Risques climatiques, limites planétaires et couvertures financières

Identifier les risques physiques et financiers liés au climat, à la raréfaction des ressources, aux matières premières, à l’assurance, à la réassurance et aux dérivés climatiques.

Introduction

Dans la continuité des leçons précédentes sur la gestion des risques et de la trésorerie (leçons 39 à 41), cette leçon traite d’un champ devenu central en finance d’entreprise : les risques liés au climat et aux autres limites planétaires, ainsi que les principaux instruments permettant de les couvrir.

L’enjeu est double :

  • comprendre la nature des risques physiques et financiers liés au changement climatique et à la raréfaction des ressources ;
  • identifier les grandes familles d’outils de couverture mobilisables : assurance, réassurance, dérivés climatiques et dérivés sur matières premières.

Il ne s’agit pas ici d’entrer dans des modèles mathématiques sophistiqués, mais de savoir qualifier un risque, relier ce risque à l’activité de l’entreprise, puis choisir un mécanisme de protection adapté.


Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • définir les risques liés au climat et aux autres limites planétaires ;
  • distinguer les risques physiques des risques financiers ;
  • comprendre pourquoi ces risques affectent la trésorerie, les coûts, la rentabilité et la continuité d’exploitation ;
  • expliquer le rôle de l’assurance et de la réassurance des risques climatiques ;
  • présenter le fonctionnement général des dérivés climatiques ;
  • présenter le fonctionnement général des dérivés de couverture sur les prix des matières premières ;
  • relier ces instruments à une logique globale de gestion des risques et de la trésorerie.

1. La place des risques climatiques dans la gestion des risques et de la trésorerie

Le programme rattache cette question au bloc « Gérer les risques et la trésorerie ». Ce rattachement est essentiel : un risque climatique n’est pas seulement un sujet environnemental ou extra-financier. C’est aussi un risque financier concret.

1.1 Pourquoi le climat devient un sujet de finance d’entreprise

Une entreprise peut subir un choc climatique de plusieurs manières :

  • destruction d’un site de production par inondation ;
  • interruption d’activité à cause d’une canicule ou d’un incendie ;
  • hausse du coût de l’énergie, de l’eau ou des matières premières ;
  • baisse de rendement agricole ;
  • perturbation logistique ;
  • augmentation des primes d’assurance ;
  • difficultés d’approvisionnement dues à la raréfaction de certaines ressources.

Ces événements ont des conséquences immédiates sur :

  • le chiffre d’affaires ;
  • les charges d’exploitation ;
  • le besoin en fonds de roulement ;
  • la trésorerie ;
  • la capacité de remboursement ;
  • la valeur de l’entreprise.

Autrement dit, un risque climatique devient un sujet de finance dès lors qu’il modifie les flux de trésorerie attendus ou augmente leur incertitude.

1.2 Le lien avec les leçons précédentes

  • Dans la leçon 39, la trésorerie centralisée visait à mieux absorber les déséquilibres financiers.
  • Dans les leçons 40 et 41, les instruments de couverture servaient à neutraliser des risques de marché, respectivement taux et change.
  • Ici, la logique est similaire : il s’agit encore de réduire l’exposition d’une entreprise à un aléa défavorable.

La différence est que le risque climatique est souvent :

  • plus diffus ;
  • plus multidimensionnel ;
  • parfois non assurable intégralement ;
  • parfois indirect, via la chaîne d’approvisionnement ou les prix des intrants.

2. Les risques liés au climat et aux autres limites planétaires

Le programme vise à gérer les risques liés au climat et aux autres limites planétaires. Il faut donc commencer par définir précisément l’objet.

2.1 Le risque climatique

Le risque climatique désigne l’ensemble des conséquences défavorables, présentes ou futures, résultant du changement climatique pour l’entreprise.

On distingue classiquement deux grandes familles :

  • les risques physiques ;
  • les risques financiers liés à ces évolutions.

2.2 Les autres limites planétaires

La formulation du programme ne se limite pas au climat. Elle évoque aussi les autres limites planétaires, ce qui renvoie à des contraintes environnementales plus larges :

  • raréfaction de l’eau ;
  • pression sur les sols ;
  • perte de biodiversité ;
  • tensions sur certaines ressources naturelles ;
  • volatilité accrue des matières premières.

Dans le cadre de cette leçon, il faut surtout comprendre que ces limites planétaires créent des risques économiques et financiers comparables à ceux du climat : hausse des coûts, ruptures d’approvisionnement, baisse de productivité, nécessité d’investissements d’adaptation.

2.3 Pourquoi parler de « risques physiques et financiers »

Le programme mentionne explicitement la nécessité de sensibiliser aux instruments de couverture des risques physiques et financiers.

Cette distinction est fondamentale.

A. Les risques physiques

Les risques physiques sont les dommages ou perturbations directement causés par un phénomène naturel ou climatique.

Exemples :

  • tempête détruisant un entrepôt ;
  • sécheresse réduisant une production agricole ;
  • inondation interrompant l’activité d’un magasin ;
  • épisode de gel affectant les récoltes ;
  • canicule diminuant la productivité d’un site industriel.

Ces risques ont un impact direct sur l’outil de production ou sur l’exploitation.

B. Les risques financiers

Les risques financiers désignent ici les conséquences monétaires de ces événements ou de ces tensions environnementales.

Exemples :

  • hausse du prix du blé, du gaz, du pétrole ou des métaux ;
  • augmentation des coûts de transport ;
  • volatilité des prix de l’électricité ;
  • hausse des primes d’assurance ;
  • perte de marge due à la hausse des intrants ;
  • baisse des flux de trésorerie futurs.

Le risque financier peut être la conséquence d’un risque physique, mais aussi d’une tension plus large sur les ressources.


3. Typologie des expositions de l’entreprise

Pour bien choisir une couverture, il faut d’abord cartographier l’exposition de l’entreprise.

3.1 Exposition directe

L’entreprise est touchée directement lorsque le phénomène affecte ses propres actifs ou son exploitation.

Exemples :

  • usine située en zone inondable ;
  • hôtel dépendant de l’enneigement ;
  • exploitation agricole exposée à la sécheresse ;
  • réseau de distribution dépendant de températures saisonnières.

3.2 Exposition indirecte

L’entreprise peut aussi être touchée sans subir elle-même le phénomène physique.

Exemples :

  • un fournisseur de composants voit sa production interrompue ;
  • le prix d’une matière première augmente fortement ;
  • un transporteur répercute la hausse du carburant ;
  • un assureur augmente les franchises et les primes.

3.3 Exposition en volume et exposition en prix

Cette distinction aide à choisir le bon outil.

  • Exposition en volume : l’entreprise risque une baisse de quantité produite ou vendue.
    • Exemple : un agriculteur récolte moins à cause de la sécheresse.
  • Exposition en prix : l’entreprise subit une hausse ou une baisse défavorable des prix.
    • Exemple : un industriel voit le prix de l’aluminium augmenter.

En pratique :

  • l’assurance intervient souvent sur les conséquences d’un dommage ou d’une perte d’exploitation ;
  • les dérivés interviennent plus volontiers sur une variable mesurable : température, pluviométrie, prix d’une matière première.

4. Assurance des risques climatiques

Le programme vise explicitement l’assurance des risques climatiques.

4.1 Définition et fonction

L’assurance est un mécanisme de transfert de risque par lequel une entreprise verse une prime à un assureur en échange d’un engagement d’indemnisation si un événement garanti survient.

Dans le cas des risques climatiques, l’assurance permet de couvrir tout ou partie des conséquences financières d’un événement comme :

  • tempête ;
  • grêle ;
  • inondation ;
  • incendie ;
  • catastrophe naturelle selon le cadre contractuel applicable ;
  • perte d’exploitation consécutive à un sinistre.

4.2 Pourquoi l’assurance est utile

L’assurance remplit plusieurs fonctions financières :

  • elle stabilise la trésorerie après un sinistre ;
  • elle protège la continuité d’exploitation ;
  • elle réduit le risque de rupture de liquidité ;
  • elle facilite parfois l’accès au financement, car les prêteurs apprécient une meilleure maîtrise des risques.

4.3 Ce que l’assurance couvre concrètement

Sans entrer dans le détail contractuel, on peut distinguer :

  • les dommages aux biens : bâtiments, machines, stocks ;
  • la perte d’exploitation : compensation partielle de la marge perdue ou des frais fixes supportés pendant l’arrêt ;
  • certaines garanties spécifiques selon le secteur.

4.4 Les limites de l’assurance

L’assurance n’est pas une solution universelle.

Elle présente plusieurs limites :

  • existence de franchises ;
  • plafonds d’indemnisation ;
  • exclusions contractuelles ;
  • hausse des primes lorsque la sinistralité augmente ;
  • difficulté à assurer certains risques devenus trop fréquents ou trop coûteux.

Plus le risque climatique devient systémique, plus l’assureur peut :

  • renchérir la prime ;
  • réduire la couverture ;
  • exiger des mesures de prévention ;
  • refuser certaines garanties.

4.5 Exemple simple

Une entreprise agroalimentaire possède un entrepôt frigorifique en zone exposée aux crues.

  • Valeur des installations : 4 M€
  • Stocks moyens : 1,2 M€
  • Marge mensuelle : 300 000 €

Une inondation immobilise le site pendant 2 mois.

Sans assurance :

  • perte potentielle sur les actifs ;
  • destruction de stocks ;
  • perte de marge ;
  • tension forte sur la trésorerie.

Avec une assurance dommages + perte d’exploitation :

  • indemnisation d’une partie des dommages matériels ;
  • compensation partielle de la perte d’exploitation ;
  • réduction du besoin de financement d’urgence.

L’assurance n’empêche pas le sinistre, mais elle transforme un choc potentiellement fatal en coût plus supportable.


5. Réassurance des risques climatiques

Le programme mentionne aussi la réassurance des risques climatiques. C’est une notion essentielle pour comprendre comment le système assurantiel absorbe des risques de grande ampleur.

5.1 Définition

La réassurance est l’opération par laquelle un assureur transfère à son tour une partie du risque qu’il a accepté à un réassureur.

On dit souvent que la réassurance est « l’assurance des assureurs ».

5.2 Pourquoi la réassurance est nécessaire

Les risques climatiques présentent souvent trois caractéristiques :

  • ils peuvent être massifs ;
  • ils peuvent toucher un grand nombre d’assurés en même temps ;
  • ils peuvent être corrélés géographiquement ou sectoriellement.

Exemple : une tempête majeure peut endommager simultanément des milliers de bâtiments assurés.

Sans réassurance, l’assureur supporterait seul une charge potentiellement insoutenable. La réassurance permet donc :

  • de lisser les pertes ;
  • de préserver la solvabilité des assureurs ;
  • de maintenir une capacité d’assurance sur le marché ;
  • de mutualiser des risques extrêmes à une échelle plus large.

5.3 Intérêt économique pour l’entreprise assurée

L’entreprise n’est pas en relation directe avec le réassureur dans le contrat d’assurance classique, mais la réassurance a un impact indirect important :

  • elle contribue à la stabilité du marché de l’assurance ;
  • elle soutient la capacité des assureurs à proposer des garanties ;
  • elle influence le niveau des primes et des conditions de couverture.

5.4 Limites de la réassurance face au changement climatique

La réassurance ne supprime pas la réalité physique du risque. Lorsque les événements extrêmes deviennent plus fréquents ou plus intenses :

  • le coût de la réassurance augmente ;
  • certaines zones ou activités deviennent plus difficiles à couvrir ;
  • le marché de l’assurance peut se durcir.

Cela montre une idée importante : la couverture financière est nécessaire, mais elle ne remplace pas les mesures de prévention et d’adaptation.


6. Les dérivés climatiques

Le programme mentionne explicitement les dérivés climatiques. Il s’agit d’un outil distinct de l’assurance.

6.1 Définition générale

Un dérivé climatique est un contrat financier dont le règlement dépend de la réalisation d’un indice climatique mesurable, par exemple :

  • température ;
  • niveau de précipitations ;
  • enneigement ;
  • nombre de jours de gel ou de canicule.

Le principe n’est pas d’indemniser un dommage matériel constaté, mais de compenser une perte économique liée à une condition météorologique défavorable.

6.2 Différence entre assurance et dérivé climatique

Cette distinction est fondamentale.

Assurance

  • suppose en général un sinistre ;
  • vise un dommage ou une perte d’exploitation garantie ;
  • nécessite souvent une évaluation du préjudice.

Dérivé climatique

  • repose sur un indice objectif ;
  • ne nécessite pas forcément la preuve d’un dommage matériel ;
  • le paiement dépend du niveau observé de la variable climatique.

6.3 Pourquoi utiliser un dérivé climatique

Un dérivé climatique est utile lorsque l’entreprise subit une sensibilité économique à la météo sans qu’il y ait nécessairement un sinistre assurable.

Exemples :

  • un distributeur de boissons vend moins si l’été est froid ;
  • un exploitant de station de ski souffre d’un manque d’enneigement ;
  • un énergéticien voit sa demande varier selon la température ;
  • une entreprise agricole dépend d’un niveau minimal de pluie.

6.4 Logique de fonctionnement

Le contrat prévoit :

  1. un indice de référence ;
  2. une période d’observation ;
  3. un seuil ou une formule de calcul ;
  4. un paiement si l’indice constaté s’écarte du niveau prévu.

Exemple conceptuel :

  • une entreprise de distribution de glaces craint un été trop frais ;
  • elle conclut un contrat lié au nombre de jours dépassant un certain seuil de température ;
  • si l’été est anormalement frais, le contrat verse une compensation ;
  • cette compensation vient atténuer la baisse de chiffre d’affaires.

6.5 Avantages des dérivés climatiques

  • couverture d’un risque non assurable classiquement ;
  • déclenchement fondé sur une donnée objective ;
  • rapidité potentielle du règlement ;
  • outil adapté à des activités sensibles à la météo.

6.6 Limites des dérivés climatiques

  • le contrat peut ne pas correspondre parfaitement à la perte réelle ; on parle souvent de risque de base ;
  • il faut choisir un indice pertinent ;
  • l’entreprise doit bien comprendre sa propre sensibilité climatique ;
  • ces instruments ne couvrent pas tous les dommages physiques.

6.7 Exemple pédagogique

Une station de sports d’hiver estime qu’en dessous d’un certain nombre de jours d’enneigement, sa fréquentation chute fortement.

Elle peut :

  • assurer ses bâtiments contre la tempête ou l’incendie ;
  • mais utiliser un dérivé climatique pour compenser une saison trop peu enneigée.

On voit ici la complémentarité des outils :

  • assurance pour le dommage ;
  • dérivé climatique pour la variabilité économique liée à la météo.

7. Les dérivés de couverture sur les prix des matières premières

Le programme mentionne enfin les dérivés de couverture sur les prix des matières premières. Il s’agit d’un point majeur, car la raréfaction des ressources et les tensions environnementales se traduisent souvent par une forte volatilité des prix.

7.1 Définition

Un dérivé sur matière première est un contrat financier dont la valeur dépend du prix d’une matière première, par exemple :

  • pétrole ;
  • gaz ;
  • électricité ;
  • blé ;
  • maïs ;
  • métaux industriels ;
  • métaux précieux.

Dans cette leçon, on s’intéresse à leur usage de couverture et non à la spéculation.

7.2 Pourquoi ces dérivés sont liés aux limites planétaires

Lorsque certaines ressources deviennent plus rares, plus difficiles à extraire ou plus exposées à des aléas climatiques, leurs prix deviennent plus volatils.

Exemples :

  • sécheresse réduisant l’offre agricole ;
  • tensions géopolitiques amplifiant les effets d’une rareté ;
  • vagues de chaleur augmentant la demande d’énergie ;
  • perturbations logistiques affectant l’approvisionnement.

L’entreprise exposée à ces prix peut chercher à stabiliser ses coûts d’achat ou parfois ses prix de vente.

7.3 Logique économique de la couverture

Une entreprise industrielle qui consomme une matière première subit un risque de hausse de prix.

Son objectif n’est pas nécessairement de payer le prix le plus bas possible, mais de :

  • sécuriser sa marge ;
  • fiabiliser son budget ;
  • protéger sa trésorerie ;
  • réduire l’incertitude.

La couverture consiste donc à prendre, via un dérivé, une position qui compense la variation défavorable du prix de la matière première physique.

7.4 Principales formes de couverture

Sans entrer dans des développements hors programme, on peut retenir les grandes logiques suivantes :

  • contrats à terme : fixer aujourd’hui un prix pour une livraison ou un règlement futur ;
  • options : se protéger contre une évolution défavorable tout en conservant une partie du bénéfice d’une évolution favorable ;
  • swaps sur matières premières : échanger un prix variable contre un prix fixe selon des modalités contractuelles.

L’idée essentielle n’est pas la technicité juridique du contrat, mais la logique financière : transformer un prix incertain en coût plus prévisible.

7.5 Exemple 1 : entreprise agroalimentaire

Une entreprise de biscuiterie consomme de grandes quantités de blé.

Risque :

  • une mauvaise récolte provoque une hausse du prix du blé ;
  • la marge de l’entreprise baisse si elle ne peut pas répercuter rapidement la hausse sur ses clients.

Couverture possible :

  • utilisation d’un dérivé sur le blé pour fixer ou plafonner le coût d’achat futur.

Effet recherché :

  • meilleure visibilité budgétaire ;
  • protection de la marge brute ;
  • réduction du risque de tension de trésorerie.

7.6 Exemple 2 : entreprise de transport

Une entreprise de transport routier est très exposée au prix du carburant.

Risque :

  • hausse brutale du prix de l’énergie ;
  • dégradation immédiate du résultat d’exploitation.

Couverture possible :

  • dérivé sur énergie ou carburant.

Effet recherché :

  • stabiliser le coût d’exploitation ;
  • éviter une trop forte volatilité des résultats.

7.7 Limites de la couverture sur matières premières

Comme toute couverture, elle a un coût ou un effet d’opportunité.

Principales limites :

  • si le prix évolue favorablement, la couverture peut limiter le gain ;
  • le produit dérivé peut ne pas correspondre exactement à la matière réellement achetée ;
  • la couverture exige une bonne estimation des volumes ;
  • une mauvaise politique de couverture peut devenir spéculative.

8. Comparer les instruments : assurance, réassurance, dérivés climatiques, dérivés matières premières

Pour un professionnel de la finance, il est essentiel de ne pas confondre ces outils.

| Instrument | Risque couvert | Déclenchement | Objet principal | |---|---|---|---| | Assurance | Dommages et pertes d’exploitation liés à un événement garanti | Survenance d’un sinistre garanti | Indemniser un préjudice | | Réassurance | Risques supportés par les assureurs | Contrat entre assureur et réassureur | Mutualiser les pertes à grande échelle | | Dérivé climatique | Variabilité économique liée à un indice météo | Réalisation d’un indice climatique | Compenser un manque à gagner ou un surcoût lié à la météo | | Dérivé sur matière première | Volatilité du prix d’une ressource | Variation du prix de marché | Stabiliser un coût ou une marge |

8.1 Comment choisir

Le choix dépend de la question posée.

  • L’entreprise craint-elle un dommage matériel ? → assurance.
  • Le marché de l’assurance doit-il absorber des sinistres massifs ? → rôle de la réassurance.
  • L’entreprise est-elle sensible à une variable météo sans dommage matériel direct ? → dérivé climatique.
  • L’entreprise craint-elle une hausse du prix d’un intrant ? → dérivé sur matière première.

9. Démarche pratique d’identification et de couverture des risques

Le programme demande de sensibiliser aux instruments. Il faut donc savoir raisonner de façon structurée.

Étape 1 : identifier le risque

Questions à poser :

  • Quel phénomène menace l’activité ?
  • Est-ce un risque climatique direct ou une tension sur une ressource ?
  • L’exposition porte-t-elle sur les actifs, les volumes, les prix ou la marge ?

Étape 2 : mesurer l’exposition

Il faut estimer :

  • les actifs exposés ;
  • les flux de trésorerie menacés ;
  • la sensibilité du résultat au scénario défavorable ;
  • la durée probable de l’impact.

Étape 3 : déterminer la nature du besoin de couverture

  • besoin d’indemnisation après sinistre ;
  • besoin de stabilisation des revenus ;
  • besoin de stabilisation des coûts ;
  • besoin de protection contre un événement extrême.

Étape 4 : choisir l’instrument pertinent

  • assurance ;
  • combinaison assurance + perte d’exploitation ;
  • dérivé climatique ;
  • dérivé sur matière première ;
  • combinaison de plusieurs outils.

Étape 5 : intégrer la couverture à la gestion de trésorerie

Une couverture n’a de sens que si elle s’insère dans la politique financière globale.

Il faut notamment vérifier :

  • le coût de la prime ou du contrat ;
  • l’échéancier des flux ;
  • l’impact sur la liquidité ;
  • la cohérence avec le budget et les prévisions de trésorerie.

10. Cas pratiques synthétiques

Cas 1 – Exploitation viticole et aléa climatique

Situation

Une exploitation viticole subit des épisodes de gel printanier et de sécheresse. Sa production varie fortement d’une année sur l’autre.

Analyse

  • Risque physique : destruction partielle de récolte.
  • Risque financier : baisse du chiffre d’affaires et tension de trésorerie.

Couvertures envisageables

  • assurance contre certains événements climatiques selon les garanties souscrites ;
  • éventuellement outil indexé sur une variable climatique si la sensibilité économique est liée à un seuil météorologique mesurable.

Logique

L’assurance traite le dommage ou la perte d’exploitation garantie ; un instrument indexé peut compléter si la perte dépend d’une variable météo répétitive.


Cas 2 – Groupe industriel gros consommateur de gaz

Situation

Un groupe industriel voit ses coûts de production fortement dépendre du gaz.

Analyse

  • pas nécessairement de dommage physique ;
  • risque financier majeur : hausse du prix de l’énergie.

Couverture pertinente

  • dérivés de couverture sur les prix des matières premières énergétiques.

Effet recherché

  • stabiliser le coût de production ;
  • sécuriser les marges ;
  • fiabiliser les prévisions de trésorerie.

Cas 3 – Chaîne de distribution de produits saisonniers

Situation

Une enseigne vend des produits très dépendants de la température estivale.

Analyse

  • absence de sinistre matériel ;
  • variabilité du chiffre d’affaires liée à la météo.

Couverture pertinente

  • dérivé climatique indexé sur la température.

Effet recherché

  • compenser un été anormalement frais ;
  • réduire la volatilité des revenus.

Cas 4 – Assureur exposé à une multiplication de catastrophes naturelles

Situation

Un assureur couvre de nombreux biens situés dans des zones exposées aux événements climatiques extrêmes.

Analyse

  • accumulation de sinistres potentiels ;
  • risque de pertes massives.

Outil clé

  • réassurance des risques climatiques.

Effet recherché

  • préserver la solvabilité ;
  • répartir le risque ;
  • maintenir la capacité d’indemnisation.

11. Enjeux de décision pour le dirigeant et le directeur financier

Pour le dirigeant ou le directeur financier, la question n’est pas seulement « quel produit souscrire ? », mais plutôt : quel niveau de risque l’entreprise accepte-t-elle de conserver ?

11.1 Arbitrage coût / protection

Toute couverture a un coût :

  • prime d’assurance ;
  • coût implicite ou explicite d’un dérivé ;
  • mobilisation de ressources de suivi.

L’entreprise doit arbitrer entre :

  • le coût certain de la couverture ;
  • le coût incertain d’un événement non couvert.

11.2 Prévention et couverture

La couverture financière ne remplace pas la prévention.

Une politique solide combine :

  • réduction de l’exposition physique ;
  • diversification des approvisionnements ;
  • clauses contractuelles adaptées ;
  • assurance ;
  • instruments dérivés lorsque cela est pertinent.

11.3 Gouvernance du risque

La gestion des risques climatiques doit s’inscrire dans une gouvernance claire :

  • identification des expositions ;
  • validation des politiques de couverture ;
  • suivi régulier ;
  • articulation avec le budget et la trésorerie.

12. Points de vigilance méthodologiques

Comme souvent en finance, le danger principal est de confondre couverture et spéculation.

12.1 Une couverture doit correspondre à une exposition réelle

Une entreprise ne doit pas prendre de position dérivée sans lien avec :

  • un achat futur ;
  • une vente future ;
  • une sensibilité météo objectivement mesurable ;
  • un risque effectivement supporté.

12.2 Le risque de base

Même lorsqu’un instrument semble pertinent, il peut ne pas reproduire parfaitement la perte réelle.

Exemples :

  • l’indice météo choisi ne reflète pas exactement la zone d’activité ;
  • le contrat porte sur une matière première proche, mais non identique à celle réellement utilisée ;
  • les volumes couverts diffèrent des volumes effectivement consommés.

12.3 La nécessité d’un suivi continu

Une couverture n’est pas une décision ponctuelle figée. Elle suppose :

  • une mise à jour des hypothèses ;
  • une relecture des expositions ;
  • une coordination entre opérationnels, trésorerie et direction financière.

Mémo de synthèse

Définitions essentielles

  • Risque climatique : risque résultant des effets du changement climatique sur l’activité et les flux financiers.
  • Risque physique : dommage ou perturbation directe causé par un événement climatique.
  • Risque financier : conséquence monétaire d’un aléa climatique ou d’une tension sur les ressources.
  • Assurance : transfert du risque à un assureur contre paiement d’une prime.
  • Réassurance : transfert d’une partie du risque de l’assureur vers un réassureur.
  • Dérivé climatique : contrat indexé sur une variable météorologique.
  • Dérivé sur matière première : contrat permettant de couvrir la variation de prix d’une ressource.

Logique des instruments

  • Assurance → couvre un sinistre ou une perte d’exploitation garantie.
  • Réassurance → protège les assureurs contre l’accumulation de sinistres.
  • Dérivé climatique → compense l’effet économique d’une météo défavorable.
  • Dérivé sur matière première → stabilise le coût d’un intrant ou une marge.

Idée directrice

Les risques climatiques et les limites planétaires deviennent des sujets de finance car ils affectent :

  • les coûts ;
  • les revenus ;
  • la trésorerie ;
  • la rentabilité ;
  • la continuité d’exploitation.

À retenir

  1. Les risques liés au climat et aux autres limites planétaires sont désormais des risques financiers majeurs.
  2. Il faut distinguer risques physiques et risques financiers.
  3. L’assurance et la réassurance des risques climatiques jouent un rôle central dans la mutualisation des pertes.
  4. Les dérivés climatiques couvrent une sensibilité à une variable météo, même en l’absence de dommage matériel.
  5. Les dérivés de couverture sur les prix des matières premières permettent de limiter la volatilité des coûts liée à la raréfaction des ressources ou aux tensions de marché.
  6. La couverture doit toujours être reliée à une exposition réelle et intégrée à la gestion des risques et de la trésorerie.

Vérification de couverture des éléments du programme

Cette leçon a couvert l’ensemble des fragments assignés :

  • Gérer les risques et la trésorerie ;
  • Gérer les risques liés au climat et aux autres limites planétaires ;
  • Sensibiliser aux instruments de couverture des risques physiques et financiers ;
  • Assurance et réassurance des risques climatiques ;
  • Dérivés climatiques ;
  • Dérivés de couverture sur les prix des matières premières.