Responsabilité sociétale, durabilité et devoir de vigilance

Traiter la responsabilité sociétale des entreprises, les résolutions climatiques, le rapport de durabilité, le devoir de vigilance, la raison d’être, la société à mission et les sanctions liées aux obligations d’information.

Introduction

Dans l’UE 1 du DSCG, l’accompagnement du client ne se limite pas à la sécurisation de ses contrats, à sa gouvernance ou à ses choix de structuration. Il implique aussi de conduire le client dans une démarche d’éthique des affaires et de l’aider à produire les informations sociales et environnementales en fonction de ses obligations et de ses choix.

Autrement dit, le professionnel ne conseille plus seulement sur la licéité immédiate d’un acte : il doit aussi apprécier la manière dont l’entreprise assume ses responsabilités à l’égard de ses parties prenantes, de l’environnement, de sa chaîne de valeur et de la société au sens large.

Cette leçon traite donc de sept notions centrales du programme :

  • l’accompagnement du client dans son environnement juridique ;
  • la démarche d’éthique des affaires ;
  • la production d’informations sociales et environnementales ;
  • la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ;
  • le rapport de durabilité ;
  • le devoir de vigilance ;
  • la raison d’être et la société à mission.

Comme vu dans la leçon précédente sur la gouvernance des sociétés et les relations entre acteurs, ces sujets s’insèrent dans un cadre de gouvernance plus large. Ici, l’enjeu est de comprendre pourquoi ces dispositifs existent, comment ils s’articulent, et quels risques ils font naître si l’entreprise les néglige.


Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, il faut être capable de :

  • définir la responsabilité sociétale des entreprises ;
  • expliquer la logique des informations sociales et environnementales exigées des entreprises ;
  • distinguer la RSE, le rapport de durabilité, le devoir de vigilance, la raison d’être et la société à mission ;
  • identifier les principales conséquences juridiques du non-respect des obligations d’information ;
  • conseiller un client sur la structuration d’une démarche de durabilité cohérente avec sa gouvernance et son activité.

1. Accompagner le client dans son environnement juridique sur les enjeux de durabilité

1.1. Une mission de conseil juridique élargie

Dans cette partie du programme, accompagner le client dans son environnement juridique signifie que le professionnel doit intégrer dans son conseil des dimensions qui dépassent le droit strictement contractuel ou sociétaire.

L’entreprise évolue dans un environnement où les attentes portent désormais sur :

  • ses impacts sociaux ;
  • ses impacts environnementaux ;
  • la transparence de ses pratiques ;
  • la prévention des atteintes graves dans sa chaîne de valeur ;
  • la cohérence entre son discours et ses actes.

Le conseil juridique doit donc porter à la fois sur :

  1. les obligations applicables ;
  2. les risques encourus ;
  3. les choix de structuration possibles ;
  4. la qualité de l’information publiée ;
  5. la cohérence entre gouvernance, stratégie et communication.

1.2. Pourquoi cette évolution ?

Cette évolution répond à plusieurs logiques :

  • une logique de protection des parties prenantes ;
  • une logique de prévention des risques réputationnels et contentieux ;
  • une logique de responsabilisation des organes de direction ;
  • une logique de comparabilité et de transparence de l’information ;
  • une logique de transition environnementale et sociale.

Le droit n’attend plus seulement que l’entreprise respecte la loi dans son périmètre immédiat ; il attend aussi qu’elle soit capable de rendre compte de ses impacts et, dans certains cas, de prévenir les atteintes graves susceptibles d’être causées par ses activités ou celles de ses partenaires.

1.3. Rôle concret du professionnel

Le professionnel du chiffre ou du droit intervenant auprès du client doit notamment :

  • identifier si l’entreprise entre dans un champ d’obligations d’information ;
  • recenser les informations sociales et environnementales pertinentes ;
  • vérifier la cohérence des dispositifs internes ;
  • alerter sur les insuffisances documentaires ;
  • proposer des améliorations de gouvernance ;
  • sécuriser la formulation des engagements publics de l’entreprise.

L’idée centrale est la suivante : une entreprise ne doit pas publier ce qu’elle ne maîtrise pas, et ne doit pas taire ce qu’elle est tenue d’exposer.


2. Conduire le client dans une démarche d’éthique des affaires

2.1. Définition de l’éthique des affaires

La démarche d’éthique des affaires désigne l’ensemble des principes, procédures, comportements et dispositifs par lesquels l’entreprise cherche à aligner ses décisions économiques avec des exigences de loyauté, de responsabilité et de respect des parties prenantes.

Elle ne se réduit pas à la conformité minimale à la règle de droit. Elle vise à répondre à la question :

« Comment l’entreprise doit-elle agir de manière responsable dans l’exercice de son activité ? »

2.2. Une démarche au croisement du droit, de la gouvernance et de la stratégie

L’éthique des affaires se situe à l’intersection de plusieurs domaines :

  • la gouvernance, car les organes de direction fixent les orientations ;
  • la conformité, car certaines obligations sont impératives ;
  • la communication, car l’entreprise doit rendre compte de ses engagements ;
  • la stratégie, car la durabilité modifie les choix d’investissement, de production et de partenariat.

2.3. Pourquoi la durabilité relève-t-elle de l’éthique des affaires ?

Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une question technique de reporting. Les enjeux de durabilité posent des questions fondamentales :

  • l’entreprise assume-t-elle les effets négatifs de son activité ?
  • ses engagements sont-ils sincères ou seulement déclaratifs ?
  • ses organes de gouvernance prennent-ils réellement en compte les enjeux sociaux et environnementaux ?
  • son modèle économique est-il compatible avec les attentes de long terme ?

Ainsi, la durabilité n’est pas un supplément de communication ; elle devient une dimension structurante de l’éthique des affaires.


3. Produire les informations sociales et environnementales en fonction des obligations

3.1. Une obligation d’information, pas seulement une option de communication

Le programme insiste sur le fait qu’il faut produire les informations sociales et environnementales en fonction des obligations et/ou des choix du client.

Cela signifie que deux situations doivent être distinguées :

  • l’information imposée par les textes applicables ;
  • l’information volontaire choisie par l’entreprise pour structurer sa communication ou affirmer ses engagements.

Dans les deux cas, la vigilance est essentielle.

3.2. Les objectifs de l’information sociale et environnementale

Cette information poursuit plusieurs finalités :

  • éclairer les investisseurs, partenaires, salariés, clients et autres parties prenantes ;
  • permettre une meilleure appréciation des risques ;
  • rendre visible les impacts de l’activité ;
  • favoriser la comparabilité entre entreprises ;
  • responsabiliser les dirigeants.

3.3. Comment raisonner en pratique ?

Pour conseiller un client, il faut suivre une démarche structurée.

Étape 1 : identifier le périmètre concerné

Il faut déterminer :

  • quelle entité publie ;
  • si l’information est individuelle ou consolidée ;
  • quelles activités et quels territoires sont concernés ;
  • si la chaîne de valeur doit être prise en compte.

Étape 2 : recenser les informations pertinentes

Les informations peuvent concerner notamment :

  • les conditions de travail ;
  • l’emploi ;
  • la santé et la sécurité ;
  • les impacts environnementaux ;
  • les émissions ou consommations significatives ;
  • la gouvernance de la durabilité ;
  • les risques liés à l’activité.

Étape 3 : vérifier la fiabilité des données

Une information sociale ou environnementale n’a de valeur que si elle est :

  • traçable ;
  • documentée ;
  • cohérente avec les pratiques réelles ;
  • présentée selon une méthode explicite.

Étape 4 : s’assurer de la cohérence d’ensemble

Il faut vérifier la concordance entre :

  • les engagements publics de l’entreprise ;
  • sa stratégie ;
  • ses procédures internes ;
  • ses indicateurs ;
  • ses décisions effectives.

3.4. Risque majeur : l’information insuffisante, inexacte ou trompeuse

La publication d’informations sociales et environnementales n’est pas neutre. Une entreprise qui publie une information incomplète, inexacte ou incohérente s’expose à :

  • des sanctions civiles ;
  • des sanctions pénales selon les cas prévus par les textes ;
  • des sanctions administratives ;
  • une dégradation de sa réputation ;
  • des contentieux initiés par des parties prenantes.

Le conseil consiste donc autant à faire publier ce qui doit l’être qu’à éviter les publications fragiles ou non maîtrisées.


4. La responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

4.1. Définition

La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) désigne la prise en compte, par l’entreprise, des enjeux sociaux, environnementaux et plus largement sociétaux dans ses activités et dans ses relations avec ses parties prenantes.

Autrement dit, l’entreprise ne se définit plus uniquement par la recherche d’un résultat économique ; elle doit aussi intégrer les conséquences de ses choix sur :

  • les salariés ;
  • les sous-traitants et fournisseurs ;
  • les clients ;
  • les territoires ;
  • l’environnement ;
  • la société dans son ensemble.

4.2. Pourquoi la RSE est-elle devenue centrale ?

Parce que les modèles économiques produisent des externalités. Une activité rentable peut aussi :

  • dégrader l’environnement ;
  • fragiliser des droits sociaux ;
  • créer des risques sanitaires ;
  • générer des atteintes à la réputation ;
  • exposer l’entreprise à des coûts juridiques futurs.

La RSE vise donc à intégrer dans la décision de gestion des éléments qui, autrefois, étaient considérés comme périphériques.

4.3. Les dimensions de la RSE

On peut regrouper la RSE autour de trois grands axes :

  • social : emploi, conditions de travail, dialogue social, santé, sécurité, diversité ;
  • environnemental : ressources, émissions, déchets, prévention des atteintes, adaptation ;
  • gouvernance et sociétal : éthique, transparence, relation avec les parties prenantes, ancrage territorial.

4.4. La RSE : contrainte ou levier ?

Elle est les deux.

Comme contrainte

Elle impose :

  • des procédures ;
  • de la documentation ;
  • des arbitrages parfois coûteux ;
  • une remise en cause de certaines pratiques.

Comme levier

Elle peut améliorer :

  • l’attractivité de l’entreprise ;
  • la confiance des investisseurs et partenaires ;
  • la fidélisation des salariés ;
  • la maîtrise des risques ;
  • la pérennité du modèle économique.

4.5. Exemple simple

Une entreprise industrielle fortement consommatrice d’énergie peut adopter une démarche RSE en :

  • mesurant ses consommations ;
  • fixant des objectifs de réduction ;
  • intégrant ces objectifs dans les décisions d’investissement ;
  • publiant des indicateurs fiables ;
  • associant les organes de gouvernance au suivi.

La RSE n’est alors pas un discours externe, mais un processus de pilotage.


5. Les résolutions climatiques : une illustration de la montée en puissance de la durabilité

Le programme mentionne les résolutions climatiques dans le cadre de l’éthique des affaires.

5.1. Notion

Une résolution climatique est une résolution soumise aux associés ou actionnaires portant sur les engagements, objectifs, orientations ou informations de l’entreprise en matière climatique.

5.2. Intérêt

Elle permet :

  • d’inscrire la question climatique dans la gouvernance ;
  • d’organiser un débat au sein des organes sociaux ;
  • de renforcer la transparence ;
  • de confronter la stratégie de l’entreprise à ses impacts environnementaux.

5.3. Limites

Une résolution climatique ne vaut pas, à elle seule, transformation réelle. Elle peut devenir purement symbolique si :

  • les objectifs ne sont pas suivis ;
  • les indicateurs sont mal définis ;
  • la gouvernance n’en tire aucune conséquence ;
  • la stratégie d’ensemble reste inchangée.

Le conseil au client consiste donc à éviter l’effet d’annonce et à articuler la résolution avec des outils de suivi réels.


6. Le rapport de durabilité

6.1. Définition

Le rapport de durabilité est le document ou ensemble d’informations par lequel l’entreprise présente sa situation, ses impacts, ses risques, ses opportunités et ses engagements en matière de durabilité.

Il constitue un outil de reporting destiné à informer les parties prenantes sur la manière dont l’entreprise prend en compte les enjeux sociaux et environnementaux.

6.2. Pourquoi un rapport de durabilité ?

Le rapport de durabilité répond à trois besoins :

  • transparence : dire ce que l’entreprise fait réellement ;
  • comparabilité : permettre aux lecteurs d’apprécier les performances et les risques ;
  • pilotage : structurer en interne la collecte et l’analyse des données.

6.3. Ce que le rapport de durabilité change dans l’entreprise

Le rapport de durabilité n’est pas seulement un document final. Il oblige l’entreprise à organiser :

  • la collecte d’informations ;
  • la coordination entre directions ;
  • la formalisation des indicateurs ;
  • la remontée des alertes ;
  • la validation par la gouvernance.

En ce sens, il transforme les pratiques de gestion.

6.4. Contenu attendu : logique générale

Sans entrer ici dans l’architecture détaillée des normes de reporting de durabilité, qui relève surtout de l’UE 4, on doit comprendre que le rapport de durabilité doit présenter de manière intelligible :

  • les enjeux de durabilité significatifs pour l’entreprise ;
  • les impacts de l’activité ;
  • les risques et opportunités ;
  • les politiques mises en place ;
  • les résultats obtenus ;
  • les perspectives et engagements.

6.5. Méthode de construction en pratique

Étape 1 : cartographier les enjeux

Il faut identifier les sujets les plus significatifs pour l’activité : conditions de travail, émissions, consommation de ressources, chaîne d’approvisionnement, etc.

Étape 2 : attribuer les responsabilités internes

Chaque donnée doit avoir :

  • un producteur ;
  • un validateur ;
  • une méthode de calcul ;
  • une périodicité.

Étape 3 : fiabiliser les preuves

L’entreprise doit conserver les éléments justificatifs permettant d’expliquer l’origine des chiffres et des affirmations publiées.

Étape 4 : relire sous l’angle juridique

Il faut vérifier :

  • l’absence d’affirmations imprudentes ;
  • la cohérence avec les engagements publics ;
  • la conformité aux obligations applicables ;
  • la lisibilité du document.

6.6. Exemple d’analyse

Une société de distribution affirme dans son rapport de durabilité qu’elle « maîtrise les impacts sociaux de sa chaîne d’approvisionnement ». Cette formule est juridiquement sensible si :

  • aucun dispositif d’évaluation des fournisseurs n’existe ;
  • aucun audit n’est mené ;
  • aucun indicateur n’est suivi ;
  • aucune procédure d’alerte n’est formalisée.

Le professionnel doit alors recommander soit :

  • de renforcer le dispositif réel ;
  • soit de reformuler l’information pour la rendre exacte et justifiée.

7. Le devoir de vigilance

7.1. Définition

Le devoir de vigilance est l’obligation, pour certaines entreprises, de mettre en place et de mettre en œuvre un dispositif destiné à identifier les risques et à prévenir les atteintes graves envers :

  • les droits humains ;
  • les libertés fondamentales ;
  • la santé et la sécurité des personnes ;
  • l’environnement.

Cette vigilance ne concerne pas seulement les activités propres de l’entreprise, mais s’inscrit dans une logique plus large de chaîne de valeur.

7.2. Pourquoi le devoir de vigilance existe-t-il ?

Parce que de nombreuses atteintes graves ne sont pas commises directement par la société tête de groupe, mais apparaissent :

  • chez des filiales ;
  • chez des sous-traitants ;
  • chez des fournisseurs ;
  • dans des zones géographiques éloignées du siège de décision.

Le devoir de vigilance vise donc à éviter qu’une entreprise bénéficie économiquement d’une organisation productive tout en s’exonérant de ses conséquences sociales ou environnementales.

7.3. La logique du dispositif

Le devoir de vigilance repose sur une idée simple :

plus le pouvoir économique et organisationnel de l’entreprise est important, plus sa responsabilité de prévention doit être structurée.

Il ne s’agit pas de garantir l’absence absolue de tout dommage, mais de démontrer une démarche sérieuse d’identification, de prévention et de suivi.

7.4. Contenu général d’une démarche de vigilance

Une démarche de vigilance sérieuse suppose en pratique :

  • une cartographie des risques ;
  • l’identification des zones sensibles ;
  • des procédures d’évaluation des partenaires ;
  • des actions de prévention ;
  • des mécanismes d’alerte ;
  • un suivi des mesures mises en œuvre.

7.5. Exemple concret

Une entreprise française du secteur textile s’approvisionne dans plusieurs pays. Une démarche de vigilance cohérente implique notamment :

  • d’identifier les pays ou fournisseurs à risque ;
  • de vérifier les conditions de travail ;
  • d’intégrer des exigences contractuelles ;
  • de prévoir des contrôles ;
  • de traiter les alertes remontées ;
  • de documenter les actions correctrices.

7.6. Notion essentielle : la vigilance est active, pas passive

Le simple fait de publier des valeurs éthiques ou une charte ne suffit pas. Le devoir de vigilance exige une approche opérationnelle.

Il faut donc distinguer :

  • l’engagement déclaratif : « nous respectons les droits humains » ;
  • la vigilance effective : cartographie, contrôle, alerte, correction, traçabilité.

7.7. Les sanctions du devoir de vigilance

Le programme vise explicitement la notion et les sanctions.

Sans développer ici des mécanismes contentieux au-delà du périmètre assigné, il faut retenir que le non-respect du devoir de vigilance peut exposer l’entreprise à des conséquences juridiques sérieuses, notamment sur le terrain :

  • de la mise en cause de sa responsabilité ;
  • d’actions visant à obtenir la mise en conformité ;
  • d’une forte exposition réputationnelle ;
  • de contentieux liés aux atteintes non prévenues.

Le terme de sanctions doit être compris dans une acception large : il ne s’agit pas seulement d’une peine au sens pénal, mais aussi des conséquences civiles et procédurales attachées à l’insuffisance du dispositif.

7.8. Conseil pratique au client

Pour accompagner un client, il faut l’amener à répondre à cinq questions :

  1. Suis-je concerné par une obligation structurée de vigilance ?
  2. Ai-je identifié mes zones de risque majeures ?
  3. Mes partenaires font-ils l’objet d’une évaluation suffisante ?
  4. Mes procédures d’alerte et de suivi sont-elles réelles ?
  5. Puis-je prouver ce que j’affirme ?

Si l’une de ces réponses est négative, le risque juridique augmente fortement.


8. La raison d’être

8.1. Définition

La raison d’être exprime la manière dont une société entend inscrire son activité dans une perspective dépassant la seule recherche du profit immédiat. Elle formule la contribution particulière que l’entreprise entend apporter, en cohérence avec son activité.

8.2. Intérêt de la raison d’être

Elle peut servir à :

  • donner du sens à la stratégie ;
  • orienter les décisions des dirigeants ;
  • renforcer la cohérence interne ;
  • structurer le dialogue avec les parties prenantes ;
  • afficher une ambition durable.

8.3. Pourquoi faut-il la manier avec prudence ?

Parce qu’une raison d’être trop vague ou purement promotionnelle peut devenir contre-productive.

Une raison d’être utile doit être :

  • intelligible ;
  • cohérente avec l’activité réelle ;
  • compatible avec la gouvernance ;
  • susceptible d’être traduite en actions.

8.4. Exemple

Formulation faible :

« Être un acteur responsable et innovant au service d’un monde meilleur. »

Cette formule est très générale et peu opérationnelle.

Formulation plus structurante :

« Développer des solutions de mobilité accessibles en réduisant l’empreinte environnementale de nos services et en améliorant la sécurité des usagers. »

La seconde formulation est plus exploitable, car elle renvoie à :

  • une activité identifiable ;
  • des objectifs concrets ;
  • des indicateurs potentiels.

8.5. Rôle du conseil

Le professionnel doit aider le client à vérifier que la raison d’être :

  • n’entre pas en contradiction avec son activité effective ;
  • peut être déclinée en politiques internes ;
  • ne crée pas un risque excessif de décalage entre communication et réalité.

9. La société à mission

9.1. Définition

La société à mission est une société qui se dote d’objectifs spécifiques qu’elle entend poursuivre dans le cadre de son activité, en complément de son objet économique, et qui organise un suivi de ces objectifs.

Elle va plus loin que la simple communication institutionnelle : elle formalise un engagement structuré.

9.2. Différence entre raison d’être et société à mission

Il ne faut pas confondre les deux notions.

La raison d’être

  • exprime une orientation générale ;
  • peut jouer un rôle identitaire et stratégique ;
  • n’implique pas à elle seule le même degré d’organisation.

La société à mission

  • suppose une formalisation plus poussée ;
  • repose sur des objectifs identifiés ;
  • implique un suivi de l’exécution de la mission ;
  • engage plus fortement la gouvernance.

9.3. Pourquoi choisir le statut de société à mission ?

Pour certaines entreprises, ce choix permet :

  • d’inscrire la durabilité au cœur de la gouvernance ;
  • de crédibiliser les engagements ;
  • d’attirer certaines parties prenantes ;
  • d’orienter les décisions de long terme.

9.4. Les conditions de réussite

Une société à mission n’est crédible que si :

  • les objectifs sont précis ;
  • les indicateurs sont suivis ;
  • la gouvernance s’en saisit réellement ;
  • les arbitrages économiques en tiennent compte ;
  • la communication reste sincère.

9.5. Risques en cas d’instrumentalisation

Le principal risque est celui d’une mission purement déclarative. Une entreprise qui adopte ce positionnement sans mécanisme réel de suivi s’expose à :

  • une perte de crédibilité ;
  • des critiques des parties prenantes ;
  • des difficultés de gouvernance ;
  • des contestations sur la sincérité de ses engagements.

10. Les sanctions liées aux obligations d’information

10.1. Le principe

Le programme mentionne les sanctions civiles, pénales et administratives du non-respect des obligations d’information.

Dans le cadre de cette leçon, il faut retenir que la publication d’informations sociales et environnementales n’est pas un exercice purement formel. Lorsqu’une obligation d’information existe, son non-respect peut entraîner plusieurs catégories de conséquences.

10.2. Les sanctions civiles

Les sanctions civiles visent notamment à réparer ou prévenir un dommage. Elles peuvent se traduire par :

  • des actions en responsabilité ;
  • des demandes de mise en conformité ;
  • des contestations d’informations trompeuses ;
  • des demandes de réparation du préjudice subi.

10.3. Les sanctions pénales

Dans les hypothèses prévues par les textes applicables, certaines insuffisances, dissimulations ou publications mensongères peuvent recevoir une qualification pénale.

L’idée à retenir est que l’information extra-financière n’échappe pas, par principe, au risque pénal lorsqu’elle participe d’une tromperie ou d’une violation caractérisée d’une obligation légale.

10.4. Les sanctions administratives

Certaines autorités ou dispositifs de contrôle peuvent entraîner :

  • injonctions ;
  • mesures correctrices ;
  • publicité des manquements ;
  • autres sanctions administratives selon les régimes applicables.

10.5. Au-delà de la sanction juridique : la sanction économique

Même lorsque la sanction juridique est limitée, l’entreprise peut subir :

  • une dégradation de son image ;
  • une perte de confiance des partenaires ;
  • des tensions avec les investisseurs ;
  • des difficultés de recrutement ;
  • des coûts de remédiation élevés.

Le conseil professionnel doit donc intégrer une approche globale du risque.


11. Cas pratique d’ensemble

Situation

La société NovaTerra, groupe français de taille importante, exerce dans l’agroalimentaire. Elle communique largement sur ses engagements environnementaux et envisage :

  • d’inscrire une raison d’être dans ses statuts ;
  • de devenir société à mission ;
  • de renforcer son rapport de durabilité ;
  • de formaliser un dispositif de devoir de vigilance sur sa chaîne d’approvisionnement internationale.

Cependant :

  • les données environnementales sont dispersées ;
  • les fournisseurs étrangers sont peu évalués ;
  • les engagements publics sont nombreux mais peu documentés ;
  • le conseil d’administration reçoit peu d’indicateurs fiables.

Analyse

1. Sur la RSE

L’entreprise a une intention affichée, mais sa démarche RSE reste incomplète car elle manque de structuration opérationnelle.

2. Sur le rapport de durabilité

Le risque principal est la publication d’informations insuffisamment fiabilisées. Il faut organiser une chaîne de collecte et de validation des données.

3. Sur le devoir de vigilance

Le groupe doit cartographier ses risques fournisseurs, définir des procédures d’évaluation, mettre en place des alertes et conserver les preuves des actions menées.

4. Sur la raison d’être

Elle ne doit pas être rédigée comme un slogan. Elle doit être reliée à l’activité agroalimentaire et aux enjeux concrets : qualité, sécurité, ressources, conditions de production.

5. Sur la société à mission

Ce choix n’est pertinent que si la gouvernance accepte un suivi réel des objectifs et si des indicateurs robustes sont mis en place.

Préconisations

  • centraliser les données sociales et environnementales ;
  • définir un référentiel interne de collecte ;
  • formaliser une cartographie des risques de vigilance ;
  • soumettre régulièrement des indicateurs au conseil ;
  • rédiger une raison d’être précise et opérationnelle ;
  • différer, si nécessaire, l’adoption du statut de société à mission tant que les outils de suivi ne sont pas stabilisés.

12. Méthode de conseil au client

Pour traiter un dossier sur ce thème, une méthode simple et efficace consiste à raisonner en cinq temps.

12.1. Identifier

  • Quelle est l’activité ?
  • Quelle est la taille de l’entreprise ?
  • Quels sont ses impacts majeurs ?
  • Quelles obligations d’information ou de vigilance sont en cause ?

12.2. Cartographier

  • Quels sont les risques sociaux ?
  • Quels sont les risques environnementaux ?
  • Quels sont les maillons sensibles de la chaîne de valeur ?
  • Quels organes de gouvernance interviennent ?

12.3. Vérifier

  • Les données existent-elles ?
  • Sont-elles fiables ?
  • Les engagements publics sont-ils prouvables ?
  • Les procédures sont-elles formalisées ?

12.4. Préconiser

  • améliorer la collecte ;
  • clarifier les responsabilités ;
  • renforcer les contrôles ;
  • réviser la communication externe ;
  • structurer la gouvernance de la durabilité.

12.5. Sécuriser

  • tracer les preuves ;
  • documenter les méthodes ;
  • formaliser les validations ;
  • anticiper les risques de contestation.

13. Points d’attention à ne pas confondre

13.1. RSE et devoir de vigilance

  • RSE : démarche large de prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux.
  • Devoir de vigilance : obligation structurée de prévention de certaines atteintes graves.

13.2. Rapport de durabilité et communication institutionnelle

  • Rapport de durabilité : information structurée sur les impacts, risques, politiques et résultats.
  • Communication institutionnelle : discours de marque, souvent plus libre, mais juridiquement risqué s’il est trompeur.

13.3. Raison d’être et société à mission

  • Raison d’être : orientation générale.
  • Société à mission : engagement plus formalisé et suivi.

14. Mémo de synthèse

Définitions essentielles

  • Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) : prise en compte des enjeux sociaux, environnementaux et sociétaux dans l’activité et la gouvernance de l’entreprise.
  • Rapport de durabilité : support de reporting présentant les impacts, risques, politiques et résultats de l’entreprise en matière de durabilité.
  • Devoir de vigilance : obligation de prévention des atteintes graves aux droits humains, à la santé-sécurité et à l’environnement dans une logique élargie de chaîne de valeur.
  • Raison d’être : expression de la contribution particulière que l’entreprise entend poursuivre au-delà de la seule recherche du profit.
  • Société à mission : société qui formalise des objectifs spécifiques de mission et organise leur suivi.

Idées clés

  • La durabilité est une question de gouvernance, pas seulement de communication.
  • L’information sociale et environnementale doit être fiable, cohérente et justifiée.
  • Le devoir de vigilance suppose une prévention effective, pas un simple affichage.
  • La raison d’être n’est utile que si elle est opérationnelle.
  • La société à mission exige une mise en cohérence réelle entre stratégie, gouvernance et suivi.
  • Le non-respect des obligations d’information peut entraîner des sanctions civiles, pénales et administratives.

Conclusion

La responsabilité sociétale, le rapport de durabilité, le devoir de vigilance, la raison d’être et la société à mission traduisent une transformation profonde du droit des affaires : l’entreprise n’est plus seulement appréciée au regard de sa performance économique immédiate, mais aussi au regard de sa capacité à prévenir ses impacts, à rendre compte de ses pratiques et à assumer une trajectoire durable.

Pour le professionnel du DSCG, l’enjeu n’est donc pas de réciter des notions isolées, mais de savoir articuler :

  • obligations juridiques ;
  • gouvernance ;
  • information publiée ;
  • risques ;
  • conseil opérationnel.

Le bon conseil consiste toujours à rapprocher le discours de l’entreprise de sa réalité organisationnelle. En matière de durabilité, la sécurité juridique naît d’une règle simple :

dire exactement ce que l’on fait, et faire réellement ce que l’on dit.