Marchés financiers, financement direct et efficience informationnelle

Comprendre le rôle des marchés, des banques et des intermédiaires financiers, ainsi que les apports de l’efficience informationnelle et des asymétries d’information.

Objectifs d'apprentissage

À l'issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • analyser les mécanismes et instruments des marchés financiers ;
  • appréhender le rôle des sources de financement dans le financement des entreprises ;
  • distinguer le financement direct sur les marchés du financement indirect via les intermédiaires financiers, notamment les banques ;
  • maîtriser les fondamentaux des théories financières des marchés ;
  • expliquer les grands enseignements de l'efficience informationnelle des marchés ;
  • comprendre l'importance des asymétries d'information dans les décisions de financement et dans le fonctionnement des marchés.

Cette leçon s'inscrit dans la continuité des leçons 27 à 33 sur l'évaluation, la politique de dividende et les opérations de haut de bilan. Ici, l'objectif n'est plus d'évaluer une entreprise ou de décrypter une opération financière particulière, mais de comprendre l'environnement de marché dans lequel ces décisions prennent sens.


1. Pourquoi étudier les marchés financiers ?

Une entreprise a besoin de ressources pour investir, se développer, refinancer sa dette, absorber des chocs de trésorerie ou restructurer son capital. Ces ressources peuvent provenir :

  • de ses capitaux propres ;
  • de sa dette ;
  • de financements hybrides ;
  • de circuits de marché ou d'intermédiaires.

Les marchés financiers sont les lieux — physiques ou dématérialisés — où s'échangent des instruments financiers entre agents à capacité de financement et agents à besoin de financement. Leur rôle est central dans l'économie, car ils permettent :

  • la rencontre entre offreurs et demandeurs de capitaux ;
  • la formation des prix des titres ;
  • la liquidité des placements ;
  • l'allocation du capital vers les projets supposés les plus rentables ;
  • la diffusion d'une information économique synthétisée dans les cours.

Mais ce fonctionnement idéal repose sur une hypothèse forte : que l'information soit suffisamment disponible, comprise et intégrée par les acteurs. C'est précisément ce qu'interroge la théorie de l'efficience informationnelle des marchés.


2. Le rôle des sources de financement : financement direct et financement indirect

2.1 Définition générale

Les sources de financement désignent les canaux par lesquels une entreprise obtient les ressources nécessaires à son activité et à ses investissements.

Dans le cadre de cette leçon, la distinction essentielle est la suivante :

  • financement direct : l'entreprise se finance sur les marchés en émettant des titres auprès des investisseurs ;
  • financement indirect : l'entreprise se finance par l'intermédiaire d'institutions financières, principalement les banques.

2.2 Le financement direct sur les marchés

Le financement direct met en relation l'entreprise et les apporteurs de capitaux via l'émission de titres financiers.

Les principaux instruments sont :

  • les actions : elles représentent une fraction du capital social ;
  • les obligations : elles matérialisent une dette de l'émetteur envers les investisseurs ;
  • plus largement, d'autres titres négociables selon les besoins de financement.

Pourquoi une entreprise recourt-elle au financement direct ?

Le financement direct est recherché lorsque l'entreprise souhaite :

  • lever des montants importants ;
  • diversifier ses sources de financement ;
  • réduire sa dépendance bancaire ;
  • accéder à une base large d'investisseurs ;
  • améliorer sa visibilité et sa notoriété financière.

Exemple simple

Une société industrielle souhaite financer une nouvelle usine pour 80 M€.

Elle peut :

  1. demander un crédit bancaire syndiqué ;
  2. émettre des obligations pour 80 M€ ;
  3. réaliser une augmentation de capital par émission d'actions.

Dans les deux derniers cas, elle recourt au marché financier : c'est un financement direct.

2.3 Le financement indirect via les intermédiaires financiers

Le financement indirect passe par un intermédiaire qui collecte les ressources des agents excédentaires pour les redistribuer aux agents déficitaires.

Les principaux intermédiaires sont :

  • les banques ;
  • plus largement, certaines institutions financières spécialisées.

La banque joue un rôle économique fondamental :

  • elle collecte l'épargne ;
  • elle transforme des ressources souvent à court terme en emplois parfois à moyen ou long terme ;
  • elle évalue le risque de crédit ;
  • elle accompagne l'entreprise dans la structuration de son financement.

2.4 Pourquoi les banques restent essentielles, même en présence de marchés développés

On pourrait croire que des marchés financiers performants rendent les banques secondaires. En réalité, ce n'est pas le cas.

Les banques conservent un rôle majeur parce qu'elles :

  • réduisent certains coûts d'information ;
  • assurent une fonction de sélection des emprunteurs ;
  • suivent les entreprises dans la durée ;
  • financent des structures qui n'ont pas toujours accès aux marchés ;
  • absorbent une partie des problèmes liés aux asymétries d'information.

Autrement dit, les marchés et les banques ne s'opposent pas : ils sont complémentaires.


3. Les mécanismes fondamentaux des marchés financiers

3.1 Qu'est-ce qu'un marché financier ?

Un marché financier est un mécanisme organisé permettant l'échange de titres financiers. Il remplit plusieurs fonctions :

  • émission des titres sur le marché primaire ;
  • négociation des titres existants sur le marché secondaire ;
  • formation d'un prix ;
  • transfert du risque entre agents économiques.

3.2 Marché primaire et marché secondaire

Le marché primaire

Le marché primaire est le marché sur lequel les titres sont émis pour la première fois.

Exemples :

  • une introduction en bourse ;
  • une augmentation de capital ;
  • une émission obligataire.

C'est sur ce marché que l'entreprise reçoit effectivement les fonds.

Le marché secondaire

Le marché secondaire est le marché sur lequel les titres déjà émis s'échangent entre investisseurs.

L'entreprise n'y reçoit pas directement de nouveaux capitaux, mais ce marché est essentiel car il assure :

  • la liquidité des titres ;
  • une valorisation continue ;
  • un signal sur la perception du risque et des perspectives de l'émetteur.

Pourquoi le marché secondaire est-il indispensable au marché primaire ?

Parce que les investisseurs acceptent plus facilement d'acheter des titres nouveaux s'ils savent qu'ils pourront ensuite les revendre. La liquidité du marché secondaire facilite donc le financement primaire.

3.3 Les principaux acteurs

Les marchés financiers font intervenir plusieurs catégories d'acteurs :

  • les émetteurs : entreprises, États, autres organisations ;
  • les investisseurs : particuliers, investisseurs institutionnels, fonds ;
  • les intermédiaires financiers : banques, prestataires de services d'investissement ;
  • les organisateurs de marché ;
  • les régulateurs.

Dans cette leçon, l'accent porte surtout sur la logique économique : comment les capitaux circulent, comment les prix se forment, et comment l'information influence les décisions.

3.4 Les fonctions économiques des marchés financiers

Les marchés financiers ne servent pas seulement à acheter et vendre des titres. Ils remplissent des fonctions économiques structurantes :

a) Allocation du capital

Les capitaux sont orientés vers les entreprises ou projets jugés les plus prometteurs.

b) Liquidité

Les investisseurs peuvent transformer relativement rapidement leurs titres en liquidités.

c) Évaluation

Le prix de marché fournit une estimation agrégée de la valeur attendue d'un actif.

d) Partage et transfert du risque

Le risque peut être réparti entre différents agents selon leurs préférences.

e) Discipline externe

Le marché exerce une pression sur les dirigeants : performance insuffisante, stratégie peu crédible ou information dégradée peuvent affecter le cours et renchérir le financement.


4. Les instruments des marchés financiers : vue d'ensemble

La source fournie vise les mécanismes et instruments des marchés financiers sans exiger, dans cette leçon, une étude détaillée de tous les produits. Il faut donc retenir les instruments fondamentaux utiles à la compréhension du financement.

4.1 Les actions

Une action est un titre de propriété représentant une fraction du capital d'une société.

Elle donne généralement :

  • un droit aux dividendes ;
  • un droit de vote ;
  • un droit résiduel sur l'actif net en cas de liquidation.

Pour l'entreprise, l'action constitue une source de capitaux propres.

4.2 Les obligations

Une obligation est un titre de créance. L'investisseur prête des fonds à l'émetteur, qui s'engage à verser des intérêts et à rembourser le principal selon des modalités prévues.

Pour l'entreprise, il s'agit d'un financement par endettement de marché.

4.3 Titres et logique rendement-risque

Le prix d'un instrument financier dépend principalement de :

  • ses flux futurs espérés ;
  • le risque perçu ;
  • le niveau des taux ;
  • l'information disponible sur l'émetteur et son environnement.

Ainsi, les marchés ne sont pas seulement des lieux d'échange : ce sont des mécanismes de valorisation sous incertitude.


5. Les fondamentaux des théories financières des marchés

5.1 Pourquoi parler de « théories des marchés » ?

Les marchés financiers peuvent être observés empiriquement, mais pour les comprendre il faut des cadres théoriques. Ces théories cherchent à répondre à plusieurs questions :

  • les prix reflètent-ils correctement l'information ?
  • les investisseurs sont-ils rationnels ?
  • les erreurs de prix sont-elles durables ?
  • le marché alloue-t-il efficacement les ressources ?

Parmi les enseignements attendus ici, deux notions sont centrales :

  • l'efficience informationnelle des marchés ;
  • l'importance des asymétries d'information.

5.2 L'hypothèse d'efficience informationnelle des marchés

L'efficience informationnelle des marchés, associée notamment aux travaux d'Eugene Fama, soutient que les prix des titres intègrent rapidement et correctement l'information disponible.

Définition

Un marché est dit informationnellement efficient lorsque les cours reflètent l'information pertinente disponible, de sorte qu'il n'est pas possible, de manière systématique, d'obtenir une rentabilité anormale en exploitant cette information.

5.3 Le sens économique de l'efficience

Si un marché est efficient :

  • les titres sont, en moyenne, correctement valorisés compte tenu de l'information disponible ;
  • les nouvelles informations sont rapidement incorporées dans les cours ;
  • il est difficile de « battre le marché » durablement sans prendre davantage de risque ou sans disposer d'une information non publique.

Cette idée est importante pour la finance d'entreprise :

  • le cours de marché devient un signal de valeur ;
  • le coût du financement dépend de la perception du marché ;
  • la qualité de l'information publiée influence la confiance des investisseurs.

6. Les formes de l'efficience informationnelle

Traditionnellement, on distingue trois formes d'efficience.

6.1 La forme faible

Dans la forme faible, les cours intègrent toute l'information contenue dans les prix passés et les volumes historiques.

Conséquence

L'analyse fondée uniquement sur les séries passées de cours ne permettrait pas d'obtenir durablement des gains anormaux.

6.2 La forme semi-forte

Dans la forme semi-forte, les cours intègrent toute l'information publique disponible :

  • comptes publiés ;
  • annonces financières ;
  • informations sectorielles ;
  • données macroéconomiques ;
  • communiqués divers.

Conséquence

Dès qu'une information publique est diffusée, le marché l'incorpore rapidement dans le prix.

6.3 La forme forte

Dans la forme forte, les cours reflètent toute l'information, y compris l'information privée ou privilégiée.

Limite

Cette forme est théoriquement très exigeante et difficilement réaliste, car elle supposerait que même une information non publique soit déjà intégrée aux prix.

6.4 Tableau de synthèse

| Forme d'efficience | Information intégrée dans les cours | Conséquence principale | |---|---|---| | Faible | Données de marché passées | Les tendances historiques ne suffisent pas à battre le marché | | Semi-forte | Toute l'information publique | L'analyse publique ne permet pas de surperformance durable | | Forte | Toute l'information, publique et privée | Même l'information privilégiée ne procurerait pas d'avantage |


7. Pourquoi l'efficience informationnelle est une hypothèse utile

L'efficience informationnelle n'est pas seulement une théorie académique. Elle a des implications pratiques majeures.

7.1 Pour les entreprises

Si les marchés intègrent bien l'information, alors :

  • la qualité du reporting devient essentielle ;
  • les annonces stratégiques, financières ou opérationnelles influencent rapidement la valeur ;
  • l'entreprise a intérêt à réduire l'incertitude informationnelle pour limiter la prime de risque exigée.

7.2 Pour les investisseurs

L'efficience conduit à penser que :

  • la recherche de « bonnes affaires évidentes » est illusoire ;
  • la performance durable vient davantage de la gestion du risque, de l'allocation d'actifs et de l'horizon d'investissement que d'une capacité permanente à repérer des erreurs grossières de prix.

7.3 Pour l'économie réelle

Un marché relativement efficient favorise une meilleure allocation des capitaux. Les entreprises crédibles et rentables accèdent plus aisément aux ressources, tandis que les projets moins convaincants supportent un coût du capital plus élevé.


8. Les limites de l'efficience : pourquoi les marchés ne sont pas parfaits

L'hypothèse d'efficience est puissante, mais elle ne signifie pas que les marchés sont toujours justes, stables ou exempts d'erreurs.

8.1 Les conditions implicites de l'efficience

Pour qu'un marché soit proche de l'efficience, il faut notamment :

  • une information disponible ;
  • des investisseurs capables de l'analyser ;
  • des coûts de transaction raisonnables ;
  • une diffusion rapide de l'information ;
  • des arbitrages suffisants pour corriger les écarts de prix.

Dès que ces conditions sont imparfaitement réunies, des écarts peuvent apparaître.

8.2 Réactions excessives ou insuffisantes

Les marchés peuvent parfois :

  • sur-réagir à une annonce ;
  • sous-réagir à une information complexe ;
  • intégrer l'information avec retard ;
  • accorder trop de poids à des signaux secondaires.

8.3 Information complexe et hétérogénéité des interprétations

Une même information publique n'est pas toujours comprise de manière identique par tous les acteurs.

Exemple :

Une entreprise annonce une baisse de son résultat courant mais une amélioration de sa génération de trésorerie. Certains investisseurs y verront une dégradation, d'autres un assainissement. Le prix de marché résulte alors d'interprétations concurrentes.


9. L'importance des asymétries d'information

9.1 Définition

Il y a asymétrie d'information lorsqu'une partie à une transaction dispose d'une information plus complète, plus fiable ou plus rapide que l'autre.

Dans le monde financier, cette situation est fréquente :

  • les dirigeants connaissent mieux l'entreprise que les investisseurs ;
  • l'emprunteur connaît mieux son risque que le prêteur ;
  • certains intermédiaires disposent d'une expertise supérieure à celle d'autres acteurs.

L'importance des asymétries d'information est fondamentale car elles affectent :

  • le coût du financement ;
  • le choix entre dette et capitaux propres ;
  • la liquidité des marchés ;
  • la confiance des investisseurs ;
  • l'efficacité globale de l'allocation des ressources.

9.2 Pourquoi les asymétries d'information posent problème

Lorsque l'information est inégalement répartie, la partie la moins informée :

  • exige une rémunération plus élevée ;
  • peut refuser d'entrer en relation ;
  • peut rationner le financement ;
  • peut surévaluer le risque moyen.

Cela dégrade le fonctionnement du marché.

9.3 L'apport d'Akerlof : la sélection adverse

Les travaux d'Akerlof sur le marché des « lemons » montrent qu'en présence d'asymétrie d'information, les produits de mauvaise qualité peuvent chasser les bons.

Transposé à la finance :

  • si les investisseurs ne distinguent pas correctement les bonnes entreprises des mauvaises ;
  • ils exigent un rendement moyen élevé ;
  • les meilleures entreprises peuvent renoncer à se financer sur le marché ;
  • le marché devient moins efficace.

C'est le mécanisme de sélection adverse.

9.4 Le risque moral

Après la conclusion du contrat, une autre difficulté apparaît : le risque moral.

Il survient lorsqu'un agent modifie son comportement parce qu'il supporte imparfaitement les conséquences de ses actes ou parce qu'il est imparfaitement surveillé.

Exemples en finance :

  • un emprunteur prend plus de risques après avoir obtenu un crédit ;
  • des dirigeants investissent dans des projets peu créateurs de valeur, au détriment des financeurs ;
  • une entreprise communique de façon opportuniste.

9.5 Conséquences des asymétries d'information sur les choix de financement

Les asymétries d'information influencent directement la structure financière.

a) Préférence pour certaines sources de financement

Une entreprise peut préférer l'autofinancement ou la dette bancaire à une émission d'actions si elle estime que le marché sous-évalue sa qualité.

b) Coût du capital plus élevé

Plus l'incertitude informationnelle est forte, plus les investisseurs exigent une prime de risque.

c) Rôle accru des intermédiaires

Les banques et autres intermédiaires peuvent réduire les asymétries grâce à leur capacité d'analyse, de sélection et de suivi.


10. Banques, intermédiaires et réduction des asymétries d'information

10.1 Pourquoi les intermédiaires existent-ils ?

S'il suffisait de mettre en relation épargnants et entreprises, les banques seraient moins nécessaires. Or les asymétries d'information rendent cette relation directe coûteuse et risquée.

Les intermédiaires financiers existent notamment pour :

  • collecter l'information ;
  • évaluer le risque ;
  • mutualiser les coûts d'analyse ;
  • surveiller les emprunteurs ;
  • transformer les échéances et les risques.

10.2 Le rôle spécifique des banques dans l'économie réelle

Le programme insiste sur le rôle des banques dans l'économie réelle. Cela signifie que la banque n'est pas seulement un acteur financier abstrait : elle soutient concrètement l'activité économique.

Elle permet :

  • le financement de l'exploitation ;
  • le financement de l'investissement ;
  • la continuité des paiements ;
  • la transmission de la politique monétaire ;
  • l'accompagnement des PME souvent absentes des marchés financiers.

10.3 Exemple comparatif

Cas 1 : grande entreprise cotée

  • accès au marché obligataire ;
  • capacité à émettre des actions ;
  • information publique abondante ;
  • analystes nombreux.

Cas 2 : PME non cotée

  • peu d'information standardisée ;
  • faible visibilité ;
  • pas d'accès direct simple au marché ;
  • dépendance plus forte au financement bancaire.

Dans le second cas, la banque joue un rôle de filtre informationnel et de partenaire de confiance.


11. Comment l'information se transmet-elle aux prix de marché ?

11.1 Le mécanisme général

Le prix d'un titre évolue à mesure que les investisseurs revoient leurs anticipations sur :

  • les flux futurs ;
  • le niveau de risque ;
  • la liquidité du titre ;
  • le contexte économique.

Lorsqu'une information nouvelle apparaît, les investisseurs réévaluent la valeur du titre. Les ordres d'achat et de vente s'ajustent, ce qui modifie le cours.

11.2 Exemple pas à pas

Une société cotée publie :

  • un chiffre d'affaires supérieur aux attentes ;
  • une marge en amélioration ;
  • des perspectives annuelles relevées.

Étape 1 : les investisseurs anticipent des flux futurs plus élevés.
Étape 2 : certains révisent aussi à la baisse le risque perçu.
Étape 3 : la demande d'actions augmente.
Étape 4 : le cours monte jusqu'à intégrer cette nouvelle information.

Dans un marché informationnellement efficient, cet ajustement est rapide.

11.3 Pourquoi toutes les informations n'ont pas le même impact

L'effet dépend de plusieurs facteurs :

  • caractère attendu ou non de l'information ;
  • crédibilité de la source ;
  • lisibilité de l'annonce ;
  • capacité des acteurs à en mesurer les conséquences ;
  • contexte de marché.

Une information déjà anticipée a souvent un effet limité, car elle est en grande partie déjà intégrée dans les cours.


12. Étude de cas : financement direct ou financement bancaire ?

Situation

Une entreprise de taille intermédiaire souhaite financer un programme d'investissement de 50 M€ sur 7 ans.

Elle hésite entre :

  • une émission obligataire ;
  • un crédit bancaire.

Analyse par étapes

1. Examiner l'accès au marché

L'entreprise dispose-t-elle :

  • d'une taille suffisante ?
  • d'une notoriété financière ?
  • d'une information financière standardisée et crédible ?
  • d'investisseurs potentiels intéressés ?

Si la réponse est incertaine, le financement direct sera plus difficile ou plus coûteux.

2. Mesurer les asymétries d'information

Si les investisseurs connaissent mal l'entreprise, ils exigeront une prime de risque élevée.

La banque, grâce à sa relation suivie et à son analyse interne, peut parfois proposer une solution plus adaptée.

3. Évaluer la souplesse recherchée

Le crédit bancaire peut offrir :

  • une négociation bilatérale ;
  • des clauses adaptées ;
  • un suivi plus personnalisé.

L'émission obligataire peut offrir :

  • une diversification des financeurs ;
  • parfois un coût attractif si le marché est réceptif ;
  • une visibilité financière renforcée.

Conclusion

Le choix dépend moins d'une supériorité théorique d'un canal sur l'autre que de la qualité de l'information disponible, du profil de l'entreprise et de la capacité du marché à apprécier correctement son risque.


13. Lecture critique : ce que l'efficience n'autorise pas à conclure

Il faut éviter plusieurs contresens.

13.1 Efficience ne signifie pas perfection

Un marché efficient peut connaître :

  • de la volatilité ;
  • des erreurs temporaires ;
  • des phases d'emballement ;
  • des corrections brutales.

13.2 Efficience ne signifie pas justice

Le prix de marché reflète une information et des anticipations, pas une idée morale de la « juste valeur ».

13.3 Efficience ne signifie pas absence de crise

Des marchés peuvent être globalement efficients tout en traversant des crises lorsque l'information évolue brutalement, lorsque l'incertitude explose ou lorsque les comportements collectifs deviennent instables.

13.4 Asymétrie d'information ne signifie pas fraude

Une asymétrie peut être naturelle : les dirigeants connaissent nécessairement mieux l'entreprise que les investisseurs. Le problème n'est pas son existence absolue, mais son niveau, sa gestion et ses effets.


14. Conséquences pratiques pour le professionnel de la finance

Même si cette leçon reste théorique, elle a des prolongements très concrets.

14.1 Pour l'analyse financière

Comprendre les marchés financiers permet de :

  • replacer les ratios dans un environnement de financement ;
  • interpréter le coût du capital ;
  • lire les réactions de marché à une annonce.

14.2 Pour le conseil au dirigeant

Le professionnel doit pouvoir expliquer :

  • pourquoi une entreprise peut être mieux financée par banque ou par marché ;
  • pourquoi la qualité de l'information financière influence le coût des ressources ;
  • pourquoi la transparence réduit certaines primes de risque.

14.3 Pour l'évaluation

Comme vu dans les leçons 27 à 30, les modèles d'évaluation reposent sur des paramètres de marché. Or ces paramètres n'ont de sens que si l'on comprend comment les marchés fonctionnent et comment l'information s'y incorpore.

14.4 Pour la gouvernance

Une gouvernance crédible, un reporting cohérent et une communication financière lisible contribuent à réduire les asymétries d'information. Cela peut améliorer l'accès au financement.


15. Synthèse structurée

15.1 Idées essentielles

  • Les marchés financiers assurent la rencontre entre agents à capacité et à besoin de financement.
  • Le financement direct passe par l'émission de titres sur les marchés.
  • Le financement indirect repose sur les intermédiaires financiers, surtout les banques.
  • Les banques jouent un rôle essentiel dans l'économie réelle, notamment pour les entreprises qui n'ont pas un accès simple aux marchés.
  • L'efficience informationnelle des marchés signifie que les cours intègrent l'information disponible.
  • On distingue les formes faible, semi-forte et forte de l'efficience.
  • Les asymétries d'information sont centrales : elles affectent le coût du financement, la liquidité et l'allocation des ressources.
  • Les intermédiaires financiers existent en grande partie pour réduire ces asymétries.

15.2 Schéma logique à retenir

  1. Une entreprise a un besoin de financement.
  2. Elle peut recourir au marché ou à un intermédiaire financier.
  3. Le choix dépend du coût, de l'accès, du risque et de l'information disponible.
  4. Sur les marchés, les prix reflètent plus ou moins efficacement l'information.
  5. Les asymétries d'information perturbent ce mécanisme et justifient le rôle des banques et de la régulation.

16. Mémo final

Définitions clés

  • Marché financier : mécanisme d'échange de titres financiers entre agents économiques.
  • Financement direct : financement obtenu par émission de titres sur les marchés.
  • Financement indirect : financement obtenu via un intermédiaire financier.
  • Efficience informationnelle : situation dans laquelle les prix reflètent l'information disponible.
  • Asymétrie d'information : situation où une partie dispose de plus d'information que l'autre.
  • Sélection adverse : mauvaise sélection ex ante due à une information inégale.
  • Risque moral : comportement opportuniste ex post lié à une surveillance imparfaite.

Ce qu'il faut savoir expliquer

  • pourquoi les marchés financiers sont utiles au financement de l'économie ;
  • pourquoi les banques restent indispensables ;
  • comment l'information influence les cours ;
  • pourquoi l'efficience est une hypothèse utile mais imparfaite ;
  • en quoi les asymétries d'information déforment les choix de financement.

Formulation professionnelle attendue

Une bonne conclusion de niveau DSCG pourrait être la suivante :

Les marchés financiers participent à l'allocation des ressources en permettant le financement direct des agents économiques et en produisant des prix censés refléter l'information disponible. Toutefois, cette fonction d'allocation est limitée par les asymétries d'information, qui justifient le rôle persistant des intermédiaires financiers, en particulier des banques, dans le financement de l'économie réelle.