Coût des capitaux propres, MEDAF et coût du capital
Calculer le coût des capitaux propres par actualisation des dividendes et par le MEDAF, puis déterminer le coût moyen pondéré du capital.
Objectifs d'apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- situer le calcul du coût des capitaux propres dans la politique de financement de l’entreprise ;
- arbitrer les coûts de financement entre dette et capitaux propres ;
- calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement au niveau attendu ici, en mettant l’accent sur les capitaux propres ;
- déterminer le coût des capitaux propres par deux approches :
- l’actualisation des dividendes ;
- le MEDAF (modèle d’évaluation des actifs financiers) ;
- calculer le coût moyen pondéré du capital afin d’apprécier le coût global des ressources durables de l’entreprise.
Cette leçon prolonge les leçons précédentes sur les modes de financement (leçon 127) et sur la valeur dans le temps, l’actualisation et le taux de rendement actuariel (leçon 121). On ne revient donc pas ici sur les bases de l’actualisation, sauf lorsqu’elles sont nécessaires au raisonnement.
1. Pourquoi calculer un coût du financement ?
Dans la politique de financement, l’entreprise ne se contente pas de trouver de l’argent. Elle doit choisir quelle combinaison de ressources utiliser pour financer ses investissements et son développement.
Ces ressources ont un prix : c’est le coût du financement.
1.1. Une idée essentielle : le financement n’est jamais gratuit
Même lorsque l’entreprise se finance par capitaux propres, il existe un coût. Ce point est fondamental.
Beaucoup d’étudiants comprennent facilement le coût d’un emprunt bancaire :
- intérêts à payer ;
- frais éventuels ;
- échéancier contractuel.
En revanche, ils ont parfois l’impression que les capitaux propres seraient « gratuits » parce qu’il n’y a pas d’intérêt contractuel obligatoire. C’est faux.
Les actionnaires ou associés apportent des fonds à l’entreprise parce qu’ils attendent une rentabilité. S’ils n’obtiennent pas une rémunération suffisante au regard du risque pris, ils placeront leur argent ailleurs.
Le coût des capitaux propres correspond donc à la rentabilité exigée par les apporteurs de capitaux propres.
1.2. À quoi sert ce calcul ?
Calculer le coût du financement permet de :
- comparer plusieurs solutions de financement ;
- arbitrer les coûts de financement ;
- fixer un taux d’actualisation pertinent pour l’évaluation d’un projet ;
- apprécier si la rentabilité attendue d’un investissement est suffisante ;
- déterminer le coût moyen pondéré du capital, qui représente le coût global des ressources stables de l’entreprise.
En pratique, une entreprise doit répondre à des questions du type :
- faut-il financer un projet par emprunt ou par augmentation de capital ?
- une structure plus endettée réduit-elle le coût global du capital ?
- quel rendement minimal un projet doit-il générer pour créer de la valeur ?
2. Le coût des capitaux propres : définition et logique économique
2.1. Définition
Le coût des capitaux propres est le taux de rentabilité exigé par les actionnaires compte tenu du risque qu’ils supportent.
Il s’agit donc d’un coût d’opportunité :
- les actionnaires immobilisent leurs fonds dans l’entreprise ;
- ils renoncent à d’autres placements possibles ;
- ils exigent en contrepartie une rentabilité suffisante.
2.2. Pourquoi ce coût est-il généralement supérieur au coût de la dette ?
Les actionnaires sont plus exposés que les prêteurs :
- ils sont rémunérés après les créanciers ;
- leur rémunération n’est pas garantie ;
- en cas de difficultés, ils supportent davantage le risque de perte.
Par conséquent, la rentabilité qu’ils exigent est souvent plus élevée que le coût de la dette.
2.3. Ce que mesure réellement ce coût
Le coût des capitaux propres ne mesure pas seulement un dividende attendu. Il mesure une rentabilité totale exigée, qui peut prendre deux formes :
- des dividendes ;
- une plus-value potentielle sur la valeur des titres.
Autrement dit, un actionnaire accepte d’investir si la rémunération globale espérée compense le risque.
3. Arbitrer les coûts de financement dans la politique de financement
La politique de financement consiste à choisir les ressources les plus adaptées aux besoins de l’entreprise, en tenant compte :
- du montant à financer ;
- de la durée du besoin ;
- du niveau de risque ;
- de la flexibilité recherchée ;
- et bien sûr du coût.
3.1. Les grandes ressources concernées
Dans les leçons précédentes, vous avez vu les principaux modes de financement. Ici, on se concentre sur leur coût comparé :
- autofinancement ;
- augmentation de capital ;
- emprunt bancaire ;
- emprunt obligataire ;
- crédit-bail.
La présente leçon traite surtout :
- du coût des capitaux propres ;
- de son estimation ;
- de son intégration dans le coût moyen pondéré du capital.
3.2. Pourquoi l’arbitrage ne se réduit pas au coût apparent
Une erreur fréquente consiste à choisir le financement qui semble avoir le taux le plus faible en apparence.
Or il faut raisonner plus largement :
- la dette peut être moins coûteuse, mais elle accroît le risque financier ;
- les capitaux propres sont plus coûteux, mais ils renforcent la solidité financière ;
- l’équilibre optimal dépend de la situation de l’entreprise.
L’arbitrage porte donc sur un compromis entre :
- coût ;
- risque ;
- souplesse financière.
4. Calculer le coût des capitaux propres par actualisation des dividendes
La première méthode repose sur une idée simple :
la valeur d’une action correspond à la valeur actuelle des dividendes futurs attendus.
Si l’on connaît le prix de l’action et les dividendes attendus, on peut en déduire le taux exigé par l’actionnaire, donc le coût des capitaux propres.
4.1. Principe général
Le modèle d’actualisation des dividendes repose sur l’égalité suivante :
Valeur de l’action = somme actualisée des dividendes futurs attendus
Le taux d’actualisation utilisé dans ce calcul est précisément le coût des capitaux propres.
4.2. Cas le plus simple : dividende constant à l’infini
Si l’on suppose qu’une action verse un dividende constant chaque année, la formule est :
P0 = D / Ke
avec :
- P0 = valeur actuelle de l’action ;
- D = dividende annuel constant ;
- Ke = coût des capitaux propres.
Donc :
Ke = D / P0
Exemple 1
Une action vaut 50 € et l’on anticipe un dividende annuel constant de 4 €.
Alors :
Ke = 4 / 50 = 0,08 = 8 %
Le coût des capitaux propres est donc de 8 %.
Interprétation
Cela signifie que, compte tenu du prix payé aujourd’hui, les actionnaires exigent une rentabilité de 8 %.
4.3. Cas le plus courant : dividendes en croissance constante
Dans la réalité, on suppose souvent que les dividendes augmentent à un taux constant g.
On utilise alors le modèle de Gordon-Shapiro :
P0 = D1 / (Ke - g)
avec :
- P0 = cours actuel de l’action ;
- D1 = dividende attendu l’an prochain ;
- Ke = coût des capitaux propres ;
- g = taux de croissance constant des dividendes.
On en déduit :
Ke = (D1 / P0) + g
Exemple 2
Une action vaut 80 €. Le dividende attendu l’an prochain est de 3,20 €. Les dividendes devraient croître de 2 % par an.
Calcul :
- rendement du dividende attendu : 3,20 / 80 = 4 %
- ajout de la croissance : 4 % + 2 % = 6 %
Donc :
Ke = 6 %
Pourquoi ajoute-t-on le taux de croissance ?
Parce que l’actionnaire attend une rentabilité totale composée de :
- un rendement immédiat via le dividende ;
- une progression future de la rémunération et de la valeur du titre grâce à la croissance.
4.4. Étapes de calcul à maîtriser
Méthode pas à pas
- Identifier le cours actuel de l’action (P0).
- Déterminer le dividende attendu l’an prochain (D1).
- Identifier le taux de croissance des dividendes (g), si le modèle le suppose constant.
- Appliquer la formule :
- sans croissance : Ke = D / P0 ;
- avec croissance : Ke = (D1 / P0) + g.
- Interpréter le résultat comme une rentabilité exigée.
4.5. Intérêt de la méthode
Cette méthode est utile parce qu’elle :
- relie directement la valeur du titre à la rémunération attendue ;
- repose sur la logique financière de l’actualisation ;
- est cohérente avec l’idée que la valeur provient des flux futurs.
4.6. Limites de la méthode
Elle présente toutefois des limites importantes :
- elle suppose que l’entreprise verse des dividendes ;
- elle suppose souvent une croissance stable ;
- elle est sensible aux hypothèses retenues sur le dividende et sur g ;
- elle est moins adaptée aux entreprises jeunes, instables ou ne distribuant pas régulièrement.
C’est pourquoi on utilise aussi une autre approche : le MEDAF.
5. Calculer le coût des capitaux propres par le MEDAF
Le MEDAF (modèle d’évaluation des actifs financiers) estime la rentabilité exigée par les actionnaires en fonction du risque de marché du titre.
Le programme précise qu’il n’est pas attendu une démonstration du modèle, mais une compréhension conceptuelle et une application de la formule.
5.1. Idée générale du MEDAF
Le rendement exigé par les actionnaires comprend :
- une rémunération minimale sans risque ;
- une prime supplémentaire pour rémunérer le risque.
Plus le titre est risqué par rapport au marché, plus cette prime doit être élevée.
5.2. Formule du MEDAF
La formule à connaître est :
Kc = rf + βc × (Rm - rf)
avec :
- Kc : coût des capitaux propres ;
- rf : taux sans risque ;
- βc : bêta de l’entreprise ;
- Rm : rentabilité attendue du marché ;
- (Rm - rf) : prime de risque du marché.
5.3. Signification des composantes
a) Le taux sans risque (rf)
C’est le rendement d’un placement considéré comme quasiment certain.
Il représente la rémunération minimale exigée pour immobiliser son argent dans le temps, même sans prendre de risque significatif.
b) La prime de risque du marché (Rm - rf)
Elle mesure le supplément de rentabilité exigé pour investir sur le marché actions plutôt que sur un actif sans risque.
c) Le bêta (β)
Le bêta mesure la sensibilité du titre aux variations du marché.
- β = 1 : le titre évolue comme le marché ;
- β > 1 : le titre est plus risqué que le marché ;
- β < 1 : le titre est moins risqué que le marché.
Le bêta traduit donc le risque systématique, c’est-à-dire le risque qui ne peut pas être éliminé par diversification.
5.4. Exemple de calcul du MEDAF
Supposons :
- rf = 3 %
- Rm = 9 %
- β = 1,2
Alors :
- prime de risque du marché = 9 % - 3 % = 6 %
- prime ajustée au risque du titre = 1,2 × 6 % = 7,2 %
- coût des capitaux propres = 3 % + 7,2 % = 10,2 %
Donc :
Kc = 10,2 %
Interprétation
Les actionnaires exigent ici 10,2 % de rentabilité, car l’entreprise présente un risque supérieur à celui du marché moyen.
5.5. Autres exemples rapides
Exemple 1 : entreprise défensive
- rf = 2,5 %
- Rm = 8,5 %
- β = 0,8
Calcul :
- prime de marché = 6 %
- prime ajustée = 0,8 × 6 % = 4,8 %
- coût des capitaux propres = 2,5 % + 4,8 % = 7,3 %
Exemple 2 : entreprise plus risquée
- rf = 2,5 %
- Rm = 8,5 %
- β = 1,5
Calcul :
- prime de marché = 6 %
- prime ajustée = 1,5 × 6 % = 9 %
- coût des capitaux propres = 2,5 % + 9 % = 11,5 %
On voit bien que plus le bêta augmente, plus le coût des capitaux propres augmente.
5.6. Étapes de calcul à retenir
- Relever le taux sans risque.
- Relever la rentabilité attendue du marché.
- Calculer la prime de risque du marché : Rm - rf.
- Identifier le bêta de l’entreprise.
- Multiplier : β × (Rm - rf).
- Ajouter le taux sans risque.
- Interpréter le résultat comme la rentabilité exigée par les actionnaires.
5.7. Intérêt du MEDAF
Le MEDAF est utile car il :
- relie la rentabilité exigée au risque ;
- permet une approche cohérente pour des entreprises cotées ;
- est très utilisé pour déterminer le coût des capitaux propres dans le calcul du coût du capital.
5.8. Limites du MEDAF
Comme tout modèle, il repose sur des hypothèses simplificatrices :
- estimation délicate du bêta ;
- choix du taux sans risque et de la rentabilité du marché ;
- stabilité imparfaite du risque dans le temps.
Malgré cela, il reste une référence centrale pour le calcul du coût des capitaux propres.
6. Actualisation des dividendes ou MEDAF : comment comparer ?
Les deux méthodes visent le même objectif : estimer le coût des capitaux propres. Mais elles ne partent pas du même raisonnement.
6.1. Logique des deux approches
Actualisation des dividendes
- point de départ : flux versés aux actionnaires ;
- logique : la valeur du titre vient des dividendes futurs ;
- approche centrée sur la distribution.
MEDAF
- point de départ : risque du titre par rapport au marché ;
- logique : la rentabilité exigée dépend du risque systématique ;
- approche centrée sur le couple risque-rendement.
6.2. Quand utiliser l’une ou l’autre ?
En pratique :
- le modèle d’actualisation des dividendes est plus pertinent si l’entreprise verse des dividendes réguliers et prévisibles ;
- le MEDAF est souvent privilégié lorsque l’on veut raisonner à partir du risque de marché.
6.3. Peut-on obtenir des résultats différents ?
Oui. C’est fréquent.
Ces écarts viennent :
- des hypothèses sur la croissance des dividendes ;
- des choix de paramètres du MEDAF ;
- du fait que les deux méthodes n’observent pas exactement la même réalité.
L’important est de justifier la méthode utilisée et de comprendre ce que mesure le résultat.
7. Calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement
Le programme demande de calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement, avec un accent particulier sur les capitaux propres.
Dans cette leçon, on reste dans le périmètre des ressources principales nécessaires au calcul du coût moyen pondéré du capital.
7.1. Coût de la dette : rappel de logique
Sans refaire toute la leçon sur les emprunts, retenez qu’une dette a un coût généralement mesuré par :
- le taux actuariel ou le taux effectif de l’emprunt ;
- éventuellement ajusté des frais significatifs.
Le coût de la dette est souvent plus faible que celui des capitaux propres, car le prêteur supporte moins de risque.
7.2. Coût des capitaux propres
Nous venons de voir deux méthodes principales :
- actualisation des dividendes ;
- MEDAF.
7.3. Comparer ne veut pas dire choisir mécaniquement le moins cher
Exemple conceptuel
Supposons :
- coût de la dette : 5 % ;
- coût des capitaux propres : 10 %.
On pourrait croire qu’il faut tout financer par dette. Mais ce raisonnement est incomplet.
Pourquoi ?
Parce qu’un endettement excessif :
- augmente le risque de défaillance ;
- peut détériorer la solvabilité ;
- peut faire monter le coût futur de la dette ;
- peut conduire les actionnaires à exiger une rentabilité plus forte.
L’entreprise doit donc rechercher une structure de financement cohérente, et non un minimum apparent à court terme.
8. Le coût moyen pondéré du capital
Le coût moyen pondéré du capital représente le coût global des ressources durables mobilisées par l’entreprise.
Il combine :
- le coût des capitaux propres ;
- le coût de la dette ;
- pondérés selon leur poids respectif dans le financement.
8.1. Pourquoi parle-t-on de moyenne pondérée ?
Parce que toutes les ressources ne financent pas l’entreprise dans la même proportion.
Si les capitaux propres représentent 70 % du financement et la dette 30 %, le coût global doit refléter cette structure.
8.2. Formule générale
La formule simplifiée est :
CMPC = [CP / (CP + D)] × Ke + [D / (CP + D)] × Kd
avec :
- CMPC : coût moyen pondéré du capital ;
- CP : valeur des capitaux propres ;
- D : dette financière ;
- Ke : coût des capitaux propres ;
- Kd : coût de la dette.
Selon les contextes, des ajustements peuvent exister. Ici, on retient la logique fondamentale attendue : une moyenne pondérée des coûts des ressources.
8.3. Exemple complet
Une entreprise présente la structure suivante :
- capitaux propres : 600 000 €
- dettes financières : 400 000 €
On estime :
- coût des capitaux propres = 11 %
- coût de la dette = 5 %
Étape 1 : calculer les pondérations
Total des ressources :
600 000 + 400 000 = 1 000 000 €
Poids des capitaux propres :
600 000 / 1 000 000 = 0,60
Poids de la dette :
400 000 / 1 000 000 = 0,40
Étape 2 : calculer la moyenne pondérée
CMPC = (0,60 × 11 %) + (0,40 × 5 %)
CMPC = 6,6 % + 2 % = 8,6 %
Le coût moyen pondéré du capital est donc de 8,6 %.
8.4. Interprétation
Cela signifie que l’entreprise doit dégager, sur ses investissements, une rentabilité au moins égale à 8,6 % pour couvrir le coût global de ses ressources financières.
Au-delà, elle crée potentiellement de la valeur. En dessous, elle en détruit potentiellement.
9. Étude de cas progressive
9.1. Cas 1 : calcul du coût des capitaux propres par dividendes
La société Alpha a un cours de bourse de 100 €. Le dividende attendu l’an prochain est de 5 €. Les dividendes devraient croître de 3 % par an.
Calcul
Ke = (D1 / P0) + g
Ke = (5 / 100) + 3 % = 5 % + 3 % = 8 %
Conclusion
Le coût des capitaux propres de la société Alpha est de 8 %.
9.2. Cas 2 : calcul par MEDAF
Pour la même société, on dispose de :
- taux sans risque : 2 %
- rentabilité du marché : 8 %
- bêta : 1,1
Calcul
Prime de risque du marché :
8 % - 2 % = 6 %
Prime ajustée :
1,1 × 6 % = 6,6 %
Coût des capitaux propres :
2 % + 6,6 % = 8,6 %
Conclusion
Par le MEDAF, le coût des capitaux propres est estimé à 8,6 %.
9.3. Cas 3 : calcul du coût moyen pondéré du capital
Supposons maintenant :
- capitaux propres : 700 000 €
- dettes : 300 000 €
- coût des capitaux propres retenu : 8,6 %
- coût de la dette : 4,5 %
Calcul des pondérations
Total = 1 000 000 €
- poids des capitaux propres = 70 %
- poids de la dette = 30 %
Calcul du CMPC
CMPC = (0,70 × 8,6 %) + (0,30 × 4,5 %)
CMPC = 6,02 % + 1,35 % = 7,37 %
Interprétation
Le coût global des ressources de l’entreprise est de 7,37 %.
10. Comment raisonner en situation d’arbitrage ?
Lorsqu’on vous demande d’arbitrer les coûts de financement, il faut adopter un raisonnement structuré.
10.1. Étape 1 : identifier les ressources mobilisables
Par exemple :
- augmentation de capital ;
- emprunt bancaire ;
- combinaison des deux.
10.2. Étape 2 : calculer le coût de chaque source
- dette : taux effectif ou actuariel ;
- capitaux propres : actualisation des dividendes ou MEDAF.
10.3. Étape 3 : comparer les coûts
Comparer les taux, mais sans s’arrêter au chiffre brut.
10.4. Étape 4 : intégrer le risque et la structure financière
Se demander :
- la dette accroît-elle trop le levier financier ?
- les capitaux propres renforcent-ils la stabilité ?
- la combinaison retenue est-elle soutenable ?
10.5. Étape 5 : conclure
La bonne conclusion n’est pas :
« On choisit la ressource la moins chère. »
La bonne conclusion est plutôt :
« On retient la solution qui minimise le coût du financement tout en restant cohérente avec le niveau de risque et l’équilibre financier de l’entreprise. »
11. Pièges fréquents
11.1. Confondre dividende et coût des capitaux propres
Le dividende n’est pas le coût à lui seul. Le coût est une rentabilité exigée.
11.2. Oublier la croissance dans le modèle de Gordon-Shapiro
Si le modèle précise une croissance constante, il faut ajouter g.
11.3. Se tromper sur le dividende à utiliser
La formule utilise D1, c’est-à-dire le dividende attendu l’an prochain, et non forcément le dernier dividende versé.
11.4. Mal interpréter le bêta
Le bêta ne mesure pas le risque total, mais le risque systématique du titre par rapport au marché.
11.5. Oublier les pondérations dans le coût moyen pondéré du capital
On ne fait pas une moyenne simple des taux. On fait une moyenne pondérée par la structure de financement.
12. Méthode synthétique à retenir
12.1. Pour le coût des capitaux propres par dividendes
Formule
Ke = (D1 / P0) + g
Procédure
- repérer le cours de l’action ;
- repérer le dividende attendu ;
- repérer le taux de croissance ;
- calculer ;
- interpréter.
12.2. Pour le coût des capitaux propres par MEDAF
Formule
Kc = rf + βc × (Rm - rf)
Procédure
- calculer la prime de risque du marché ;
- la multiplier par le bêta ;
- ajouter le taux sans risque ;
- interpréter.
12.3. Pour le coût moyen pondéré du capital
Formule
CMPC = poids des capitaux propres × coût des capitaux propres + poids de la dette × coût de la dette
Procédure
- calculer la valeur totale des ressources ;
- calculer les pondérations ;
- multiplier chaque coût par son poids ;
- additionner ;
- conclure sur le coût global.
13. Application commentée
Une entreprise doit financer durablement son activité. Sa structure cible est la suivante :
- capitaux propres : 900 000 €
- dette financière : 600 000 €
On dispose des informations suivantes :
- cours de l’action : 60 €
- dividende attendu l’an prochain : 2,40 €
- croissance attendue des dividendes : 2 %
- taux sans risque : 3 %
- rentabilité du marché : 9 %
- bêta : 1,3
- coût de la dette : 5,2 %
13.1. Calcul du coût des capitaux propres par dividendes
Ke = (2,40 / 60) + 2 % = 4 % + 2 % = 6 %
13.2. Calcul du coût des capitaux propres par MEDAF
Prime de risque du marché :
9 % - 3 % = 6 %
Prime ajustée :
1,3 × 6 % = 7,8 %
Donc :
Kc = 3 % + 7,8 % = 10,8 %
13.3. Analyse de l’écart
Les deux méthodes donnent des résultats très différents :
- dividendes : 6 %
- MEDAF : 10,8 %
Cela doit conduire à une réflexion sur les hypothèses :
- le dividende est-il représentatif ?
- la croissance de 2 % est-elle prudente ou trop faible ?
- le risque de marché de l’entreprise est-il élevé ?
Dans un raisonnement financier, on peut considérer que le MEDAF reflète ici davantage le risque perçu par le marché.
13.4. Calcul du coût moyen pondéré du capital avec le coût des capitaux propres retenu par MEDAF
Total des ressources :
900 000 + 600 000 = 1 500 000 €
Pondérations :
- capitaux propres : 900 000 / 1 500 000 = 0,60
- dette : 600 000 / 1 500 000 = 0,40
Calcul :
CMPC = (0,60 × 10,8 %) + (0,40 × 5,2 %)
CMPC = 6,48 % + 2,08 % = 8,56 %
Conclusion
Le coût moyen pondéré du capital est de 8,56 %.
L’entreprise devra donc viser, pour ses projets, une rentabilité supérieure à ce seuil si elle veut créer de la valeur.
14. Ce qu’il faut comprendre en profondeur
14.1. Le coût des capitaux propres est une exigence de rendement
Ce n’est pas une charge comptable automatique. C’est une référence économique et financière.
14.2. Plus le risque est élevé, plus le coût des capitaux propres augmente
C’est la logique centrale du MEDAF.
14.3. La dette peut réduire le coût apparent du financement, mais pas sans limite
Un endettement plus fort peut améliorer le coût global dans certains cas, mais il augmente aussi le risque financier.
14.4. Le coût moyen pondéré du capital est un outil de synthèse
Il relie la structure de financement à la rentabilité minimale exigée par les apporteurs de fonds.
Mémo
Formules à connaître
1. Coût des capitaux propres par dividendes constants
- Ke = D / P0
2. Coût des capitaux propres par croissance constante
- Ke = (D1 / P0) + g
3. Coût des capitaux propres par MEDAF
- Kc = rf + βc × (Rm - rf)
4. Coût moyen pondéré du capital
- CMPC = poids CP × Ke + poids D × Kd
Idées-clés
- Les capitaux propres ont un coût, même sans intérêt contractuel.
- Ce coût correspond à la rentabilité exigée par les actionnaires.
- Le MEDAF relie cette rentabilité au risque de marché.
- Le coût moyen pondéré du capital sert à évaluer le coût global des ressources durables.
- L’arbitrage des coûts de financement doit intégrer à la fois le coût et le risque.
Résumé final
Dans la politique de financement, l’entreprise doit optimiser la combinaison de ses ressources en tenant compte de leur coût. Le coût des capitaux propres est la rentabilité exigée par les actionnaires. Il peut être estimé :
- soit par actualisation des dividendes, lorsque la distribution est prévisible ;
- soit par le MEDAF, qui relie la rentabilité exigée au risque du titre via le bêta.
Le financement ne s’analyse pas source par source de manière isolée. Il faut aussi calculer le coût moyen pondéré du capital, qui synthétise le coût global des ressources durables selon leur poids respectif.
Ainsi, calculer et comparer les coûts des différents moyens de financement permet non seulement de choisir une solution, mais surtout d’arbitrer intelligemment entre rentabilité attendue, risque financier et équilibre global de l’entreprise.