Risque de change, positions de marché et couvertures
Caractériser les positions de change, comprendre le comptant et le terme, puis mobiliser termaillage, netting, garanties Coface, forwards, futures, options et swaps de devises.
Le risque de change apparaît dès qu’une entreprise réalise des opérations libellées dans une devise autre que sa monnaie de référence. Pour une société française, il s’agit le plus souvent d’opérations en dollar américain (USD), livre sterling (GBP), yen (JPY) ou d’autres devises. Ce risque ne tient pas à la qualité commerciale du client ou du fournisseur, mais à la variation du cours de change entre la date où l’opération est conclue et la date où elle est effectivement réglée.
Dans cette leçon, l’objectif est de :
- caractériser la position de change de l’entreprise ;
- comprendre le fonctionnement du marché des changes, au comptant et à terme ;
- distinguer les positions courtes et positions longues, ainsi que les positions ouvertes et fermées ;
- maîtriser les techniques internes de gestion du risque de change : termaillage, netting, indexation monétaire ;
- connaître les garanties externes et solutions de financement associées, notamment les garanties Coface et les avances en devises ;
- utiliser les instruments de couverture sur le marché des changes, en particulier le forward de devises, les contrats à terme négociés sur marchés organisés, les instruments optionnels et le swap de devises.
Cette leçon prolonge la logique des leçons 39 et 40 : après la gestion centralisée de trésorerie et le risque de taux d’intérêt, on traite ici un autre risque financier majeur pour les entreprises internationalisées.
1. Pourquoi le risque de change existe-t-il ?
Une entreprise exportatrice ou importatrice ne maîtrise pas le cours futur des devises. Or ce cours détermine :
- le montant en euros qu’elle encaissera pour une vente à l’étranger ;
- le montant en euros qu’elle devra décaisser pour un achat à l’étranger ;
- parfois, plus largement, sa marge commerciale, sa trésorerie et sa compétitivité.
1.1 Exemple simple
Une entreprise française vend aujourd’hui pour 100 000 USD à un client américain, payable dans trois mois.
- Si, dans trois mois, le dollar s’apprécie par rapport à l’euro, l’entreprise recevra davantage d’euros.
- Si, au contraire, le dollar se déprécie, elle recevra moins d’euros.
Le risque n’est donc pas symétrique selon la nature de l’opération.
1.2 Deux logiques opposées
- Exportateur : il attend un encaissement en devise. Il craint généralement une baisse de la devise étrangère.
- Importateur : il devra effectuer un paiement en devise. Il craint généralement une hausse de la devise étrangère.
Le risque de change est donc un risque de variation défavorable du cours d’une devise sur une position future ou existante.
2. Comprendre le fonctionnement du marché des changes
Le marché des changes est le marché sur lequel s’échangent les devises. Il permet :
- les règlements internationaux ;
- les conversions de trésorerie ;
- les opérations de couverture ;
- parfois des opérations de placement ou de financement.
2.1 Le marché au comptant
Le marché des changes au comptant correspond à une opération de change avec un règlement très proche dans le temps. Il sert à convertir immédiatement — ou quasi immédiatement — une devise en une autre.
Utilité
Le change au comptant est utilisé lorsque l’entreprise :
- doit payer rapidement un fournisseur étranger ;
- encaisse immédiatement une créance en devise ;
- ajuste une position de trésorerie en devise.
Exemple
Une société française doit régler aujourd’hui 50 000 USD. Elle achète au comptant les dollars nécessaires contre des euros.
2.2 Le marché à terme
Le marché des changes à terme permet de fixer aujourd’hui un cours applicable à une opération future.
C’est l’outil fondamental de couverture :
- l’entreprise connaît à l’avance le montant en euros de son encaissement futur ou de son décaissement futur ;
- elle renonce à bénéficier d’une évolution favorable éventuelle du cours, mais elle se protège contre l’évolution défavorable.
2.3 Marchés organisés et marché de gré à gré
Comme pour le risque de taux vu dans la leçon précédente, il faut distinguer :
- les marchés organisés, sur lesquels sont négociés des contrats standardisés ;
- le marché de gré à gré, sur lequel la banque et l’entreprise concluent un contrat adapté au besoin exact.
En pratique, pour le risque de change des entreprises, le gré à gré bancaire est très fréquent, notamment pour le forward de devises et le swap de devises.
3. Caractériser la position de change
Avant de couvrir un risque, il faut le mesurer. Cela suppose d’identifier la position de change.
La position de change correspond à l’exposition de l’entreprise à une devise donnée, à une date donnée ou sur une période donnée.
3.1 Position longue et position courte
Le programme exige de caractériser la position courte ou longue.
Position longue
L’entreprise est en position longue sur une devise lorsqu’elle détient ou doit recevoir cette devise.
C’est le cas, par exemple, lorsqu’elle :
- a une créance client en USD ;
- détient un compte bancaire créditeur en USD ;
- doit encaisser prochainement des revenus en devise.
Risque principal : la devise baisse.
Position courte
L’entreprise est en position courte sur une devise lorsqu’elle doit livrer, payer ou rembourser cette devise.
C’est le cas lorsqu’elle :
- a une dette fournisseur en USD ;
- doit rembourser un emprunt en devise ;
- a vendu à terme une devise qu’elle devra fournir.
Risque principal : la devise monte.
3.2 Position ouverte et position fermée
Le programme mentionne aussi la nécessité de caractériser la position ouverte ou fermée.
Position ouverte
Une position est ouverte lorsqu’elle reste exposée à une variation future du cours de change.
Exemple :
- une entreprise doit payer 200 000 USD dans deux mois ;
- elle n’a pris aucune couverture ;
- sa position est ouverte.
Position fermée
Une position est fermée lorsqu’elle n’est plus exposée, soit parce qu’elle a été naturellement compensée, soit parce qu’une couverture a été mise en place.
Exemples :
- une créance de 100 000 USD est compensée par une dette de 100 000 USD à la même échéance ;
- une dette en USD est couverte par un achat à terme de USD.
3.3 Démarche pratique de détermination de la position
Pour une devise donnée, on peut suivre les étapes suivantes :
- recenser les encaissements futurs en devise ;
- recenser les décaissements futurs en devise ;
- tenir compte des échéances ;
- calculer la position nette.
Formule simple
Position nette en devise = encaissements prévus – décaissements prévus
- si le résultat est positif : position longue ;
- si le résultat est négatif : position courte ;
- si le résultat est nul : exposition nette nulle.
3.4 Exemple d’identification
Une entreprise prévoit sur trois mois :
- encaissements : 300 000 USD ;
- décaissements : 220 000 USD.
Position nette : + 80 000 USD
L’entreprise est donc en position longue de 80 000 USD. Elle craint une baisse du dollar.
Autre cas :
- encaissements : 100 000 GBP ;
- décaissements : 180 000 GBP.
Position nette : – 80 000 GBP
L’entreprise est en position courte de 80 000 GBP. Elle craint une hausse de la livre.
4. La gestion du risque de change : logique générale
Gérer le risque de change consiste à choisir entre plusieurs attitudes :
- ne pas couvrir et accepter l’aléa ;
- réduire l’exposition par des techniques internes ;
- transférer ou encadrer le risque grâce à des techniques externes ;
- couvrir sur le marché des changes au moyen d’instruments financiers.
Le bon choix dépend de plusieurs paramètres :
- montant de l’exposition ;
- devise concernée ;
- horizon de temps ;
- marge commerciale ;
- coût de la couverture ;
- politique financière de l’entreprise.
L’objectif n’est pas toujours de maximiser un gain potentiel, mais souvent de sécuriser une marge et de rendre prévisible la trésorerie.
5. Les techniques internes de gestion du risque de change
Le programme vise explicitement les techniques internes : termaillage, netting, indexation monétaire. Elles sont dites internes car elles reposent d’abord sur l’organisation contractuelle et financière de l’entreprise, avant le recours aux marchés.
5.1 Le termaillage
Le termaillage consiste à modifier la date de règlement d’une créance ou d’une dette en devise afin de profiter d’une évolution anticipée du cours ou de réduire le risque.
Principe
- accélérer un encaissement ou un paiement ;
- retarder un encaissement ou un paiement ;
- en fonction des anticipations d’évolution de la devise.
Logique économique
Si l’entreprise pense qu’une devise qu’elle doit recevoir va baisser, elle a intérêt à encaisser plus tôt.
Si elle pense qu’une devise qu’elle doit payer va baisser, elle peut chercher à payer plus tard.
Exemple
Une entreprise française doit encaisser 150 000 USD dans un mois. Elle anticipe une baisse du dollar. Elle négocie avec son client un règlement anticipé. Elle réduit ainsi son exposition.
Avantages
- simplicité apparente ;
- pas nécessairement de coût financier explicite ;
- souplesse commerciale si la relation client/fournisseur le permet.
Limites
- dépend du pouvoir de négociation ;
- peut détériorer la relation commerciale ;
- repose sur une anticipation qui peut être erronée ;
- ne constitue pas une couverture parfaite.
Le termaillage est donc davantage une technique d’ajustement qu’une couverture ferme.
5.2 Le netting
Le netting consiste à compenser des flux réciproques en devise, afin de ne couvrir que la position nette.
Cette technique est particulièrement pertinente dans les groupes de sociétés, en lien avec la centralisation de trésorerie étudiée à la leçon 39.
Principe
Au lieu de régler séparément toutes les créances et dettes entre entités, on calcule un solde net par devise et par échéance.
Exemple simple
Une filiale A doit payer à la filiale B : 100 000 USD. Une filiale B doit payer à la filiale A : 70 000 USD.
Au lieu de deux flux bruts, on effectue un règlement net de 30 000 USD.
Intérêts du netting
- réduction des montants exposés au change ;
- diminution du nombre de conversions ;
- baisse des frais bancaires ;
- amélioration de la visibilité de trésorerie.
Limites
- nécessite une bonne organisation des flux ;
- suppose une coordination intra-groupe ;
- ne supprime pas le risque sur la position nette restante.
Le netting ne couvre donc pas tout le risque, mais il en réduit mécaniquement l’ampleur.
5.3 L’indexation monétaire
L’indexation monétaire consiste à prévoir contractuellement que le prix ou le règlement évoluera en fonction d’un cours de change de référence.
Principe
Le contrat prévoit un mécanisme d’ajustement : si la devise varie au-delà d’un certain seuil, le prix est révisé.
Finalité
L’entreprise transfère tout ou partie du risque de change à son cocontractant, ou partage ce risque avec lui.
Exemple
Une entreprise française vend une machine à un client hors zone euro. Le contrat prévoit que si le cours EUR/USD varie de plus de 3 % entre la commande et le paiement, le prix sera ajusté selon une formule convenue.
Avantages
- sécurisation partielle de la marge ;
- couverture intégrée au contrat commercial ;
- utile pour les contrats longs.
Limites
- acceptation parfois difficile par le client ;
- risque commercial de perte de compétitivité ;
- rédaction contractuelle à sécuriser.
L’indexation monétaire est donc une technique de partage contractuel du risque.
6. Les garanties externes et solutions associées
Le programme prévoit la maîtrise des garanties externes et vise explicitement les garanties Coface et les avances en devises.
6.1 Les garanties Coface
La Coface intervient historiquement comme acteur de l’assurance-crédit et des solutions de sécurisation du commerce international. Dans le cadre du programme, il faut retenir que les garanties Coface peuvent contribuer à sécuriser certaines opérations internationales.
Finalité
Elles ne suppriment pas mécaniquement le risque de change comme le ferait un contrat à terme, mais elles participent à la sécurisation globale de l’opération export en couvrant certains risques liés au commerce international.
Intérêt pour l’entreprise
- sécuriser une créance export ;
- faciliter l’accès au financement bancaire ;
- réduire l’incertitude globale sur l’opération internationale.
Point d’attention
Il faut bien distinguer :
- le risque de change, lié à la variation du cours ;
- les autres risques du commerce international, comme le risque d’impayé.
Les garanties Coface relèvent d’une logique de sécurisation externe de l’opération, mais ne remplacent pas nécessairement une couverture de change.
6.2 Les avances en devises
Les avances en devises sont un mode de financement bancaire permettant à l’entreprise d’obtenir immédiatement des fonds dans une devise étrangère.
Mécanisme général
La banque met à disposition de l’entreprise une somme dans la devise concernée, souvent pour financer une opération de commerce international.
Utilité en matière de change
Les avances en devises peuvent permettre :
- d’ajuster le calendrier financier de l’opération ;
- de rapprocher financement et devise de facturation ;
- de limiter certains décalages de trésorerie exposés au change.
Exemple
Une entreprise française doit payer un fournisseur américain dans deux mois mais souhaite figer son besoin de financement en USD. Une avance en devises peut permettre de disposer des dollars nécessaires selon une logique financière cohérente avec l’opération commerciale.
Avantages
- adaptation à l’opération internationale ;
- meilleure gestion de trésorerie ;
- articulation possible avec une couverture de change.
Limites
- coût bancaire ;
- risque de change non automatiquement supprimé si aucune couverture n’est associée ;
- nécessité de bien coordonner financement et échéance commerciale.
7. La couverture sur le marché des changes
La couverture sur le marché des changes consiste à utiliser des instruments financiers pour neutraliser ou encadrer l’effet d’une variation de devise.
Le programme vise ici :
- les contrats à terme et optionnels sur les marchés organisés ;
- le forward de devises ;
- le swap de devises.
7.1 Logique générale de la couverture
Le principe est simple : prendre aujourd’hui une position financière qui compensera la perte potentielle sur l’opération commerciale ou financière.
Exemple de logique de compensation
- l’entreprise devra payer des USD dans trois mois ;
- elle craint une hausse du dollar ;
- elle prend aujourd’hui une position qui lui garantit un cours d’achat futur.
Ainsi, si le dollar monte, la perte sur l’opération commerciale est compensée par le gain sur l’instrument de couverture, ou plus exactement par le fait que le cours a été verrouillé.
8. Le forward de devises
Le forward de devises est un contrat de gré à gré conclu avec une banque, par lequel les parties conviennent aujourd’hui d’un échange futur de devises à un cours déterminé.
C’est l’un des instruments les plus classiques de couverture du risque de change.
8.1 Fonctionnement
- une date future est fixée ;
- un montant en devise est fixé ;
- un cours de change à terme est fixé ;
- à l’échéance, l’échange a lieu selon ce cours convenu.
8.2 Cas d’un importateur
Une entreprise française doit payer 500 000 USD dans trois mois.
Elle conclut un achat à terme de USD avec sa banque.
Conséquence :
- si le dollar monte, elle est protégée ;
- si le dollar baisse, elle ne profite pas de cette baisse, car le cours est déjà fixé.
8.3 Cas d’un exportateur
Une entreprise française doit encaisser 300 000 USD dans deux mois.
Elle conclut une vente à terme de USD.
Conséquence :
- si le dollar baisse, elle est protégée ;
- si le dollar monte, elle ne bénéficie pas de cette hausse.
8.4 Avantages
- simplicité ;
- adaptation précise au montant et à l’échéance ;
- sécurisation complète du cours.
8.5 Limites
- absence de bénéfice en cas d’évolution favorable ;
- engagement ferme ;
- dépendance au crédit bancaire et à la relation de gré à gré.
Le forward de devises est donc un instrument de couverture ferme, très adapté lorsque l’entreprise privilégie la certitude.
9. Les contrats à terme sur devises sur marchés organisés
Le programme impose de maîtriser les contrats à terme et optionnels sur les marchés organisés. En matière de change, cela renvoie aux futures sur devises et aux options sur devises négociés sur marchés organisés.
9.1 Les futures sur devises
Un future sur devise est un contrat standardisé négocié sur un marché organisé, engageant l’acheteur et le vendeur à échanger une devise à une date future et à un prix fixé.
Caractéristiques
- standardisation des montants ;
- échéances standardisées ;
- organisation par une chambre de compensation ;
- appels de marge.
Intérêt
Les futures permettent de couvrir une exposition de change, avec une sécurité de marché élevée.
Limites pour l’entreprise
- standardisation parfois mal adaptée au besoin exact ;
- gestion administrative plus technique ;
- nécessité d’ajuster la couverture si le montant réel diffère du contrat standard.
9.2 Exemple
Une entreprise anticipe un paiement futur en USD. Elle peut prendre une position sur futures permettant de verrouiller économiquement le coût futur de la devise.
9.3 Différence avec le forward de devises
- forward de devises : sur mesure, de gré à gré avec la banque ;
- future sur devise : standardisé, négocié sur marché organisé.
Le choix dépend du besoin de personnalisation, du coût et de l’organisation financière de l’entreprise.
10. Les instruments optionnels sur devises
Les instruments optionnels sur marchés organisés permettent une couverture plus souple que le contrat à terme ferme.
Une option de change donne un droit, et non une obligation, d’acheter ou de vendre une devise à un cours déterminé pendant une période ou à une date donnée, moyennant le paiement d’une prime.
10.1 Intérêt économique
L’option permet de se protéger contre une évolution défavorable tout en conservant la possibilité de profiter d’une évolution favorable.
10.2 Exemple : importateur
Une entreprise doit payer 100 000 USD dans trois mois.
Elle achète une option lui donnant le droit d’acheter des USD à un cours fixé.
- si le dollar monte fortement, elle exerce l’option ;
- si le dollar baisse, elle laisse expirer l’option et achète les dollars au comptant à un cours plus avantageux.
10.3 Exemple : exportateur
Une entreprise doit encaisser des USD. Elle peut acquérir une option lui permettant de vendre les USD à un cours minimum garanti.
10.4 Avantages
- protection asymétrique ;
- conservation du potentiel favorable ;
- souplesse stratégique.
10.5 Limite essentielle
- coût de la prime.
L’option est particulièrement pertinente lorsque l’entreprise souhaite se couvrir sans renoncer totalement à une opportunité de marché.
11. Le swap de devises
Le swap de devises fait partie explicitement du programme. Il s’agit d’un contrat par lequel deux parties échangent des flux libellés dans deux devises différentes, selon des modalités convenues.
11.1 Logique générale
Le swap de devises permet d’organiser dans le temps un échange de devises, souvent pour répondre à un besoin de financement, de refinancement ou de couverture plus complexe qu’une opération ponctuelle.
11.2 Fonction économique
Il peut servir à :
- transformer un financement dans une devise en exposition dans une autre devise ;
- couvrir des besoins récurrents ;
- ajuster la structure de trésorerie internationale.
11.3 Exemple conceptuel
Une entreprise française dispose de ressources en euros mais a des besoins réguliers en dollars. Une contrepartie a la situation inverse. Un swap de devises permet d’échanger les flux selon un schéma contractuel déterminé.
11.4 Avantages
- utile pour des besoins de moyen terme ;
- cohérent avec des financements internationaux ;
- instrument plus structurant qu’une simple couverture ponctuelle.
11.5 Limites
- technicité ;
- négociation bancaire plus sophistiquée ;
- pertinence surtout pour des volumes significatifs.
Le swap de devises est donc un instrument de couverture et d’ingénierie de trésorerie internationale.
12. Comment choisir une technique de couverture ?
Le choix ne doit jamais être mécanique. Il dépend de la nature de l’exposition.
12.1 Si l’exposition est ponctuelle et certaine
Le forward de devises est souvent adapté.
Pourquoi ?
- montant connu ;
- échéance connue ;
- volonté de figer le cours.
12.2 Si l’exposition est probable mais pas totalement certaine
L’option de change peut être plus pertinente.
Pourquoi ?
- flexibilité ;
- absence d’obligation d’exercer ;
- protection avec conservation d’un potentiel favorable.
12.3 Si l’entreprise a de nombreux flux croisés
Le netting doit être envisagé en priorité.
Pourquoi ?
- réduction du volume exposé ;
- baisse des coûts ;
- cohérence avec une gestion centralisée de trésorerie.
12.4 Si l’entreprise agit sur ses conditions commerciales
Le termaillage ou l’indexation monétaire peuvent compléter la gestion du risque.
12.5 Si le besoin est lié à une structure de financement internationale
Le swap de devises ou les avances en devises peuvent être pertinents.
13. Étude de cas progressive
Situation
Une entreprise française exporte vers les États-Unis et importe des composants du Royaume-Uni.
Elle prévoit :
- encaissement de 400 000 USD dans 90 jours ;
- paiement de 150 000 GBP dans 60 jours.
Elle anticipe par ailleurs une baisse du dollar et une hausse de la livre sterling.
13.1 Analyse des positions
En USD
- encaissement futur de 400 000 USD ;
- pas de décaissement USD mentionné.
Position nette : + 400 000 USD
=> position longue en USD, ouverte tant qu’aucune couverture n’est mise en place.
Risque : baisse du dollar.
En GBP
- paiement futur de 150 000 GBP.
Position nette : – 150 000 GBP
=> position courte en GBP, ouverte.
Risque : hausse de la livre.
13.2 Solutions possibles
Pour le USD
- vente à terme de USD : sécurise le cours ;
- option de vente de USD : protège contre la baisse tout en gardant un potentiel de gain si le dollar monte ;
- termaillage : tenter d’encaisser plus tôt si commercialement possible.
Pour la GBP
- achat à terme de GBP ;
- option d’achat de GBP ;
- négociation d’un délai de paiement ou d’une clause d’indexation monétaire.
13.3 Raisonnement de décision
Si l’entreprise privilégie la sécurité absolue de trésorerie :
- forward USD ;
- forward GBP.
Si elle souhaite garder une part de flexibilité :
- option sur USD ;
- achat à terme ou option sur GBP selon le coût accepté.
14. Méthode opérationnelle pour traiter un dossier de risque de change
Dans une situation professionnelle ou de cas, une démarche structurée est attendue.
Étape 1 : identifier les flux exposés
- devise ;
- montant ;
- date d’échéance ;
- sens du flux : encaissement ou décaissement.
Étape 2 : déterminer la position de change
- calculer la position nette par devise ;
- qualifier la position : longue ou courte ;
- vérifier si elle est ouverte ou fermée.
Étape 3 : apprécier le risque
- quelle évolution de devise serait défavorable ?
- quel impact sur la marge ou la trésorerie ?
Étape 4 : rechercher d’abord les solutions internes
- compensation par netting ;
- ajustement du calendrier par termaillage ;
- clause d’indexation monétaire.
Étape 5 : compléter par une solution externe ou de marché
- garanties Coface si la sécurisation de l’opération l’exige ;
- avances en devises si un besoin de financement existe ;
- forward de devises ;
- contrat à terme sur marché organisé ;
- option de change ;
- swap de devises.
Étape 6 : justifier le choix
Le choix doit être motivé par :
- le niveau de certitude du flux ;
- le coût ;
- la souplesse souhaitée ;
- l’horizon ;
- la politique de gestion du risque de l’entreprise.
15. Points d’attention fréquents
15.1 Confondre risque commercial et risque de change
Une créance export peut cumuler :
- un risque d’impayé ;
- un risque de change.
Les outils ne sont pas les mêmes.
15.2 Couvrir le flux brut au lieu du flux net
Une entreprise internationale a intérêt à regarder sa position nette par devise, notamment grâce au netting.
15.3 Oublier l’échéance
Deux flux de même devise ne se compensent pas parfaitement s’ils n’ont pas la même date.
15.4 Choisir un instrument trop rigide
Le forward de devises est efficace mais ferme. Si le flux n’est pas certain, l’option peut être plus adaptée.
15.5 Négliger le coût global
Une technique apparemment gratuite, comme le termaillage, peut avoir un coût commercial. Une option a un coût explicite, mais apporte de la souplesse.
16. Mémo de synthèse
Définitions essentielles
- Risque de change : risque de perte lié à une variation défavorable du cours d’une devise.
- Position longue : l’entreprise doit recevoir ou détient la devise.
- Position courte : l’entreprise doit payer ou livrer la devise.
- Position ouverte : exposition encore soumise au risque de change.
- Position fermée : exposition neutralisée ou compensée.
Marché des changes
- Comptant : échange immédiat ou quasi immédiat.
- Terme : cours fixé aujourd’hui pour une opération future.
- Marché organisé : contrats standardisés.
- Gré à gré : contrats sur mesure, notamment bancaires.
Techniques internes
- Termaillage : modifier la date de règlement.
- Netting : compenser les flux réciproques pour ne couvrir que le solde.
- Indexation monétaire : prévoir une clause contractuelle d’ajustement selon le change.
Garanties externes et financements
- Garanties Coface : sécurisation externe d’opérations internationales.
- Avances en devises : financement bancaire en devise étrangère.
Couverture de marché
- Forward de devises : contrat à terme de gré à gré, ferme et sur mesure.
- Futures sur devises : contrats standardisés sur marché organisé.
- Options sur devises : droit d’acheter ou vendre une devise à un cours fixé, contre prime.
- Swap de devises : échange structuré de flux dans deux devises.
17. Conclusion
La gestion du risque de change repose d’abord sur une bonne lecture de la position de change : il faut savoir si l’entreprise est en position longue ou position courte, et si cette position est ouverte ou fermée. Sans cette étape, aucune couverture ne peut être pertinente.
Ensuite, l’entreprise doit articuler plusieurs niveaux d’action :
- organisation interne des flux avec le netting ;
- ajustement contractuel via le termaillage ou l’indexation monétaire ;
- sécurisation externe avec les garanties Coface et les avances en devises ;
- couverture financière sur le marché des changes grâce au forward de devises, aux contrats à terme et optionnels sur marchés organisés, et au swap de devises.
La logique professionnelle n’est pas de spéculer sur l’évolution des devises, mais de rendre prévisible la trésorerie, de protéger la marge et de sécuriser les opérations internationales.
Dans la suite du programme, cette logique de maîtrise des risques financiers s’articule avec les autres dimensions de la finance d’entreprise : financement, trésorerie, performance et décisions en environnement incertain.