Méthodes patrimoniales, goodwill et évaluations spécifiques

Évaluer l’entreprise par l’ANC, l’ANCC, la rente du goodwill, l’approche immobilière et les méthodes adaptées aux start-up.

Introduction

Après les méthodes par les flux financiers (leçons 27 et 28) et les méthodes par les comparables (leçon 29), cette leçon aborde la troisième grande famille du programme de l’UE 2 de finance : les autres méthodes d’évaluation, centrées ici sur :

  • l’approche patrimoniale ;
  • la rente du goodwill et le goodwill ;
  • l’évaluation selon le cycle de vie de l’entreprise, avec un focus sur les start-up.

L’objectif n’est pas de remplacer les méthodes vues précédemment, mais de comprendre dans quels cas une logique patrimoniale ou mixte est plus pertinente, comment elle se calcule, et quelles en sont les limites.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • maîtriser les méthodes d’évaluation de l’entreprise relevant de l’approche patrimoniale et des méthodes spécifiques ;
  • déterminer la valeur de l’entreprise à partir de la valeur économique de son patrimoine ;
  • calculer l’actif net comptable (ANC) et l’actif net comptable corrigé (ANCC) ;
  • calculer la survaleur de l’entreprise à partir de la rente du goodwill et du goodwill ;
  • comprendre comment la valeur dépend du cycle de vie de l’entreprise ;
  • appliquer une approche spécifique aux start-up, notamment la méthode de la venture capital.

1. Pourquoi utiliser des méthodes patrimoniales ?

1.1 Logique générale

Les méthodes patrimoniales cherchent à évaluer l’entreprise à partir de ce qu’elle possède et de ce qu’elle doit. Elles répondent à une question simple :

Quelle est la valeur du patrimoine économique net de l’entreprise ?

Autrement dit, on part de l’idée que la valeur d’une entreprise peut être approchée par la valeur de ses actifs, diminuée de ses dettes.

Cette logique est particulièrement utile lorsque :

  • l’entreprise détient des actifs significatifs ;
  • la rentabilité future est difficile à prévoir ;
  • on veut disposer d’un socle minimal de valorisation ;
  • il faut apprécier la valeur de l’entreprise sous un angle plus “statique” que la méthode par actualisation des flux.

1.2 Pourquoi cette approche ne suffit pas toujours

Une entreprise vaut rarement seulement la somme de ses actifs nets. Deux sociétés disposant d’un patrimoine comparable peuvent avoir des valeurs très différentes si :

  • l’une dispose d’une clientèle fidèle ;
  • l’une a une marque forte ;
  • l’une dégage une rentabilité supérieure à la normale ;
  • l’une possède un savoir-faire ou une organisation particulièrement performante.

C’est précisément pour cela que l’on complète souvent l’approche patrimoniale par une logique de survaleur, c’est-à-dire de goodwill.

1.3 Place de ces méthodes dans l’ensemble des évaluations

On peut résumer les grandes logiques d’évaluation ainsi :

  • Méthodes par les flux : l’entreprise vaut ce qu’elle pourra générer demain.
  • Méthodes par les comparables : l’entreprise vaut ce que le marché paie pour des entreprises similaires.
  • Méthodes patrimoniales et mixtes : l’entreprise vaut son patrimoine économique, éventuellement augmenté d’une survaleur.

Aucune méthode n’est universellement supérieure. Le professionnel doit choisir la méthode la plus cohérente avec la situation de l’entreprise.


2. L’approche patrimoniale : ANC et ANCC

2.1 Définition de l’actif net comptable (ANC)

L’actif net comptable (ANC) correspond à la valeur des capitaux propres comptables de l’entreprise.

Dans sa forme la plus simple :

ANC = Total de l’actif comptable – Total des dettes

ou, ce qui revient au même :

ANC = Capitaux propres comptables

2.1.1 Ce que mesure l’ANC

L’ANC mesure la valeur nette ressortant des comptes, donc une valeur fondée sur les données comptables historiques.

Il s’agit d’une première approximation utile, mais elle présente une limite majeure :

  • les actifs sont souvent inscrits pour leur valeur d’entrée, diminuée des amortissements et dépréciations ;
  • ils ne reflètent donc pas nécessairement leur valeur économique actuelle.

2.1.2 Pourquoi l’ANC est souvent insuffisant

L’ANC peut être éloigné de la valeur réelle de l’entreprise car :

  • un terrain acquis il y a longtemps peut valoir beaucoup plus aujourd’hui ;
  • certaines immobilisations incorporelles n’apparaissent pas au bilan ;
  • certaines provisions peuvent être surévaluées ou sous-évaluées ;
  • certains passifs latents doivent être pris en compte.

L’ANC est donc un point de départ, pas une conclusion.


2.2 Définition de l’actif net comptable corrigé (ANCC)

L’actif net comptable corrigé (ANCC) consiste à partir de l’ANC puis à corriger les valeurs comptables pour les rapprocher de leur valeur économique.

Formellement :

ANCC = Actifs corrigés à leur valeur économique – Passifs corrigés

L’ANCC est donc une approche patrimoniale retraitée.

2.2.1 Finalité de l’ANCC

L’ANCC vise à répondre à la question suivante :

Que vaudrait le patrimoine net de l’entreprise si l’on réévaluait correctement ses éléments ?

Il s’agit d’une méthode plus économique que purement comptable.

2.2.2 Différence fondamentale entre ANC et ANCC

  • ANC : valeur nette issue des comptes.
  • ANCC : valeur nette après corrections économiques.

Cette différence est essentielle au DSCG : l’ANC est une donnée comptable, l’ANCC est une valeur retraitée, donc une base d’évaluation plus pertinente.


3. Calculer l’ANC : méthode pas à pas

3.1 Étape 1 : identifier les capitaux propres comptables

En pratique, l’ANC correspond aux capitaux propres :

  • capital ;
  • primes ;
  • réserves ;
  • report à nouveau ;
  • résultat.

3.1.1 Exemple simple

Une société présente le bilan simplifié suivant :

  • Actif total : 1 500 000 €
  • Dettes : 950 000 €

Alors :

ANC = 1 500 000 – 950 000 = 550 000 €

L’entreprise a donc un actif net comptable de 550 000 €.

3.1.2 Interprétation

Cela signifie que, selon les comptes, la valeur nette revenant aux apporteurs de capitaux propres est de 550 000 €.

Mais cette valeur n’intègre pas encore les éventuelles plus-values latentes ou moins-values latentes sur les actifs et passifs.


4. Calculer l’ANCC : méthode pas à pas

4.1 Principe général des corrections

Pour passer de l’ANC à l’ANCC, il faut :

  1. partir des capitaux propres comptables ;
  2. identifier les éléments dont la valeur comptable diffère de la valeur économique ;
  3. corriger les actifs et passifs ;
  4. tenir compte, le cas échéant, de la fiscalité attachée à certaines plus-values latentes.

4.2 Types de corrections usuelles

Sans sortir du cadre du programme, on peut retenir les grandes catégories suivantes :

  • réévaluation d’actifs sous-évalués ;
  • dépréciation d’actifs surévalués ;
  • prise en compte d’éléments de passif insuffisamment enregistrés ;
  • neutralisation d’éléments dont la valeur économique diffère de la valeur comptable.

4.3 Exemple complet d’ANCC

Supposons une entreprise avec :

  • ANC : 800 000 €

Corrections à apporter :

  • terrain : plus-value latente de +250 000 € ;
  • machine obsolète : moins-value de -60 000 € ;
  • stock déprécié insuffisamment provisionné : -20 000 € ;
  • passif latent estimé : -40 000 €.

Alors :

ANCC = 800 000 + 250 000 - 60 000 - 20 000 - 40 000 = 930 000 €

4.3.1 Lecture du résultat

  • La valeur comptable nette était de 800 000 €.
  • Après correction économique, la valeur patrimoniale nette ressort à 930 000 €.

L’entreprise vaut donc davantage que ce que suggèrent ses seuls capitaux propres comptables.


5. Déterminer la valeur de l’entreprise à partir de la valeur économique de son patrimoine

Cette compétence est au cœur de la leçon.

5.1 Logique économique

Déterminer la valeur de l’entreprise à partir de la valeur économique de son patrimoine consiste précisément à utiliser l’ANCC comme base de valorisation.

L’idée est la suivante :

  • on ne se contente pas des valeurs du bilan ;
  • on estime la valeur économique réelle des actifs et passifs ;
  • on en déduit une valeur nette.

Cette valeur correspond à une valeur patrimoniale de l’entreprise.

5.2 Quand cette approche est-elle pertinente ?

Elle est particulièrement adaptée lorsque :

  • l’entreprise est fortement capitalistique ;
  • la valeur réside dans son patrimoine immobilier ou industriel ;
  • l’activité est stable mais peu dynamique ;
  • les flux futurs sont trop incertains pour une méthode DCF robuste ;
  • on cherche une valeur de référence dans une négociation.

5.3 Limites de l’approche patrimoniale pure

L’ANCC ne capte pas toujours :

  • la qualité du management ;
  • la puissance commerciale ;
  • la fidélité de la clientèle ;
  • la capacité à générer des surprofits ;
  • certains actifs immatériels non reconnus.

C’est pourquoi l’évaluation patrimoniale est souvent complétée par une survaleur.


6. La survaleur de l’entreprise : rente du goodwill et goodwill

6.1 Définition générale de la survaleur

La survaleur correspond à la partie de la valeur de l’entreprise qui dépasse la valeur de son patrimoine net corrigé.

Autrement dit :

Une entreprise peut valoir plus que ses actifs nets, parce qu’elle est capable de dégager une rentabilité supérieure à la normale.

Cette survaleur est désignée par le terme de goodwill dans les méthodes d’évaluation.

6.2 Pourquoi une survaleur existe-t-elle ?

La survaleur peut provenir de :

  • la marque ;
  • la réputation ;
  • la qualité de la clientèle ;
  • l’organisation ;
  • le savoir-faire ;
  • les actifs intangibles non identifiés isolément ;
  • la capacité à générer des résultats supérieurs à ceux qu’exigerait la seule rémunération normale des capitaux investis.

Le raisonnement est donc économique :

  • si l’entreprise ne faisait que rémunérer normalement ses capitaux, sa valeur serait proche de l’ANCC ;
  • si elle dégage un excédent durable de rentabilité, cet excédent a lui-même une valeur.

7. La méthode de la rente du goodwill

7.1 Principe

La méthode de la rente du goodwill consiste à valoriser la surperformance économique de l’entreprise.

Elle repose sur deux idées :

  1. le patrimoine net corrigé donne une base de valeur ;
  2. la rentabilité excédentaire, au-delà d’une rémunération normale des capitaux, crée une rente.

Cette rente est ensuite capitalisée ou actualisée pour obtenir le goodwill.

7.2 Logique du calcul

Le schéma conceptuel est le suivant :

  1. déterminer un résultat économique de référence ;
  2. calculer la rémunération normale des capitaux engagés ;
  3. mesurer l’excédent de résultat ;
  4. transformer cet excédent en valeur ;
  5. ajouter cette survaleur à l’ANCC.

7.3 Formulation générale

On peut résumer ainsi :

Goodwill = Valeur de la rente de surprofit

puis :

Valeur de l’entreprise = ANCC + Goodwill

7.4 Exemple pédagogique

Supposons :

  • ANCC = 1 200 000 €
  • rentabilité normale exigée sur ce type d’activité = 10 %
  • résultat économique attendu = 180 000 €

Étape 1 : rémunération normale des capitaux

Rémunération normale = 1 200 000 × 10 % = 120 000 €

Étape 2 : rente de goodwill

Rente = 180 000 – 120 000 = 60 000 €

L’entreprise dégage donc un surprofit annuel de 60 000 €.

Étape 3 : valorisation de la rente

Si, par hypothèse simplifiée, cette rente est capitalisée à 12 % :

Goodwill = 60 000 / 0,12 = 500 000 €

Étape 4 : valeur totale

Valeur de l’entreprise = ANCC + Goodwill = 1 200 000 + 500 000 = 1 700 000 €

7.5 Interprétation

  • Le patrimoine économique net vaut 1 200 000 €.
  • Mais l’entreprise dégage des performances supérieures à la normale.
  • Cette capacité génère une survaleur de 500 000 €.

La valeur totale est donc supérieure à la seule valeur patrimoniale.


8. Le goodwill : sens économique et précautions

8.1 Définition pratique

Dans cette leçon, le goodwill doit être compris comme la survaleur attachée aux actifs intangibles et à la capacité bénéficiaire excédentaire de l’entreprise.

Il ne faut pas le réduire à un simple “écart mécanique”. C’est avant tout une notion économique.

8.2 Ce que traduit un goodwill positif

Un goodwill positif signifie que l’entreprise :

  • est plus performante que ce que son patrimoine seul laisserait attendre ;
  • bénéficie d’avantages concurrentiels ;
  • possède des éléments immatériels créateurs de valeur.

8.3 Ce que révèle un goodwill faible ou nul

Un goodwill faible ou nul peut signifier :

  • que l’entreprise ne dégage pas de surprofit durable ;
  • que son patrimoine suffit à expliquer sa valeur ;
  • que son activité est banalisée ou très concurrentielle.

8.4 Limites de la méthode

La méthode de la rente du goodwill dépend fortement :

  • du résultat de référence retenu ;
  • du taux de rémunération normale ;
  • de l’horizon ou du taux de capitalisation ;
  • de l’appréciation de la pérennité du surprofit.

Elle suppose donc un jugement professionnel solide.


9. Articulation entre ANC, ANCC et goodwill

9.1 Vision d’ensemble

On peut résumer l’enchaînement ainsi :

  1. ANC : photographie comptable nette.
  2. ANCC : photographie économique nette corrigée.
  3. Goodwill : supplément de valeur lié à la rentabilité excédentaire et aux actifs immatériels.
  4. Valeur de l’entreprise : ANCC + goodwill.

9.2 Exemple de synthèse

Prenons une société avec :

  • ANC = 900 000 €
  • corrections économiques nettes = +300 000 €
  • donc ANCC = 1 200 000 €
  • goodwill = 450 000 €

Alors :

  • Valeur patrimoniale comptable : 900 000 €
  • Valeur patrimoniale corrigée : 1 200 000 €
  • Valeur globale retenue : 1 650 000 €

Cette présentation permet de montrer clairement d’où vient la valeur.


10. Calculer la valeur d’une entreprise en fonction de son cycle de vie

Le programme exige aussi de savoir calculer la valeur d’une entreprise en fonction de son cycle de vie.

10.1 Pourquoi le cycle de vie change la méthode d’évaluation

Une entreprise ne se valorise pas de la même manière selon qu’elle est :

  • en création ;
  • en croissance ;
  • en maturité ;
  • en déclin ou en restructuration.

Pourquoi ? Parce que selon le stade :

  • la visibilité sur les flux futurs n’est pas la même ;
  • le patrimoine n’a pas le même poids ;
  • le goodwill est plus ou moins important ;
  • les comparables sont plus ou moins disponibles.

10.2 Entreprise en phase de création

En phase de création :

  • les résultats sont souvent négatifs ;
  • les actifs comptables sont faibles ;
  • la valeur réside surtout dans le potentiel.

Conséquence :

  • l’ANC et l’ANCC sont souvent peu parlants ;
  • la valeur dépend davantage d’une méthode spécifique de type venture capital.

10.3 Entreprise en phase de croissance

En phase de croissance :

  • les flux futurs sont prometteurs, mais encore incertains ;
  • le goodwill potentiel peut être élevé ;
  • les actifs immatériels sont déterminants.

Conséquence :

  • les méthodes patrimoniales servent surtout de base minimale ;
  • la valeur peut être très supérieure à l’ANCC.

10.4 Entreprise en phase de maturité

En phase de maturité :

  • l’activité est plus stable ;
  • les résultats sont plus prévisibles ;
  • le patrimoine et la rentabilité normalisée sont plus faciles à apprécier.

Conséquence :

  • les méthodes patrimoniales et la rente du goodwill deviennent particulièrement pertinentes.

10.5 Entreprise en déclin

En phase de déclin :

  • le goodwill peut disparaître ;
  • certains actifs doivent être dépréciés ;
  • la valeur se rapproche parfois d’une logique patrimoniale basse.

Conséquence :

  • l’ANCC peut devenir la référence principale ;
  • la survaleur peut être nulle, voire négative économiquement.

10.6 Illustration synthétique

| Stade du cycle de vie | Méthode souvent la plus parlante | Rôle de l’ANCC | Rôle du goodwill | |---|---|---:|---:| | Création | Méthodes spécifiques | Faible | Très incertain | | Croissance | Flux / méthodes spécifiques | Base de référence | Souvent élevé | | Maturité | Patrimoniale + goodwill | Important | Mesurable | | Déclin | Patrimoniale prudente | Central | Faible ou nul |

L’idée essentielle est donc la suivante :

Le choix de la méthode d’évaluation dépend du cycle de vie de l’entreprise.


11. L’approche spécifique pour les start-up

Le programme vise explicitement une approche spécifique pour les start-up, à travers la méthode de la venture capital.

11.1 Pourquoi les méthodes classiques sont insuffisantes pour une start-up

Une start-up présente généralement plusieurs caractéristiques :

  • faible historique comptable ;
  • rentabilité souvent absente à court terme ;
  • forte incertitude ;
  • forte dépendance à la croissance future ;
  • poids majeur des actifs immatériels et de l’équipe fondatrice.

Dans ce contexte :

  • l’ANC est souvent très faible ;
  • l’ANCC n’explique pas la valeur potentielle ;
  • le goodwill est difficile à objectiver à partir de résultats encore non stabilisés.

Il faut donc une méthode adaptée au financement par investisseurs en capital-risque.


11.2 La méthode de la venture capital : logique générale

La méthode de la venture capital raisonne à partir de la valeur future espérée de la start-up au moment de la sortie de l’investisseur.

Le raisonnement est le suivant :

  1. estimer la valeur de sortie à un horizon donné ;
  2. appliquer le taux de rentabilité exigé par l’investisseur ;
  3. actualiser cette valeur pour obtenir la valeur actuelle pré-money ou post-money selon les données ;
  4. en déduire la part de capital à céder pour le financement recherché.

11.3 Pourquoi cette méthode est cohérente

Les investisseurs en capital-risque n’achètent pas une valeur patrimoniale actuelle ; ils financent un potentiel de création de valeur future.

La question n’est donc pas :

« Que vaut aujourd’hui le patrimoine de la start-up ? »

mais plutôt :

« Quelle valeur pourra-t-elle atteindre à la sortie, et quelle part faut-il acquérir aujourd’hui pour obtenir la rentabilité visée ? »


11.4 Étapes de calcul de la méthode de la venture capital

Étape 1 : estimer la valeur de sortie

On estime la valeur de la start-up à l’horizon de sortie de l’investisseur, par exemple dans 5 ans.

Cette valeur de sortie peut être déterminée à partir :

  • d’un multiple ;
  • d’un scénario de cession ;
  • d’une valorisation future anticipée.

Étape 2 : déterminer le taux de rentabilité exigé

Le capital-risque implique un risque très élevé. L’investisseur exige donc un taux de rentabilité élevé.

Étape 3 : actualiser la valeur de sortie

On calcule la valeur actuelle :

Valeur actuelle = Valeur de sortie / (1 + taux exigé)^n

avec n = nombre d’années.

Étape 4 : déterminer la part de capital à céder

Si l’investisseur apporte un montant donné, on compare cet apport à la valeur post-money pour déterminer son pourcentage de détention.


11.5 Exemple complet de méthode venture capital

Une start-up recherche 500 000 €.

Hypothèses :

  • valeur de sortie dans 5 ans : 6 000 000 € ;
  • taux de rentabilité exigé par l’investisseur : 35 %.

Étape 1 : actualisation de la valeur de sortie

Valeur actuelle = 6 000 000 / (1,35)^5

(1,35)^5 ≈ 4,484

Donc :

Valeur actuelle ≈ 6 000 000 / 4,484 ≈ 1 338 091 €

Cette valeur actuelle correspond à la valeur post-money implicite si l’on raisonne ainsi.

Étape 2 : pourcentage revenant à l’investisseur

Part investisseur = 500 000 / 1 338 091 ≈ 37,37 %

Étape 3 : valeur pré-money

Valeur pré-money = 1 338 091 – 500 000 = 838 091 €

11.6 Interprétation

  • La start-up n’est pas valorisée à partir de son patrimoine actuel.
  • Sa valeur dépend de sa capacité à atteindre une valeur de sortie de 6 M€.
  • L’investisseur, compte tenu du risque, exige 35 % de rentabilité annuelle.
  • En contrepartie de 500 000 €, il demandera environ 37,37 % du capital.

12. Comparer les méthodes selon les situations

12.1 Entreprise patrimoniale classique

Pour une société détenant de l’immobilier, des équipements ou des participations stables, l’ANCC peut être une méthode centrale.

12.2 Entreprise rentable et installée

Pour une société mature dégageant une rentabilité supérieure à la normale, une méthode ANCC + goodwill est souvent pertinente.

12.3 Start-up

Pour une start-up :

  • la logique patrimoniale est souvent insuffisante ;
  • la méthode de la venture capital est plus adaptée.

12.4 Importance du croisement des méthodes

En pratique, une évaluation sérieuse croise souvent plusieurs approches :

  • valeur patrimoniale ;
  • valeur par les flux ;
  • valeur par les comparables ;
  • méthode spécifique si nécessaire.

Le rôle du professionnel n’est pas de réciter une formule, mais de justifier la méthode retenue.


13. Cas pratique de synthèse

13.1 Énoncé

Une entreprise industrielle mature présente les éléments suivants :

  • capitaux propres comptables : 2 000 000 € ;
  • plus-value latente sur terrain : +400 000 € ;
  • moins-value sur matériel ancien : -150 000 € ;
  • passif latent : -50 000 €.

Le résultat économique normatif attendu est de 320 000 €. Le taux de rémunération normale des capitaux est de 10 %. La rente est capitalisée à 12,5 %.

13.2 Corrigé pas à pas

1. Calcul de l’ANC

ANC = 2 000 000 €

2. Calcul de l’ANCC

ANCC = 2 000 000 + 400 000 - 150 000 - 50 000 = 2 200 000 €

3. Rémunération normale des capitaux

Rémunération normale = 2 200 000 × 10 % = 220 000 €

4. Rente du goodwill

Rente = 320 000 - 220 000 = 100 000 €

5. Goodwill

Goodwill = 100 000 / 0,125 = 800 000 €

6. Valeur de l’entreprise

Valeur = ANCC + goodwill = 2 200 000 + 800 000 = 3 000 000 €

13.3 Analyse

La société vaut davantage que son patrimoine net corrigé, car elle dégage une rentabilité excédentaire durable.


14. Pièges fréquents

14.1 Confondre ANC et ANCC

C’est l’erreur la plus classique.

  • ANC = valeur nette comptable.
  • ANCC = valeur nette après corrections économiques.

14.2 Oublier que le goodwill est une survaleur

Le goodwill ne remplace pas l’ANCC ; il s’y ajoute.

14.3 Utiliser une méthode patrimoniale pour une start-up sans recul

Une start-up peut avoir un bilan quasi vide et pourtant une valeur élevée. La valeur patrimoniale n’est alors pas pertinente seule.

14.4 Oublier le cycle de vie

Une méthode n’a de sens que si elle est cohérente avec :

  • la maturité de l’entreprise ;
  • sa visibilité ;
  • la nature de ses actifs ;
  • son modèle économique.

15. Mémo de fin de leçon

À retenir absolument

  • L’approche patrimoniale valorise l’entreprise à partir de son patrimoine net.
  • L’ANC correspond aux capitaux propres comptables.
  • L’ANCC corrige l’ANC pour refléter la valeur économique des actifs et passifs.
  • La survaleur correspond à ce qui dépasse l’ANCC.
  • La rente du goodwill mesure la rentabilité excédentaire par rapport à une rémunération normale des capitaux.
  • Le goodwill est la valeur capitalisée ou actualisée de cette rente.
  • Une formule structurante est :
    • Valeur de l’entreprise = ANCC + goodwill
  • Le cycle de vie de l’entreprise influence fortement la méthode pertinente.
  • Pour les start-up, l’approche spécifique du programme est la méthode de la venture capital.

Formules essentielles

  • ANC = Actif – Dettes = Capitaux propres comptables
  • ANCC = Actifs corrigés – Passifs corrigés
  • Rente du goodwill = Résultat économique – rémunération normale des capitaux
  • Valeur de l’entreprise = ANCC + goodwill
  • Valeur actuelle (venture capital) = Valeur de sortie / (1 + taux exigé)^n

16. Synthèse finale

Cette leçon complète les deux précédentes sur l’évaluation de l’entreprise en montrant qu’une valorisation ne repose pas uniquement sur les flux futurs ou sur les multiples de marché. Les méthodes patrimoniales apportent une lecture fondamentale : celle de la valeur économique du patrimoine.

L’ANC constitue un point de départ comptable, tandis que l’ANCC fournit une image plus fidèle du patrimoine net. Mais l’entreprise ne se réduit pas à ses actifs : sa capacité à créer une rentabilité excédentaire justifie l’existence d’une survaleur, mesurée par la rente du goodwill et le goodwill.

Enfin, la méthode doit toujours être choisie en fonction du cycle de vie. Une entreprise mature se prête bien à une approche ANCC + goodwill, alors qu’une start-up requiert une logique spécifique tournée vers la valeur future, comme la méthode de la venture capital.

La compétence attendue au DSCG n’est donc pas seulement de calculer, mais de choisir, justifier et interpréter la méthode d’évaluation la plus adaptée à la situation étudiée.