Coût des dettes, crédit-bail et structure de financement

Construire les tableaux d’amortissement d’emprunts, mesurer le coût des dettes et du crédit-bail, puis analyser l’incidence de l’endettement sur le risque financier.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • construire un tableau d’amortissement d’emprunt bancaire ;
  • calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement par dette ;
  • analyser le coût du financement par emprunt bancaire et par crédit-bail ;
  • comprendre l’incidence de la structure de financement sur le coût global ;
  • relier le niveau d’endettement au risque financier dans une logique d’optimisation de la politique de financement.

Cette leçon prolonge directement la leçon précédente sur le coût des capitaux propres, le MEDAF et le coût du capital. Ici, nous nous concentrons sur la composante dettes de la structure financière.


1. Situer le sujet dans la politique de financement

La politique de financement consiste à choisir les ressources permettant de financer les besoins de l’entreprise : investissements, exploitation, développement.

Dans les leçons précédentes, vous avez vu les grandes familles de financement :

  • autofinancement ;
  • augmentation de capital ;
  • emprunt bancaire ;
  • emprunt obligataire ;
  • crédit-bail ;
  • financement participatif ;
  • financements verts et aides publiques.

Dans cette leçon, l’enjeu est plus précis : arbitrer les coûts de financement lorsque l’entreprise recourt à des ressources externes fondées sur la dette, principalement :

  • l’emprunt bancaire ;
  • le crédit-bail.

Pourquoi cet arbitrage est-il central ? Parce qu’un financement n’est jamais neutre. Il modifie :

  • les flux de trésorerie futurs ;
  • le niveau d’endettement ;
  • le risque de faillite ;
  • le coût moyen pondéré du capital ;
  • parfois même la souplesse stratégique de l’entreprise.

Autrement dit, une entreprise ne cherche pas seulement à « trouver de l’argent » ; elle cherche à obtenir des ressources au coût le plus pertinent, avec un niveau de risque acceptable.


2. Arbitrer les coûts de financement : logique générale

2.1. Ce qu’on compare réellement

Quand on parle de calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement, il ne suffit pas de comparer des taux affichés.

Il faut comparer :

  • le montant réellement reçu par l’entreprise ;
  • les flux réellement versés par l’entreprise ;
  • la date de ces flux ;
  • la nature des engagements pris ;
  • l’impact sur la structure de financement.

Le coût d’un financement est donc un coût économique et financier, pas seulement un taux nominal indiqué dans un contrat.

2.2. Les questions à se poser

Pour arbitrer, on peut suivre une démarche simple :

  1. Quel est le besoin à financer ?

    • achat d’un actif ;
    • besoin durable ;
    • financement total ou partiel.
  2. Quel est le mode de financement envisagé ?

    • emprunt bancaire ;
    • crédit-bail.
  3. Quels sont les flux associés ?

    • décaissements périodiques ;
    • valeur résiduelle éventuelle ;
    • frais initiaux.
  4. Quel est le coût réel du financement ?

    • coût actuariel implicite ;
    • coût total supporté ;
    • comparaison entre solutions.
  5. Quel est l’effet sur le risque financier ?

    • poids des charges fixes financières ;
    • augmentation du levier financier ;
    • fragilité de la trésorerie.

3. Le financement par emprunt bancaire

Le financement par emprunt bancaire est un mode classique de financement externe. L’entreprise reçoit un capital à l’origine et s’engage à rembourser :

  • le capital emprunté ;
  • des intérêts.

L’analyse du coût passe d’abord par la construction du tableau d’amortissement.


4. Construire un tableau d’amortissement d’emprunt bancaire

Le programme vise explicitement le financement par emprunt bancaire avec construction d’un tableau d’amortissement. C’est donc une compétence essentielle.

4.1. Les données de départ

Pour construire un tableau d’amortissement, il faut généralement connaître :

  • le capital emprunté ;
  • le taux d’intérêt ;
  • la durée ;
  • le mode de remboursement.

Les trois grands modes étudiés dans le programme de finance d’entreprise sont :

  • emprunt in fine ;
  • emprunt à annuité constante ;
  • emprunt à amortissement constant.

Dans cette leçon, l’accent porte sur la logique de coût et de comparaison.


4.2. Vocabulaire indispensable

Dans un tableau d’amortissement, on trouve généralement les colonnes suivantes :

  • Capital restant dû au début de période ;
  • Intérêts ;
  • Amortissement du capital ;
  • Annuité (ou échéance) ;
  • Capital restant dû en fin de période.

Rappels :

  • les intérêts se calculent sur le capital restant dû au début de période ;
  • l’amortissement du capital correspond à la part du capital remboursée pendant la période ;
  • l’annuité est la somme versée à chaque échéance :
    Annuité = Intérêts + Amortissement.

5. Emprunt à annuité constante

C’est le cas le plus fréquent.

5.1. Principe

L’entreprise verse à chaque période une annuité constante. À l’intérieur de cette annuité :

  • la part d’intérêts diminue au fil du temps ;
  • la part d’amortissement du capital augmente.

Pourquoi ? Parce que les intérêts sont calculés sur un capital restant dû qui diminue progressivement.

5.2. Formule de l’annuité

Pour un emprunt de montant C, sur n périodes, au taux périodique i, l’annuité constante est :

A = C × [ i / (1 - (1+i)^-n ) ]

Cette formule provient de l’égalité entre :

  • le capital emprunté aujourd’hui ;
  • la valeur actuelle des annuités futures.

Autrement dit, le prêt est l’équivalent financier actualisé des remboursements futurs.

5.3. Exemple complet

Une entreprise emprunte 100 000 € sur 4 ans au taux annuel de 5 %, remboursable par annuités constantes.

Étape 1 : calcul de l’annuité

A = 100 000 × [0,05 / (1 - (1,05)^-4)]

(1,05)^-4 ≈ 0,8227
1 - 0,8227 = 0,1773
0,05 / 0,1773 ≈ 0,2820

Donc :

A ≈ 100 000 × 0,2820 = 28 200 € environ.

Étape 2 : construire le tableau

| Année | Capital début | Intérêts (5%) | Amortissement | Annuité | Capital fin | |---|---:|---:|---:|---:|---:| | 1 | 100 000 | 5 000 | 23 200 | 28 200 | 76 800 | | 2 | 76 800 | 3 840 | 24 360 | 28 200 | 52 440 | | 3 | 52 440 | 2 622 | 25 578 | 28 200 | 26 862 | | 4 | 26 862 | 1 343 | 26 857 | 28 200 | 0 |

Les légers écarts finaux proviennent des arrondis.

5.4. Lecture financière du tableau

Ce tableau montre plusieurs choses :

  • la dette diminue progressivement ;
  • le poids des intérêts est plus fort au début ;
  • l’effort de trésorerie est stable ;
  • le coût total des intérêts est la somme de la colonne intérêts.

Ici, coût total approximatif :

5 000 + 3 840 + 2 622 + 1 343 = 12 805 €

Attention : ce coût total nominal n’est pas exactement la même chose que le coût actuariel. Mais il constitue déjà un indicateur utile.


6. Emprunt à amortissement constant

6.1. Principe

Dans ce mode, l’entreprise rembourse chaque période une même fraction du capital.

Donc :

  • l’amortissement est constant ;
  • les intérêts diminuent ;
  • l’annuité diminue au fil du temps.

6.2. Exemple

Même emprunt : 100 000 €, sur 4 ans, au taux de 5 %.

Amortissement constant du capital : 100 000 / 4 = 25 000 € par an.

| Année | Capital début | Intérêts (5%) | Amortissement | Annuité | Capital fin | |---|---:|---:|---:|---:|---:| | 1 | 100 000 | 5 000 | 25 000 | 30 000 | 75 000 | | 2 | 75 000 | 3 750 | 25 000 | 28 750 | 50 000 | | 3 | 50 000 | 2 500 | 25 000 | 27 500 | 25 000 | | 4 | 25 000 | 1 250 | 25 000 | 26 250 | 0 |

6.3. Lecture

Le coût total des intérêts est ici :

5 000 + 3 750 + 2 500 + 1 250 = 12 500 €

Il est légèrement inférieur à celui de l’emprunt à annuité constante dans notre exemple.

Pourquoi ? Parce que le capital est remboursé plus vite en moyenne, donc la base de calcul des intérêts diminue plus rapidement.

En revanche, la première échéance est plus lourde : 30 000 € au lieu de 28 200 €.

Conclusion pratique :

  • l’amortissement constant coûte souvent un peu moins cher en intérêts ;
  • mais il pèse davantage sur la trésorerie au début.

7. Emprunt in fine

7.1. Principe

Dans un emprunt in fine, le capital est remboursé en une seule fois à l’échéance finale.

Pendant la durée du prêt, l’entreprise ne paie que les intérêts.

7.2. Exemple

Toujours : 100 000 €, sur 4 ans, au taux de 5 %.

| Année | Capital début | Intérêts | Amortissement | Annuité | Capital fin | |---|---:|---:|---:|---:|---:| | 1 | 100 000 | 5 000 | 0 | 5 000 | 100 000 | | 2 | 100 000 | 5 000 | 0 | 5 000 | 100 000 | | 3 | 100 000 | 5 000 | 0 | 5 000 | 100 000 | | 4 | 100 000 | 5 000 | 100 000 | 105 000 | 0 |

7.3. Lecture

Coût total des intérêts : 20 000 €.

Ce coût est nettement supérieur, car le capital restant dû reste constant pendant toute la durée du prêt.

Mais ce montage peut être choisi si l’entreprise cherche à :

  • limiter les sorties de trésorerie intermédiaires ;
  • attendre un encaissement futur important ;
  • adosser le remboursement à une opération particulière.

Le problème est évident : le risque de refinancement et le choc de trésorerie final sont très élevés.


8. Comment mesurer le coût d’un emprunt bancaire ?

8.1. Le coût apparent

Le premier indicateur est le taux d’intérêt nominal. Il est simple, mais insuffisant.

Pourquoi insuffisant ? Parce qu’il ne prend pas toujours en compte :

  • les frais de dossier ;
  • les commissions ;
  • la périodicité réelle des remboursements ;
  • le montant effectivement mis à disposition.

8.2. Le coût réel

Le vrai coût se mesure par le taux actuariel implicite qui égalise :

  • la somme réellement reçue par l’entreprise ;
  • la valeur actuelle des décaissements futurs.

En pratique, plus il existe de frais initiaux ou de contraintes annexes, plus le coût réel est supérieur au taux nominal.

8.3. Exemple avec frais

Une entreprise emprunte 100 000 € à 5 %, mais supporte 2 000 € de frais de dossier payés dès l’origine.

En réalité :

  • elle ne dispose que de 98 000 € nets ;
  • mais rembourse les échéances calculées sur 100 000 €.

Le coût réel est donc supérieur à 5 %.

C’est précisément pour cela que l’on doit calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement à partir des flux réels, et non des seuls taux affichés.


9. Le crédit-bail : logique et coût

Le crédit-bail est un mode de financement dans lequel une entreprise utilise un bien moyennant le paiement de loyers, avec souvent une option d’achat finale.

Dans le programme, le crédit-bail fait partie des modes de financement à comparer. Dans cette leçon, on l’étudie sous l’angle du coût de financement.

9.1. Pourquoi le crédit-bail existe-t-il ?

Il répond à plusieurs besoins :

  • financer un actif sans acquisition immédiate ;
  • préserver parfois une partie de la capacité d’endettement bancaire ;
  • adapter les flux de paiement à l’usage du bien ;
  • bénéficier d’une plus grande souplesse contractuelle dans certains cas.

Mais cette souplesse a un prix : le coût global du crédit-bail peut être supérieur à celui d’un emprunt bancaire classique.

9.2. Les flux à prendre en compte

Pour mesurer le coût du crédit-bail, il faut recenser :

  • les loyers périodiques ;
  • le dépôt ou premier loyer majoré s’il existe ;
  • la valeur de levée d’option en fin de contrat ;
  • éventuellement les frais associés.

9.3. Exemple simple

Une entreprise souhaite utiliser un équipement d’une valeur de 100 000 €.

Deux solutions :

Solution A : emprunt bancaire

  • acquisition immédiate du bien ;
  • emprunt de 100 000 € ;
  • annuités constantes sur 4 ans à 5 % : environ 28 200 €.

Solution B : crédit-bail

  • 4 loyers annuels de 27 000 € ;
  • option d’achat finale de 8 000 €.

Coût total nominal du crédit-bail :

4 × 27 000 + 8 000 = 116 000 €

Coût total nominal de l’emprunt (sans autres frais) :

4 × 28 200 = 112 800 €

À première vue, l’emprunt semble moins coûteux.

Mais la comparaison complète doit aussi tenir compte de la chronologie des flux. Une analyse rigoureuse consiste à calculer le taux implicite du crédit-bail ou la valeur actuelle des flux pour un même taux de référence.

9.4. Pourquoi le crédit-bail peut malgré tout être retenu

Même s’il est plus coûteux en apparence, il peut être choisi si :

  • l’entreprise ne peut pas obtenir un emprunt bancaire suffisant ;
  • elle souhaite une structure de flux plus compatible avec sa trésorerie ;
  • elle veut limiter les contraintes de propriété immédiate ;
  • elle recherche une solution rapide et opérationnelle.

Le coût n’est donc jamais le seul critère, mais il reste un critère majeur de la politique de financement.


10. Calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement

10.1. Méthode générale de comparaison

Pour comparer un emprunt bancaire et un crédit-bail, il faut :

  1. Lister les flux initiaux ;
  2. Lister les flux périodiques ;
  3. Lister les flux terminaux ;
  4. Actualiser les flux si nécessaire ;
  5. Comparer les coûts implicites.

10.2. Les erreurs fréquentes

Beaucoup d’étudiants comparent uniquement :

  • un taux bancaire ;
  • un loyer de crédit-bail.

C’est insuffisant, car :

  • un loyer n’est pas un taux ;
  • un taux nominal n’intègre pas toujours tous les frais ;
  • les calendriers de paiement peuvent différer.

La bonne comparaison repose sur les flux de trésorerie.

10.3. Exemple d’arbitrage simplifié

Une entreprise a besoin d’un matériel de 60 000 €.

Option 1 : emprunt bancaire

  • montant : 60 000 € ;
  • durée : 3 ans ;
  • taux : 6 % ;
  • annuités constantes.

Annuité :

A = 60 000 × [0,06 / (1 - (1,06)^-3)] ≈ 22 445 €

Total versé : 22 445 × 3 = 67 335 €

Option 2 : crédit-bail

  • 3 loyers de 20 000 € ;
  • option d’achat finale : 9 000 €.

Total versé : 20 000 × 3 + 9 000 = 69 000 €

Dans cette version simplifiée, l’emprunt bancaire paraît moins coûteux.

Mais si l’entreprise ne souhaite pas mobiliser immédiatement sa capacité bancaire, ou si elle anticipe un besoin de souplesse, elle peut accepter un coût supérieur.

L’arbitrage financier doit donc être lu à deux niveaux :

  • coût chiffré ;
  • effets sur la structure financière.

11. Structure de financement et coût global

La dette ne se raisonne pas isolément. Elle s’inscrit dans une structure de financement composée de :

  • capitaux propres ;
  • dettes financières.

La question centrale est : quelle combinaison minimise le coût global sans rendre l’entreprise trop risquée ?

11.1. L’intérêt de la dette

La dette présente plusieurs avantages :

  • elle évite une dilution des associés ;
  • son coût peut être inférieur au coût des capitaux propres ;
  • elle permet d’amplifier la rentabilité financière si l’entreprise est suffisamment rentable.

11.2. Son inconvénient majeur

La dette crée des charges fixes financières. Ces charges doivent être payées même si l’activité ralentit.

Plus l’endettement augmente, plus :

  • la pression sur la trésorerie augmente ;
  • le risque de défaut augmente ;
  • les prêteurs peuvent exiger un taux plus élevé ;
  • le coût des capitaux propres peut aussi augmenter, car les actionnaires perçoivent plus de risque.

12. Endettement et risque financier

12.1. Le mécanisme

L’endettement accroît le risque financier parce qu’il ajoute un engagement contractuel fixe aux risques déjà liés à l’exploitation.

Une entreprise supporte déjà :

  • un risque d’exploitation : ventes incertaines, coûts variables, charges fixes d’activité ;
  • un risque financier supplémentaire si elle a des dettes à rembourser.

12.2. Lien avec l’effet de levier

Comme vu dans la leçon 117, l’endettement peut améliorer la rentabilité financière si la rentabilité économique est supérieure au coût de la dette.

Mais ce levier fonctionne dans les deux sens :

  • si la rentabilité économique est forte, l’endettement peut enrichir les actionnaires ;
  • si elle se dégrade, la dette aggrave la baisse de la rentabilité financière.

12.3. Pourquoi le coût de la dette peut augmenter avec l’endettement

Lorsque la dette devient trop importante, les créanciers perçoivent davantage de risque. Ils peuvent alors :

  • demander un taux plus élevé ;
  • imposer davantage de garanties ;
  • limiter les montants prêtés.

Ainsi, la dette n’est pas toujours une ressource « bon marché ». Son coût peut croître avec le risque de faillite.


13. Incidence du niveau d’endettement sur le coût du capital

Le programme de finance d’entreprise relie explicitement la structure de financement à :

  • l’incidence du niveau d’endettement ;
  • le risque de faillite ;
  • le coût du capital.

13.1. Logique économique

Au départ, introduire un peu de dette peut réduire le coût global du financement si :

  • la dette coûte moins cher que les capitaux propres ;
  • l’entreprise reste solide.

Mais au-delà d’un certain point :

  • le coût de la dette augmente ;
  • le coût des capitaux propres augmente ;
  • le risque de défaillance devient significatif.

Le coût global peut alors remonter.

13.2. Idée d’optimum

L’optimisation de la politique de financement consiste donc à rechercher une structure où :

  • le coût global est maîtrisé ;
  • la rentabilité reste acceptable ;
  • le risque de faillite n’est pas excessif.

Il ne s’agit pas de maximiser la dette, ni de l’éviter totalement, mais de trouver un équilibre.


14. Étude de cas synthétique

Situation

Une PME doit financer un équipement de production de 120 000 €.

Deux solutions sont proposées.

Solution 1 : emprunt bancaire

  • montant : 120 000 € ;
  • durée : 5 ans ;
  • taux : 4,5 % ;
  • annuités constantes.

Solution 2 : crédit-bail

  • 5 loyers annuels de 27 500 € ;
  • option d’achat finale : 6 000 €.

14.1. Calcul de l’annuité de l’emprunt

A = 120 000 × [0,045 / (1 - (1,045)^-5)]

(1,045)^-5 ≈ 0,8025
1 - 0,8025 = 0,1975
0,045 / 0,1975 ≈ 0,2278

A ≈ 120 000 × 0,2278 = 27 336 € environ.

Total nominal versé :

27 336 × 5 = 136 680 €

14.2. Coût nominal du crédit-bail

5 × 27 500 + 6 000 = 143 500 €

14.3. Première conclusion

À ce niveau simplifié :

  • emprunt bancaire : 136 680 € ;
  • crédit-bail : 143 500 €.

L’emprunt bancaire paraît moins coûteux.

14.4. Analyse plus large

Cependant, il faut encore se demander :

  • l’entreprise dispose-t-elle de la capacité d’emprunt nécessaire ?
  • souhaite-t-elle préserver ses lignes bancaires pour d’autres besoins ?
  • le profil de trésorerie est-il compatible avec l’annuité bancaire ?
  • le crédit-bail apporte-t-il une souplesse stratégique utile ?

14.5. Décision raisonnée

Si la PME est peu endettée et dispose d’une trésorerie correcte, l’emprunt bancaire sera souvent préférable ici.

Si elle est déjà fortement endettée ou si elle veut conserver de la flexibilité bancaire, le crédit-bail peut malgré son coût plus élevé rester une solution crédible.


15. Méthode de résolution pas à pas en examen ou en pratique

Même sans faire de « préparation d’épreuve », il est utile de disposer d’une méthode professionnelle stable.

Étape 1 : identifier le besoin

  • montant ;
  • durée ;
  • nature de l’actif ;
  • contraintes de trésorerie.

Étape 2 : caractériser chaque financement

  • emprunt bancaire ;
  • crédit-bail.

Étape 3 : construire les flux

  • encaissement initial ;
  • échéances ;
  • option d’achat éventuelle ;
  • frais éventuels.

Étape 4 : construire le tableau d’amortissement si emprunt bancaire

  • capital restant dû ;
  • intérêts ;
  • amortissement ;
  • annuité.

Étape 5 : calculer le coût

  • coût nominal total ;
  • si nécessaire, coût actuariel implicite.

Étape 6 : comparer

  • coût ;
  • flexibilité ;
  • incidence sur l’endettement ;
  • risque financier.

Étape 7 : conclure

La conclusion doit être argumentée, pas seulement chiffrée.


16. Points de vigilance

16.1. Ne pas confondre amortissement du capital et amortissement comptable

Dans un tableau d’amortissement d’emprunt :

  • l’amortissement signifie remboursement du capital.

Ce n’est pas l’amortissement comptable d’une immobilisation.

16.2. Ne pas comparer des éléments non homogènes

Comparer :

  • un taux nominal bancaire ;
  • avec un loyer de crédit-bail,

n’a pas de sens en soi. Il faut comparer des flux financiers homogènes.

16.3. Ne pas oublier la structure de financement

Le financement le moins coûteux isolément n’est pas toujours le meilleur si :

  • il dégrade trop l’endettement ;
  • il accroît fortement le risque de faillite ;
  • il rigidifie la trésorerie.

17. Mémo de synthèse

À retenir absolument

  • La politique de financement consiste à choisir les ressources les plus adaptées aux besoins de l’entreprise.
  • Arbitrer les coûts de financement suppose de raisonner sur les flux réels, pas seulement sur les taux affichés.
  • Pour un emprunt bancaire, il faut savoir construire un tableau d’amortissement.
  • Dans un tableau d’amortissement :
    Annuité = Intérêts + Amortissement du capital.
  • Annuité constante : échéance stable, intérêts décroissants, amortissement croissant.
  • Amortissement constant : amortissement stable, annuité décroissante.
  • In fine : intérêts constants, remboursement du capital à la fin, coût souvent plus élevé.
  • Le crédit-bail se compare à l’emprunt à partir des loyers, de l’option d’achat et des autres flux contractuels.
  • Plus l’entreprise s’endette, plus le risque financier augmente.
  • Une dette modérée peut réduire le coût global, mais un endettement excessif peut augmenter le coût du capital et le risque de faillite.

18. Résumé final

Cette leçon s’inscrit pleinement dans la thématique « Optimiser la politique de financement ». L’entreprise doit calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement, en particulier ceux fondés sur la dette.

Le financement par emprunt bancaire exige la maîtrise du tableau d’amortissement, car c’est lui qui permet de visualiser la répartition entre intérêts et remboursement du capital, et donc d’évaluer le coût réel des engagements pris.

Le crédit-bail, quant à lui, ne doit pas être jugé uniquement à partir du montant des loyers : il faut intégrer l’ensemble des flux contractuels et apprécier son intérêt au regard de la souplesse offerte et de l’impact sur la structure financière.

Enfin, l’analyse ne peut pas s’arrêter au coût isolé d’un financement. Le choix d’une dette modifie la structure de financement de l’entreprise. Il peut améliorer la rentabilité des capitaux propres, mais il accroît aussi le risque financier. Toute politique de financement pertinente repose donc sur un arbitrage entre :

  • coût ;
  • trésorerie ;
  • souplesse ;
  • niveau d’endettement ;
  • risque de défaillance.

C’est cette logique d’ensemble qui permet réellement d’optimiser la politique de financement.