s’il existe un arbitrage entre plusieurs projets.

18.2 Exemple de formulation

« Le projet présente une VAN positive de 35 490 €, ce qui signifie qu’il dégage une richesse supplémentaire après rémunération des capitaux au taux requis de 10 %. Dans le cadre d’un choix exclusif, il doit être préféré au projet B, dont la VAN est inférieure. »

18.3 Importance de la cohérence stratégique

Même en milieu certain, la décision financière doit rester cohérente avec :

  • la capacité de financement de l’entreprise ;
  • son horizon stratégique ;
  • ses contraintes opérationnelles.

Mais dans le périmètre de cette leçon, l’axe central demeure la sélection financière des projets.


19. Synthèse des règles de décision

19.1 Projet unique

  • VAN > 0 : accepter
  • VAN < 0 : rejeter

Le TRI, le délai de récupération et l’indice de profitabilité complètent l’analyse.

19.2 Projets indépendants

  • accepter tous les projets à VAN positive, sous réserve des ressources disponibles.

19.3 Projets mutuellement exclusifs

  • choisir le projet à VAN la plus élevée.

19.4 Projets liés

  • raisonner sur la combinaison de projets et non sur chaque projet isolé.

19.5 Désinvestissement

  • comparer la valeur créée par la conservation de l’actif à celle du scénario de cession, remplacement ou arrêt.

20. Mémo final

À retenir absolument

  • Une décision d’investissement en milieu certain repose sur des flux connus.
  • L’objectif est de déterminer si le projet crée de la valeur.
  • Le critère central est la Valeur Actuelle Nette (VAN).
  • Le TRI exprime une rentabilité en taux, mais ne remplace pas la VAN pour classer des projets exclusifs.
  • Le délai de récupération est un indicateur complémentaire, pas un critère principal de création de valeur.
  • L’indice de profitabilité mesure l’efficacité relative de l’investissement.
  • Pour des projets indépendants, on retient ceux dont la VAN est positive.
  • Pour des projets mutuellement exclusifs, on choisit en priorité la VAN la plus élevée.
  • Pour des projets liés, il faut raisonner sur la combinaison économique pertinente.
  • Un désinvestissement s’analyse comme un arbitrage entre scénarios concurrents.

Formule-clé

VAN = somme des flux nets de trésorerie actualisés – investissement initial

Idée directrice

Un projet est bon non parce qu’il rembourse vite ou affiche un pourcentage flatteur, mais parce qu’il crée une richesse actualisée supérieure au coût des capitaux engagés.