Flux prévisionnels et typologie des investissements
Identifier les types d’investissements, déterminer les paramètres financiers et comptables d’un projet et calculer les flux de trésorerie prévisionnels en univers certain.
Introduction
Après avoir étudié la valeur temps de l’argent et le besoin en fonds de roulement d’exploitation normatif dans les leçons précédentes, on entre ici dans le cœur de la politique d’investissement de l’entreprise.
L’investissement est une décision structurante : il engage des ressources aujourd’hui dans l’espoir de générer des avantages futurs. Une mauvaise décision peut immobiliser inutilement des capitaux, dégrader la rentabilité ou créer des tensions de trésorerie. À l’inverse, un projet bien choisi peut soutenir la croissance, améliorer la productivité et renforcer la compétitivité.
Cette leçon est centrée sur quatre idées essentielles :
- comprendre ce qu’est la politique d’investissement ;
- savoir concevoir la politique d’investissement dans une logique financière ;
- analyser les projets d’investissement ;
- évaluer la pertinence d’un projet d’investissement en univers certain, c’est-à-dire lorsque les flux prévisionnels sont supposés connus.
L’objectif n’est pas encore de choisir définitivement un projet à l’aide de tous les critères de sélection financiers détaillés dans la suite du programme, mais de maîtriser la base indispensable : identifier les types d’investissements et calculer correctement les flux de trésorerie prévisionnels.
Objectifs d’apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- définir la place de l’investissement dans la stratégie financière de l’entreprise ;
- distinguer les différents types d’investissements ;
- repérer les paramètres financiers et comptables d’un projet ;
- construire les flux de trésorerie prévisionnels d’un investissement ;
- comprendre pourquoi on raisonne en trésorerie et non en simple résultat comptable ;
- analyser un projet d’investissement en univers certain.
1. La politique d’investissement : définition et enjeux
1.1. Qu’est-ce qu’une politique d’investissement ?
La politique d’investissement correspond à l’ensemble des décisions par lesquelles une entreprise engage des ressources dans des actifs ou des projets destinés à produire des effets futurs.
Elle fait partie des grandes décisions financières, avec :
- la politique de financement ;
- la gestion de la trésorerie.
Investir, ce n’est pas seulement acheter une machine. Cela peut aussi consister à :
- moderniser un outil de production ;
- ouvrir un point de vente ;
- acquérir un logiciel ;
- lancer une nouvelle activité ;
- automatiser un processus ;
- développer une capacité logistique.
1.2. Pourquoi l’investissement est-il une décision majeure ?
Un investissement est une décision importante car il présente plusieurs caractéristiques :
- il engage l’entreprise sur plusieurs années ;
- il mobilise souvent des montants élevés ;
- il influence les performances futures ;
- il comporte un risque, même en univers certain dans le cadre pédagogique, car tout projet transforme la structure économique de l’entreprise.
1.3. Le lien avec les leçons précédentes
Comme vu dans la leçon 121, la décision d’investissement suppose une bonne maîtrise de la valeur actuelle, de la valeur future, de l’actualisation et de la capitalisation.
Comme vu dans la leçon 122, un projet peut aussi avoir un impact sur le besoin en fonds de roulement d’exploitation : augmenter l’activité signifie souvent plus de stocks, plus de créances clients, parfois plus de dettes fournisseurs.
Autrement dit, un projet d’investissement ne se réduit jamais au prix d’achat d’un actif. Il faut raisonner en flux globaux.
2. Concevoir la politique d’investissement
2.1. Concevoir, ce n’est pas seulement calculer
Concevoir la politique d’investissement, c’est organiser une démarche cohérente permettant :
- d’identifier les besoins de l’entreprise ;
- de recenser les projets possibles ;
- de mesurer les conséquences économiques et financières de chaque projet ;
- de comparer les solutions envisageables.
La logique n’est donc pas purement comptable. Elle est à la fois :
- économique : quel avantage futur attend-on ?
- financière : quels flux de trésorerie le projet génère-t-il ?
- stratégique : le projet est-il cohérent avec les objectifs de l’entreprise ?
2.2. Les grandes étapes de la démarche
Une démarche simple de conception peut être présentée ainsi :
Étape 1 – Identifier le besoin
Exemples :
- remplacer une machine usée ;
- accroître la capacité de production ;
- réduire les coûts ;
- améliorer la qualité ;
- développer une nouvelle offre.
Étape 2 – Définir les solutions possibles
Exemples :
- acheter une machine A ou B ;
- construire ou louer ;
- automatiser totalement ou partiellement ;
- développer en interne ou acquérir un actif existant.
Étape 3 – Recenser les paramètres du projet
Il faut alors relever les éléments qui auront un impact sur les flux :
- dépense initiale ;
- durée d’exploitation ;
- recettes ou économies attendues ;
- charges supplémentaires ;
- variation du besoin en fonds de roulement ;
- valeur de sortie éventuelle.
Étape 4 – Calculer les flux de trésorerie prévisionnels
C’est le cœur de cette leçon.
Étape 5 – Préparer l’évaluation de la pertinence
Les flux calculés serviront ensuite à appliquer les critères financiers de sélection.
3. Analyser les projets d’investissement : la typologie des investissements
Pour analyser un projet, il faut d’abord savoir de quel type d’investissement il s’agit. La nature du projet aide à comprendre sa logique, ses objectifs et parfois ses effets sur les flux.
3.1. La typologie des investissements
Le programme vise l’identification et la distinction des différents types d’investissements. On peut les classer selon plusieurs approches.
3.2. Investissement de remplacement
L’investissement de remplacement consiste à substituer un actif nouveau à un actif ancien.
Finalité
- maintenir la capacité de production ;
- éviter des pannes ;
- réduire les coûts d’entretien ;
- améliorer la fiabilité.
Exemple
Une entreprise remplace une machine de 12 ans devenue coûteuse à réparer.
Conséquence analytique
Dans ce type de projet, les flux proviennent souvent surtout :
- d’économies de charges ;
- d’une meilleure productivité ;
- éventuellement d’une valeur de cession de l’ancien matériel.
3.3. Investissement de capacité
L’investissement de capacité vise à augmenter le volume d’activité de l’entreprise.
Finalité
- produire davantage ;
- répondre à une hausse de la demande ;
- conquérir de nouveaux marchés.
Exemple
Achat d’une nouvelle ligne de production pour passer de 10 000 à 15 000 unités par an.
Conséquence analytique
Les flux attendus reposent surtout sur :
- des encaissements supplémentaires ;
- des charges d’exploitation additionnelles ;
- souvent une hausse du besoin en fonds de roulement d’exploitation.
3.4. Investissement de productivité
L’investissement de productivité a pour objectif d’améliorer l’efficacité économique.
Finalité
- produire au même niveau avec moins de ressources ;
- réduire les coûts unitaires ;
- automatiser certaines tâches ;
- améliorer les délais.
Exemple
Installation d’un système automatisé réduisant les besoins en main-d’œuvre directe.
Conséquence analytique
Les flux attendus prennent souvent la forme :
- d’économies de charges ;
- d’une diminution des rebuts ou pertes ;
- d’un gain de temps donc de rentabilité.
3.5. Investissement de modernisation
L’investissement de modernisation vise à adapter l’outil de travail aux évolutions techniques.
Finalité
- rester compétitif ;
- améliorer la qualité ;
- intégrer de nouvelles technologies ;
- répondre à de nouvelles exigences du marché.
Exemple
Remplacement d’un ancien logiciel de gestion par une solution plus performante.
Particularité
Les gains peuvent être plus difficiles à mesurer directement. Ils peuvent se traduire par :
- une meilleure qualité de service ;
- une réduction d’erreurs ;
- une meilleure coordination interne.
3.6. Investissement d’innovation ou de développement
L’investissement d’innovation ou de développement accompagne une évolution stratégique.
Finalité
- lancer un nouveau produit ;
- pénétrer un nouveau marché ;
- transformer le modèle économique.
Exemple
Création d’une unité dédiée à une nouvelle gamme.
Particularité
Même si, dans cette leçon, on raisonne en univers certain, ce type de projet est souvent plus sensible à la qualité des hypothèses retenues.
4. Les paramètres financiers et comptables d’un projet d’investissement
Pour construire les flux prévisionnels, il faut identifier les paramètres financiers et comptables caractérisant un investissement.
4.1. Le coût d’acquisition initial
C’est la dépense nécessaire pour mettre le projet en place.
Il peut comprendre :
- le prix d’achat de l’immobilisation ;
- les frais d’installation ;
- les frais de transport et de mise en service ;
- les dépenses annexes directement liées au projet.
Dans une logique de flux, on retient ce qui correspond à une sortie de trésorerie.
4.2. La durée d’exploitation du projet
La durée du projet correspond à la période pendant laquelle l’investissement produit ses effets.
Elle peut être liée :
- à la durée d’utilisation technique ;
- à la durée économique ;
- à la période de prévision retenue.
Cette durée est essentielle car elle détermine le nombre de flux annuels à prendre en compte.
4.3. Les recettes ou économies attendues
Un projet peut générer :
- des encaissements supplémentaires : hausse des ventes, nouveaux clients, nouveaux marchés ;
- des économies de décaissements : baisse de charges de personnel, d’entretien, d’énergie, de sous-traitance.
4.4. Les charges d’exploitation additionnelles
Le projet peut aussi entraîner de nouvelles charges :
- maintenance ;
- énergie ;
- consommables ;
- personnel de supervision ;
- assurance ;
- coûts de fonctionnement.
Dans l’analyse financière, on ne retient pas simplement les charges comptables, mais leur incidence en trésorerie.
4.5. L’amortissement : un paramètre comptable important
L’amortissement est un paramètre comptable majeur car il mesure la répartition du coût d’un actif sur sa durée d’utilisation.
Mais attention :
- l’amortissement est une charge comptable ;
- il ne correspond pas, en lui-même, à une sortie de trésorerie annuelle.
Pourquoi alors le prendre en compte ? Parce qu’il peut intervenir dans certains raisonnements de passage entre résultat et flux. Il faut donc bien distinguer :
- la logique comptable ;
- la logique financière.
4.6. La valeur résiduelle ou valeur de sortie
À la fin du projet, l’actif peut avoir une valeur de revente ou une valeur résiduelle.
Cette valeur représente généralement un encaissement terminal.
Exemple :
- machine revendue 10 000 € en fin de cinquième année.
4.7. La variation du besoin en fonds de roulement d’exploitation
Un projet peut modifier les besoins d’exploitation :
- plus de stocks ;
- plus de créances clients ;
- plus de dettes fournisseurs.
Si le projet augmente le BFRE, cela constitue une sortie de trésorerie initiale ou complémentaire.
Si ce besoin est récupéré à la fin du projet, cela devient un encaissement terminal.
C’est un point essentiel : beaucoup d’erreurs viennent d’un oubli du BFRE.
5. Pourquoi raisonner en flux de trésorerie prévisionnels ?
5.1. Résultat comptable et trésorerie : deux logiques différentes
Pour évaluer un projet d’investissement, on ne se contente pas du résultat comptable.
Pourquoi ? Parce que le résultat :
- intègre des charges calculées comme les amortissements ;
- peut être influencé par des règles comptables ;
- ne reflète pas toujours le moment réel des encaissements et décaissements.
La décision financière exige donc de raisonner en flux de trésorerie prévisionnels.
5.2. Définition des flux de trésorerie prévisionnels
Les flux de trésorerie prévisionnels sont les entrées et sorties de trésorerie attendues du fait du projet, sur toute sa durée de vie.
Ils doivent être :
- liés au projet ;
- prévisionnels ;
- mesurés période par période ;
- cohérents avec l’analyse en univers certain.
5.3. Les grandes catégories de flux
On distingue généralement :
- le flux initial ;
- les flux d’exploitation ;
- le flux terminal.
6. Le flux initial
Le flux initial correspond à la mise en place du projet.
6.1. Éléments possibles du flux initial
Il peut comprendre :
- le coût d’acquisition de l’actif ;
- les frais de mise en route ;
- la variation initiale du BFRE ;
- éventuellement la cession d’un ancien actif dans un projet de remplacement.
6.2. Exemple simple
Une entreprise achète une machine pour 120 000 € et supporte 8 000 € de frais d’installation. Le projet nécessite aussi 12 000 € de BFRE supplémentaire.
Flux initial : -120 000 - 8 000 - 12 000 = -140 000 €
Si l’ancienne machine est revendue immédiatement 15 000 €, le flux initial devient :
-140 000 + 15 000 = -125 000 €
7. Les flux d’exploitation
Les flux d’exploitation correspondent aux effets annuels du projet pendant sa durée de vie.
7.1. Deux sources principales
Ils proviennent :
- de recettes supplémentaires ;
- ou d’économies de charges.
On en retranche les décaissements d’exploitation supplémentaires.
7.2. Logique générale
En univers certain, on retient les flux annuels prévus comme certains sur la période.
Exemples :
- hausse de chiffre d’affaires de 50 000 € par an ;
- économie de salaires de 20 000 € par an ;
- dépenses de maintenance de 5 000 € par an.
Flux annuel d’exploitation : 50 000 + 20 000 - 5 000 = 65 000 €
7.3. Point d’attention : ne pas confondre charge et décaissement
Une charge comptable n’est pas automatiquement un décaissement.
Exemple :
- amortissement annuel de 24 000 € : charge comptable, mais pas sortie de trésorerie annuelle.
Il ne faut donc pas soustraire mécaniquement toutes les charges du compte de résultat pour construire les flux.
8. Le flux terminal
Le flux terminal intervient à la fin du projet.
8.1. Éléments possibles
Il peut comprendre :
- la valeur résiduelle de l’investissement ;
- la récupération du besoin en fonds de roulement d’exploitation ;
- d’autres effets de clôture directement liés au projet, si le cas est donné.
8.2. Exemple
À la fin de la 5e année :
- revente de la machine : 10 000 € ;
- récupération du BFRE : 12 000 €.
Flux terminal complémentaire : 10 000 + 12 000 = 22 000 €
Si le flux d’exploitation de la 5e année est de 65 000 €, le flux total de l’année 5 sera :
65 000 + 22 000 = 87 000 €
9. Méthode de calcul des flux de trésorerie prévisionnels
Voici une méthode simple et rigoureuse.
9.1. Étape 1 – Identifier la durée du projet
Exemple : 5 ans.
9.2. Étape 2 – Calculer le flux initial
Recenser :
- investissement matériel ;
- frais annexes ;
- variation initiale du BFRE ;
- cession éventuelle d’un ancien actif.
9.3. Étape 3 – Calculer les flux annuels d’exploitation
Pour chaque année, déterminer :
- encaissements supplémentaires ;
- économies de décaissements ;
- décaissements supplémentaires.
9.4. Étape 4 – Ajouter le flux terminal
En dernière année, intégrer :
- valeur résiduelle ;
- récupération du BFRE.
9.5. Étape 5 – Présenter les flux dans un tableau
C’est indispensable pour préparer l’évaluation financière.
10. Exemple complet pas à pas
Une entreprise envisage un investissement productif.
Données
- Prix d’achat de la machine : 180 000 €
- Frais de mise en service : 20 000 €
- Durée d’exploitation : 4 ans
- Augmentation annuelle des encaissements : 90 000 €
- Décaissements annuels d’exploitation supplémentaires : 25 000 €
- BFRE supplémentaire au départ : 15 000 €
- Valeur résiduelle en fin de 4e année : 18 000 €
- Récupération intégrale du BFRE à la fin
10.1. Flux initial
Flux initial = coût d’acquisition + frais + BFRE
= 180 000 + 20 000 + 15 000
= -215 000 €
10.2. Flux annuels d’exploitation
Flux annuel = encaissements supplémentaires - décaissements supplémentaires
= 90 000 - 25 000
= 65 000 €
10.3. Flux terminal
En année 4, on ajoute :
- valeur résiduelle : 18 000 €
- récupération du BFRE : 15 000 €
Flux terminal complémentaire = 33 000 €
10.4. Tableau des flux
| Année | Flux | |---|---:| | 0 | -215 000 | | 1 | 65 000 | | 2 | 65 000 | | 3 | 65 000 | | 4 | 98 000 |
Car en année 4 : 65 000 + 33 000 = 98 000 €
10.5. Lecture du tableau
Ce tableau montre clairement :
- l’effort financier initial ;
- la capacité du projet à générer des flux positifs ;
- l’importance du flux terminal.
C’est cette série de flux qui servira à l’évaluation financière du projet.
11. Cas d’un investissement de remplacement
Le raisonnement est un peu particulier lorsqu’un actif ancien est remplacé.
Données
- Nouvelle machine : 100 000 €
- Installation : 5 000 €
- Revente ancienne machine : 12 000 €
- Économies annuelles de maintenance : 8 000 €
- Économies annuelles de main-d’œuvre : 14 000 €
- Maintenance nouvelle machine : 3 000 €
- Durée : 5 ans
- Valeur résiduelle de la nouvelle machine : 10 000 €
- Pas de variation du BFRE
Calcul
Flux initial
-100 000 - 5 000 + 12 000 = -93 000 €
Flux annuels d’exploitation
8 000 + 14 000 - 3 000 = 19 000 €
Flux terminal
Valeur résiduelle : 10 000 €
Tableau
| Année | Flux | |---|---:| | 0 | -93 000 | | 1 | 19 000 | | 2 | 19 000 | | 3 | 19 000 | | 4 | 19 000 | | 5 | 29 000 |
Ici, le projet ne crée pas forcément de nouvelles ventes, mais il améliore la performance par économies de coûts.
12. Paramètres comptables et financiers : bien les distinguer
12.1. Paramètres comptables
Relèvent surtout de la logique comptable :
- coût d’entrée de l’immobilisation ;
- durée d’amortissement ;
- dotations aux amortissements ;
- valeur nette comptable.
12.2. Paramètres financiers
Relèvent de la logique de trésorerie :
- décaissement initial ;
- encaissements et décaissements d’exploitation ;
- variation du BFRE ;
- valeur résiduelle encaissée.
12.3. Pourquoi la distinction est essentielle
Parce qu’un projet peut sembler rentable en comptabilité mais être moins intéressant en trésorerie, ou l’inverse.
Exemple :
- un amortissement élevé réduit le résultat comptable ;
- pourtant il n’entraîne pas de sortie de trésorerie annuelle.
La décision d’investissement repose donc d’abord sur les flux de trésorerie prévisionnels.
13. Évaluer la pertinence d’un projet d’investissement en univers certain
13.1. Que signifie « univers certain » ?
L’univers certain est une hypothèse d’étude dans laquelle les flux futurs sont considérés comme connus avec certitude.
Cela ne signifie pas que le risque n’existe pas dans la réalité. Cela signifie simplement que, pour l’analyse pédagogique :
- les montants sont supposés fiables ;
- les dates des flux sont connues ;
- on ne traite pas encore l’incertitude.
13.2. Pourquoi cette hypothèse est utile
Elle permet de se concentrer sur la logique fondamentale :
- identifier les flux ;
- les dater ;
- les comparer à l’investissement initial.
13.3. En quoi consiste l’évaluation de la pertinence ?
Évaluer la pertinence d’un projet, c’est répondre à la question :
Les avantages financiers attendus justifient-ils l’effort initial ?
À ce stade du raisonnement, il faut déjà être capable de :
- présenter les flux correctement ;
- vérifier leur cohérence ;
- apprécier la logique économique du projet.
13.4. Les questions à se poser
Avant même les critères financiers détaillés, il faut vérifier :
- le projet répond-il à un besoin réel ?
- les flux retenus sont-ils bien des flux de trésorerie ?
- la durée du projet est-elle cohérente ?
- le BFRE a-t-il été pris en compte ?
- la valeur de sortie a-t-elle été intégrée ?
- les économies attendues sont-elles bien nettes des coûts supplémentaires ?
14. Erreurs fréquentes à éviter
14.1. Oublier le besoin en fonds de roulement d’exploitation
C’est une erreur classique. Un projet de croissance consomme souvent de la trésorerie avant même de rapporter.
14.2. Confondre amortissement et décaissement
L’amortissement est une charge comptable, pas un flux de trésorerie annuel.
14.3. Ne pas intégrer la valeur résiduelle
Si l’actif peut être revendu, la valeur de sortie doit être prise en compte.
14.4. Mélanger flux du projet et flux globaux de l’entreprise
On ne retient que les flux liés au projet.
14.5. Oublier les frais annexes
Un investissement ne se limite pas au prix d’achat. Les coûts de mise en service peuvent être significatifs.
15. Méthode de travail pour analyser un projet
Voici une méthode opérationnelle à appliquer systématiquement.
Étape A – Lire le projet et qualifier son type
Demandez-vous :
- remplacement ?
- capacité ?
- productivité ?
- modernisation ?
- développement ?
Étape B – Relever les données utiles
Classez les informations en cinq blocs :
- coût initial ;
- durée ;
- flux annuels positifs ;
- flux annuels négatifs ;
- flux terminaux.
Étape C – Isoler les flux de trésorerie
Écartez les éléments purement comptables qui ne sont pas des flux immédiats.
Étape D – Construire le tableau chronologique
Présentez année par année les flux.
Étape E – Vérifier la cohérence économique
Posez-vous la question :
- le tableau raconte-t-il bien l’histoire du projet ?
16. Application guidée
Énoncé
Une entreprise souhaite investir dans un équipement afin d’augmenter sa capacité de production.
Données :
- prix d’achat : 250 000 € ;
- frais d’installation : 10 000 € ;
- durée d’utilisation : 5 ans ;
- encaissements annuels supplémentaires : 110 000 € ;
- décaissements annuels supplémentaires : 45 000 € ;
- augmentation initiale du BFRE : 20 000 € ;
- valeur résiduelle en fin de projet : 25 000 €.
Correction
1. Typologie du projet
Il s’agit d’un investissement de capacité, car il vise à augmenter la production.
2. Flux initial
250 000 + 10 000 + 20 000 = -280 000 €
3. Flux annuels d’exploitation
110 000 - 45 000 = 65 000 €
4. Flux terminal
25 000 + 20 000 = 45 000 €
5. Tableau des flux
| Année | Flux | |---|---:| | 0 | -280 000 | | 1 | 65 000 | | 2 | 65 000 | | 3 | 65 000 | | 4 | 65 000 | | 5 | 110 000 |
6. Analyse
Le projet exige un effort initial important, mais il génère des flux réguliers. La dernière année est renforcée par la récupération du BFRE et la valeur résiduelle.
17. Cas pratique de synthèse
Situation
Une PME hésite entre deux projets :
- Projet A : remplacement d’un matériel ancien ;
- Projet B : achat d’un équipement supplémentaire pour augmenter la production.
Projet A
- coût initial net : 90 000 €
- flux annuels : 22 000 € pendant 5 ans
- valeur résiduelle : 8 000 €
Projet B
- coût initial net : 140 000 €
- flux annuels : 35 000 € pendant 5 ans
- récupération de BFRE en fin de projet : 12 000 €
- valeur résiduelle : 10 000 €
Analyse
Projet A
Type : investissement de remplacement / productivité
Tableau :
- année 0 : -90 000
- années 1 à 4 : 22 000
- année 5 : 30 000
Projet B
Type : investissement de capacité
Tableau :
- année 0 : -140 000
- années 1 à 4 : 35 000
- année 5 : 57 000
Enseignement
Avant même de comparer finement les projets, on voit que :
- A est moins coûteux et plus défensif ;
- B est plus ambitieux et lié à la croissance.
L’analyse financière doit donc toujours être reliée à la nature du projet.
18. Ce qu’il faut absolument retenir
Sur la politique d’investissement
- Elle regroupe les décisions engageant des ressources aujourd’hui pour obtenir des avantages futurs.
- Elle fait partie des grandes décisions financières de l’entreprise.
Sur la conception de la politique d’investissement
- Il faut identifier le besoin, définir les solutions, recenser les paramètres et construire les flux.
- L’analyse est à la fois économique et financière.
Sur la typologie des investissements
Il faut savoir distinguer notamment :
- investissement de remplacement ;
- investissement de capacité ;
- investissement de productivité ;
- investissement de modernisation ;
- investissement de développement.
Sur les flux prévisionnels
Il faut distinguer :
- flux initial ;
- flux annuels d’exploitation ;
- flux terminal.
Sur les paramètres essentiels
- coût initial ;
- durée ;
- encaissements ou économies ;
- décaissements supplémentaires ;
- variation du BFRE ;
- valeur résiduelle.
Sur l’univers certain
- Les flux sont supposés connus avec certitude.
- Cela permet d’évaluer la pertinence financière du projet sur une base rigoureuse.
Mémo final
Méthode express pour construire les flux d’un projet
- Qualifier le type d’investissement.
- Recenser toutes les sorties initiales.
- Ajouter ou retrancher les effets immédiats (cession d’ancien actif, BFRE).
- Calculer les flux annuels nets de trésorerie.
- Ajouter en fin de projet la valeur résiduelle et la récupération du BFRE.
- Présenter les flux année par année.
Forme générale
-
Année 0 :
Flux initial = - investissement initial - frais annexes - BFRE initial + encaissements immédiats éventuels
-
Années 1 à n :
Flux d’exploitation = encaissements supplémentaires + économies de décaissements - décaissements supplémentaires
-
Année n :
Flux final = flux d’exploitation + valeur résiduelle + récupération du BFRE
Conclusion
L’analyse d’un projet d’investissement commence toujours par une question simple : quels flux de trésorerie ce projet va-t-il réellement générer ?
C’est pourquoi la maîtrise de la typologie des investissements et du calcul des flux de trésorerie prévisionnels est fondamentale. Sans cette base, il est impossible d’évaluer correctement la pertinence d’un projet.
Cette leçon constitue donc un pivot de la politique d’investissement : elle transforme une idée stratégique en une série de flux financiers exploitables. La suite logique consistera à utiliser ces flux pour appliquer les critères de sélection financière des projets d’investissement en univers certain.