Politiques de l’emploi et flexibilité du travail
Comparer les approches néoclassique et keynésienne des politiques de l’emploi, distinguer mesures actives et passives, et analyser les formes et enjeux de la flexibilité.
Objectifs d’apprentissage
À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :
- analyser les politiques sociales face aux déséquilibres du marché du travail ;
- comparer les approches néoclassique et keynésienne en matière de politiques de l’emploi ;
- distinguer les mesures actives et les mesures passives de politique de l’emploi ;
- analyser les principales mesures prises dans le cadre des politiques de l’emploi dans les pays de l’OCDE ;
- analyser les enjeux de la flexibilité sur le marché du travail ;
- construire une argumentation économique sur les effets des politiques publiques et de l’environnement réglementaire sur l’emploi.
Cette leçon prolonge directement les leçons précédentes sur le marché du travail, l’emploi, le chômage et la révolution numérique. Ici, on ne revient donc pas en détail sur la définition des indicateurs d’emploi ou sur les causes du chômage : on s’intéresse surtout à la manière dont les pouvoirs publics cherchent à corriger les déséquilibres sociaux et aux débats autour de la flexibilité du travail.
1. Pourquoi des politiques de l’emploi ?
Le marché du travail ne s’ajuste pas toujours spontanément de manière satisfaisante. Même si l’on raisonne en termes d’offre et de demande de travail, on constate dans la réalité :
- un chômage durable ;
- des inadéquations entre compétences offertes et compétences demandées ;
- des inégalités d’accès à l’emploi selon l’âge, le diplôme, le sexe, le territoire ou l’origine sociale ;
- des situations de précarité malgré la présence d’un emploi ;
- des transformations rapides liées au progrès technique, à la mondialisation et aux mutations sectorielles.
Les politiques de l’emploi regroupent l’ensemble des actions publiques destinées à :
- soutenir la création d’emplois ;
- réduire le chômage ;
- améliorer l’appariement entre offre et demande de travail ;
- sécuriser les trajectoires professionnelles ;
- limiter les effets sociaux des déséquilibres du marché du travail.
Elles relèvent pleinement de l’impact des environnements réglementaires et politiques sur l’économie : le droit du travail, les règles d’indemnisation, la formation, les aides à l’embauche ou encore la fiscalité sociale influencent directement les comportements des entreprises et des salariés.
Pourquoi l’État intervient-il ?
L’intervention publique se justifie par plusieurs raisons :
- Le chômage a un coût économique : perte de production, baisse de revenus, dégradation des finances publiques.
- Le chômage a un coût social : pauvreté, exclusion, tensions sociales, perte de compétences.
- Le marché du travail est imparfait : information incomplète, rigidités institutionnelles, asymétries d’information, délais d’ajustement.
- L’emploi est un enjeu politique majeur : il conditionne la cohésion sociale, la légitimité des politiques publiques et la stabilité économique.
2. Les fondements théoriques des politiques de l’emploi
Pour analyser les politiques de l’emploi, il faut comparer les deux grandes approches attendues au programme : l’approche néoclassique et l’approche keynésienne.
2.1 L’approche néoclassique
Dans l’approche néoclassique, le marché du travail est analysé comme un marché où se rencontrent :
- une offre de travail de la part des ménages ;
- une demande de travail de la part des entreprises.
Le salaire est censé jouer un rôle d’ajustement. Si le marché fonctionne librement, il tend vers un équilibre.
Diagnostic néoclassique du chômage
Le chômage provient alors principalement de rigidités qui empêchent l’ajustement du salaire et de l’emploi :
- salaire minimum trop élevé ;
- protection excessive de l’emploi ;
- coût du travail trop important ;
- indemnisation du chômage jugée désincitative ;
- inadéquation entre qualifications et besoins des entreprises.
Dans cette logique, une partie du chômage est qualifiée de chômage classique : le coût du travail serait trop élevé par rapport à la productivité attendue.
Recommandations néoclassiques
Les politiques de l’emploi inspirées de cette approche cherchent à :
- réduire les rigidités du marché du travail ;
- abaisser le coût du travail ;
- inciter au retour à l’emploi ;
- améliorer l’employabilité des travailleurs.
Exemples de mesures cohérentes avec cette approche :
- allègements de cotisations sociales ;
- assouplissement des règles d’embauche et de rupture ;
- incitations financières à la reprise d’emploi ;
- développement de la formation adaptée aux besoins des entreprises.
Logique économique
Le raisonnement est le suivant :
- si le travail coûte moins cher, les entreprises embauchent davantage ;
- si les règles sont plus souples, elles prennent moins de risque à recruter ;
- si les individus sont davantage incités à travailler, l’offre de travail devient plus active ;
- si les compétences correspondent mieux aux besoins, le chômage frictionnel et structurel diminue.
Limites
Cette approche est critiquée car elle suppose souvent que la demande adressée aux entreprises est suffisante. Or une entreprise n’embauche pas seulement parce que le travail est moins coûteux : elle embauche surtout si elle anticipe des débouchés.
2.2 L’approche keynésienne
L’approche keynésienne part d’un constat différent : le chômage peut résulter d’une insuffisance de la demande globale.
Même si les salaires baissent, les entreprises n’embauchent pas nécessairement davantage si elles ne peuvent pas vendre leur production. Le problème central n’est donc pas seulement le coût du travail, mais le niveau de l’activité économique.
Diagnostic keynésien du chômage
Le chômage est ici principalement lié à :
- une demande insuffisante ;
- des anticipations pessimistes des entreprises ;
- un investissement trop faible ;
- une conjoncture dégradée.
On parle alors surtout de chômage keynésien ou conjoncturel.
Recommandations keynésiennes
Les politiques de l’emploi inspirées de cette approche cherchent à :
- soutenir la demande ;
- relancer l’activité ;
- maintenir le revenu des ménages ;
- éviter l’enfermement dans le chômage.
Exemples de mesures :
- dépenses publiques de relance ;
- soutien à l’investissement ;
- maintien ou renforcement de l’indemnisation ;
- dispositifs publics d’emploi ou de soutien à l’activité.
Logique économique
Le mécanisme est le suivant :
- l’État stimule la demande ;
- les entreprises vendent davantage ;
- elles augmentent leur production ;
- elles embauchent pour répondre à cette demande ;
- les revenus distribués soutiennent à nouveau la consommation.
Limites
Cette approche peut être critiquée si :
- la relance provoque des déficits publics importants ;
- la demande supplémentaire profite surtout aux importations ;
- les difficultés d’emploi sont avant tout structurelles et non conjoncturelles.
2.3 Comparer les deux approches
| Question | Approche néoclassique | Approche keynésienne | |---|---|---| | Cause principale du chômage | Rigidités, coût du travail, inadéquation | Insuffisance de la demande | | Type de chômage mis en avant | Chômage classique, structurel | Chômage conjoncturel, keynésien | | Rôle du salaire | Variable d’ajustement | Le salaire soutient aussi la demande | | Politique privilégiée | Réformes structurelles, incitations, baisse du coût du travail | Relance, soutien à l’activité, maintien des revenus | | Vision de l’intervention publique | Corriger les rigidités | Soutenir la demande et l’activité |
Point essentiel
Dans la pratique, les politiques de l’emploi contemporaines combinent souvent les deux logiques :
- mesures conjoncturelles en période de crise ;
- réformes structurelles pour améliorer le fonctionnement du marché du travail à moyen terme.
3. Mesures actives et mesures passives de politique de l’emploi
L’une des distinctions fondamentales du programme est celle entre mesures actives et mesures passives.
3.1 Les mesures passives
Les mesures passives ne créent pas directement de l’emploi. Elles visent surtout à protéger le revenu des personnes privées d’emploi ou à réduire temporairement la population active exposée au chômage.
Exemples de mesures passives
- indemnisation du chômage ;
- certaines formes de préretraite ;
- dispositifs de soutien au revenu.
Finalités
Ces mesures permettent :
- d’éviter une chute brutale du niveau de vie ;
- de soutenir la consommation ;
- de limiter la pauvreté et l’exclusion ;
- de donner du temps pour retrouver un emploi adapté.
Limites
On leur reproche parfois :
- un coût budgétaire élevé ;
- un effet potentiellement désincitatif si l’écart entre revenu de remplacement et revenu d’activité est jugé trop faible ;
- l’absence d’action directe sur l’employabilité.
Pourquoi elles restent importantes
Même lorsqu’elles sont critiquées, les mesures passives jouent un rôle d’amortisseur social et macroéconomique. En période de crise, elles évitent l’effondrement des revenus et soutiennent la demande, ce qui rejoint une logique keynésienne.
3.2 Les mesures actives
Les mesures actives visent à favoriser le retour à l’emploi ou à accroître les chances d’insertion professionnelle.
Exemples de mesures actives
- formation professionnelle ;
- accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi ;
- aides à l’embauche ;
- subventions ciblées sur certains publics ;
- services de placement ;
- politiques d’orientation et d’adaptation des compétences.
Finalités
Ces mesures cherchent à :
- améliorer l’appariement entre offre et demande de travail ;
- réduire le chômage structurel ;
- faciliter l’insertion des jeunes, des seniors ou des chômeurs de longue durée ;
- augmenter le taux d’emploi.
Limites
Elles peuvent toutefois rencontrer plusieurs difficultés :
- formation peu adaptée aux besoins réels ;
- effets d’aubaine pour les entreprises ;
- substitution entre salariés aidés et non aidés ;
- efficacité variable selon le contexte macroéconomique.
Exemple simple
Une aide à l’embauche peut :
- être efficace si elle déclenche un recrutement qui n’aurait pas eu lieu autrement ;
- être peu efficace si l’entreprise aurait embauché de toute façon.
Dans le second cas, la dépense publique existe, mais l’effet net sur l’emploi est limité.
3.3 Complémentarité entre mesures actives et passives
Opposer radicalement les deux catégories serait une erreur. Dans la réalité, une politique de l’emploi cohérente combine souvent :
- une protection contre le risque chômage ;
- un accompagnement vers le retour à l’emploi.
Autrement dit :
- les mesures passives sécurisent ;
- les mesures actives réinsèrent.
L’enjeu est d’éviter deux écueils :
- une protection sans retour à l’emploi ;
- une activation sans sécurité sociale suffisante.
4. Les principales politiques de l’emploi dans les pays de l’OCDE
Le programme demande d’analyser les principales mesures prises dans le cadre des politiques de l’emploi au sein des pays de l’OCDE. Il ne s’agit pas d’apprendre une liste exhaustive de dispositifs nationaux, mais de comprendre les grandes familles d’action.
4.1 Les politiques de soutien à l’employabilité
Elles reposent sur l’idée que le chômage vient en partie d’un décalage entre compétences disponibles et compétences recherchées.
Instruments
- formation initiale et continue ;
- reconversion professionnelle ;
- accompagnement individualisé ;
- orientation ;
- validation ou adaptation des compétences.
Intérêt
Ces politiques sont particulièrement mobilisées lorsque l’économie connaît :
- des mutations technologiques ;
- des transformations sectorielles ;
- une montée des besoins en qualifications.
Limite
Former ne suffit pas si les emplois n’existent pas. L’efficacité dépend donc aussi de la conjoncture économique.
4.2 Les politiques de baisse du coût du travail
Ces mesures visent à rendre l’embauche plus attractive pour les entreprises.
Instruments
- allègements de cotisations sociales ;
- exonérations ciblées ;
- aides sur les bas salaires.
Justification
Dans une logique plutôt néoclassique, si le coût du travail diminue, les entreprises peuvent embaucher davantage, notamment pour les emplois peu qualifiés.
Limites
- coût important pour les finances publiques ;
- efficacité variable selon l’élasticité de la demande de travail ;
- risque de concentration sur les bas salaires ;
- possible enfermement dans une spécialisation peu qualifiée.
4.3 Les aides directes à l’embauche
Les pouvoirs publics peuvent cibler certains publics plus exposés au chômage :
- jeunes ;
- chômeurs de longue durée ;
- seniors ;
- personnes peu qualifiées ;
- habitants de certains territoires.
Objectif
Réduire les obstacles à l’entrée sur le marché du travail et corriger des inégalités d’accès à l’emploi.
Difficultés d’évaluation
Il faut toujours se demander :
- l’emploi a-t-il été créé grâce à l’aide ?
- y a-t-il un effet d’aubaine ?
- y a-t-il un effet de substitution ?
- y a-t-il un effet de stigmatisation du public aidé ?
4.4 Les services publics de l’emploi et l’accompagnement
Une autre dimension importante est l’amélioration de la circulation de l’information sur le marché du travail.
Instruments
- suivi des demandeurs d’emploi ;
- accompagnement personnalisé ;
- aide à la recherche d’emploi ;
- diffusion d’offres ;
- mise en relation avec les employeurs.
Pourquoi cela compte ?
Le chômage n’est pas seulement un problème de quantité d’emplois : c’est aussi un problème d’appariement. Il peut exister simultanément :
- des personnes sans emploi ;
- des postes vacants non pourvus.
Les politiques d’accompagnement cherchent à réduire cette friction.
4.5 Les politiques de soutien à l’activité en période de crise
Lors de récessions, certains pays mettent en œuvre des politiques visant à éviter la destruction massive d’emplois.
Logique
Plutôt que de laisser les licenciements se multiplier, les pouvoirs publics peuvent soutenir temporairement l’activité ou les revenus pour préserver le lien entre salarié et entreprise.
Intérêt
- éviter l’hystérèse du chômage ;
- conserver les compétences ;
- faciliter le redémarrage de l’activité.
Cette orientation s’inscrit davantage dans une logique keynésienne.
5. Comment analyser une politique de l’emploi ?
Le programme attend une capacité à analyser des situations et décisions économiques. Il ne suffit donc pas d’énumérer des mesures : il faut savoir les discuter.
5.1 Les bonnes questions à se poser
Face à une politique de l’emploi, il faut examiner :
-
Quel problème cherche-t-elle à résoudre ?
- chômage conjoncturel ?
- chômage structurel ?
- chômage des jeunes ?
- inadéquation des compétences ?
-
Quelle logique théorique la sous-tend ?
- néoclassique ?
- keynésienne ?
- combinaison des deux ?
-
Quel instrument est utilisé ?
- baisse du coût du travail ?
- formation ?
- indemnisation ?
- aide ciblée ?
-
Quels effets attendus ?
- hausse de l’embauche ?
- soutien de la demande ?
- retour à l’emploi plus rapide ?
-
Quelles limites possibles ?
- coût budgétaire ?
- effet d’aubaine ?
- inégalités ?
- précarisation ?
5.2 Exemple d’analyse
Situation
Un gouvernement décide d’augmenter fortement les dépenses de formation des demandeurs d’emploi tout en renforçant leur accompagnement.
Analyse
- Problème visé : chômage structurel, inadéquation des compétences.
- Type de mesure : mesure active.
- Logique dominante : plutôt néoclassique au sens large, car il s’agit d’améliorer le fonctionnement du marché du travail et l’employabilité.
- Effets attendus : meilleure insertion, réduction du chômage de longue durée, appariement plus efficace.
- Limites : si l’économie reste déprimée, la formation seule ne crée pas d’emplois.
Conclusion argumentée
La mesure peut être pertinente si le chômage provient surtout d’un décalage entre qualifications et besoins productifs. En revanche, son efficacité sera limitée si la faiblesse de la demande globale demeure le problème principal.
6. La flexibilité du marché du travail : définition et formes
Le second grand thème de la leçon concerne les enjeux de la flexibilité sur le marché du travail.
La flexibilité du travail désigne la capacité des entreprises et, plus largement, du marché du travail à s’ajuster rapidement aux évolutions de l’activité, de la demande, de la concurrence et de la technologie.
Elle ne se réduit pas à la seule facilité de licenciement. C’est une notion plus large.
6.1 Les grandes formes de flexibilité
Le programme demande de distinguer notamment :
- flexibilité interne / flexibilité externe ;
- flexibilité quantitative / flexibilité qualitative.
A. Flexibilité interne
La flexibilité interne consiste à adapter le travail sans modifier fortement les effectifs.
Exemples :
- modulation des horaires ;
- heures supplémentaires ;
- polyvalence ;
- mobilité interne ;
- réorganisation des tâches ;
- télétravail selon les besoins de l’activité.
B. Flexibilité externe
La flexibilité externe consiste à ajuster plus directement le volume d’emploi via le marché du travail.
Exemples :
- recours aux contrats temporaires ;
- sous-traitance ;
- embauches ou ruptures plus faciles ;
- recours à des travailleurs indépendants.
C. Flexibilité quantitative
Elle porte sur la quantité de travail utilisée.
Exemples :
- variation du nombre de salariés ;
- variation du temps de travail ;
- travail à temps partiel ;
- contrats courts.
D. Flexibilité qualitative
Elle porte sur la nature du travail et les compétences mobilisées.
Exemples :
- polyvalence ;
- montée en compétences ;
- adaptation des qualifications ;
- mobilité fonctionnelle.
6.2 Pourquoi les entreprises recherchent-elles de la flexibilité ?
Plusieurs raisons expliquent cette recherche :
- demande plus instable ;
- concurrence internationale ;
- innovation rapide ;
- cycles de production plus courts ;
- besoin d’adaptation à l’incertitude.
Logique économique
Une entreprise qui peut ajuster rapidement son organisation :
- limite ses coûts en période de ralentissement ;
- répond plus vite aux variations de la demande ;
- améliore sa compétitivité ;
- réduit son risque économique.
7. Les enjeux de la flexibilité : avantages et risques
L’analyse des enjeux suppose de construire une argumentation nuancée. La flexibilité n’est ni bonne ni mauvaise en soi : ses effets dépendent de sa forme, de son intensité et de son encadrement.
7.1 Les arguments en faveur de la flexibilité
a) Faciliter les embauches
L’idée est simple : si les entreprises savent qu’elles pourront ajuster leur main-d’œuvre en cas de difficulté, elles peuvent être plus enclines à recruter.
b) Mieux s’adapter à la conjoncture
Dans un environnement instable, la flexibilité peut éviter des blocages et favoriser la survie de l’entreprise.
c) Réduire certains coûts d’ajustement
Des règles plus souples peuvent permettre une meilleure adaptation des effectifs, des horaires ou des compétences.
d) Favoriser l’innovation organisationnelle
La flexibilité qualitative, par exemple la polyvalence, peut améliorer la réactivité et l’apprentissage collectif.
7.2 Les arguments critiques
a) Risque de précarisation
Une flexibilité excessive, surtout externe et quantitative, peut multiplier :
- les contrats courts ;
- l’instabilité des revenus ;
- les trajectoires professionnelles discontinues ;
- l’insécurité sociale.
b) Dualisation du marché du travail
Le marché du travail peut se scinder entre :
- des insiders, protégés et stables ;
- des outsiders, plus exposés à la précarité.
La flexibilité peut alors réduire le chômage de certains tout en dégradant la qualité de l’emploi pour d’autres.
c) Effets sur la demande globale
Si les travailleurs deviennent plus précaires, ils peuvent consommer moins, ce qui freine l’activité. Cet argument est souvent mis en avant dans une perspective keynésienne.
d) Effets sur les compétences et la productivité
Une rotation excessive de la main-d’œuvre peut nuire à :
- la formation interne ;
- l’accumulation d’expérience ;
- l’engagement des salariés ;
- la qualité du travail.
7.3 Flexibilité et sécurité : une tension centrale
L’enjeu fondamental est de concilier :
- l’efficacité économique ;
- la protection sociale.
Trop de rigidité peut freiner certains ajustements. Trop de flexibilité peut fragiliser les travailleurs et accentuer les inégalités.
Le vrai débat porte donc moins sur la question : faut-il de la flexibilité ? que sur la question :
quelle flexibilité, pour qui, avec quelles protections ?
8. Comment débattre de la flexibilité du travail ?
Le programme attend aussi la compétence « débattre en construisant des arguments ». Voici une méthode simple.
8.1 Construire une argumentation
Étape 1 : définir les termes
- Flexibilité du travail
- Marché du travail
- Précarité
- Compétitivité
Étape 2 : formuler la problématique
Exemple :
La flexibilité améliore-t-elle réellement le fonctionnement du marché du travail ?
Étape 3 : présenter des arguments favorables
- adaptation des entreprises ;
- baisse du risque d’embauche ;
- meilleure réactivité ;
- soutien à la compétitivité.
Étape 4 : présenter des arguments critiques
- précarisation ;
- inégalités ;
- affaiblissement de la demande ;
- moindre investissement dans les compétences.
Étape 5 : conclure de manière nuancée
Une bonne conclusion ne choisit pas forcément un camp absolu. Elle peut montrer qu’une flexibilité efficace suppose un encadrement institutionnel.
8.2 Exemple de mini-débat argumenté
Sujet
Faut-il assouplir davantage le marché du travail pour réduire le chômage ?
Argument 1 : oui, car cela favorise l’embauche
Quand les règles sont trop contraignantes, les entreprises hésitent à recruter. En réduisant les coûts et les risques liés à l’emploi, on peut encourager les créations de postes.
Argument 2 : non, car cela peut surtout accroître la précarité
Si l’assouplissement se traduit par une multiplication des contrats instables, l’emploi augmente peut-être en quantité, mais se dégrade en qualité.
Argument 3 : tout dépend du type de flexibilité
Une flexibilité qualitative fondée sur la formation, la polyvalence et l’organisation du travail n’a pas les mêmes effets qu’une flexibilité externe reposant surtout sur les contrats courts.
Conclusion
L’assouplissement du marché du travail ne constitue pas une solution universelle. Son efficacité dépend du contexte macroéconomique, du type de chômage concerné et du niveau de protection offert aux travailleurs.
9. Étude de cas d’application
Cas : une hausse durable du chômage des jeunes
Un pays de l’OCDE connaît les caractéristiques suivantes :
- chômage des jeunes très supérieur à la moyenne ;
- entreprises qui signalent des difficultés de recrutement sur certains métiers ;
- croissance faible ;
- forte proportion de contrats temporaires chez les jeunes.
Question 1 : quels déséquilibres observe-t-on ?
On observe à la fois :
- un problème d’insertion ;
- un problème d’appariement entre compétences et besoins ;
- une dualisation du marché du travail ;
- une faiblesse de la demande liée à la croissance modérée.
Question 2 : quelles politiques de l’emploi peuvent être mobilisées ?
Mesures actives
- formation ciblée ;
- accompagnement renforcé ;
- aides à l’embauche des jeunes ;
- amélioration de l’orientation.
Mesures passives
- maintien d’un revenu de remplacement pour éviter la pauvreté.
Mesures macroéconomiques
- soutien à l’activité si le problème est aussi conjoncturel.
Question 3 : quelle analyse théorique ?
- Lecture néoclassique : inadéquation des compétences, rigidités, segmentation.
- Lecture keynésienne : croissance trop faible et demande insuffisante.
Question 4 : quel regard sur la flexibilité ?
La forte proportion de contrats temporaires montre une flexibilité externe déjà importante. Or cette flexibilité n’a pas suffi à résoudre le chômage des jeunes. Cela suggère que la flexibilité, à elle seule, n’est pas une réponse suffisante.
Conclusion du cas
Une politique efficace devrait probablement combiner :
- soutien à l’activité ;
- amélioration des compétences ;
- accompagnement vers l’emploi ;
- limitation d’une précarité excessive.
10. Méthode pour analyser un document économique sur les politiques de l’emploi
Dans une épreuve ou un exercice, vous pouvez avoir un article, un tableau statistique ou un graphique.
Étapes d’analyse
1. Identifier le thème précis
Exemple : baisse du chômage, réforme du droit du travail, hausse des dépenses de formation.
2. Repérer le type de politique
- active ?
- passive ?
- conjoncturelle ?
- structurelle ?
3. Identifier la logique théorique dominante
- néoclassique ?
- keynésienne ?
- mixte ?
4. Analyser les effets attendus
- sur l’emploi ;
- sur le chômage ;
- sur les entreprises ;
- sur les revenus ;
- sur les finances publiques.
5. Discuter les limites
- coût ;
- efficacité ;
- inégalités ;
- précarité ;
- soutenabilité.
6. Formuler une conclusion argumentée
Toujours nuancer : une politique peut être pertinente dans un contexte et moins efficace dans un autre.
11. Points clés à retenir
Sur les politiques de l’emploi
- Les politiques de l’emploi cherchent à corriger les déséquilibres sociaux du marché du travail.
- Deux grandes lectures théoriques structurent l’analyse : néoclassique et keynésienne.
- Les mesures passives protègent les revenus ; les mesures actives favorisent le retour à l’emploi.
- Les politiques de l’emploi dans les pays de l’OCDE combinent souvent :
- formation,
- accompagnement,
- aides à l’embauche,
- baisse du coût du travail,
- soutien à l’activité en période de crise.
Sur la flexibilité
- La flexibilité peut être interne ou externe, quantitative ou qualitative.
- Elle peut améliorer l’adaptation des entreprises et faciliter certains recrutements.
- Mais elle peut aussi accentuer la précarité, les inégalités et la dualisation du marché du travail.
- L’enjeu central est l’équilibre entre adaptation économique et sécurité sociale.
Mémo final
Approche néoclassique
- chômage = rigidités, coût du travail, inadéquation
- solutions = réformes structurelles, baisse du coût du travail, incitations, employabilité
Approche keynésienne
- chômage = insuffisance de la demande
- solutions = relance, soutien à l’activité, maintien des revenus
Mesures passives
- indemnisation
- soutien au revenu
- amortisseur social
Mesures actives
- formation
- accompagnement
- aides à l’embauche
- amélioration de l’appariement
Flexibilité
- interne : adaptation dans l’entreprise
- externe : ajustement par le marché du travail
- quantitative : volume de travail
- qualitative : compétences et organisation
Problématique centrale
Comment rendre le marché du travail plus efficace sans fragiliser excessivement les travailleurs ?
Auto-vérification de couverture de la leçon
Cette leçon a bien traité les éléments suivants du périmètre :
- l’impact des environnements réglementaires et politiques sur l’emploi ;
- l’analyse de situations et décisions économiques ;
- la construction d’arguments dans un débat économique ;
- les déséquilibres sociaux et leur régulation ;
- les politiques sociales face aux déséquilibres ;
- les principales mesures des politiques de l’emploi ;
- les enjeux de la flexibilité sur le marché du travail.