Diagnostic stratégique externe
Comprendre la démarche stratégique et conduire l’analyse externe : macro-environnement, micro-environnement, industrie, filière, PESTEL, Porter et analyse technologique.
Introduction
Le diagnostic stratégique externe consiste à analyser l’environnement dans lequel évolue une organisation afin d’identifier les opportunités à saisir et les menaces à anticiper. Il s’inscrit dans la démarche stratégique et relève du management stratégique, déjà distingué des niveaux organisationnel et opérationnel dans les leçons précédentes.
Cette leçon se concentre sur l’analyse externe. Le diagnostic interne sera abordé séparément. Ici, l’objectif est de comprendre comment caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée et comment conduire un diagnostic stratégique à l’aide des outils d’analyse adéquats.
En management, on rappelle que l’on distingue les trois niveaux complémentaires du management :
- le management stratégique ;
- le management organisationnel ;
- le management opérationnel.
Le diagnostic stratégique externe appartient d’abord au management stratégique, car il éclaire les choix de long terme : positionnement, adaptation, priorités de développement, lecture des risques et des évolutions du secteur.
Objectifs d’apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- situer le diagnostic stratégique externe dans la démarche stratégique ;
- distinguer macro-environnement et micro-environnement ;
- caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée ;
- utiliser les principaux outils d’analyse externe :
- PESTEL pour le macro-environnement ;
- analyse de Porter pour l’analyse concurrentielle ;
- cycle de vie de la technologie pour l’analyse technologique ;
- présenter de manière structurée un diagnostic stratégique externe.
1. Le diagnostic stratégique dans la démarche stratégique
1.1. Qu’est-ce que la démarche stratégique ?
La démarche stratégique correspond au processus par lequel une organisation réfléchit à son avenir, choisit des orientations et adapte ses moyens à son environnement.
Elle répond à des questions fondamentales :
- Où l’organisation se situe-t-elle aujourd’hui ?
- Dans quel environnement évolue-t-elle ?
- Quelles contraintes et quelles possibilités cet environnement crée-t-il ?
- Quels choix semblent cohérents pour l’avenir ?
Le diagnostic stratégique constitue donc une étape essentielle de cette démarche. Avant de décider, il faut comprendre.
1.2. Pourquoi faire un diagnostic stratégique ?
Une organisation ne décide jamais dans le vide. Elle agit dans un environnement :
- économique,
- concurrentiel,
- technologique,
- réglementaire,
- social,
- environnemental.
Le diagnostic permet de réduire l’incertitude. Il ne supprime pas le risque, mais il aide à prendre des décisions plus cohérentes.
1.3. Diagnostic stratégique : interne et externe
Le programme précise qu’il faut pouvoir présenter un diagnostic stratégique (interne et externe). Dans cette leçon, nous traitons exclusivement la partie externe.
Le diagnostic stratégique externe vise à analyser :
- le macro-environnement ;
- le micro-environnement ;
- la dynamique concurrentielle ;
- l’environnement technologique.
En pratique, il sert à repérer :
- des opportunités : nouveaux besoins, évolutions favorables, innovations, changements réglementaires profitables ;
- des menaces : nouveaux entrants, pression sur les prix, substitution, obsolescence technologique, durcissement réglementaire.
2. Les trois niveaux complémentaires du management et la place du management stratégique
Le référentiel rappelle l’existence de trois niveaux complémentaires du management.
2.1. Le management stratégique
Le management stratégique concerne les décisions de long terme :
- choix des activités,
- positionnement,
- développement,
- adaptation à l’environnement.
C’est à ce niveau que se situe le diagnostic stratégique externe.
2.2. Le management organisationnel
Le management organisationnel concerne la manière de structurer l’organisation, de coordonner les acteurs et de faire fonctionner l’ensemble.
2.3. Le management opérationnel
Le management opérationnel concerne la gestion quotidienne des activités : production, vente, logistique, suivi des équipes, exécution.
2.4. Pourquoi rappeler ces trois niveaux ici ?
Parce que l’analyse externe n’a de sens que si l’on comprend son usage :
- au niveau stratégique, elle éclaire les orientations ;
- au niveau organisationnel, elle peut conduire à adapter la structure ;
- au niveau opérationnel, elle influence les actions concrètes.
Mais la responsabilité première du diagnostic externe appartient bien au management stratégique.
3. Caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée
3.1. La notion d’environnement
L’environnement d’une organisation regroupe l’ensemble des éléments extérieurs qui influencent son activité.
Ces éléments peuvent :
- offrir des possibilités de développement ;
- imposer des contraintes ;
- modifier les règles du jeu ;
- transformer les attentes des clients ou usagers ;
- faire émerger de nouveaux concurrents ou de nouvelles technologies.
3.2. Pourquoi faut-il caractériser l’environnement actuel ?
Il ne suffit pas de dire qu’un environnement est « difficile » ou « porteur ». Il faut le caractériser de manière précise.
Caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée, c’est par exemple identifier :
- la stabilité ou l’instabilité du contexte ;
- le degré d’intensité concurrentielle ;
- le poids de la réglementation ;
- la vitesse d’évolution technologique ;
- la sensibilité des clients au prix, à la qualité, à la durabilité ;
- la présence de barrières à l’entrée.
3.3. Une analyse contextualisée
L’environnement n’a pas le même sens pour toutes les organisations.
Exemple :
- une hausse du prix de l’énergie peut être une menace majeure pour une industrie fortement consommatrice d’électricité ;
- elle peut avoir un impact plus limité pour une activité de conseil.
Donc, caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée suppose toujours de relier les faits extérieurs à la situation concrète de l’organisation.
4. Macro-environnement et micro-environnement
Le programme impose la distinction entre macro-environnement et micro-environnement.
4.1. Le macro-environnement
Le macro-environnement désigne les grandes forces générales qui influencent l’ensemble des organisations, même si leur impact varie selon les secteurs.
Il comprend notamment :
- les évolutions politiques,
- les évolutions économiques,
- les transformations sociales,
- les changements technologiques,
- les contraintes écologiques,
- les règles juridiques.
L’outil principal d’analyse est le PESTEL.
4.2. Le micro-environnement
Le micro-environnement désigne l’environnement proche de l’organisation, c’est-à-dire les acteurs avec lesquels elle interagit plus directement.
On y trouve notamment :
- les concurrents,
- les clients,
- les fournisseurs,
- les nouveaux entrants potentiels,
- les produits ou services de substitution.
L’outil principal d’analyse concurrentielle est l’analyse de Porter.
4.3. Pourquoi distinguer les deux ?
Parce que les deux niveaux ne répondent pas aux mêmes questions.
- Le macro-environnement aide à comprendre les grandes tendances de fond.
- Le micro-environnement aide à comprendre la structure concurrentielle du secteur.
Une organisation peut par exemple évoluer :
- dans un macro-environnement favorable à la transition écologique,
- mais dans un micro-environnement très concurrentiel et peu rentable.
5. L’analyse du macro-environnement : l’outil PESTEL
5.1. Définition
Le PESTEL est l’outil de référence pour analyser le macro-environnement.
L’acronyme renvoie à six dimensions :
- Politique,
- Economique,
- Socioculturelle,
- Technologique,
- Ecologique,
- Légale.
Son intérêt est de structurer l’observation de l’environnement général afin d’éviter une lecture trop intuitive ou incomplète.
5.2. Pourquoi utiliser le PESTEL ?
Le PESTEL permet :
- d’organiser l’information ;
- d’identifier les tendances majeures ;
- de distinguer les opportunités et les menaces ;
- de relier les évolutions générales à la situation d’une organisation.
Il ne donne pas la stratégie à adopter, mais il aide à mieux poser le diagnostic.
5.3. Les dimensions du PESTEL
A. Dimension politique
Elle concerne l’action des pouvoirs publics et la stabilité du cadre politique.
Exemples d’éléments à observer :
- politiques publiques sectorielles ;
- soutien à certaines activités ;
- politiques industrielles ;
- stabilité institutionnelle ;
- priorités publiques en matière de transition écologique ou numérique.
Pourquoi c’est important ? Parce qu’une décision publique peut créer ou détruire un marché, accélérer une transformation, renforcer une contrainte.
B. Dimension économique
Elle concerne l’état général de l’économie et ses évolutions.
Exemples :
- inflation ;
- taux d’intérêt ;
- croissance ou ralentissement économique ;
- pouvoir d’achat ;
- coût des matières premières ;
- niveau de chômage.
Pourquoi c’est important ? Parce que ces variables influencent la demande, les coûts, l’investissement et la rentabilité.
C. Dimension socioculturelle
Elle concerne les comportements, les valeurs, les attentes et les modes de vie.
Exemples :
- vieillissement de la population ;
- recherche de sens au travail ;
- attentes en matière de qualité ;
- consommation responsable ;
- évolution des usages numériques.
Pourquoi c’est important ? Parce qu’une organisation doit répondre à des attentes sociales qui évoluent parfois très vite.
D. Dimension technologique
Elle concerne les innovations, les ruptures technologiques et la diffusion des techniques.
Exemples :
- automatisation ;
- numérisation ;
- intelligence artificielle ;
- nouveaux procédés de production ;
- nouveaux outils de relation client.
Pourquoi c’est important ? Parce que la technologie transforme les coûts, les offres, les compétences requises et les positions concurrentielles.
E. Dimension écologique
Elle concerne les contraintes et attentes liées à l’environnement naturel.
Exemples :
- pression sur les ressources ;
- réglementation environnementale ;
- attentes en matière de durabilité ;
- coûts énergétiques ;
- nécessité de réduire l’empreinte environnementale.
Pourquoi c’est important ? Parce que les enjeux écologiques modifient à la fois les coûts, l’image, les obligations et parfois le modèle économique.
F. Dimension légale
Elle concerne les règles juridiques applicables à l’activité.
Exemples :
- réglementation sectorielle ;
- normes de sécurité ;
- obligations d’information ;
- droit du travail ;
- protection des données ;
- contraintes de conformité.
Pourquoi c’est important ? Parce que le droit fixe les limites du jeu concurrentiel et peut imposer des adaptations lourdes.
5.4. Méthode d’utilisation du PESTEL
Étape 1 : recenser les faits marquants
On collecte les informations utiles dans chacune des six dimensions.
Étape 2 : sélectionner les éléments significatifs
Tout fait n’est pas stratégique. Il faut retenir ce qui a un impact réel sur l’organisation.
Étape 3 : qualifier l’impact
Chaque élément doit être interprété comme :
- une opportunité ;
- une menace ;
- parfois les deux selon les capacités de l’organisation.
Étape 4 : hiérarchiser
Tous les facteurs n’ont pas la même importance. Il faut distinguer :
- les évolutions structurantes ;
- les éléments secondaires.
5.5. Exemple d’application du PESTEL
Prenons une entreprise de fabrication de vélos électriques.
- Politique : aides publiques à la mobilité douce → opportunité.
- Économique : hausse du coût des composants → menace.
- Socioculturel : recherche de mobilité urbaine durable → opportunité.
- Technologique : amélioration des batteries → opportunité.
- Écologique : pression pour réduire l’empreinte carbone → opportunité si l’entreprise s’adapte.
- Légal : normes de sécurité plus strictes → contrainte, donc menace potentielle si l’entreprise n’anticipe pas.
Cet exemple montre que l’environnement ne se décrit pas seulement : il s’interprète.
6. L’analyse du micro-environnement : l’analyse concurrentielle de Porter
6.1. Finalité de l’analyse concurrentielle
Le micro-environnement permet de comprendre la situation concurrentielle d’une organisation dans son secteur.
L’outil de référence est l’analyse de Porter. Elle sert à évaluer l’intensité concurrentielle et l’attractivité d’un secteur.
6.2. L’idée centrale de Porter
La rentabilité d’une organisation ne dépend pas seulement de ses qualités propres. Elle dépend aussi de la structure concurrentielle de son environnement.
Autrement dit, même une organisation bien gérée peut rencontrer des difficultés dans un secteur très contraint.
6.3. Les forces de l’analyse de Porter
Dans le programme, il est demandé de mobiliser les outils de l’analyse concurrentielle : analyse de Porter.
Les forces classiquement étudiées sont :
- l’intensité de la rivalité entre concurrents ;
- la menace des nouveaux entrants ;
- le pouvoir de négociation des fournisseurs ;
- le pouvoir de négociation des clients ;
- la menace des produits ou services de substitution.
6.4. Présentation des forces
A. Intensité de la rivalité entre concurrents
Elle mesure la pression exercée par les entreprises déjà présentes dans le secteur.
Indicateurs possibles :
- nombre de concurrents ;
- croissance faible du marché ;
- guerre des prix ;
- faible différenciation des offres.
Pourquoi c’est important ? Plus la rivalité est forte, plus les marges peuvent être comprimées.
B. Menace des nouveaux entrants
Elle correspond à la possibilité que de nouveaux acteurs entrent sur le marché.
Cette menace dépend notamment des barrières à l’entrée :
- investissements initiaux élevés ;
- accès à la technologie ;
- réglementation ;
- notoriété des acteurs en place ;
- accès aux réseaux de distribution.
Pourquoi c’est important ? Si l’entrée est facile, les positions établies sont plus fragiles.
C. Pouvoir de négociation des fournisseurs
Les fournisseurs disposent d’un pouvoir élevé lorsqu’ils peuvent imposer leurs conditions.
Exemples de situations renforçant leur pouvoir :
- peu de fournisseurs disponibles ;
- composants essentiels ;
- difficulté à changer de fournisseur ;
- forte dépendance technique.
Conséquence : hausse des coûts, dépendance, fragilité des approvisionnements.
D. Pouvoir de négociation des clients
Les clients ont un pouvoir élevé lorsqu’ils peuvent faire pression sur les prix, la qualité ou les délais.
Exemples :
- clients très concentrés ;
- offres peu différenciées ;
- coût de changement faible ;
- forte sensibilité au prix.
Conséquence : pression sur les marges et sur les conditions commerciales.
E. Menace des produits ou services de substitution
Un produit de substitution répond au même besoin par une solution différente.
Exemples :
- train vs avion sur certaines distances ;
- visioconférence vs déplacement professionnel ;
- streaming vs support physique.
Pourquoi c’est important ? La substitution limite la capacité d’une organisation à fixer ses prix ou à conserver sa clientèle.
6.5. Comment utiliser l’analyse de Porter ?
Étape 1 : définir le secteur observé
Il faut d’abord préciser le périmètre : quel marché ? quelle activité ? quels concurrents ?
Étape 2 : analyser chaque force
Pour chaque force, on repère :
- son intensité ;
- ses causes ;
- ses effets sur l’organisation.
Étape 3 : apprécier l’attractivité du secteur
Un secteur sera généralement moins attractif si :
- la rivalité est forte ;
- les clients sont puissants ;
- les fournisseurs sont puissants ;
- les substituts sont nombreux ;
- les barrières à l’entrée sont faibles.
Étape 4 : en déduire les enjeux stratégiques
L’analyse ne s’arrête pas au constat. Elle doit faire apparaître les enjeux :
- se différencier,
- sécuriser les approvisionnements,
- fidéliser les clients,
- innover,
- renforcer les barrières à l’entrée.
6.6. Exemple d’application
Prenons une plateforme de livraison de repas.
- Rivalité : forte, avec plusieurs plateformes connues.
- Nouveaux entrants : menace modérée, car la notoriété et la logistique sont des barrières.
- Pouvoir des fournisseurs : ici, les restaurants partenaires peuvent avoir un certain pouvoir si leur marque est attractive.
- Pouvoir des clients : élevé, car comparer les prix et changer de plateforme est facile.
- Substituts : importants, car le client peut cuisiner, manger sur place ou commander autrement.
Conclusion : le secteur est fortement concurrentiel. L’entreprise doit travailler sa différenciation et sa qualité de service.
7. L’analyse technologique : le cycle de vie de la technologie
7.1. Pourquoi une analyse technologique ?
Le programme prévoit explicitement les outils de l’analyse technologique : cycle de vie de la technologie.
L’environnement technologique peut bouleverser un secteur :
- apparition d’une innovation ;
- diffusion rapide d’une technique ;
- obsolescence d’un procédé ;
- modification des coûts ;
- transformation des usages.
Une organisation doit donc comprendre non seulement quelle technologie existe, mais aussi où elle en est dans son évolution.
7.2. Le principe du cycle de vie de la technologie
Comme un produit, une technologie peut être analysée selon un cycle de vie.
On distingue généralement plusieurs phases :
- émergence ;
- croissance ou diffusion ;
- maturité ;
- déclin ou remplacement.
7.3. Les phases du cycle de vie
A. Émergence
La technologie apparaît, mais son usage reste encore limité.
Caractéristiques :
- incertitude forte ;
- coûts souvent élevés ;
- standards pas toujours stabilisés ;
- potentiel important mais non garanti.
Enjeu stratégique : faut-il investir tôt pour prendre position ?
B. Croissance ou diffusion
La technologie se diffuse rapidement.
Caractéristiques :
- adoption croissante ;
- amélioration des performances ;
- baisse relative des coûts ;
- multiplication des usages.
Enjeu stratégique : accélérer l’adoption, développer l’offre, acquérir des compétences.
C. Maturité
La technologie est largement diffusée et stabilisée.
Caractéristiques :
- standardisation ;
- amélioration incrémentale ;
- concurrence accrue ;
- pression sur les prix.
Enjeu stratégique : optimiser, se différencier autrement, maîtriser les coûts.
D. Déclin ou remplacement
La technologie devient moins pertinente face à une autre solution.
Caractéristiques :
- recul de la demande ;
- obsolescence ;
- baisse de rentabilité ;
- apparition d’une technologie de substitution.
Enjeu stratégique : sortir progressivement, reconvertir, investir dans la nouvelle technologie.
7.4. Intérêt du cycle de vie de la technologie
Cet outil aide à répondre à plusieurs questions :
- la technologie étudiée est-elle encore porteuse ?
- faut-il investir maintenant ou attendre ?
- l’organisation risque-t-elle l’obsolescence ?
- la concurrence maîtrise-t-elle une technologie plus avancée ?
7.5. Exemple
Prenons la photographie numérique face à l’argentique.
- Au départ, le numérique était en phase d’émergence.
- Puis il est entré en croissance avec une amélioration rapide des capteurs.
- Il a atteint une maturité avec une large diffusion.
- L’argentique est alors entré en déclin sur le marché de masse.
Une organisation qui n’aurait pas observé ce cycle aurait pu maintenir trop longtemps ses investissements sur une technologie en recul.
7.6. Comment exploiter cet outil dans un diagnostic externe ?
Il faut :
- identifier la technologie clé du secteur ;
- situer cette technologie dans son cycle de vie ;
- mesurer les conséquences sur le secteur et sur l’organisation ;
- en déduire les opportunités et menaces.
8. Présenter un diagnostic stratégique externe de manière structurée
Le programme demande de pouvoir présenter un diagnostic stratégique. Il ne suffit donc pas de connaître les outils : il faut savoir organiser l’analyse.
8.1. Une structure simple et efficace
I. Présentation de l’organisation et du contexte
- activité ;
- secteur ;
- éléments utiles de contexte.
II. Analyse du macro-environnement
- application du PESTEL ;
- mise en évidence des facteurs les plus significatifs.
III. Analyse du micro-environnement
- application de Porter ;
- appréciation de l’intensité concurrentielle.
IV. Analyse technologique
- identification de la technologie clé ;
- positionnement dans le cycle de vie de la technologie.
V. Synthèse
- principales opportunités ;
- principales menaces ;
- enjeux stratégiques qui se dégagent.
8.2. Ce qu’il faut éviter
- une liste d’éléments sans hiérarchie ;
- une description sans interprétation ;
- un PESTEL trop général, non relié à l’organisation ;
- une analyse concurrentielle trop vague ;
- une analyse technologique oubliant la dynamique temporelle.
8.3. Ce qu’on attend réellement
Un bon diagnostic externe doit :
- être sélectif ;
- être argumenté ;
- être contextualisé ;
- déboucher sur une compréhension claire des enjeux.
9. Étude de cas guidée : diagnostic stratégique externe d’une entreprise de covoiturage
Pour montrer comment articuler les outils, prenons un exemple simple.
9.1. Contexte
Une entreprise propose une application de covoiturage pour les trajets du quotidien.
9.2. Analyse du macro-environnement avec PESTEL
- Politique : soutien public à la mobilité partagée → opportunité.
- Économique : hausse du coût du carburant → peut encourager le covoiturage, donc opportunité.
- Socioculturel : montée des préoccupations écologiques et recherche d’économies → opportunité.
- Technologique : généralisation des smartphones et de la géolocalisation → opportunité.
- Écologique : pression pour réduire les émissions → opportunité.
- Légal : encadrement des plateformes numériques et de l’usage des données → menace potentielle si la conformité est insuffisante.
9.3. Analyse du micro-environnement avec Porter
- Rivalité entre concurrents : plusieurs applications existent → rivalité significative.
- Nouveaux entrants : l’entrée technique peut être assez accessible, mais la masse critique d’utilisateurs est une barrière → menace modérée.
- Pouvoir des fournisseurs : limité, car les principaux apports sont technologiques ; dépend toutefois de certains prestataires numériques.
- Pouvoir des clients : élevé, car changer d’application est simple.
- Substituts : transports en commun, voiture individuelle, vélo, télétravail → menace réelle.
9.4. Analyse technologique
La technologie mobile de mise en relation est en phase de maturité : elle est largement diffusée.
Conséquence :
- l’avantage ne vient plus seulement de la technologie elle-même ;
- il vient aussi de l’expérience utilisateur, de la confiance, de la taille du réseau et de la qualité du service.
9.5. Synthèse
Opportunités :
- transition écologique ;
- hausse des coûts de mobilité ;
- diffusion des usages numériques.
Menaces :
- forte concurrence ;
- faible fidélité des utilisateurs ;
- réglementation des plateformes.
Enjeu stratégique : se différencier dans un secteur où la technologie de base est déjà largement diffusée.
10. Conseils méthodologiques pour conduire un diagnostic stratégique externe
10.1. Commencer par définir le périmètre
Avant toute analyse, il faut savoir :
- quelle organisation on étudie ;
- dans quel secteur elle évolue ;
- sur quel marché ou domaine d’activité on se place.
10.2. Utiliser les outils comme des grilles de lecture
Le PESTEL, l’analyse de Porter et le cycle de vie de la technologie ne sont pas des fins en soi.
Ils servent à :
- trier l’information ;
- structurer l’analyse ;
- justifier les conclusions.
10.3. Relier chaque élément à l’organisation étudiée
Il faut toujours se demander :
- quel impact concret sur l’activité ?
- sur les coûts ?
- sur la demande ?
- sur la concurrence ?
- sur la capacité à se développer ?
10.4. Hiérarchiser les facteurs
Un diagnostic stratégique n’est pas un inventaire exhaustif. Il faut mettre en avant les facteurs les plus structurants.
10.5. Formuler une synthèse claire
La synthèse doit faire ressortir :
- les opportunités majeures ;
- les menaces majeures ;
- les enjeux stratégiques.
11. Points à retenir
- Le diagnostic stratégique externe appartient au management stratégique, l’un des trois niveaux complémentaires du management.
- Il s’inscrit dans la démarche stratégique.
- Il faut distinguer :
- le macro-environnement ;
- le micro-environnement.
- Le PESTEL sert à analyser le macro-environnement.
- L’analyse de Porter sert à analyser le micro-environnement et la structure concurrentielle.
- Le cycle de vie de la technologie permet d’évaluer la dynamique technologique d’un secteur.
- Un bon diagnostic externe ne décrit pas seulement l’environnement : il interprète ses effets en termes d’opportunités et de menaces.
Mémo
Diagnostic stratégique externe : en une vue
1. Situer l’analyse
- management stratégique ;
- démarche stratégique.
2. Analyser le macro-environnement
- outil : PESTEL.
3. Analyser le micro-environnement
- outil : analyse de Porter.
4. Analyser l’environnement technologique
- outil : cycle de vie de la technologie.
5. Conclure
- opportunités ;
- menaces ;
- enjeux stratégiques.
Conclusion
Le diagnostic stratégique externe est un préalable indispensable à toute réflexion stratégique sérieuse. Il permet de caractériser l’environnement actuel d’une organisation donnée, d’ordonner l’information et de transformer des faits dispersés en lecture stratégique cohérente.
Grâce au PESTEL, à l’analyse de Porter et au cycle de vie de la technologie, l’organisation peut mieux comprendre :
- les tendances générales qui la traversent,
- la pression concurrentielle de son secteur,
- les évolutions technologiques qui peuvent renforcer ou fragiliser sa position.
Autrement dit, le diagnostic stratégique externe ne dit pas encore quelle décision prendre, mais il permet de savoir sur quoi fonder la décision.