Concurrence imparfaite et régulation de la concurrence

Analyser les monopoles, oligopoles, situations de concurrence monopolistique, marchés contestables et décisions de régulation dans les cadres national et européen.

Introduction

Dans les leçons précédentes, nous avons vu le marché concurrentiel, la formation des prix par l’offre et la demande, puis le cadre théorique de la concurrence pure et parfaite, l’optimum de Pareto, ainsi que l’apparition du pouvoir de marché. Cette leçon prolonge directement ces notions.

Dans la réalité, la plupart des marchés ne correspondent pas au modèle idéal de concurrence pure et parfaite. Les entreprises peuvent disposer d’un pouvoir de marché, influencer les prix, différencier leurs produits, limiter l’entrée de nouveaux concurrents ou adopter des comportements stratégiques. On parle alors de concurrence imparfaite.

L’enjeu est essentiel en économie contemporaine : comprendre comment fonctionnent les marchés réels, comment les acteurs s’y comportent, quelles sont les conséquences sur les prix, les quantités, l’innovation, le bien-être des consommateurs, et pourquoi une régulation de la concurrence peut être nécessaire, au niveau national comme au niveau européen.

Objectifs de la leçon

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • repérer les différentes structures de marché de concurrence imparfaite ;
  • étudier le fonctionnement des marchés en concurrence imparfaite ;
  • analyser les comportements des acteurs et leurs répercussions sur l’équilibre d’un marché ;
  • expliquer l’impact des décisions en matière de coûts et de prix ;
  • justifier la régulation de la concurrence ;
  • analyser des situations et décisions économiques à partir de cas concrets.

1. Pourquoi la concurrence est-elle dite « imparfaite » ?

1.1 Le point de départ : le modèle concurrentiel

Le modèle de la concurrence pure et parfaite sert de référence théorique. Il suppose notamment :

  • une multitude d’offreurs et de demandeurs ;
  • des produits homogènes ;
  • une libre entrée sur le marché ;
  • une parfaite information ;
  • une parfaite mobilité des facteurs.

Dans ce cadre, chaque entreprise est preneuse de prix : elle ne choisit pas le prix, elle l’accepte. Le prix résulte de la rencontre entre l’offre et la demande.

1.2 La réalité : des entreprises qui influencent le marché

Dans de nombreux secteurs, ces conditions ne sont pas réunies. Certaines entreprises sont suffisamment puissantes pour agir sur :

  • le niveau des prix ;
  • les quantités offertes ;
  • la qualité ou la différenciation des produits ;
  • les conditions d’accès au marché.

Elles deviennent alors des faiseuses de prix ou, au minimum, des acteurs capables d’influencer les prix. C’est cela, au fond, la concurrence imparfaite : une situation dans laquelle les entreprises ne subissent plus entièrement le marché, mais participent à sa configuration.

1.3 Pourquoi cette imperfection apparaît-elle ?

Plusieurs raisons expliquent l’imperfection concurrentielle :

  • taille importante de certaines entreprises ;
  • barrières à l’entrée techniques, financières, juridiques ou commerciales ;
  • différenciation des produits ;
  • coûts fixes élevés ;
  • effets de réseau ou avantages liés à la notoriété ;
  • comportements stratégiques entre entreprises.

Autrement dit, la structure du marché influence directement le comportement des acteurs, et ce comportement modifie en retour l’équilibre du marché.


2. Les principales structures de marché en concurrence imparfaite

Le programme invite à se limiter aux cas du monopole, de l’oligopole et de la concurrence monopolistique. Il faut aussi intégrer la notion de marché contestable.

2.1 Le monopole

Définition

Le monopole est une structure de marché dans laquelle un seul offreur fait face à une multitude de demandeurs.

Pourquoi un monopole peut-il exister ?

Un monopole peut résulter de :

  • la détention exclusive d’une ressource ;
  • une innovation protégée ;
  • des coûts très élevés qui rendent inefficace la coexistence de plusieurs producteurs ;
  • une décision publique ;
  • des barrières à l’entrée très fortes.

Fonctionnement économique

Le monopole n’est pas confronté à des concurrents directs. Il dispose donc d’un pouvoir de marché élevé. Il peut choisir la quantité qu’il souhaite produire et fixer un prix en tenant compte de la réaction de la demande.

Cependant, il ne fixe pas n’importe quel prix :

  • si le prix est trop élevé, la demande baisse ;
  • s’il est plus bas, il vend davantage mais réduit sa marge unitaire.

Le monopole arbitre donc entre prix et quantité pour maximiser son intérêt.

Répercussions sur l’équilibre du marché

Par rapport à une situation concurrentielle, le monopole conduit généralement à :

  • un prix plus élevé ;
  • une quantité plus faible ;
  • un surplus réduit pour les consommateurs.

C’est la raison pour laquelle le monopole est souvent associé à une perte d’efficacité économique.

Exemple simple

Imaginons une entreprise seule sur un marché local de distribution d’eau. En l’absence de concurrence directe, elle peut pratiquer un tarif supérieur à ce qu’on observerait si plusieurs entreprises se disputaient les clients. Mais comme l’eau est un bien essentiel, une intervention publique est souvent nécessaire pour éviter les abus.


2.2 L’oligopole

Définition

L’oligopole désigne une structure de marché où un petit nombre d’entreprises offre un produit à une multitude de demandeurs.

Sa caractéristique essentielle : l’interdépendance stratégique

En oligopole, chaque entreprise doit tenir compte des décisions des autres. Si l’une baisse ses prix, les autres peuvent réagir. Si l’une investit massivement en publicité ou en innovation, cela modifie la stratégie de ses rivales.

Le trait fondamental de l’oligopole est donc l’interdépendance.

Conséquences sur les comportements

Les entreprises en oligopole peuvent adopter plusieurs comportements :

  • se livrer à une forte concurrence ;
  • chercher à se différencier ;
  • s’observer et s’adapter mutuellement ;
  • parfois tenter de limiter la concurrence par des comportements coordonnés.

Même sans accord explicite, les entreprises peuvent adopter des stratégies de suivi mutuel. Cela peut conduire à des prix durablement élevés.

Répercussions sur le marché

L’équilibre de marché en oligopole dépend fortement :

  • du nombre d’entreprises ;
  • de leurs coûts ;
  • du degré de différenciation des produits ;
  • de la facilité d’entrée de nouveaux concurrents ;
  • des réactions stratégiques.

Le résultat peut être très variable :

  • parfois proche de la concurrence ;
  • parfois proche du monopole si les entreprises parviennent à limiter la rivalité.

Exemple

Le transport aérien sur certaines lignes, la téléphonie mobile ou certains marchés de l’énergie présentent souvent des caractéristiques oligopolistiques : peu d’acteurs, forte intensité capitalistique, stratégies de prix et de différenciation.


2.3 La concurrence monopolistique

Définition

La concurrence monopolistique correspond à une situation où de nombreuses entreprises sont présentes, mais où chacune propose un produit différencié.

Il ne s’agit donc ni de concurrence parfaite, car les produits ne sont pas homogènes, ni de monopole pur, car il existe de nombreux concurrents.

Pourquoi parle-t-on de « monopolistique » ?

Chaque entreprise dispose d’une sorte de petit monopole sur son propre produit, grâce à sa différenciation :

  • marque ;
  • design ;
  • localisation ;
  • qualité perçue ;
  • services associés ;
  • image publicitaire.

Le consommateur ne considère pas tous les produits comme parfaitement substituables.

Effets sur les prix

L’entreprise peut fixer un prix légèrement supérieur à celui de ses concurrents si sa différenciation est jugée convaincante. Mais cette liberté reste limitée, car les consommateurs peuvent se tourner vers des produits proches.

Exemple

La restauration, l’habillement, les cosmétiques ou encore les cafés en centre-ville relèvent souvent de la concurrence monopolistique : nombreux acteurs, mais produits ou services différenciés.

Logique économique

La concurrence ne porte pas seulement sur les prix. Elle porte aussi sur :

  • la qualité ;
  • la communication ;
  • l’innovation ;
  • l’emplacement ;
  • l’expérience client.

Ainsi, les décisions de coûts et de prix sont liées à un arbitrage plus large : faut-il produire moins cher, ou investir davantage pour se différencier et justifier un prix plus élevé ?


2.4 Les marchés contestables

Définition générale

La théorie des marchés contestables montre qu’un marché peut être discipliné non seulement par la concurrence effective, mais aussi par la menace d’entrée de nouveaux concurrents.

Idée essentielle

Même un marché concentré, avec peu d’entreprises, peut fonctionner de manière relativement favorable aux consommateurs si de nouveaux entrants peuvent facilement apparaître.

Conditions d’un marché contestable

Un marché est d’autant plus contestable que :

  • l’entrée est facile ;
  • la sortie est peu coûteuse ;
  • les barrières à l’entrée sont faibles ;
  • les entreprises en place ne peuvent pas empêcher rapidement un nouvel entrant de capter une part du marché.

Conséquence économique

Si les entreprises déjà présentes pratiquent des prix trop élevés, un nouvel entrant peut être incité à entrer sur le marché pour profiter de cette rentabilité. La simple possibilité de cette entrée peut pousser les entreprises installées à maintenir des prix plus modérés.

Limite

En pratique, beaucoup de marchés sont imparfaitement contestables, car les barrières à l’entrée sont nombreuses : investissements initiaux élevés, réputation, réglementation, accès aux réseaux, maîtrise technologique.


3. Comment la concurrence imparfaite modifie-t-elle l’équilibre du marché ?

3.1 L’équilibre n’est plus un simple croisement entre offre et demande anonymes

En concurrence pure et parfaite, l’équilibre résulte d’un mécanisme impersonnel. En concurrence imparfaite, l’équilibre dépend aussi des stratégies des entreprises.

Cela change profondément l’analyse économique :

  • les entreprises anticipent les réactions des autres ;
  • elles choisissent leur politique de prix ;
  • elles peuvent restreindre l’offre ;
  • elles investissent pour se différencier ;
  • elles cherchent à verrouiller le marché.

3.2 Impact sur les prix

Dans la plupart des cas, la concurrence imparfaite conduit à des prix plus élevés que dans un marché très concurrentiel.

Pourquoi ?

Parce qu’une entreprise qui dispose d’un pouvoir de marché peut appliquer une marge plus importante sans perdre immédiatement tous ses clients.

Cela dépend toutefois de :

  • la sensibilité des consommateurs au prix ;
  • l’existence de substituts ;
  • la possibilité d’entrée de nouveaux concurrents ;
  • la réglementation.

3.3 Impact sur les quantités produites

Un pouvoir de marché permet souvent de réduire la quantité offerte afin de maintenir des prix élevés. C’est particulièrement visible dans le cas du monopole.

Mais dans certains cas, notamment en concurrence monopolistique, l’entreprise peut aussi produire davantage si la différenciation augmente la demande pour son produit.

3.4 Impact sur les coûts et les décisions de production

Les décisions de coûts et de prix sont étroitement liées.

Cas 1 : stratégie de domination par les coûts

Une entreprise peut chercher à réduire ses coûts pour :

  • baisser ses prix ;
  • gagner des parts de marché ;
  • décourager l’entrée de concurrents.

Cas 2 : stratégie de différenciation

Une entreprise peut accepter des coûts plus élevés si cela lui permet de vendre plus cher grâce à :

  • une meilleure qualité ;
  • une marque forte ;
  • des services associés.

Cas 3 : stratégie de verrouillage du marché

Une entreprise peut engager des dépenses importantes, non seulement pour produire, mais pour rendre l’entrée plus difficile aux concurrents : publicité, réseau de distribution, innovation, fidélisation.

Ainsi, l’analyse des marchés en concurrence imparfaite suppose toujours d’examiner ensemble :

  • les coûts ;
  • les prix ;
  • la structure du marché ;
  • les réactions stratégiques.

4. Comportements des acteurs et répercussions sur l’équilibre

4.1 Le comportement du monopoleur

Le monopoleur cherche à maximiser son avantage en choisissant le couple prix/quantité le plus favorable. Son comportement a pour effet :

  • de limiter la pression concurrentielle ;
  • de réduire le choix pour les consommateurs ;
  • de permettre une rente de monopole.

Mais il peut aussi, dans certains cas, financer des investissements lourds ou des innovations que la concurrence dispersée aurait plus de mal à soutenir. C’est pourquoi l’analyse doit rester nuancée.

4.2 Les comportements en oligopole

En oligopole, les entreprises ne décident jamais isolément. Elles observent :

  • les prix des concurrents ;
  • leurs campagnes commerciales ;
  • leurs innovations ;
  • leurs capacités de production.

Deux grands types de comportements

a) La rivalité

Les entreprises se livrent à une concurrence intense : baisse des prix, innovations fréquentes, publicité agressive. Cela peut bénéficier au consommateur, mais parfois réduire la rentabilité du secteur.

b) La coordination plus ou moins implicite

Les entreprises évitent la guerre des prix et maintiennent des tarifs élevés. Même sans entente formelle, elles peuvent adopter des comportements parallèles.

Effet sur l’équilibre

L’équilibre de marché devient moins prévisible et plus dépendant des anticipations. Ce n’est plus seulement la logique de l’offre et de la demande qui compte, mais aussi la stratégie.

4.3 Les comportements en concurrence monopolistique

Les entreprises cherchent surtout à se distinguer. Elles agissent sur :

  • le style ;
  • la qualité ;
  • la communication ;
  • le packaging ;
  • la relation client.

L’équilibre dépend alors de la capacité de chaque entreprise à convaincre qu’elle offre quelque chose de spécifique. La concurrence reste réelle, mais elle est moins frontale que sur un marché de produit homogène.


5. Pourquoi faut-il réguler la concurrence ?

La régulation de la concurrence vise à éviter que le pouvoir de marché ne se transforme en abus au détriment de l’intérêt général.

5.1 La justification économique de la régulation

La régulation est justifiée lorsque la concurrence imparfaite entraîne :

  • des prix excessifs ;
  • une réduction de l’offre ;
  • une dégradation du bien-être des consommateurs ;
  • un blocage de l’innovation ;
  • une éviction de concurrents potentiels ;
  • une captation durable du marché par quelques acteurs.

Autrement dit, la régulation cherche à préserver un fonctionnement du marché compatible avec l’efficacité économique et l’intérêt des consommateurs.

5.2 Les risques principaux à corriger

a) L’abus de position dominante

Une entreprise très puissante peut utiliser sa position pour éliminer ou affaiblir ses concurrents, non par sa seule efficacité, mais par des pratiques qui verrouillent le marché.

b) Les ententes

Des entreprises concurrentes peuvent coordonner leurs comportements pour limiter la concurrence : fixation des prix, partage du marché, limitation de la production.

c) Les concentrations excessives

Une fusion ou acquisition peut réduire fortement le nombre d’acteurs sur un marché et accroître le pouvoir de marché.

d) Les barrières artificielles à l’entrée

Certaines pratiques peuvent empêcher de nouveaux entrants de concurrencer les entreprises en place.


6. La régulation de la concurrence dans les cadres national et européen

Le programme demande de justifier et commenter des décisions de régulation à partir de cas concrets, dans le cadre national et européen.

6.1 Pourquoi deux niveaux de régulation ?

Les marchés dépassent souvent le cadre national. De nombreuses entreprises opèrent à l’échelle de l’Union européenne. Une régulation seulement nationale serait insuffisante si les pratiques anticoncurrentielles ont des effets sur plusieurs États membres.

Il existe donc :

  • une régulation nationale ;
  • une régulation européenne.

6.2 Le niveau national

Au niveau national, l’objectif est de surveiller les comportements des entreprises sur le territoire, de sanctionner les pratiques anticoncurrentielles et de préserver le bon fonctionnement des marchés.

La régulation nationale peut porter sur :

  • les ententes ;
  • les abus de position dominante ;
  • certaines opérations de concentration ;
  • des pratiques commerciales susceptibles de fausser la concurrence.

6.3 Le niveau européen

Au niveau européen, la régulation vise à garantir une concurrence effective dans le marché intérieur. Elle est particulièrement importante lorsque :

  • les entreprises sont présentes dans plusieurs pays ;
  • les concentrations ont une dimension européenne ;
  • les pratiques d’une entreprise affectent le commerce entre États membres.

6.4 Finalité commune

À ces deux niveaux, l’idée n’est pas de punir la réussite économique, mais de distinguer :

  • la performance légitime ;
  • du pouvoir de marché abusif.

Une entreprise peut être dominante parce qu’elle est plus efficace, plus innovante ou mieux organisée. Cela n’est pas en soi condamnable. Ce qui justifie l’intervention, ce sont les comportements qui faussent durablement le jeu concurrentiel.


7. Comment analyser une décision de régulation ?

Pour analyser une décision économique de régulation, il faut suivre une démarche structurée.

7.1 Étape 1 : identifier la structure du marché

Il faut d’abord se demander :

  • s’agit-il d’un monopole, d’un oligopole ou d’une concurrence monopolistique ?
  • le marché est-il concentré ?
  • l’entrée de nouveaux concurrents est-elle facile ?

7.2 Étape 2 : repérer le comportement des acteurs

Ensuite, il faut observer :

  • y a-t-il fixation coordonnée des prix ?
  • une entreprise cherche-t-elle à exclure ses concurrents ?
  • une fusion réduit-elle fortement le nombre d’acteurs ?
  • la différenciation est-elle normale ou sert-elle à verrouiller le marché ?

7.3 Étape 3 : mesurer les effets sur l’équilibre du marché

Il faut alors apprécier les conséquences :

  • hausse des prix ?
  • baisse des quantités ?
  • réduction du choix ?
  • frein à l’innovation ?
  • difficulté d’entrée pour de nouveaux acteurs ?

7.4 Étape 4 : justifier ou non l’intervention publique

Enfin, il faut conclure :

  • la concurrence reste-t-elle suffisante ?
  • une régulation est-elle nécessaire ?
  • la décision de régulation paraît-elle proportionnée ?

Cette méthode permet de relier les comportements microéconomiques des entreprises à l’intérêt général.


8. Études de situations économiques

8.1 Situation 1 : un marché de réseau dominé par un seul acteur

Données

Une entreprise contrôle l’essentiel d’un réseau indispensable à la fourniture d’un service. Les investissements initiaux sont très élevés. Les nouveaux entrants ont du mal à accéder au marché.

Analyse

  • Structure du marché : proche du monopole.
  • Barrières à l’entrée : très fortes.
  • Comportement possible : prix élevés ou limitation d’accès.
  • Effet sur l’équilibre : quantité potentiellement insuffisante, prix élevés, faible pression concurrentielle.

Conclusion

La régulation est justifiée pour éviter qu’un monopole structurel ne conduise à des abus. L’intervention peut viser à encadrer les conditions de marché et à protéger les utilisateurs.

8.2 Situation 2 : trois grandes entreprises se partagent un marché

Données

Trois entreprises dominent un marché national. Leurs prix évoluent de manière très proche et les nouveaux entrants restent marginaux.

Analyse

  • Structure : oligopole.
  • Interdépendance : très forte.
  • Risque : coordination explicite ou implicite.
  • Effet possible : prix durablement élevés et faible intensité concurrentielle.

Conclusion

Une autorité de concurrence peut légitimement examiner si les comportements observés traduisent une simple adaptation stratégique ou une restriction injustifiée de la concurrence.

8.3 Situation 3 : un marché avec de nombreuses marques différenciées

Données

Sur un marché de biens de consommation, de nombreuses entreprises proposent des produits voisins mais différenciés. Les prix sont variés, la publicité est intense, les consommateurs arbitrent entre qualité, image et prix.

Analyse

  • Structure : concurrence monopolistique.
  • Pouvoir de marché : limité mais réel pour chaque marque.
  • Concurrence : forte, mais davantage par la différenciation que par le seul prix.

Conclusion

La régulation n’a pas nécessairement à intervenir fortement, sauf si certaines pratiques visent à exclure artificiellement les concurrents ou à tromper les consommateurs.

8.4 Situation 4 : un projet de fusion entre deux acteurs majeurs

Données

Deux entreprises importantes d’un même secteur souhaitent fusionner. Après l’opération, le marché serait dominé par deux groupes seulement.

Analyse

  • Avant fusion : oligopole.
  • Après fusion : concentration renforcée.
  • Risque : réduction de la concurrence, hausse des prix, moindre incitation à innover.

Conclusion

La régulation des concentrations est justifiée si l’opération menace significativement la concurrence effective.


9. L’impact des environnements réglementaires et politiques

Le programme demande aussi d’expliquer l’impact des environnements réglementaires et politiques.

9.1 Les règles du jeu influencent le fonctionnement du marché

Un marché ne fonctionne jamais dans le vide. Il est encadré par des règles :

  • droit de la concurrence ;
  • règles sectorielles ;
  • décisions publiques ;
  • cadre européen.

Ces règles modifient les comportements des entreprises.

Exemple

Si les autorités sanctionnent sévèrement les ententes, les entreprises seront plus prudentes dans leurs stratégies de coordination. Si, au contraire, le contrôle est faible, les comportements anticoncurrentiels peuvent se développer plus facilement.

9.2 Les décisions politiques peuvent accroître ou réduire la concurrence

Les pouvoirs publics peuvent :

  • ouvrir un marché à la concurrence ;
  • encadrer les prix dans certaines situations ;
  • autoriser ou interdire certaines concentrations ;
  • mettre en place des règles d’accès à une infrastructure essentielle.

L’environnement politique et réglementaire influence donc directement la structure de marché et l’équilibre économique.

9.3 Une tension permanente : concurrence, efficacité, innovation

Réguler la concurrence ne signifie pas toujours multiplier les acteurs à tout prix. Il faut aussi tenir compte :

  • des économies d’échelle ;
  • des coûts fixes élevés ;
  • des besoins d’investissement ;
  • de l’innovation.

La difficulté de la régulation est donc de trouver un équilibre entre :

  • préserver la concurrence ;
  • éviter les abus ;
  • ne pas décourager l’investissement et l’innovation.

10. Méthode d’analyse économique d’un marché en concurrence imparfaite

Voici une méthode simple et efficace pour traiter un cas.

Étape 1 : qualifier la structure du marché

Demandez-vous :

  • combien y a-t-il d’offreurs ?
  • les produits sont-ils homogènes ou différenciés ?
  • l’entrée est-elle facile ?

Étape 2 : identifier le pouvoir de marché

Repérez si une ou plusieurs entreprises peuvent :

  • influencer les prix ;
  • restreindre les quantités ;
  • imposer des conditions au marché.

Étape 3 : analyser les décisions de coûts et de prix

Il faut comprendre :

  • si les entreprises cherchent à réduire leurs coûts pour gagner des parts de marché ;
  • si elles augmentent leurs coûts pour se différencier ;
  • si leurs prix reflètent une rivalité ou un pouvoir de marché.

Étape 4 : étudier les effets sur l’équilibre

Mesurez les conséquences sur :

  • les prix ;
  • les quantités ;
  • le choix offert ;
  • l’entrée de nouveaux concurrents.

Étape 5 : conclure sur la nécessité d’une régulation

Posez la question centrale :

  • le fonctionnement du marché reste-t-il acceptable du point de vue de la concurrence ?
  • une intervention nationale ou européenne paraît-elle justifiée ?

11. Points à retenir

À mémoriser absolument

  • La concurrence imparfaite désigne les situations où les entreprises disposent d’un pouvoir de marché.
  • Les principales structures étudiées sont :
    • le monopole ;
    • l’oligopole ;
    • la concurrence monopolistique.
  • En concurrence imparfaite, l’équilibre du marché dépend non seulement de l’offre et de la demande, mais aussi des stratégies des entreprises.
  • Le monopole tend à produire moins et à vendre plus cher qu’un marché concurrentiel.
  • L’oligopole se caractérise par l’interdépendance stratégique entre quelques entreprises.
  • La concurrence monopolistique repose sur la différenciation des produits.
  • Un marché contestable peut rester discipliné si l’entrée de nouveaux concurrents est crédible.
  • La régulation de la concurrence est justifiée lorsque le pouvoir de marché conduit à des abus, à une hausse excessive des prix ou à un affaiblissement durable de la concurrence.
  • Cette régulation s’exerce dans un cadre national et européen.

12. Mémo final

Tableau de synthèse

| Structure | Nombre d’offreurs | Produit | Pouvoir de marché | Effet fréquent sur les prix | |---|---:|---|---|---| | Monopole | 1 | Sans substitut proche | Très fort | Prix élevés | | Oligopole | Quelques-uns | Homogène ou différencié | Important | Dépend des stratégies | | Concurrence monopolistique | Nombreux | Différencié | Limité mais réel | Prix variables selon la différenciation |

Logique générale

  1. Identifier la structure du marché.
  2. Observer le comportement des entreprises.
  3. Mesurer les effets sur prix, quantités et concurrence.
  4. Justifier, si nécessaire, la régulation.

Idée essentielle

La concurrence imparfaite n’est pas une anomalie marginale : c’est souvent la forme réelle des marchés. L’analyse économique consiste donc à comprendre comment les entreprises utilisent leur pouvoir de marché, quels effets cela produit, et dans quels cas l’intervention publique est nécessaire pour préserver une concurrence effective.

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