Concurrence pure et parfaite, innovation et pouvoir de marché

Présenter le cadre normatif de la concurrence pure et parfaite, l’optimum de Pareto, l’analyse dynamique de Schumpeter et les premières formes de pouvoir de marché.

Introduction

Dans la leçon précédente, le marché a été étudié à partir de la loi de l’offre et de la demande, de la formation du prix et des élasticités. Cette base est indispensable : pour comprendre la concurrence pure et parfaite, il faut d’abord savoir comment se forme un prix sur un marché.

Cette leçon va plus loin. Elle présente :

  • le cadre normatif de la concurrence pure et parfaite ;
  • les bienfaits attendus de la concurrence ;
  • ses limites ;
  • l’optimum de Pareto comme référence d’efficacité ;
  • l’analyse dynamique de Schumpeter, qui relie concurrence et innovation ;
  • les premières formes de pouvoir de marché et les principales situations de concurrence imparfaite.

L’objectif n’est pas de faire des démonstrations mathématiques, mais de comprendre pourquoi ce modèle occupe une place centrale en microéconomie, comment il sert de point de comparaison, et dans quelles situations les entreprises s’en écartent.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • expliquer les principes qui sous-tendent la microéconomie dans l’analyse des marchés ;
  • décrire les structures de marché dans lesquelles les entreprises opèrent ;
  • expliquer l’impact des décisions en matière de coûts et de prix ;
  • comprendre le fonctionnement des marchés à partir du modèle concurrentiel ;
  • étudier les dynamiques de marché concurrentiel ;
  • étudier les bienfaits attendus et les limites de la concurrence ;
  • repérer les différentes structures de marché de concurrence imparfaite.

1. Pourquoi la concurrence est-elle centrale en microéconomie ?

La microéconomie étudie les comportements des agents économiques pris individuellement : ménages, entreprises, consommateurs, producteurs. Elle cherche à comprendre comment leurs décisions aboutissent à une allocation des ressources rares.

Dans cette perspective, le marché est un mécanisme de coordination :

  • les consommateurs expriment leurs préférences par leur demande ;
  • les entreprises arbitrent entre coûts, prix et quantités offertes ;
  • le prix transmet une information sur la rareté relative des biens et services.

La concurrence devient alors un objet central, car elle influence :

  • le niveau des prix ;
  • les quantités produites ;
  • la qualité ;
  • l’innovation ;
  • la répartition des gains entre producteurs et consommateurs.

Autrement dit, la microéconomie ne s’intéresse pas seulement à la question : combien vendre ? Elle s’intéresse aussi à :

  • dans quel cadre les entreprises prennent-elles leurs décisions ? ;
  • peuvent-elles imposer leurs prix ? ;
  • sont-elles contraintes par la concurrence ? ;
  • la concurrence améliore-t-elle toujours la situation collective ?

2. Le modèle de concurrence pure et parfaite : un cadre normatif

La concurrence pure et parfaite est un modèle théorique. Il ne décrit pas exactement la réalité, mais sert de référence normative pour analyser le fonctionnement des marchés.

On parle de cadre normatif car ce modèle indique les conditions dans lesquelles le marché est censé produire une allocation efficace des ressources.

2.1. Pourquoi un modèle théorique ?

En économie, un modèle simplifie la réalité pour faire apparaître des mécanismes essentiels. Le modèle de concurrence pure et parfaite permet de répondre à la question suivante :

Que se passe-t-il si aucun agent n’a de pouvoir sur le prix et si le marché fonctionne de manière parfaitement fluide ?

Si ces conditions sont réunies, le prix résulte uniquement de la rencontre entre l’offre et la demande. Chaque entreprise doit alors s’adapter au prix du marché : elle est preneuse de prix.

2.2. Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite

Le programme attend de connaître les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite.

1. L’atomicité du marché

Le marché comporte une multitude d’offreurs et de demandeurs, chacun de taille trop faible pour influencer seul le prix.

Conséquence : aucune entreprise ne peut imposer son prix ; aucune demande individuelle n’est assez importante pour peser seule sur le marché.

Pourquoi est-ce important ? Parce que si une entreprise est très dominante, elle peut réduire l’offre ou relever ses prix. L’atomicité empêche ce pouvoir.

2. L’homogénéité des produits

Les produits offerts sont considérés comme identiques aux yeux des consommateurs.

Conséquence : si une entreprise vend plus cher que les autres, les consommateurs se tournent immédiatement vers ses concurrentes.

Pourquoi est-ce important ? Parce que la différenciation du produit crée une marge de liberté sur le prix. Si les produits sont homogènes, cette marge disparaît.

3. La libre entrée et la libre sortie du marché

Toute entreprise peut entrer sur le marché si elle y voit une opportunité de profit, et en sortir si l’activité devient non rentable.

Conséquence : les profits anormalement élevés attirent de nouveaux concurrents, ce qui tend à faire baisser les prix et à réduire les profits.

Pourquoi est-ce important ? Parce que des barrières à l’entrée protègent les entreprises déjà en place et leur permettent de conserver un pouvoir de marché.

4. La parfaite mobilité des facteurs de production

Le travail et le capital peuvent se déplacer librement d’un usage à un autre.

Conséquence : les ressources vont vers les activités les plus productives ou les plus rentables.

Pourquoi est-ce important ? Parce que si les facteurs sont immobiles, l’ajustement du marché est ralenti ou empêché.

5. La transparence de l’information

Tous les agents disposent d’une information complète et gratuite sur les prix, les quantités, la qualité et les conditions du marché.

Conséquence : les consommateurs peuvent comparer parfaitement les offres, et les producteurs prennent leurs décisions sans incertitude d’information.

Pourquoi est-ce important ? Parce qu’une information imparfaite crée des asymétries et permet à certains acteurs de profiter d’un avantage sur les autres.


3. Le fonctionnement d’un marché en concurrence pure et parfaite

Une fois ces conditions posées, on peut comprendre la logique du modèle.

3.1. Le prix s’impose aux entreprises

Sur un marché de concurrence pure et parfaite, l’entreprise individuelle ne choisit pas librement son prix. Elle subit le prix de marché, déterminé globalement par l’offre et la demande.

On dit qu’elle est price taker (preneuse de prix), par opposition à une entreprise qui serait price maker (faiseuse de prix).

3.2. La décision de production dépend des coûts

Même si l’entreprise ne choisit pas son prix, elle garde une marge de décision sur la quantité à produire.

Sa logique est la suivante :

  • si le prix de marché couvre ses coûts de production et lui permet un profit, elle produit ;
  • si le prix est trop faible, elle réduit sa production ou quitte le marché.

Ainsi, les décisions en matière de coûts et de prix sont liées :

  • le marché fixe le prix ;
  • l’entreprise compare ce prix à ses coûts ;
  • sa décision de produire dépend de cette comparaison.

3.3. Exemple simple

Imaginons un marché agricole très concurrentiel.

  • Le prix du blé est déterminé sur le marché.
  • Un exploitant ne peut pas vendre durablement plus cher que les autres.
  • Il doit donc agir sur ce qu’il maîtrise : ses coûts, sa productivité, sa quantité produite.

Si ses coûts unitaires sont trop élevés :

  • sa rentabilité baisse ;
  • il perd en compétitivité ;
  • il risque de sortir du marché.

Idée essentielle : en concurrence pure et parfaite, l’entreprise ne domine pas le marché ; elle s’y adapte.


4. Les bienfaits attendus de la concurrence

Le modèle concurrentiel est valorisé en microéconomie parce qu’il est censé produire plusieurs effets positifs.

4.1. Une pression à la baisse sur les prix

Quand les entreprises sont nombreuses, qu’aucune ne contrôle le marché et que les consommateurs peuvent comparer les offres, les prix tendent à se rapprocher des coûts.

Pourquoi ? Parce qu’une entreprise qui pratiquerait un prix trop élevé perdrait sa clientèle.

4.2. Une allocation efficace des ressources

La concurrence oriente les ressources vers les usages les plus efficaces :

  • les entreprises les plus performantes se maintiennent ;
  • les moins efficaces disparaissent ou se réorganisent ;
  • les facteurs de production se déplacent vers les activités les plus productives.

4.3. Une discipline imposée aux entreprises

La concurrence contraint les entreprises à :

  • maîtriser leurs coûts ;
  • améliorer leur organisation ;
  • éviter les gaspillages ;
  • répondre aux attentes des consommateurs.

4.4. Une meilleure satisfaction des consommateurs

Dans le modèle, les consommateurs bénéficient :

  • de prix plus faibles ;
  • d’une offre abondante ;
  • d’une adaptation de la production à leurs préférences.

4.5. Le lien avec l’optimum de Pareto

Ces bienfaits sont souvent résumés par la notion d’optimum de Pareto.


5. L’optimum de Pareto : la référence d’efficacité

5.1. Définition

Une situation est dite optimale au sens de Pareto lorsqu’il est impossible d’améliorer la situation d’un agent sans détériorer celle d’au moins un autre.

Autrement dit, toutes les possibilités de gains mutuels ont déjà été exploitées.

5.2. Pourquoi cette notion est-elle importante ?

L’optimum de Pareto sert à évaluer l’efficacité d’une allocation des ressources.

Dans le cadre de la concurrence pure et parfaite, la théorie néoclassique considère que l’équilibre concurrentiel conduit à une allocation pareto-efficace.

5.3. Ce que cela signifie concrètement

Si le marché est parfaitement concurrentiel :

  • les biens sont produits là où ils sont le plus utiles ;
  • les ressources sont affectées là où elles sont les plus productives ;
  • aucun réarrangement simple ne permettrait d’améliorer la situation de tous.

5.4. Limite importante

L’optimum de Pareto ne dit rien sur la justice sociale ou sur l’égalité.

Une situation peut être pareto-efficace tout en étant très inégalitaire.

Exemple : si une personne détient presque toutes les ressources, il peut être impossible d’améliorer la situation des autres sans réduire la sienne. La situation peut donc être optimale au sens de Pareto, sans être socialement souhaitable.

À retenir :

  • Pareto = efficacité ;
  • Pareto ≠ équité.

6. Les limites du modèle de concurrence pure et parfaite

Le modèle est utile, mais il repose sur des hypothèses très fortes. Dans la réalité, elles sont rarement toutes réunies.

6.1. L’atomicité est souvent absente

Dans de nombreux secteurs, quelques grandes entreprises dominent le marché.

Exemples typiques :

  • télécommunications ;
  • transport aérien ;
  • plateformes numériques ;
  • grande distribution dans certaines zones.

Quand le nombre d’offreurs est limité, chaque entreprise peut influencer le prix ou les quantités.

6.2. Les produits sont rarement homogènes

Les entreprises cherchent au contraire à se différencier :

  • par la marque ;
  • par la qualité ;
  • par le design ;
  • par les services associés ;
  • par l’image.

Cette différenciation réduit la comparabilité parfaite et donne un certain pouvoir sur le prix.

6.3. Les barrières à l’entrée sont fréquentes

L’entrée sur un marché peut être limitée par :

  • des investissements initiaux très élevés ;
  • des brevets ;
  • des effets de réseau ;
  • la réputation ;
  • l’accès aux canaux de distribution ;
  • des réglementations.

Dès lors, les profits des entreprises en place ne sont pas automatiquement éliminés par l’arrivée de nouveaux concurrents.

6.4. L’information n’est jamais parfaite

Les agents n’ont pas tous la même information.

Un consommateur peut ignorer :

  • la qualité réelle d’un produit ;
  • les prix pratiqués ailleurs ;
  • les coûts cachés ;
  • les conditions contractuelles complexes.

L’entreprise, elle aussi, agit souvent en incertitude.

6.5. Les facteurs de production ne sont pas parfaitement mobiles

Le travail n’est pas instantanément transférable d’un secteur à un autre. Les salariés ont des qualifications spécifiques, des contraintes géographiques, des coûts de reconversion.

Le capital lui-même n’est pas toujours réaffectable sans coût.

6.6. La concurrence peut générer des tensions

Même si elle améliore souvent l’efficacité, la concurrence peut aussi entraîner :

  • une pression forte sur les marges ;
  • des faillites ;
  • une instabilité des entreprises ;
  • une pression sur les salaires ou les conditions de travail ;
  • des stratégies agressives de réduction des coûts.

Ainsi, la concurrence n’est pas seulement un mécanisme abstrait ; elle a des effets concrets sur les organisations et les acteurs.


7. La dynamique concurrentielle : l’apport de Schumpeter

Le modèle de concurrence pure et parfaite est un modèle plutôt statique : il décrit un état d’équilibre.

Or, dans la réalité, les marchés évoluent sans cesse. C’est ici qu’intervient l’apport majeur de Schumpeter.

7.1. La concurrence n’est pas seulement une guerre des prix

Pour Schumpeter, la concurrence ne se réduit pas à un ajustement de prix entre entreprises identiques. La vraie concurrence est une concurrence dynamique, fondée sur l’innovation.

Les entreprises se concurrencent en introduisant :

  • de nouveaux produits ;
  • de nouveaux procédés de production ;
  • de nouveaux débouchés ;
  • de nouvelles sources d’approvisionnement ;
  • de nouvelles formes d’organisation.

7.2. L’innovation comme moteur du capitalisme

Chez Schumpeter, l’entrepreneur innovateur bouleverse l’ordre existant. Il obtient temporairement un avantage sur ses concurrents.

Cet avantage peut prendre la forme :

  • d’un coût plus faible ;
  • d’un produit inédit ;
  • d’une meilleure qualité ;
  • d’une nouvelle technologie.

L’entreprise innovante bénéficie alors d’une rente temporaire, car elle n’est plus dans une situation de concurrence parfaite.

7.3. La destruction créatrice

Le concept le plus célèbre de Schumpeter est celui de destruction créatrice.

L’innovation :

  • crée de nouvelles activités ;
  • rend obsolètes certaines anciennes productions ;
  • fait disparaître des entreprises dépassées ;
  • transforme les structures de marché.

Exemples simples :

  • la photographie numérique a bouleversé l’argentique ;
  • le commerce en ligne a fragilisé certains commerces physiques ;
  • les plateformes ont modifié les services de transport ou d’hébergement.

7.4. Pourquoi cet apport est essentiel ?

Parce qu’il montre que la concurrence réelle n’est pas toujours compatible avec les hypothèses de la concurrence pure et parfaite.

Une entreprise innovante peut acquérir un pouvoir de marché temporaire. Pourtant, ce pouvoir peut être économiquement utile s’il récompense l’innovation.

La leçon importante est donc la suivante :

  • la concurrence parfaite maximise l’efficacité dans un cadre statique ;
  • mais l’innovation suppose souvent des écarts temporaires à cette perfection.

8. Price taker, price maker et pouvoir de marché

8.1. Le price taker

En concurrence pure et parfaite, l’entreprise est price taker : elle prend le prix comme une donnée extérieure.

Elle ne peut pas relever son prix sans perdre ses clients.

8.2. Le price maker

Dès qu’une entreprise dispose d’une marge de manœuvre pour influencer son prix, elle devient partiellement ou totalement price maker.

Cela peut venir :

  • d’un faible nombre de concurrents ;
  • de la différenciation du produit ;
  • d’une innovation ;
  • d’une notoriété de marque ;
  • de barrières à l’entrée.

8.3. Définition du pouvoir de marché

Le pouvoir de marché est la capacité d’une entreprise à fixer son prix au-dessus de ce qu’imposerait une situation de concurrence pure et parfaite, sans perdre toute sa clientèle.

Plus ce pouvoir est élevé, plus l’entreprise s’éloigne du statut de preneuse de prix.

8.4. Pourquoi le pouvoir de marché est-il important ?

Parce qu’il modifie :

  • le niveau des prix ;
  • les quantités vendues ;
  • les profits ;
  • le partage de la valeur entre producteurs et consommateurs.

Il est donc au cœur de l’analyse des structures de marché.


9. Repérer les principales structures de marché de concurrence imparfaite

Le programme demande surtout de repérer les situations de concurrence imparfaite. Il ne s’agit pas ici d’entrer dans une modélisation détaillée, mais de comprendre les grandes formes.

9.1. Le monopole

Le monopole correspond à une situation où un seul offreur fait face à une multitude de demandeurs.

Caractéristiques

  • un seul producteur ;
  • pas de concurrent direct ;
  • fortes barrières à l’entrée ;
  • pouvoir de marché élevé.

Conséquences

Le monopole peut :

  • fixer un prix supérieur à celui d’un marché concurrentiel ;
  • limiter la quantité produite ;
  • réaliser des profits importants.

Exemples de logique

Même lorsqu’un monopole pur est rare, certaines situations s’en rapprochent :

  • monopoles naturels ;
  • entreprises détenant une technologie exclusive ;
  • services très spécifiques sur un territoire donné.

9.2. L’oligopole

L’oligopole désigne un marché dominé par un petit nombre d’entreprises.

Caractéristiques

  • quelques offreurs importants ;
  • interdépendance stratégique ;
  • chaque décision de prix ou de quantité affecte les concurrents.

Pourquoi est-ce particulier ?

Parce qu’aucune entreprise ne peut décider seule sans anticiper la réaction des autres.

Dans un oligopole, les entreprises peuvent :

  • se livrer une concurrence intense ;
  • éviter la guerre des prix ;
  • chercher à se différencier ;
  • innover pour prendre l’avantage.

9.3. La concurrence monopolistique

La concurrence monopolistique combine deux éléments :

  • de nombreuses entreprises ;
  • mais des produits différenciés.

Caractéristiques

  • pluralité d’offreurs ;
  • chaque entreprise dispose d’une clientèle attachée à sa marque ou à ses caractéristiques propres ;
  • pouvoir de marché limité mais réel.

Exemples de logique

On retrouve cette structure dans des marchés où les entreprises vendent des produits proches mais non identiques :

  • restauration ;
  • habillement ;
  • cosmétiques ;
  • services locaux différenciés.

9.4. Tableau de repérage simplifié

| Structure de marché | Nombre d’offreurs | Type de produit | Pouvoir de marché | |---|---:|---|---| | Concurrence pure et parfaite | Très nombreux | Homogène | Très faible ou nul | | Monopole | Un seul | Sans substitut proche | Très fort | | Oligopole | Quelques-uns | Homogène ou différencié | Important | | Concurrence monopolistique | Nombreux | Différencié | Modéré |


10. Coûts, prix et stratégies des entreprises selon la structure de marché

Le programme demande aussi d’expliquer l’impact des décisions en matière de coûts et de prix. Cet impact varie selon la structure de marché.

10.1. En concurrence pure et parfaite

  • le prix est imposé par le marché ;
  • l’entreprise agit surtout sur ses coûts ;
  • sa survie dépend de son efficacité productive.

10.2. En monopole

  • l’entreprise a davantage de liberté sur le prix ;
  • elle arbitre entre prix élevé et quantité vendue ;
  • ses coûts restent importants, mais elle peut parfois les répercuter davantage sur le consommateur.

10.3. En oligopole

  • les décisions de prix sont stratégiques ;
  • une baisse de prix peut déclencher une réaction des concurrents ;
  • les entreprises peuvent préférer l’innovation, la publicité ou la différenciation.

10.4. En concurrence monopolistique

  • la différenciation permet de défendre des marges ;
  • les coûts incluent souvent des dépenses de marque, de design, de communication ;
  • le prix dépend autant de la concurrence que de la perception du produit.

10.5. Exemple comparatif

Prenons quatre entreprises fictives :

  • une exploitation céréalière sur un marché mondial ;
  • un fournisseur unique d’un service local spécifique ;
  • un opérateur de téléphonie sur un marché à trois acteurs ;
  • une marque de vêtements parmi beaucoup d’autres.

Leur logique n’est pas la même :

  • la première subit le prix ;
  • la deuxième peut l’influencer fortement ;
  • la troisième doit anticiper ses rivaux ;
  • la quatrième cherche à se distinguer pour éviter une pure concurrence par les prix.

11. Les bienfaits et les limites de la concurrence : synthèse raisonnée

11.1. Les bienfaits attendus

La concurrence est valorisée car elle peut :

  • faire baisser les prix ;
  • améliorer l’efficacité productive ;
  • favoriser l’adaptation de l’offre à la demande ;
  • stimuler l’effort de gestion ;
  • limiter les rentes excessives.

11.2. Les limites observables

Mais elle présente aussi des limites :

  • les conditions de concurrence pure et parfaite sont rarement réunies ;
  • certaines entreprises disposent d’un pouvoir de marché ;
  • la différenciation et l’innovation brouillent le modèle ;
  • l’efficacité ne garantit pas l’équité ;
  • la concurrence peut produire de l’instabilité.

11.3. Une idée essentielle pour la suite du programme

La concurrence pure et parfaite n’est pas la description fidèle de tous les marchés. C’est un point de référence.

Elle permet ensuite :

  • de mesurer les écarts avec la réalité ;
  • d’identifier les formes de concurrence imparfaite ;
  • de comprendre pourquoi certaines régulations peuvent être nécessaires.

12. Méthode pour repérer une structure de marché dans un cas concret

Face à une situation économique, on peut suivre une démarche simple.

Étape 1 : observer le nombre d’offreurs

  • un seul : tendance au monopole ;
  • quelques-uns : tendance à l’oligopole ;
  • très nombreux : concurrence plus forte.

Étape 2 : regarder la nature du produit

  • produit standardisé : concurrence plus proche du modèle pur ;
  • produit différencié : pouvoir de marché plus probable.

Étape 3 : identifier les barrières à l’entrée

  • faibles : marché plus contestable ;
  • fortes : entreprises en place protégées.

Étape 4 : évaluer l’information des consommateurs

  • comparaison simple et rapide : pression concurrentielle forte ;
  • information complexe ou opaque : pouvoir de marché renforcé.

Étape 5 : repérer la capacité à fixer le prix

  • si l’entreprise subit le prix : logique de price taker ;
  • si elle peut l’influencer : logique de price maker.

13. Cas d’application guidé

Situation

On observe trois marchés :

  1. un marché local de pain artisanal avec de nombreuses boulangeries différenciées ;
  2. un marché de distribution d’eau dans une ville, assuré par un seul opérateur ;
  3. un marché de téléphonie mobile dominé par trois grands acteurs.

Analyse

Marché 1 : pain artisanal

  • nombreux offreurs ;
  • produits proches mais non identiques ;
  • différenciation par la qualité, l’emplacement, l’image.

Qualification : concurrence monopolistique.

Marché 2 : distribution d’eau

  • un seul offreur ;
  • service difficilement duplicable ;
  • forte barrière à l’entrée.

Qualification : monopole.

Marché 3 : téléphonie mobile

  • petit nombre d’offreurs ;
  • forte interdépendance ;
  • prix et offres surveillés mutuellement.

Qualification : oligopole.

Enseignement

Ce cas montre qu’un marché réel s’éloigne souvent du modèle de concurrence pure et parfaite, même quand plusieurs entreprises sont présentes.


14. Points à retenir

  • La concurrence pure et parfaite est un modèle théorique servant de référence.
  • Elle repose sur cinq conditions : atomicité, homogénéité, libre entrée/sortie, mobilité des facteurs, transparence de l’information.
  • Dans ce cadre, les entreprises sont preneuses de prix.
  • Le modèle concurrentiel est associé à une allocation efficace des ressources et à l’optimum de Pareto.
  • L’optimum de Pareto mesure une efficacité, non une justice sociale.
  • La réalité s’écarte souvent de ce modèle : produits différenciés, barrières à l’entrée, information imparfaite, concentration des marchés.
  • Schumpeter montre que la concurrence réelle est dynamique et passe par l’innovation.
  • L’innovation peut créer un pouvoir de marché temporaire.
  • Les principales structures de concurrence imparfaite sont :
    • le monopole ;
    • l’oligopole ;
    • la concurrence monopolistique.
  • La capacité d’une entreprise à influencer le prix correspond à son pouvoir de marché.

Mémo final

Le cadre de la concurrence pure et parfaite

  • Atomicité : aucun agent ne pèse seul sur le marché.
  • Homogénéité : les produits sont identiques.
  • Libre entrée / sortie : pas de barrières durables.
  • Mobilité des facteurs : capital et travail circulent.
  • Transparence : l’information est parfaite.

Les effets attendus

  • prix disciplinés ;
  • efficacité productive ;
  • allocation optimale des ressources ;
  • satisfaction des consommateurs.

La limite majeure

Le modèle est utile pour raisonner, mais il décrit rarement les marchés réels.

Schumpeter

  • la concurrence est aussi une dynamique d’innovation ;
  • l’innovation provoque la destruction créatrice ;
  • elle peut donner naissance à un pouvoir de marché temporaire.

Structures de marché à repérer

  • Concurrence pure et parfaite : nombreux offreurs, produit homogène, pas de pouvoir de marché.
  • Monopole : un seul offreur, fort pouvoir de marché.
  • Oligopole : quelques offreurs interdépendants.
  • Concurrence monopolistique : nombreux offreurs, produits différenciés.

Vocabulaire essentiel

  • Price taker : entreprise preneuse de prix.
  • Price maker : entreprise capable d’influencer son prix.
  • Pouvoir de marché : capacité à fixer un prix au-dessus du niveau concurrentiel.
  • Optimum de Pareto : situation où l’on ne peut améliorer le sort d’un agent sans dégrader celui d’un autre.

Cette leçon prépare directement l’étude plus approfondie des marchés en concurrence imparfaite et de leur régulation.