Financement des déficits de trésorerie à court terme

Comparer découvert, crédit de trésorerie, remise à l’escompte, affacturage et lettre de change, puis calculer les agios et arbitrer selon le coût.

Introduction

Après avoir appris à prévoir la trésorerie et à construire un budget de trésorerie dans la leçon précédente, il faut désormais répondre à une question très concrète : que faire lorsque la trésorerie devient négative à court terme ?

Une entreprise peut être rentable, en croissance, correctement financée à moyen terme, et pourtant connaître un déficit ponctuel de trésorerie. Cela arrive notamment lorsque :

  • les clients paient tardivement ;
  • les stocks augmentent ;
  • la TVA ou les charges sociales doivent être réglées avant certains encaissements ;
  • l’activité est saisonnière ;
  • un décalage existe entre dépenses immédiates et recettes futures.

Dans ce contexte, la question n’est pas seulement de « trouver de l’argent », mais de choisir la solution la plus adaptée et la moins coûteuse.

Cette leçon porte donc sur la gestion de la trésorerie à court terme, plus précisément sur la manière d’optimiser le financement des déficits de trésorerie de court terme afin de minimiser leur coût.

Nous allons comparer les principales solutions prévues au programme :

  • le découvert ;
  • le crédit de trésorerie ;
  • la remise à l’escompte ;
  • l’affacturage ;
  • la lettre de change comme support de certains financements de court terme.

L’objectif n’est pas seulement de connaître leur définition, mais de comprendre :

  • pourquoi une solution est retenue ;
  • comment elle fonctionne ;
  • quels coûts elle entraîne ;
  • dans quel cas elle est préférable à une autre.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • expliquer la place du financement court terme dans la gestion de la trésorerie ;
  • identifier les principales modalités de financement des déficits de trésorerie de court terme ;
  • distinguer découvert, crédit de trésorerie, remise à l’escompte, affacturage ;
  • comprendre le rôle de la lettre de change dans certains mécanismes ;
  • calculer les agios et autres coûts financiers ;
  • comparer plusieurs solutions et arbitrer selon leur coût et leur pertinence.

1. La place du financement court terme dans la gestion de la trésorerie

1.1. La trésorerie : un équilibre quotidien

La trésorerie correspond aux disponibilités immédiatement mobilisables de l’entreprise, principalement :

  • les soldes bancaires créditeurs ;
  • la caisse ;
  • plus largement, les moyens de paiement disponibles à très court terme.

Dans une logique de gestion de la trésorerie, l’entreprise cherche à :

  • éviter les ruptures de paiement ;
  • limiter les frais financiers inutiles ;
  • sécuriser les règlements ;
  • ajuster au mieux ses encaissements et ses décaissements.

Un déficit de trésorerie de court terme n’est pas forcément le signe d’une mauvaise gestion structurelle. Il peut s’agir d’un besoin temporaire. Ce qui importe est alors la capacité à :

  1. identifier le déficit ;
  2. mesurer sa durée ;
  3. choisir un mode de financement adapté ;
  4. en minimiser le coût.

1.2. Pourquoi financer un déficit à court terme ?

Le financement de court terme répond à une logique simple :

l’entreprise doit pouvoir payer aujourd’hui ce qu’elle encaissera seulement demain.

Exemples fréquents :

  • règlement des salaires en fin de mois alors que les clients paient à 30 ou 60 jours ;
  • paiement de fournisseurs avant l’encaissement des ventes ;
  • tension saisonnière sur quelques semaines ;
  • retard exceptionnel d’un gros client.

Le financement court terme est donc un outil d’ajustement. Il ne remplace pas un financement structurel de long terme, mais il permet de traverser un décalage temporaire.

1.3. Les deux grands enjeux

a) Assurer la continuité des paiements

Une entreprise qui ne peut plus honorer ses échéances s’expose à :

  • des rejets bancaires ;
  • des pénalités ;
  • une dégradation de sa relation avec les fournisseurs ;
  • une perte de crédibilité ;
  • dans les cas graves, des difficultés plus profondes.

b) Minimiser le coût du financement

Toutes les solutions de financement court terme ont un coût :

  • intérêts ;
  • commissions ;
  • frais de dossier ;
  • frais de service ;
  • parfois garanties ou retenues.

L’enjeu est donc d’optimiser le financement des déficits de trésorerie de court terme en choisissant la solution la plus économique à service comparable.


2. Les principales modalités de financement des déficits de trésorerie de court terme

Le programme invite à distinguer les principales modalités suivantes :

  • le découvert ;
  • le crédit de trésorerie ;
  • la remise à l’escompte ;
  • l’affacturage ;
  • la lettre de change, qui intervient comme instrument dans certains dispositifs.

Ces solutions ne répondent pas exactement au même besoin.

2.1. Le découvert bancaire

Définition

Le découvert est une autorisation donnée par la banque permettant à l’entreprise de laisser son compte devenir débiteur pendant une courte période.

Autrement dit, la banque accepte que le compte passe en négatif, dans une certaine limite et pour une certaine durée.

Pourquoi le découvert existe-t-il ?

Parce que certaines tensions de trésorerie sont :

  • faibles ;
  • ponctuelles ;
  • difficiles à anticiper avec précision.

Le découvert est donc une solution de souplesse immédiate.

Avantages

  • très simple d’utilisation ;
  • rapide à mobiliser ;
  • adapté aux besoins très courts ;
  • pas nécessairement lié à une créance précise.

Inconvénients

  • coût souvent élevé ;
  • dépendance à la banque ;
  • risque de dépassement de l’autorisation ;
  • solution peu adaptée à un besoin durable.

Quand l’utiliser ?

Le découvert convient surtout à :

  • un besoin imprévu ;
  • une tension de quelques jours ;
  • un déficit de faible montant ;
  • une entreprise ayant une relation bancaire solide.

2.2. Le crédit de trésorerie

Définition

Le crédit de trésorerie est un financement bancaire à court terme, accordé pour couvrir un besoin temporaire de liquidités.

Contrairement au découvert, il est généralement plus formalisé, avec :

  • un montant déterminé ;
  • une durée définie ;
  • des conditions précises.

Logique économique

Le crédit de trésorerie est adapté lorsque le besoin est :

  • identifié ;
  • temporaire ;
  • plus structuré qu’un simple incident de compte.

Il permet à l’entreprise de financer un décalage de trésorerie sans laisser dériver son compte bancaire de façon informelle.

Avantages

  • meilleure visibilité sur le montant et la durée ;
  • souvent plus adapté qu’un découvert prolongé ;
  • outil de gestion plus encadré.

Inconvénients

  • formalités plus importantes ;
  • moins souple qu’un découvert ;
  • coût à comparer avec les autres solutions.

Quand l’utiliser ?

Le crédit de trésorerie est pertinent lorsque :

  • le besoin est prévisible ;
  • le déficit s’étale sur plusieurs semaines ou mois courts ;
  • l’entreprise veut éviter un découvert permanent.

2.3. La lettre de change

Définition générale

La lettre de change est un effet de commerce par lequel un créancier donne l’ordre à son débiteur de payer une somme déterminée à une date donnée.

Dans la gestion de trésorerie, elle est importante car elle peut servir de support à un financement, notamment via la remise à l’escompte.

Rôle dans la gestion de trésorerie

La lettre de change n’est pas, à elle seule, un financement bancaire direct comparable au découvert ou au crédit de trésorerie. En revanche, elle permet de transformer une créance future en liquidité immédiate si elle est remise à la banque avant échéance.

Intérêt

  • matérialise une créance à échéance ;
  • facilite certains financements à court terme ;
  • donne un support à l’escompte.

Limite

Elle suppose l’existence d’une créance commerciale et d’un effet mobilisable.


2.4. La remise à l’escompte

Définition

La remise à l’escompte consiste pour l’entreprise à remettre à sa banque un effet de commerce, souvent une lettre de change, avant son échéance afin d’obtenir immédiatement les fonds correspondants, déduction faite des frais et intérêts.

La banque avance donc l’argent avant la date normale de paiement.

Mécanisme

  1. L’entreprise détient une créance matérialisée par un effet.
  2. Elle remet cet effet à sa banque.
  3. La banque crédite le compte sans attendre l’échéance.
  4. Elle prélève en contrepartie des agios.

Pourquoi cette solution ?

Parce qu’elle permet de financer la trésorerie à partir des créances clients existantes.

L’entreprise n’emprunte pas « sans base » : elle mobilise une créance qui sera normalement encaissée plus tard.

Avantages

  • transforme rapidement des créances en liquidités ;
  • souvent mieux adapté qu’un découvert si l’entreprise dispose d’effets ;
  • solution directement liée au cycle d’exploitation.

Inconvénients

  • suppose des effets de commerce ;
  • coût financier et commissions ;
  • dépend de la qualité des créances remises.

Quand l’utiliser ?

  • entreprise avec règlements à échéance ;
  • portefeuille d’effets suffisant ;
  • besoin de trésorerie ponctuel avant encaissement.

2.5. L’affacturage

Définition

L’affacturage consiste à céder ses créances clients à un établissement spécialisé, appelé factor, qui verse à l’entreprise tout ou partie du montant des créances avant leur échéance.

Le factor se charge ensuite du recouvrement selon les conditions prévues.

Logique économique

L’entreprise transforme ses créances en trésorerie plus rapidement, sans attendre le règlement des clients.

L’affacturage n’est donc pas seulement un financement : il peut aussi intégrer un service de gestion du poste clients.

Avantages

  • amélioration rapide de la trésorerie ;
  • financement adossé aux créances ;
  • peut alléger la gestion du recouvrement ;
  • utile en croissance rapide.

Inconvénients

  • coût parfois élevé ;
  • commissions multiples possibles ;
  • sélection des créances par le factor ;
  • impact possible sur la relation client selon l’organisation retenue.

Quand l’utiliser ?

  • entreprise ayant beaucoup de créances clients ;
  • besoin récurrent de trésorerie ;
  • volonté d’externaliser une partie de la gestion du poste clients.

3. Comprendre les coûts : intérêts, commissions et agios

Pour minimiser le coût de financement des déficits de trésorerie de court terme, il faut d’abord savoir ce que l’on mesure.

3.1. Qu’est-ce qu’un agio ?

Les agios représentent le coût facturé par la banque à l’occasion d’une opération de financement à court terme.

Dans une approche pédagogique, on retient souvent que les agios comprennent :

  • des intérêts calculés sur le montant financé et la durée ;
  • éventuellement des commissions ;
  • parfois des frais fixes.

3.2. Pourquoi le coût ne se limite pas au taux affiché

Deux solutions peuvent afficher un taux proche, mais avoir un coût réel différent en raison :

  • de la durée exacte de financement ;
  • de commissions fixes ;
  • de frais de dossier ;
  • d’un minimum de perception ;
  • du mode de calcul retenu.

C’est pourquoi il faut toujours raisonner en coût total et non en seul taux nominal.


4. Calcul des agios : méthode générale

4.1. Formule de base des intérêts

Dans les exercices de financement à court terme, on utilise généralement la logique suivante :

Intérêts = Capital × Taux × Durée / Base annuelle

Avec le plus souvent :

  • capital : montant financé ;
  • taux : taux annuel ;
  • durée : nombre de jours de financement ;
  • base annuelle : 360 jours ou 365 jours selon les données fournies.

En DCG, il faut surtout savoir appliquer correctement les données de l’énoncé.

4.2. Coût total

Le coût total d’une solution de financement court terme est souvent :

Coût total = Intérêts + Commissions + Frais éventuels

4.3. Montant net reçu

Dans certains cas, notamment pour l’escompte ou l’affacturage :

Montant net reçu = Montant nominal financé – coût total

C’est ce montant net qui entre réellement dans la trésorerie de l’entreprise.


5. Calculer le coût d’un découvert

5.1. Principe

Le découvert finance un solde débiteur pendant une durée donnée.

5.2. Exemple simple

Une entreprise utilise un découvert de 20 000 € pendant 15 jours. Taux annuel : 12 %. Commission fixe : 30 €. Base : 360 jours.

Étape 1 : calcul des intérêts

Intérêts = 20 000 × 12 % × 15 / 360
Intérêts = 20 000 × 0,12 × 15 / 360
Intérêts = 100 €

Étape 2 : ajout de la commission

Coût total = 100 + 30 = 130 €

5.3. Interprétation

Le découvert est ici simple à mobiliser, mais son coût n’est pas négligeable pour une durée courte.

Si l’entreprise répète ce type d’opération régulièrement, il faudra se demander si une autre solution n’est pas plus adaptée.


6. Calculer le coût d’un crédit de trésorerie

6.1. Principe

Le crédit de trésorerie fonctionne comme un prêt court terme. Le calcul repose généralement sur :

  • le montant emprunté ;
  • la durée ;
  • le taux ;
  • les frais associés.

6.2. Exemple

Montant : 50 000 €
Durée : 30 jours
Taux : 8 %
Frais de dossier : 80 €
Base : 360 jours

Intérêts = 50 000 × 8 % × 30 / 360
= 50 000 × 0,08 × 30 / 360
= 333,33 €

Coût total = 333,33 + 80 = 413,33 €

6.3. Interprétation

Le coût facial peut sembler inférieur à celui d’un découvert si le taux est plus bas. Mais il faut tenir compte :

  • des frais fixes ;
  • de la rigidité du dispositif ;
  • de l’adéquation entre durée réelle du besoin et durée du crédit.

7. Calculer le coût d’une remise à l’escompte

7.1. Principe

L’entreprise remet un effet avant échéance et reçoit immédiatement les fonds, diminués des agios.

7.2. Exemple

Une lettre de change de 12 000 € arrive à échéance dans 45 jours.
La banque l’escompte au taux de 9 %.
Commission bancaire : 18 €.
Base : 360 jours.

Étape 1 : intérêts d’escompte

Intérêts = 12 000 × 9 % × 45 / 360
= 12 000 × 0,09 × 45 / 360
= 135 €

Étape 2 : coût total

Coût total = 135 + 18 = 153 €

Étape 3 : montant net reçu

Montant net = 12 000 – 153 = 11 847 €

7.3. Interprétation

L’entreprise obtient de la trésorerie immédiate, mais renonce à une partie de la valeur nominale de la créance. Il faut donc vérifier si ce coût est inférieur à celui d’un découvert ou d’un autre financement.


8. Calculer le coût de l’affacturage

8.1. Principe

L’affacturage peut comprendre plusieurs composantes de coût. Dans le cadre d’un exercice de comparaison, on retient l’idée générale suivante :

  • commission de financement ;
  • commission de service ;
  • autres retenues éventuelles selon les données fournies.

8.2. Exemple simplifié

Créances cédées : 30 000 €
Commission de financement : 2 %
Commission de service : 1 %

Commission de financement = 30 000 × 2 % = 600 €
Commission de service = 30 000 × 1 % = 300 €

Coût total = 600 + 300 = 900 €

Montant net reçu = 30 000 – 900 = 29 100 €

8.3. Interprétation

L’affacturage peut apparaître plus coûteux qu’un financement bancaire classique. Mais cette comparaison doit être nuancée, car il peut intégrer des services supplémentaires, notamment liés à la gestion des créances.

Dans une logique stricte de minimisation du coût, on compare le coût total. Mais dans une logique de gestion, on doit aussi tenir compte du service rendu.


9. Comparer les solutions : méthode d’arbitrage

9.1. Ne jamais comparer seulement les taux

Pour arbitrer entre plusieurs solutions, il faut comparer :

  • le montant réellement disponible ;
  • la durée réelle du besoin ;
  • le coût total ;
  • la souplesse ;
  • la condition d’accès ;
  • l’adéquation avec la nature du déficit.

9.2. Les bonnes questions à se poser

1. Le besoin est-il ponctuel ou récurrent ?

  • Ponctuel, imprévu, très court : découvert souvent pertinent.
  • Prévisible et temporaire : crédit de trésorerie souvent plus adapté.
  • Adossé à des créances commerciales : escompte ou affacturage.

2. L’entreprise dispose-t-elle de créances mobilisables ?

  • Oui : escompte ou affacturage possibles.
  • Non : découvert ou crédit de trésorerie.

3. Faut-il seulement financer ou aussi gérer les créances ?

  • Besoin de simple financement : escompte peut suffire.
  • Besoin de financement + service de gestion : affacturage plus pertinent.

4. Quelle solution minimise réellement le coût ?

Il faut effectuer un calcul chiffré.


10. Cas comparatif complet

Énoncé

Une entreprise doit couvrir un déficit de trésorerie de 25 000 € pendant 20 jours. Elle hésite entre trois solutions :

  1. Découvert bancaire : taux 11 %, commission fixe 25 €
  2. Crédit de trésorerie : taux 8 %, frais de dossier 70 €
  3. Remise à l’escompte d’un effet de 25 000 € : taux 9 %, commission 15 €

Base annuelle : 360 jours.

Solution 1 : découvert

Intérêts = 25 000 × 11 % × 20 / 360
= 25 000 × 0,11 × 20 / 360
= 152,78 €

Coût total = 152,78 + 25 = 177,78 €

Solution 2 : crédit de trésorerie

Intérêts = 25 000 × 8 % × 20 / 360
= 111,11 €

Coût total = 111,11 + 70 = 181,11 €

Solution 3 : remise à l’escompte

Intérêts = 25 000 × 9 % × 20 / 360
= 125 €

Coût total = 125 + 15 = 140 €

Conclusion

Dans ce cas :

  • Découvert : 177,78 €
  • Crédit de trésorerie : 181,11 €
  • Escompte : 140 €

La remise à l’escompte est la solution la moins coûteuse, à condition que l’entreprise dispose bien d’un effet mobilisable.

Ce qu’il faut comprendre

La meilleure solution n’est pas toujours celle qui a le taux le plus faible.
Ici, le crédit de trésorerie a un taux inférieur au découvert, mais ses frais fixes le rendent légèrement plus coûteux.


11. Avantages comparés des différentes solutions

11.1. Tableau de synthèse

| Solution | Logique | Atouts | Limites | Usage typique | |---|---|---|---|---| | Découvert | Compte débiteur autorisé | Souple, rapide | Coût souvent élevé | Besoin imprévu très court | | Crédit de trésorerie | Prêt court terme | Encadré, lisible | Moins souple | Besoin temporaire identifié | | Remise à l’escompte | Mobilisation d’un effet | Adossée aux créances | Suppose des effets | Créances à échéance | | Affacturage | Cession de créances | Trésorerie + service | Coût parfois élevé | Besoin récurrent sur poste clients | | Lettre de change | Support d’une créance | Facilite l’escompte | Pas un financement autonome direct | Instrument commercial et bancaire |


12. Comment minimiser le coût de financement à court terme ?

12.1. Première règle : anticiper

Plus le besoin est anticipé, plus l’entreprise a de chances de choisir une solution peu coûteuse.

Une entreprise qui découvre trop tard son déficit de trésorerie est souvent contrainte d’accepter la solution la plus immédiatement disponible, pas forcément la moins chère.

12.2. Deuxième règle : adapter l’outil à la nature du besoin

Un besoin de 5 jours ne doit pas être financé comme un besoin de 2 mois.

De même, un besoin adossé à des créances clients ne se traite pas comme un besoin sans actif mobilisable.

12.3. Troisième règle : raisonner en coût global

Il faut additionner :

  • intérêts ;
  • commissions ;
  • frais fixes.

Et, si nécessaire, rapporter ce coût :

  • au montant obtenu ;
  • à la durée réelle ;
  • au service réellement rendu.

12.4. Quatrième règle : éviter les solutions structurellement inadaptées

Un découvert répété tous les mois peut révéler :

  • un besoin de financement mal calibré ;
  • un besoin en fonds de roulement trop élevé ;
  • des délais clients trop longs ;
  • une mauvaise organisation de trésorerie.

Dans ce cas, il ne suffit pas de financer le déficit : il faut aussi agir sur ses causes.


13. Étude de cas guidée

Situation

L’entreprise Alpha connaît une tension de trésorerie de fin de mois. Elle attend le règlement de plusieurs clients dans 30 jours, mais doit payer ses fournisseurs et ses charges sociales immédiatement. Elle peut :

  • utiliser son découvert autorisé ;
  • demander un crédit de trésorerie ;
  • escompter des effets ;
  • céder des créances au factor.

Analyse pas à pas

Étape 1 : qualifier le besoin

Il s’agit d’un déficit de trésorerie de court terme lié au cycle d’exploitation.

Étape 2 : identifier les ressources mobilisables

L’entreprise attend des règlements clients. Elle dispose donc potentiellement de créances mobilisables.

Étape 3 : comparer les solutions

  • Découvert : simple, mais potentiellement cher.
  • Crédit de trésorerie : utile si le besoin est bien identifié.
  • Escompte : intéressant si les créances sont matérialisées par des effets.
  • Affacturage : pertinent si l’entreprise veut aussi sécuriser ou externaliser la gestion du poste clients.

Étape 4 : arbitrer

Si l’objectif principal est de minimiser le coût immédiat, l’entreprise doit effectuer un calcul comparatif.
Si l’objectif inclut aussi la gestion du recouvrement, l’affacturage peut devenir pertinent même avec un coût facial plus élevé.


14. Erreurs fréquentes à éviter

Erreur 1 : comparer des solutions sans tenir compte de la durée

Un taux annuel n’a de sens que rapporté à une durée réelle de financement.

Erreur 2 : oublier les commissions

Une solution apparemment moins chère peut devenir plus coûteuse après ajout des frais fixes.

Erreur 3 : confondre instrument et mode de financement

La lettre de change n’est pas exactement équivalente au découvert ou au crédit de trésorerie. Elle sert surtout de support à certaines opérations comme l’escompte.

Erreur 4 : choisir uniquement selon le coût sans regarder l’adéquation

La solution la moins chère n’est utile que si elle est réellement mobilisable et adaptée au besoin.

Erreur 5 : traiter un besoin récurrent avec une solution d’urgence

Le découvert doit rester un outil de souplesse, pas un mode permanent de financement de l’exploitation.


15. Méthode pratique pour traiter un exercice

Étape 1 : repérer le besoin

  • montant du déficit ;
  • durée ;
  • date ;
  • caractère ponctuel ou récurrent.

Étape 2 : identifier les solutions proposées

  • découvert ;
  • crédit de trésorerie ;
  • escompte ;
  • affacturage.

Étape 3 : relever les données de coût

  • taux ;
  • nombre de jours ;
  • commissions ;
  • frais fixes.

Étape 4 : calculer le coût de chaque solution

Pour chacune :

  1. calculer les intérêts ;
  2. ajouter les commissions et frais ;
  3. déterminer le coût total ;
  4. si nécessaire, calculer le montant net reçu.

Étape 5 : conclure

La conclusion doit répondre à deux questions :

  • quelle solution est la moins coûteuse ?
  • est-elle adaptée à la situation ?

16. Mémo de synthèse

À retenir

  • La gestion de la trésorerie vise à assurer les paiements et à limiter les coûts financiers.
  • Le financement des déficits de trésorerie de court terme concerne des besoins temporaires de liquidités.
  • Les principales solutions étudiées sont :
    • découvert ;
    • crédit de trésorerie ;
    • remise à l’escompte ;
    • affacturage ;
    • avec la lettre de change comme support possible.
  • Les agios regroupent principalement les intérêts et commissions.
  • Pour minimiser le coût, il faut comparer le coût total, pas seulement le taux affiché.
  • La meilleure solution dépend à la fois :
    • du coût ;
    • de la durée ;
    • de la souplesse ;
    • de l’existence de créances mobilisables.

17. Mini-fiche méthode

Formule de base

Intérêts = Montant × Taux × Durée / Base annuelle

Coût total

Coût total = Intérêts + commissions + frais

Réflexe d’analyse

  • besoin très court et imprévu → découvert ;
  • besoin temporaire identifié → crédit de trésorerie ;
  • créance matérialisée par un effet → remise à l’escompte ;
  • besoin de trésorerie appuyé sur le poste clients avec service associé → affacturage.

Conclusion

Le financement des déficits de trésorerie à court terme est un thème central de la gestion de la trésorerie. Il ne s’agit pas simplement de trouver une solution bancaire, mais d’optimiser le financement en choisissant l’outil le plus adapté au besoin réel de l’entreprise.

Le cœur du raisonnement est double :

  1. sécuriser la liquidité immédiate ;
  2. minimiser le coût de financement.

Le découvert apporte de la souplesse, le crédit de trésorerie offre un cadre plus structuré, la remise à l’escompte et l’affacturage permettent de mobiliser les créances clients, tandis que la lettre de change joue un rôle d’instrument dans certains mécanismes.

Dans tous les cas, la bonne décision repose sur une comparaison rigoureuse des coûts et sur une compréhension précise de la nature du besoin de trésorerie.

Dans la suite logique de cette partie, l’analyse portera sur l’autre face de la gestion de trésorerie à court terme : l’optimisation du placement des excédents de trésorerie.

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