Inventaire : finalité, enjeux et principes
Comprendre pourquoi les travaux d’inventaire sont imposés, relier les écritures de fin d’exercice aux principes comptables et préparer les régularisations.
Introduction
Après l’étude des opérations courantes (achats, ventes, paie, banque, immobilisations, financements), la comptabilité ne peut pas s’arrêter à la simple addition des écritures passées au fil de l’année. À la clôture de l’exercice, il faut vérifier, ajuster et rattacher correctement les éléments comptables à la période concernée. C’est le rôle des opérations d’inventaire.
Cette leçon a pour objectif de répondre à quatre questions essentielles :
- Pourquoi les travaux d’inventaire sont-ils imposés ?
- Quels sont leurs enjeux pour l’entreprise et pour les utilisateurs des comptes ?
- Quels principes comptables justifient ces régularisations ?
- Comment préparer les écritures d’inventaire à venir ?
Cette leçon pose donc le cadre général. Les techniques détaillées de comptabilisation des stocks, amortissements, dépréciations, provisions, ajustements de charges et de produits, ou sorties d’actif seront approfondies dans les leçons suivantes. Ici, on cherche avant tout à comprendre la logique d’ensemble.
Objectifs d’apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- cerner la finalité des opérations d’inventaire ;
- expliquer leurs enjeux comptables, juridiques et économiques ;
- relier les travaux d’inventaire aux principes comptables et aux autres règles fondamentales du PCG ;
- comprendre pourquoi les écritures de fin d’exercice sont nécessaires avant l’établissement du Bilan, du Compte de résultat et de l’annexe ;
- préparer méthodiquement les régularisations de fin d’exercice.
1. Qu’est-ce que l’inventaire en comptabilité ?
1.1 Définition générale
L’inventaire correspond à l’ensemble des travaux réalisés à la clôture de l’exercice pour :
- constater la situation réelle du patrimoine ;
- évaluer correctement les actifs et les passifs ;
- rattacher les charges et les produits au bon exercice ;
- déterminer un résultat fidèle.
Autrement dit, l’inventaire sert à passer d’une comptabilité tenue au fil des opérations à une comptabilité arrêtée et fiabilisée.
Pendant l’exercice, les écritures traduisent les événements au moment où ils se produisent. Mais ces écritures ne suffisent pas toujours à donner une image exacte à la date de clôture. Par exemple :
- des stocks ont été consommés ou restent en magasin ;
- une immobilisation s’est usée ;
- une créance risque de ne pas être recouvrée ;
- une charge payée d’avance concerne en partie l’exercice suivant ;
- un produit a été acquis mais pas encore facturé.
Les opérations d’inventaire corrigent donc l’écart entre la comptabilité courante et la réalité économique à la date de clôture.
1.2 Inventaire physique et inventaire comptable
Il faut distinguer deux dimensions complémentaires :
a) L’inventaire physique
Il consiste à recenser concrètement certains éléments du patrimoine :
- stocks en magasin,
- immobilisations existantes,
- caisse,
- parfois certains biens confiés ou reçus.
b) L’inventaire comptable
Il consiste à traduire comptablement les constats issus de l’inventaire physique et de l’analyse des comptes :
- variation des stocks,
- amortissements,
- dépréciations,
- provisions,
- charges constatées d’avance,
- produits à recevoir,
- etc.
L’inventaire n’est donc pas seulement un comptage : c’est une démarche d’évaluation et de régularisation.
2. Pourquoi les opérations d’inventaire sont-elles imposées ?
2.1 Une obligation liée à l’arrêté des comptes
Les travaux d’inventaire sont imposés parce qu’une entreprise doit produire des comptes annuels fiables à la fin de chaque exercice.
Sans inventaire, les comptes seraient souvent inexacts, car ils reposeraient uniquement sur les flux enregistrés pendant l’année, sans correction de fin de période. Or les comptes annuels doivent présenter :
- la situation patrimoniale réelle de l’entité,
- la performance réellement réalisée pendant l’exercice,
- des informations sincères et exploitables.
L’inventaire est donc la condition nécessaire pour passer d’une comptabilité « en mouvement » à des comptes annuels « arrêtés ».
2.2 La nécessité de mesurer correctement le résultat
Le résultat de l’exercice ne peut pas être déterminé correctement si l’on ne tient pas compte :
- de l’usure des immobilisations,
- des pertes de valeur probables,
- des risques nés pendant l’exercice,
- des charges et produits à rattacher à la bonne période,
- des stocks réellement détenus à la clôture.
Exemple simple
Une entreprise paie en décembre une prime d’assurance couvrant la période du 1er décembre N au 30 novembre N+1.
Si toute la prime est laissée en charge sur N, le résultat de N est artificiellement diminué, alors qu’une grande partie de cette charge concerne N+1.
Pourquoi faut-il régulariser ? Parce que le Compte de résultat de N ne doit contenir que les charges et les produits qui concernent réellement N.
2.3 Une exigence de fiabilité pour les utilisateurs des comptes
Les comptes annuels ne servent pas qu’au dirigeant. Ils intéressent aussi :
- les associés,
- les créanciers,
- les banques,
- l’administration fiscale,
- les salariés et leurs représentants,
- les partenaires commerciaux.
Si les opérations d’inventaire n’étaient pas effectuées, ces utilisateurs prendraient leurs décisions sur la base d’informations fausses ou incomplètes.
Enjeu concret
- Une banque peut surestimer la solvabilité d’une entreprise si les créances douteuses ne sont pas dépréciées.
- Des associés peuvent croire à un bénéfice distribuable trop élevé si certaines charges à payer n’ont pas été constatées.
- L’administration fiscale peut contester le résultat si les règles de rattachement ne sont pas respectées.
L’inventaire protège donc la qualité de l’information comptable.
3. Les enjeux des opérations d’inventaire
3.1 Enjeu comptable : obtenir des comptes réguliers et sincères
Le premier enjeu est comptable. Les opérations d’inventaire permettent de produire des comptes :
- réguliers, c’est-à-dire conformes aux règles ;
- sincères, c’est-à-dire établis de bonne foi ;
- aptes à donner une image fidèle de la situation.
Sans inventaire, les comptes de charges et de produits seraient souvent mal ventilés entre exercices, et les postes d’actif ou de passif seraient mal évalués.
3.2 Enjeu économique : traduire la réalité de l’activité
L’inventaire permet de mieux représenter la réalité économique de l’entreprise.
Pourquoi ?
Parce qu’une entreprise ne se résume pas aux encaissements et décaissements de l’année. Elle supporte aussi :
- une consommation progressive de ses moyens de production,
- des risques futurs liés à des événements déjà survenus,
- des variations de valeur de certains actifs,
- des décalages entre flux financiers et consommation réelle de ressources.
L’inventaire corrige ces décalages.
Exemple
Une machine achetée 120 000 € n’est pas « consommée » intégralement le jour de son achat. Son coût doit être réparti sur sa durée d’utilisation par l’amortissement. Sans cela, l’exercice d’acquisition supporterait toute la charge, et les exercices suivants aucune, ce qui serait économiquement absurde.
3.3 Enjeu juridique : respecter le cadre normatif
Les travaux d’inventaire sont aussi une exigence juridique. Ils participent au respect :
- du Plan comptable général,
- des principes comptables,
- des obligations d’établissement des comptes annuels.
L’entreprise doit pouvoir justifier ses évaluations et ses régularisations. L’inventaire n’est donc pas une option de gestion ; c’est un moment obligatoire de contrôle et de mise en conformité.
3.4 Enjeu fiscal : sécuriser la base imposable
Même si la comptabilité et la fiscalité ne se confondent pas, le résultat comptable constitue souvent le point de départ du résultat fiscal.
Des travaux d’inventaire mal effectués peuvent donc avoir des conséquences fiscales :
- résultat surévalué ou sous-évalué,
- impôt mal calculé,
- risque de redressement.
L’inventaire contribue ainsi à la fiabilisation de la matière imposable, même si certains retraitements fiscaux existent ensuite.
3.5 Enjeu de gestion : mieux piloter l’entreprise
L’inventaire n’est pas seulement une contrainte. C’est aussi un outil de pilotage.
Il permet notamment de :
- détecter des stocks excessifs ou obsolètes,
- repérer des créances à risque,
- apprécier le vieillissement des immobilisations,
- mesurer les engagements et risques,
- analyser plus justement la performance de l’exercice.
Une entreprise qui réalise sérieusement ses travaux d’inventaire améliore sa connaissance de sa propre situation.
4. Les grandes catégories d’opérations d’inventaire
Cette leçon n’a pas vocation à détailler toutes les écritures, mais il est indispensable de situer les principales régularisations.
Les opérations d’inventaire portent notamment sur :
- les stocks à l’inventaire et la variation des stocks ;
- les amortissements comptables des immobilisations ;
- les dépréciations des actifs et leurs reprises ;
- les provisions et leurs reprises ;
- l’ajustement et le rattachement des charges et des produits au résultat de l’exercice ;
- les sorties d’immobilisations et de valeurs mobilières de placement du patrimoine.
Ces opérations ont toutes un point commun : elles visent à faire coïncider la comptabilité avec la situation réelle à la date de clôture.
5. Le lien entre inventaire et principes comptables
Les opérations d’inventaire ne sont pas des corrections arbitraires. Elles découlent directement des principes comptables et des autres règles fondamentales étudiés précédemment.
5.1 L’image fidèle
L’image fidèle est la finalité générale de la comptabilité.
Pourquoi ce principe impose-t-il l’inventaire ?
Parce qu’une comptabilité qui ne constaterait pas :
- l’usure d’un bien,
- la perte probable sur une créance,
- une charge concernant l’exercice,
- ou un risque né avant la clôture,
ne donnerait pas une représentation fidèle de la situation.
L’inventaire est donc un moyen concret d’atteindre l’image fidèle.
5.2 La régularité et la sincérité
Régularité
Les comptes doivent respecter les règles comptables applicables.
Sincérité
Les comptes doivent traduire honnêtement la connaissance que l’entreprise a de sa situation.
Conséquence sur l’inventaire
Une entreprise qui connaît une perte probable sur un actif et ne la constate pas manque de sincérité. Une entreprise qui omet les écritures exigées manque de régularité.
L’inventaire est donc l’expression pratique de ces deux exigences.
5.3 La prudence
La prudence est l’un des principes les plus directement liés aux travaux d’inventaire.
Idée centrale
Il ne faut pas transférer sur l’avenir des incertitudes présentes susceptibles de grever le patrimoine ou le résultat.
Conséquences concrètes
La prudence justifie notamment :
- la constatation des dépréciations lorsqu’une perte de valeur est probable ;
- la constatation des provisions pour certains risques ou charges ;
- l’interdiction de comptabiliser des gains non réalisés dans de nombreux cas.
Exemple
Un client rencontre de graves difficultés financières. Même si la perte n’est pas définitivement réalisée, la prudence conduit à constater une dépréciation de la créance si le risque de non-recouvrement est probable.
5.4 L’indépendance des exercices
C’est probablement le principe le plus central pour comprendre les régularisations de fin d’exercice.
Définition
Chaque exercice doit supporter les charges qui le concernent et bénéficier des produits qui lui reviennent, indépendamment des dates de paiement ou d’encaissement.
Pourquoi ce principe impose-t-il l’inventaire ?
Parce que les flux financiers et les flux économiques ne coïncident pas toujours.
Exemples typiques
- Une charge payée en N peut concerner en partie N+1.
- Un produit acquis en N peut n’être encaissé qu’en N+1.
- Une facture non encore reçue peut concerner des consommations de N.
L’inventaire permet donc de rattacher correctement les charges et les produits à l’exercice.
5.5 La continuité d’activité
La continuité d’activité suppose que l’entreprise poursuive normalement son exploitation dans un avenir prévisible.
Lien avec l’inventaire
Ce principe influence l’évaluation à la clôture. Par exemple :
- les actifs sont généralement évalués dans une logique de poursuite d’exploitation ;
- les amortissements supposent une utilisation normale des biens sur leur durée prévue.
Sans continuité d’activité, certaines évaluations seraient différentes. L’inventaire doit donc être cohérent avec cette hypothèse.
5.6 La permanence des méthodes
Les méthodes comptables doivent être maintenues d’un exercice à l’autre pour permettre la comparaison.
Conséquence
Les travaux d’inventaire doivent être réalisés selon des méthodes cohérentes et stables :
- méthode d’évaluation des stocks,
- modalités d’amortissement,
- critères de dépréciation,
- méthodes de rattachement.
Sinon, la comparaison des comptes dans le temps perd son sens.
5.7 Le coût historique
En comptabilité française, les actifs sont en principe enregistrés à leur coût d’entrée.
Lien avec l’inventaire
L’inventaire ne remet pas en cause ce coût d’entrée, mais il conduit à constater :
- la consommation de l’actif par amortissement,
- ou une perte de valeur par dépréciation.
On ne réécrit donc pas librement la valeur des actifs ; on applique les règles prévues pour ajuster leur valeur comptable lorsque cela est nécessaire.
5.8 La non-compensation
Les éléments d’actif et de passif, comme les charges et produits, ne doivent pas être compensés entre eux.
Conséquence pratique
Lors des travaux d’inventaire, on ne peut pas masquer une perte probable par un gain attendu sur un autre élément. Chaque situation doit être examinée séparément.
5.9 L’importance relative
Toutes les informations n’ont pas la même importance. Ce principe invite à apprécier la signification des éléments au regard des comptes annuels.
Lien avec l’inventaire
Dans la pratique, certaines régularisations mineures peuvent être appréciées au regard de leur impact. Mais cela ne signifie pas qu’on peut négliger les principes : il faut toujours raisonner en fonction de la pertinence de l’information produite.
6. Comment les principes se traduisent-ils dans les régularisations ?
Voici une lecture synthétique du lien entre principes et opérations d’inventaire.
| Principe / règle fondamentale | Effet sur les travaux d’inventaire | |---|---| | Image fidèle | Corriger les comptes pour représenter la situation réelle | | Régularité | Respecter les règles du PCG lors des évaluations et écritures | | Sincérité | Traduire honnêtement les risques, pertes de valeur et rattachements | | Prudence | Constater pertes probables, dépréciations et provisions | | Indépendance des exercices | Rattacher charges et produits au bon exercice | | Continuité d’activité | Évaluer les éléments dans une logique de poursuite normale | | Permanence des méthodes | Utiliser des méthodes stables d’un exercice à l’autre | | Coût historique | Ajuster sans abandonner arbitrairement la valeur d’entrée | | Non-compensation | Examiner séparément chaque actif, passif, charge ou produit | | Importance relative | Apprécier la signification des régularisations |
7. Démarche générale de préparation des travaux d’inventaire
Avant même de passer les écritures, il faut organiser les contrôles. Une bonne démarche d’inventaire suit généralement plusieurs étapes.
7.1 Étape 1 : arrêter les opérations courantes
Il faut d’abord s’assurer que les opérations de l’exercice ont bien été enregistrées :
- factures d’achats et de ventes,
- règlements,
- paie,
- banque,
- opérations sur immobilisations,
- financements.
Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas corriger correctement des comptes qui ne sont pas d’abord complets.
7.2 Étape 2 : justifier les soldes des comptes
Avant inventaire, il faut examiner les comptes significatifs :
- comptes de stocks,
- comptes clients,
- comptes fournisseurs,
- comptes de charges et produits,
- comptes d’immobilisations,
- comptes de trésorerie.
L’objectif est de repérer :
- les anomalies,
- les oublis,
- les montants à régulariser,
- les situations à documenter.
7.3 Étape 3 : recenser les éléments nécessitant une régularisation
On recherche ensuite tout ce qui justifie une écriture d’inventaire :
- stock final,
- usure des immobilisations,
- pertes de valeur,
- risques identifiés,
- charges payées d’avance,
- charges à payer,
- produits à recevoir,
- produits constatés d’avance,
- actifs sortis du patrimoine.
7.4 Étape 4 : évaluer les montants
L’inventaire n’est pas une simple intuition. Chaque régularisation doit être évaluée selon les règles comptables applicables.
Il faut donc disposer de pièces et d’éléments probants :
- inventaires physiques,
- tableaux d’amortissement,
- analyses de créances,
- contrats,
- factures,
- correspondances,
- estimations justifiées.
7.5 Étape 5 : comptabiliser les écritures d’inventaire
Une fois les montants déterminés, les écritures sont passées pour ajuster les comptes.
7.6 Étape 6 : préparer les comptes annuels
Ce n’est qu’après les régularisations que l’on peut établir des comptes annuels cohérents.
8. Exemples de raisonnement : pourquoi une régularisation est-elle nécessaire ?
8.1 Cas n°1 : assurance payée d’avance
Une prime d’assurance annuelle de 12 000 € est payée le 1er octobre N pour couvrir la période du 1er octobre N au 30 septembre N+1.
Analyse
- 3 mois concernent N ;
- 9 mois concernent N+1.
Pourquoi régulariser ?
Parce que l’indépendance des exercices impose de ne laisser en charge sur N que la part correspondant à N.
Enjeu
Sans régularisation, le résultat de N serait sous-évalué.
8.2 Cas n°2 : machine utilisée pendant plusieurs années
Une machine achetée en N est utilisée pendant 5 ans.
Analyse
Le coût d’acquisition ne doit pas peser en totalité sur N.
Pourquoi régulariser ?
Parce que l’actif procure des avantages économiques sur plusieurs exercices. Il faut répartir son coût par amortissement.
Principes mobilisés
- image fidèle,
- indépendance des exercices,
- continuité d’activité.
8.3 Cas n°3 : client douteux
Un client important connaît des difficultés financières à la clôture.
Analyse
La créance figure toujours à l’actif pour sa valeur initiale, mais son recouvrement devient incertain.
Pourquoi régulariser ?
Parce que la valeur comptable doit tenir compte du risque de perte probable.
Principe mobilisé
La prudence.
8.4 Cas n°4 : litige en cours
L’entreprise est engagée dans un litige né pendant l’exercice, avec un risque probable de condamnation.
Pourquoi régulariser ?
Parce qu’un risque né pendant l’exercice doit être pris en compte si les conditions sont remplies.
Enjeu
Ne pas surestimer artificiellement le résultat et les capitaux propres.
9. Ce que l’inventaire change dans le Bilan et le Compte de résultat
9.1 Impact sur le Bilan
Les opérations d’inventaire modifient la valeur de nombreux postes du patrimoine :
- stocks,
- immobilisations nettes,
- créances nettes,
- provisions,
- dettes,
- charges et produits rattachés.
Le Bilan après inventaire est donc plus proche de la situation réelle à la date de clôture.
9.2 Impact sur le Compte de résultat
Les régularisations influencent directement le résultat de l’exercice :
- certaines charges sont ajoutées,
- d’autres sont retirées,
- certains produits sont constatés,
- d’autres sont différés.
Le Compte de résultat devient alors une mesure plus juste de la performance de l’exercice.
9.3 Pourquoi cette double incidence est-elle logique ?
Parce que toute écriture comptable respecte la partie double :
- soit elle modifie un compte de Bilan et un compte de gestion,
- soit elle modifie deux postes du Bilan,
- mais dans tous les cas elle traduit un ajustement cohérent.
Les travaux d’inventaire ne sont donc pas des corrections isolées ; ils réorganisent l’information entre patrimoine et résultat.
10. Méthode pratique pour analyser une situation d’inventaire
Face à une situation de fin d’exercice, on peut suivre une méthode simple.
Étape 1 : identifier la nature du problème
Se demander :
- s’agit-il d’un actif à réévaluer ?
- d’un risque à constater ?
- d’une charge ou d’un produit à rattacher ?
- d’un élément sorti du patrimoine ?
Étape 2 : rechercher le principe comptable concerné
Exemples :
- prudence,
- indépendance des exercices,
- image fidèle,
- permanence des méthodes.
Étape 3 : déterminer l’enjeu sur les comptes
- Quel poste du Bilan est concerné ?
- Quel impact sur le Compte de résultat ?
- Le résultat serait-il surévalué ou sous-évalué sans régularisation ?
Étape 4 : justifier la nécessité de l’écriture
Il faut toujours pouvoir expliquer :
- pourquoi une régularisation est nécessaire,
- sur quel principe elle repose,
- quel risque elle évite.
Étape 5 : seulement ensuite, préparer la comptabilisation
Cette leçon s’arrête avant le détail technique, mais la logique est essentielle : une écriture d’inventaire n’est jamais un automatisme sans justification.
11. Erreurs fréquentes à éviter
11.1 Confondre inventaire et simple comptage
L’inventaire ne se limite pas aux stocks. Il couvre l’ensemble des ajustements nécessaires à la clôture.
11.2 Croire que seules les opérations payées ou encaissées comptent
La comptabilité d’engagement impose de raisonner en droits et obligations, pas seulement en trésorerie.
11.3 Oublier le lien avec les principes comptables
Une bonne réponse ne consiste pas seulement à dire « il faut passer une écriture », mais à expliquer pourquoi : prudence, indépendance des exercices, image fidèle…
11.4 Négliger les enjeux
Une régularisation oubliée peut :
- fausser le résultat,
- déformer le patrimoine,
- induire les utilisateurs en erreur,
- créer un risque juridique ou fiscal.
12. Synthèse structurée des finalités et enjeux
Finalités des opérations d’inventaire
Les opérations d’inventaire ont pour finalité de :
- vérifier la réalité des éléments comptables ;
- ajuster les comptes à la date de clôture ;
- rattacher les charges et produits au bon exercice ;
- évaluer correctement les actifs et passifs ;
- permettre la détermination du résultat ;
- préparer l’établissement des comptes annuels.
Enjeux des opérations d’inventaire
Elles présentent des enjeux :
- comptables : régularité, sincérité, image fidèle ;
- économiques : mesure correcte de la performance et du patrimoine ;
- juridiques : respect du cadre normatif ;
- fiscaux : fiabilisation de la base de calcul de l’impôt ;
- managériaux : meilleure connaissance de la situation de l’entreprise.
Principes comptables mobilisés
Les travaux d’inventaire s’appuient principalement sur :
- l’image fidèle,
- la régularité,
- la sincérité,
- la prudence,
- l’indépendance des exercices,
- la continuité d’activité,
- la permanence des méthodes,
- le coût historique,
- la non-compensation,
- l’importance relative.
13. Mini-cas d’application guidé
Une entreprise clôture ses comptes au 31 décembre N. Elle relève les éléments suivants :
- une prime d’assurance payée en novembre couvre jusqu’en octobre N+1 ;
- un stock de marchandises subsiste en entrepôt ;
- une machine achetée il y a deux ans continue d’être utilisée ;
- un client présente un risque de non-paiement ;
- un litige prud’homal est en cours ;
- des intérêts sur placement sont acquis mais non encore encaissés.
Analyse guidée
1. Pourquoi faut-il intervenir ?
Parce que les comptes courants ne suffisent pas à traduire la situation réelle au 31 décembre N.
2. Quels principes sont mobilisés ?
- indépendance des exercices : assurance, intérêts acquis ;
- prudence : client à risque, litige ;
- image fidèle : stock, machine, créance ;
- continuité d’activité : amortissement de la machine.
3. Quels grands types de régularisations faudra-t-il préparer ?
- ajustement de charges,
- constatation du stock,
- amortissement,
- dépréciation,
- provision,
- rattachement d’un produit à recevoir.
4. Quel serait le risque sans inventaire ?
- résultat erroné,
- actif surévalué,
- passif sous-évalué,
- information trompeuse pour les utilisateurs.
Ce type de raisonnement est exactement celui attendu avant de passer aux écritures techniques.
Mémo de fin de leçon
À retenir absolument
- Les opérations d’inventaire sont les travaux de fin d’exercice qui ajustent la comptabilité à la réalité.
- Elles sont nécessaires pour établir des comptes annuels réguliers, sincères et donnant une image fidèle.
- Elles permettent de déterminer correctement le résultat et d’évaluer correctement le patrimoine.
- Elles concernent notamment :
- les stocks,
- les amortissements,
- les dépréciations,
- les provisions,
- le rattachement des charges et produits,
- les sorties d’actifs.
- Elles reposent sur les grands principes comptables, surtout :
- prudence,
- indépendance des exercices,
- image fidèle,
- régularité et sincérité.
Réflexe méthodologique
Pour toute situation d’inventaire, posez-vous toujours ces trois questions :
- Quel est le problème à la clôture ?
- Quel principe comptable justifie l’ajustement ?
- Quel serait l’effet sur le Bilan ou le Compte de résultat si l’on ne régularisait pas ?
Conclusion
Les travaux d’inventaire constituent un moment décisif de la vie comptable de l’entreprise. Ils ne sont pas une simple formalité technique, mais la traduction concrète des principes fondamentaux du droit comptable français. Grâce à eux, la comptabilité cesse d’être seulement un enregistrement chronologique des opérations pour devenir une représentation cohérente, prudente et fidèle de la situation de l’entité.
Comprendre la finalité, les enjeux et les principes de l’inventaire est indispensable avant d’aborder les écritures de régularisation elles-mêmes. C’est précisément l’objet des prochaines leçons, qui détailleront chacune des grandes familles d’opérations d’inventaire.