Management du risque et enjeux éthiques

Présenter les grands principes du management du risque et les modalités de prise en compte des risques. Distinguer approches éthiques, utilitaristes, écoblanchiment et blanchiment social.

Introduction

Dans les leçons précédentes, nous avons étudié les parties prenantes, la gouvernance, la RSE et les critères ESG. Cette leçon prolonge directement ces notions : une organisation ne peut pas prétendre gérer durablement sa performance si elle ne sait pas identifier ses risques, les hiérarchiser, choisir une réponse adaptée et éviter les dérives de communication comme l’écoblanchiment.

Le management du risque n’est donc pas un sujet isolé. Il est au cœur du management des organisations, car toute décision stratégique, organisationnelle ou opérationnelle expose l’organisation à des incertitudes. Certaines peuvent menacer ses résultats, sa réputation, sa conformité ou sa survie. D’autres, si elles sont bien comprises, peuvent aussi être transformées en opportunités.

Cette leçon se concentre sur cinq idées essentielles issues du programme :

  • les enjeux du management des organisations en matière de risque ;
  • l’analyse de la prise en compte des parties prenantes ;
  • l’explication de la prise en compte du risque par une organisation ;
  • la notion de risque et de management du risque ;
  • les dérives éthiques, en particulier l’écoblanchiment.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • définir le risque dans une perspective managériale ;
  • expliquer pourquoi le management du risque est devenu un enjeu central pour les organisations ;
  • relier la gestion des risques à la durabilité, aux parties prenantes et à l’environnement technologique, notamment à l’Intelligence Artificielle (IA) ;
  • analyser les principales étapes d’une démarche de management du risque ;
  • distinguer plusieurs modalités de traitement d’un risque : évitement, prévention, réduction de l’impact, acceptation ;
  • repérer les dérives de communication éthique, notamment l’écoblanchiment et, par prolongement logique, le blanchiment social.

1. Pourquoi le risque est-il un enjeu central du management des organisations ?

1.1. Le risque fait partie de toute organisation

Une organisation agit dans un environnement incertain. Elle prend des décisions, engage des ressources, coordonne des acteurs, communique avec ses parties prenantes et poursuit des objectifs. À chaque étape, elle est exposée à des événements qui peuvent produire des effets défavorables.

Le risque peut être compris comme la possibilité qu’un événement affecte l’atteinte des objectifs de l’organisation.

Cette définition est importante pour deux raisons :

  • elle relie le risque aux objectifs de l’organisation ;
  • elle montre que le risque n’est pas seulement un danger abstrait, mais une menace pour la performance.

Autrement dit, il n’y a pas de management sans risque. Décider, investir, recruter, innover, transformer un processus, utiliser l’IA, communiquer sur sa politique RSE : tout cela comporte des risques.

1.2. Le risque concerne tous les niveaux du management

Comme vu dans les leçons précédentes sur les niveaux de management, le risque existe à trois niveaux :

  • au niveau stratégique : choix d’un marché, lancement d’une activité, transformation numérique, engagements de durabilité, dépendance à un fournisseur clé ;
  • au niveau organisationnel : structure inadaptée, mauvaise circulation de l’information, insuffisance de coordination, défaut de contrôle ;
  • au niveau opérationnel : panne, erreur humaine, rupture de stock, incident informatique, mauvaise qualité, conflit social, communication trompeuse.

Le management du risque n’est donc pas réservé à la direction générale. Il concerne l’ensemble de l’organisation.

1.3. Pourquoi les risques sont-ils plus visibles aujourd’hui ?

Plusieurs évolutions renforcent la place du risque dans le management :

  • la complexité des environnements ;
  • la rapidité de circulation de l’information ;
  • les attentes croissantes des parties prenantes ;
  • l’importance de la réputation ;
  • la montée des enjeux de durabilité ;
  • le développement de l’Intelligence Artificielle (IA) et des outils numériques.

Une organisation peut aujourd’hui être fragilisée très vite par :

  • une polémique sur ses pratiques environnementales ;
  • une accusation de non-respect social ;
  • un usage contesté de l’IA ;
  • une incohérence entre son discours et ses pratiques.

Le risque n’est donc plus seulement financier ou industriel. Il est aussi réputationnel, social, environnemental, éthique et technologique.


2. Risque, durabilité et parties prenantes

2.1. La prise en compte des parties prenantes change la manière de penser le risque

Dans la leçon précédente, nous avons vu qu’une organisation interagit avec de nombreuses parties prenantes :

  • actionnaires ou apporteurs de ressources ;
  • salariés ;
  • clients ;
  • fournisseurs ;
  • banques ;
  • État et collectivités ;
  • associations ;
  • riverains ;
  • opinion publique.

Le management du risque doit intégrer cette diversité. En effet, un risque ne se mesure pas seulement par son effet sur le résultat financier. Il se mesure aussi par ses conséquences sur les relations avec les parties prenantes.

Exemples :

  • une défaillance qualité affecte les clients ;
  • une restructuration mal conduite affecte les salariés ;
  • une pollution affecte les riverains et les autorités publiques ;
  • une communication trompeuse affecte la confiance du marché et du public.

2.2. Une même situation peut être un risque pour certaines parties prenantes et un signal d’alerte pour d’autres

Une décision managériale produit souvent des effets différenciés.

Exemple : une entreprise annonce une gamme « verte ».

  • Pour les clients, cela peut représenter une promesse de consommation plus responsable.
  • Pour les investisseurs, cela peut signaler une orientation stratégique favorable.
  • Pour les associations, cela peut susciter une vérification des preuves fournies.
  • Pour les salariés, cela peut créer une attente de cohérence avec les pratiques internes.

Si l’engagement est sincère et appuyé sur des actions réelles, l’organisation réduit certains risques et renforce sa légitimité. Si le discours est exagéré ou trompeur, elle s’expose à un risque d’écoblanchiment.

2.3. La durabilité élargit le périmètre du risque

La durabilité conduit l’organisation à ne plus raisonner seulement à court terme. Elle doit intégrer les effets de ses décisions sur le long terme, et pas uniquement sur sa rentabilité immédiate.

Cela modifie profondément le management du risque.

L’organisation doit désormais se demander :

  • ses activités sont-elles soutenables ?
  • ses pratiques exposent-elles à un risque environnemental ?
  • ses relations sociales créent-elles un risque de contestation ?
  • ses outils numériques et son usage de l’IA génèrent-ils des risques éthiques ?
  • son discours public est-il cohérent avec ses pratiques réelles ?

Le management du risque devient alors un outil de cohérence entre stratégie, opérations, communication et responsabilités sociétales.


3. Définir le management du risque

3.1. Une définition simple

Le management du risque désigne l’ensemble des démarches par lesquelles une organisation :

  • identifie les risques auxquels elle est exposée ;
  • les analyse ;
  • les hiérarchise ;
  • choisit des réponses adaptées ;
  • suit leur évolution dans le temps.

Il ne s’agit donc pas seulement de réagir après un incident. Il s’agit d’une démarche anticipative.

3.2. Pourquoi manager les risques ?

Le management du risque sert à :

  • protéger les ressources de l’organisation ;
  • sécuriser l’atteinte des objectifs ;
  • limiter les pertes ;
  • améliorer la qualité des décisions ;
  • renforcer la confiance des parties prenantes ;
  • préserver la réputation ;
  • soutenir une performance durable.

3.3. Ce que le management du risque n’est pas

Le management du risque ne consiste pas :

  • à supprimer toute incertitude ;
  • à empêcher toute prise d’initiative ;
  • à éviter systématiquement toute exposition au risque.

Une organisation qui refuse tout risque renonce souvent à innover, à se transformer ou à saisir des opportunités. Le bon management n’élimine pas le risque : il cherche à le rendre acceptable, compréhensible et maîtrisable.


4. Les grandes étapes du management du risque

4.1. Identifier les risques

Première étape : repérer les événements susceptibles d’affecter l’organisation.

Cette identification peut porter sur des risques :

  • stratégiques ;
  • opérationnels ;
  • humains ;
  • technologiques ;
  • réputationnels ;
  • environnementaux ;
  • sociaux.

Exemples de questions utiles :

  • de quoi dépend fortement l’organisation ?
  • quels événements pourraient bloquer son activité ?
  • quelles attentes des parties prenantes pourraient ne pas être satisfaites ?
  • quelles promesses publiques pourraient être contestées ?
  • quels usages du numérique ou de l’IA pourraient poser problème ?

L’identification suppose une bonne connaissance de l’activité réelle, et pas seulement des documents officiels.

4.2. Analyser les risques

Une fois identifiés, les risques doivent être analysés. Le programme invite à raisonner à partir de critères simples, notamment :

  • la fréquence ;
  • la gravité.

Cela signifie qu’il faut se demander :

  • ce risque a-t-il de fortes chances de se produire ?
  • si oui, avec quelle intensité de conséquences ?

Exemple d’analyse

Une entreprise dépend d’un unique fournisseur pour une matière première critique.

  • Fréquence : la rupture n’est pas quotidienne, mais elle est possible.
  • Gravité : très forte, car la production peut s’arrêter.

Ce risque mérite donc une attention élevée.

4.3. Hiérarchiser les risques

Tous les risques ne peuvent pas être traités avec la même intensité. Il faut donc les prioriser.

Une hiérarchisation simple consiste à distinguer :

  • les risques faibles ;
  • les risques significatifs ;
  • les risques critiques.

La hiérarchisation aide à affecter les ressources là où elles sont le plus utiles.

4.4. Choisir une réponse adaptée

Le programme mentionne plusieurs grandes catégories de prise en compte du risque :

  • évitement ;
  • prévention ;
  • réduction de l’impact ;
  • acceptation.

a) L’évitement

L’organisation renonce à l’activité ou à la décision qui crée le risque.

Exemple : renoncer à lancer un produit dont les allégations environnementales ne peuvent pas être prouvées.

b) La prévention

L’organisation agit pour réduire la probabilité de survenance du risque.

Exemple : former les équipes, renforcer les contrôles, diversifier les fournisseurs, vérifier les messages de communication avant diffusion.

c) La réduction de l’impact

Le risque peut survenir, mais l’organisation prépare des mécanismes pour en limiter les conséquences.

Exemple : plan de continuité, cellule de crise, procédure de retrait d’un produit, réponse publique argumentée.

d) L’acceptation

L’organisation considère que le coût du traitement serait disproportionné par rapport à l’enjeu, et accepte le risque en connaissance de cause.

Cette acceptation ne signifie pas négligence. Elle suppose un arbitrage explicite.

4.5. Suivre et réviser

Le risque évolue. Un risque faible peut devenir majeur si l’environnement change.

Il faut donc :

  • surveiller les signaux d’alerte ;
  • mettre à jour l’analyse ;
  • réviser les réponses choisies ;
  • tirer des enseignements des incidents.

Le management du risque est une démarche continue, pas une étude ponctuelle.


5. Les grandes catégories de risques dans une organisation

Le programme n’impose pas une typologie exhaustive, mais il est utile de distinguer plusieurs familles pour comprendre la variété des expositions.

5.1. Les risques stratégiques

Ils concernent les choix fondamentaux de l’organisation.

Exemples :

  • mauvais positionnement ;
  • diversification mal maîtrisée ;
  • dépendance à un marché en déclin ;
  • transformation numérique mal anticipée.

5.2. Les risques opérationnels

Ils touchent le fonctionnement quotidien.

Exemples :

  • panne ;
  • erreur de procédure ;
  • défaut de qualité ;
  • rupture d’approvisionnement ;
  • dysfonctionnement logistique.

5.3. Les risques humains et sociaux

Ils concernent les personnes et les relations de travail.

Exemples :

  • absentéisme ;
  • démotivation ;
  • conflits ;
  • tensions sociales ;
  • perception d’injustice ;
  • décalage entre discours social et réalité vécue.

5.4. Les risques environnementaux

Ils concernent les effets de l’activité sur l’environnement, mais aussi l’exposition de l’organisation aux enjeux écologiques.

Exemples :

  • pollution ;
  • gaspillage de ressources ;
  • dépendance énergétique ;
  • contestation d’une pratique non soutenable.

5.5. Les risques réputationnels

Ils tiennent à l’image de l’organisation dans l’esprit des parties prenantes.

Ils sont souvent liés à d’autres risques : une erreur technique, sociale ou environnementale devient un risque réputationnel lorsqu’elle est connue et interprétée publiquement.

5.6. Les risques liés au numérique et à l’IA

Le programme rappelle l’importance de la durabilité, du développement de l’IA et des risques.

L’IA peut améliorer la performance, mais elle fait aussi émerger de nouveaux risques :

  • opacité des décisions ;
  • erreurs de traitement ;
  • biais ;
  • perte de contrôle humain ;
  • atteinte à la confiance ;
  • décalage entre promesse technologique et réalité des usages.

Une organisation qui communique sur une IA « éthique » sans encadrement réel s’expose à une critique comparable à celle de l’écoblanchiment : elle affiche une vertu sans preuve suffisante.


6. Le rôle des parties prenantes dans le management du risque

6.1. Les parties prenantes sont des sources d’information sur les risques

Les risques ne sont pas toujours visibles depuis la direction. Les parties prenantes peuvent faire émerger des signaux faibles.

Exemples :

  • les salariés repèrent des pratiques incohérentes ;
  • les clients signalent des défauts ou des attentes non satisfaites ;
  • les fournisseurs alertent sur des tensions ;
  • les associations révèlent des impacts environnementaux ou sociaux ;
  • les investisseurs interrogent la crédibilité des engagements publics.

6.2. Les parties prenantes influencent la gravité d’un risque

Un même incident n’a pas la même portée selon la réaction des parties prenantes.

Par exemple, une communication exagérée sur la performance environnementale d’un produit peut rester limitée si personne ne la conteste. Mais si une association, un média ou des clients démontrent son caractère trompeur, le risque réputationnel augmente fortement.

6.3. Intégrer les parties prenantes améliore la qualité du management du risque

Prendre en compte les parties prenantes permet :

  • d’identifier plus tôt certains risques ;
  • de mieux comprendre les attentes ;
  • d’éviter des angles morts ;
  • de renforcer la légitimité des décisions.

Le management du risque n’est donc pas seulement un outil technique. C’est aussi un outil de dialogue et de compréhension de l’environnement relationnel de l’organisation.


7. Enjeux éthiques : du risque à la responsabilité

7.1. Pourquoi l’éthique est-elle liée au risque ?

Une organisation peut respecter formellement certains objectifs économiques tout en créant des risques éthiques importants.

Exemples :

  • présenter une action marginale comme une transformation majeure ;
  • valoriser des engagements sociaux sans traiter les difficultés internes ;
  • utiliser l’IA pour afficher modernité et responsabilité sans réel contrôle.

L’éthique intervient donc quand l’organisation doit arbitrer entre :

  • ce qui est utile à court terme ;
  • ce qui est juste, crédible et cohérent à long terme.

7.2. Approche éthique et approche utilitariste

Le programme mentionne la distinction entre approche éthique et approche utilitariste.

L’approche éthique

Elle conduit à juger une décision à partir de principes :

  • respect des personnes ;
  • sincérité ;
  • responsabilité ;
  • cohérence entre discours et pratiques.

Dans cette logique, une organisation ne doit pas tromper ses parties prenantes, même si cela pourrait lui procurer un avantage à court terme.

L’approche utilitariste

Elle évalue principalement une décision à partir de ses conséquences globales et de son utilité attendue.

Dans cette logique, une organisation peut être tentée de justifier certaines pratiques si elles semblent produire un bénéfice global supérieur à leurs coûts.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ?

Parce qu’elle éclaire des arbitrages concrets.

Exemple : une entreprise communique fortement sur un engagement environnemental encore limité.

  • Une logique utilitariste pourrait dire : « cela encourage une dynamique positive et améliore l’image, donc c’est utile ».
  • Une logique éthique rappellera : « si le message exagère la réalité, il y a tromperie ».

Le risque apparaît précisément quand l’utilité recherchée à court terme entre en conflit avec l’exigence de sincérité.


8. L’écoblanchiment : définition, mécanismes et risques

8.1. Définition

L’écoblanchiment consiste, pour une organisation, à donner une image exagérément positive de ses pratiques environnementales, sans que cette image corresponde réellement à la portée de ses actions.

Autrement dit, l’organisation communique plus vert qu’elle n’agit réellement.

8.2. Comment l’écoblanchiment apparaît-il ?

Il peut prendre plusieurs formes :

  • mise en avant d’une action très marginale ;
  • utilisation d’un vocabulaire flou : « naturel », « responsable », « durable », sans preuve solide ;
  • focalisation sur un aspect positif pour masquer des impacts négatifs plus importants ;
  • présentation d’une conformité minimale comme un engagement exceptionnel ;
  • communication sélective, partielle ou ambiguë.

8.3. Pourquoi l’écoblanchiment est-il un risque managérial majeur ?

Parce qu’il cumule plusieurs dimensions du risque :

  • risque réputationnel : perte de confiance ;
  • risque relationnel : tensions avec clients, salariés, associations, investisseurs ;
  • risque stratégique : affaiblissement de la crédibilité des engagements de durabilité ;
  • risque organisationnel : déconnexion entre communication et réalité interne.

8.4. Exemple simple

Une entreprise affirme que son produit est « respectueux de l’environnement » parce que son emballage contient une part de matière recyclée. Mais elle ne dit rien sur le reste du cycle de production, très polluant.

Le problème n’est pas seulement l’existence d’un effort partiel. Le problème est la présentation trompeuse de cet effort comme preuve d’une performance globale.

8.5. Comment prévenir l’écoblanchiment ?

Quelques principes simples :

  • vérifier les faits avant de communiquer ;
  • éviter les formulations vagues ;
  • contextualiser les résultats ;
  • reconnaître les limites ;
  • faire relire les messages par plusieurs fonctions ;
  • aligner communication, stratégie et pratiques réelles.

9. Le blanchiment social : logique voisine, autre terrain

Même si le fragment de source mentionne explicitement l’écoblanchiment, la description de la leçon évoque aussi le blanchiment social. Il convient donc de le présenter avec prudence, comme une logique analogue.

Le blanchiment social consiste à valoriser excessivement l’image sociale de l’organisation alors que les pratiques réelles sont insuffisantes, partielles ou contradictoires.

Exemples :

  • communication très appuyée sur la qualité de vie au travail alors que les conditions de travail sont fortement dégradées ;
  • mise en avant de la diversité sans actions substantielles ;
  • promotion d’un dialogue social exemplaire alors que les tensions sont fortes.

Le mécanisme est le même que pour l’écoblanchiment :

  • une promesse ;
  • une image valorisante ;
  • un écart avec la réalité ;
  • un risque de perte de confiance.

10. Étude de cas : analyser la prise en compte du risque dans une organisation

Situation

L’entreprise NovaPack fabrique des emballages. Elle annonce publiquement une stratégie durable fondée sur trois messages :

  • réduction de son empreinte environnementale ;
  • amélioration des conditions de travail ;
  • recours à l’IA pour optimiser la production.

Cependant :

  • un fournisseur principal est situé dans une zone instable ;
  • les salariés signalent une hausse de la charge de travail ;
  • la nouvelle IA de planification produit parfois des décisions peu comprises ;
  • la communication externe insiste surtout sur un nouveau matériau partiellement recyclé.

Analyse pas à pas

1. Identifier les risques

  • risque d’approvisionnement ;
  • risque social ;
  • risque technologique lié à l’IA ;
  • risque réputationnel ;
  • risque d’écoblanchiment.

2. Identifier les parties prenantes concernées

  • salariés ;
  • clients ;
  • fournisseurs ;
  • investisseurs ;
  • opinion publique.

3. Évaluer fréquence et gravité

  • dépendance fournisseur : gravité forte ;
  • tensions sociales : fréquence croissante, gravité forte ;
  • IA opaque : fréquence moyenne, gravité moyenne à forte ;
  • écoblanchiment : fréquence liée à la communication, gravité forte si contestation publique.

4. Choisir les réponses

  • prévention : diversifier les fournisseurs ;
  • prévention : ouvrir un dialogue interne sur la charge de travail ;
  • réduction de l’impact : mettre en place une supervision humaine des décisions de l’IA ;
  • évitement / prévention : revoir les messages de communication pour les rendre plus précis.

5. Conclusion managériale

NovaPack ne doit pas seulement améliorer sa communication. Elle doit surtout aligner ses engagements affichés avec ses pratiques réelles. Le management du risque révèle ici un enjeu éthique : la crédibilité de la stratégie durable dépend de la cohérence entre promesse, action et contrôle.


11. Méthode d’analyse d’une situation de risque en management

Pour traiter une situation au DCG, vous pouvez suivre une démarche simple en 6 étapes.

Étape 1 : repérer les objectifs de l’organisation

Demandez-vous :

  • que cherche-t-elle à atteindre ?
  • quels engagements affiche-t-elle ?

Étape 2 : identifier les parties prenantes concernées

Qui subit, observe, finance, conteste ou soutient l’action ?

Étape 3 : repérer les risques

Quels événements peuvent empêcher l’atteinte des objectifs ou fragiliser la relation avec les parties prenantes ?

Étape 4 : apprécier fréquence et gravité

Le risque est-il probable ? Ses conséquences seraient-elles limitées ou majeures ?

Étape 5 : proposer une modalité de traitement

Choisir entre :

  • évitement ;
  • prévention ;
  • réduction de l’impact ;
  • acceptation.

Étape 6 : vérifier la cohérence éthique

La réponse choisie est-elle compatible avec les engagements affichés ? Y a-t-il un risque d’écoblanchiment ou de blanchiment social ?


12. Points de vigilance sur l’IA, la durabilité et le risque

Le programme associe explicitement durabilité, IA et risques. Il faut donc comprendre leur articulation.

12.1. L’IA n’est pas seulement un outil de performance

L’IA peut améliorer la prévision, l’automatisation ou la qualité de certaines décisions. Mais elle peut aussi créer :

  • une dépendance technique ;
  • une perte de compréhension des décisions ;
  • une dilution des responsabilités ;
  • un risque de rejet par les parties prenantes.

12.2. Une organisation responsable doit encadrer l’usage de l’IA

Le management du risque suppose ici :

  • d’identifier les usages sensibles ;
  • de conserver une capacité de contrôle humain ;
  • d’expliquer les finalités ;
  • de ne pas surpromettre les bénéfices.

12.3. La durabilité impose une cohérence globale

Une organisation ne peut pas isoler la durabilité dans un service ou dans une campagne de communication. Si elle veut réduire ses risques, elle doit intégrer la durabilité dans :

  • ses choix ;
  • ses processus ;
  • ses relations avec les parties prenantes ;
  • son usage des technologies ;
  • sa communication.

13. Résumé

Le risque est la possibilité qu’un événement affecte l’atteinte des objectifs d’une organisation. Il est inhérent à toute activité managériale.

Le management du risque consiste à :

  1. identifier les risques ;
  2. les analyser ;
  3. les hiérarchiser ;
  4. choisir une réponse adaptée ;
  5. suivre leur évolution.

Les principales réponses sont :

  • évitement ;
  • prévention ;
  • réduction de l’impact ;
  • acceptation.

Le management du risque doit intégrer :

  • les parties prenantes ;
  • les enjeux de durabilité ;
  • les transformations liées à l’IA.

L’écoblanchiment désigne une présentation exagérément favorable des pratiques environnementales d’une organisation. Il constitue un risque majeur de perte de confiance et d’atteinte à la réputation.

Par logique voisine, le blanchiment social consiste à embellir artificiellement l’image sociale de l’organisation.

Au fond, la question centrale est celle de la cohérence : une organisation bien managée n’est pas celle qui prétend être irréprochable, mais celle qui sait identifier ses risques, les traiter sérieusement et communiquer avec sincérité.


Mémo

Définitions clés

  • Risque : possibilité qu’un événement affecte l’atteinte des objectifs.
  • Management du risque : démarche d’identification, d’analyse, de hiérarchisation et de traitement des risques.
  • Durabilité : prise en compte du long terme et des impacts économiques, sociaux et environnementaux.
  • Écoblanchiment : valorisation trompeuse ou exagérée des performances environnementales.
  • Blanchiment social : valorisation trompeuse ou exagérée des performances sociales.

Réponses possibles au risque

  • Évitement : renoncer à l’activité risquée.
  • Prévention : réduire la probabilité.
  • Réduction de l’impact : limiter les conséquences.
  • Acceptation : assumer le risque après arbitrage.

Questions réflexes

  • Quels sont les objectifs de l’organisation ?
  • Quelles parties prenantes sont concernées ?
  • Quel est le risque identifié ?
  • Quelle est sa fréquence ? Sa gravité ?
  • Quelle réponse est la plus adaptée ?
  • Le discours public est-il cohérent avec la réalité ?

Mini-application

Question

Une entreprise affirme être « exemplaire sur le plan environnemental » car elle a supprimé les gobelets en plastique dans ses bureaux, alors que son activité principale reste très consommatrice de ressources et qu’aucun plan global n’est présenté.

  1. Quel risque principal peut-on identifier ?
  2. Pourquoi ce risque concerne-t-il les parties prenantes ?
  3. Quelle réponse managériale serait pertinente ?

Correction

  1. Le risque principal est un risque d’écoblanchiment, avec une dimension réputationnelle.
  2. Les parties prenantes peuvent considérer que l’organisation exagère un effort mineur pour donner une image environnementale globale trompeuse.
  3. Il faut revoir la communication, préciser la portée réelle de l’action, reconnaître ses limites et engager une démarche plus cohérente de management du risque environnemental.