Dissolution et liquidation de la société

Expliquer les causes et étapes de la dissolution-liquidation, le rôle du liquidateur, les droits des créanciers, la reprise des apports ainsi que le boni ou mali de liquidation.

Objectifs d’apprentissage

À l’issue de cette leçon, vous devez être capable de :

  • qualifier le cadre juridique de la disparition d’une société ;
  • expliquer le processus de dissolution et de liquidation ;
  • identifier les causes de dissolution ;
  • décrire les étapes de la liquidation ;
  • comprendre la nomination et les rôles du liquidateur ;
  • apprécier les effets de la dissolution et de la liquidation sur la société, le mandat social et les créanciers ;
  • distinguer reprise des apports, boni de liquidation et mali de liquidation.

1. Situer la dissolution-liquidation dans le cadre juridique de la société

Dans les leçons précédentes, la société a été étudiée comme une personne morale qui naît par la constitution puis l’immatriculation, fonctionne grâce à ses organes sociaux, peut se transformer, et agit dans un intérêt social distinct de celui des associés.

La présente leçon traite de l’étape inverse : la disparition de la société.

Il faut immédiatement distinguer deux notions :

  • la dissolution : c’est la décision ou l’événement qui met fin à la vie sociale normale et ouvre une période particulière ;
  • la liquidation : c’est l’ensemble des opérations destinées à réaliser l’actif, apurer le passif et répartir le solde éventuel entre les associés.

Autrement dit :

  1. la société est d’abord dissoute ;
  2. puis elle entre en liquidation ;
  3. enfin, une fois les opérations achevées, elle disparaît définitivement.

Pourquoi cette distinction est-elle essentielle ?

Parce qu’une société dissoute ne disparaît pas immédiatement. Elle conserve encore une existence juridique pour les besoins de sa liquidation. Cette idée est fondamentale pour comprendre :

  • pourquoi des actes continuent d’être accomplis après la dissolution ;
  • pourquoi les créanciers peuvent encore agir ;
  • pourquoi un liquidateur remplace les dirigeants sociaux ;
  • pourquoi les associés ne récupèrent pas immédiatement les biens ou les sommes investis.

La dissolution n’est donc pas la fin instantanée de toute relation juridique : elle marque l’entrée dans une phase de règlement.


2. Les causes de dissolution de la société

Le programme impose d’expliquer le processus de dissolution et de liquidation, ce qui suppose d’abord d’identifier ce qui déclenche la dissolution.

2.1. Définition

La dissolution est l’événement juridique qui met fin au fonctionnement normal de la société et ouvre la liquidation.

Elle peut résulter :

  • d’une cause prévue par la loi ;
  • d’une stipulation statutaire ;
  • d’une décision des associés ;
  • parfois d’une décision de justice.

Le référentiel demande de connaître les causes de la dissolution, sans entrer ici dans le détail des procédures collectives, qui sont expressément exclues.

2.2. Les principales causes de dissolution

A. L’arrivée du terme

La société est créée pour une durée déterminée. Lorsque cette durée arrive à expiration, la société est dissoute si aucune prorogation n’a été décidée en temps utile.

Pourquoi ? Parce que la durée fait partie des attributs essentiels de la société. À l’échéance, le contrat social cesse normalement de produire ses effets.

Exemple : Une société constituée pour 99 ans atteint son terme. Si les associés n’ont pas décidé de prolonger cette durée, la dissolution intervient.

B. La réalisation ou l’extinction de l’objet social

La société peut être dissoute lorsque :

  • l’objet pour lequel elle a été créée a été réalisé ;
  • ou lorsque cet objet a disparu ou ne peut plus être poursuivi.

Pourquoi ? Une société existe pour accomplir une activité déterminée. Si cette activité a définitivement atteint son but ou devient impossible, le maintien de la société perd sa justification.

Exemple : Une société constituée uniquement pour réaliser une opération immobilière déterminée peut être dissoute une fois l’opération achevée.

C. La dissolution anticipée décidée par les associés

Les associés peuvent décider de mettre fin à la société avant le terme prévu.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont parties au contrat de société et qu’ils peuvent considérer que la poursuite de l’activité n’est plus opportune :

  • absence de rentabilité ;
  • mésentente durable ;
  • changement de projet ;
  • volonté de cesser l’activité.

Cette dissolution volontaire est souvent appelée dissolution anticipée.

D. Une cause statutaire

Les statuts peuvent prévoir certains événements entraînant la dissolution.

Pourquoi ? Les associés ont pu anticiper des situations dans lesquelles ils estiment que la poursuite de la société ne serait plus souhaitable.

Il faut simplement retenir l’idée qu’une cause prévue dans les statuts peut déclencher la dissolution.

E. Une décision de justice

Dans certains cas, le juge peut prononcer la dissolution.

Pourquoi ? Parce qu’une situation anormale peut rendre impossible ou juridiquement injustifiée la poursuite de la société.

Le référentiel n’exige pas ici une étude détaillée des hypothèses contentieuses : il faut surtout comprendre qu’une dissolution peut être judiciairement prononcée.


3. Les effets immédiats de la dissolution

Le référentiel demande aussi d’apprécier les effets de la dissolution et de la liquidation. Il faut donc distinguer les effets de la dissolution de ceux de la liquidation achevée.

3.1. La société n’est pas encore éteinte

La première idée à retenir est la suivante :

la dissolution n’entraîne pas la disparition immédiate de la personnalité morale.

La société subsiste pour les besoins de sa liquidation.

3.2. Ouverture de la liquidation

La dissolution ouvre une nouvelle phase : la liquidation.

La société n’a plus pour finalité de développer son activité comme auparavant. Désormais, son objectif devient :

  • terminer les affaires en cours si nécessaire ;
  • recouvrer les créances ;
  • vendre les biens ;
  • payer les dettes ;
  • répartir le solde entre les associés.

3.3. Effets sur le mandat social

La dissolution a un effet important sur les organes de direction :

  • le mandat social des dirigeants prend fin ;
  • ils sont remplacés, pour les opérations de liquidation, par un liquidateur.

Pourquoi ? Parce que la mission du dirigeant est de gérer une société en activité, alors que la mission du liquidateur est différente : il doit mettre fin proprement à l’existence économique et juridique de la société.

3.4. Effets sur les créanciers

La dissolution ne fait pas disparaître les droits des créanciers.

Au contraire, la liquidation a précisément pour objet d’apurer le passif, c’est-à-dire de payer les dettes sociales avant toute répartition entre associés.

Principe essentiel : Les associés ne peuvent se partager ce qu’il reste qu’après désintéressement des créanciers.


4. Le processus de liquidation : logique générale

La liquidation est une opération progressive. Elle ne consiste pas à « fermer » brutalement la société, mais à organiser juridiquement et financièrement sa disparition.

4.1. Définition de la liquidation

La liquidation est l’ensemble des opérations qui suivent la dissolution et qui visent à :

  1. établir la situation patrimoniale de la société ;
  2. réaliser l’actif ;
  3. apurer le passif ;
  4. déterminer le solde final ;
  5. répartir ce solde entre les associés.

4.2. Pourquoi une liquidation est-elle nécessaire ?

Parce qu’une société possède :

  • des biens ;
  • des créances ;
  • des dettes ;
  • des relations contractuelles ;
  • parfois du personnel, des stocks, des immobilisations, de la trésorerie.

On ne peut pas faire disparaître la société sans organiser le sort de ces éléments.

La liquidation sert donc à protéger :

  • les créanciers, qui doivent être payés ;
  • les associés, qui doivent recevoir ce qui leur revient seulement après apurement du passif ;
  • les tiers, qui doivent savoir qui agit au nom de la société ;
  • la sécurité juridique, car la disparition d’une personne morale doit être ordonnée.

5. Les étapes de la dissolution et de la liquidation

Le référentiel vise explicitement les étapes de la dissolution et de la liquidation.

5.1. Première étape : constatation ou décision de dissolution

La dissolution résulte d’une cause légale, statutaire, volontaire ou judiciaire.

Dans la pratique juridique, il faut d’abord :

  • constater l’existence de la cause de dissolution ;
  • ou prendre la décision de dissoudre ;
  • puis organiser la suite des opérations.

Cette étape marque le passage d’une société « en activité » à une société « en liquidation ».

5.2. Deuxième étape : nomination du liquidateur

La liquidation suppose la désignation d’un liquidateur.

Cette nomination est centrale, car la société ne peut pas liquider seule son patrimoine : il faut une personne chargée d’agir en son nom.

5.3. Troisième étape : réalisation des opérations de liquidation

Le liquidateur accomplit les opérations nécessaires :

  • inventaire ou recensement des éléments patrimoniaux ;
  • recouvrement des créances ;
  • vente des biens ;
  • paiement des dettes ;
  • règlement des affaires en cours.

5.4. Quatrième étape : établissement du compte définitif de liquidation

Une fois les opérations réalisées, il faut déterminer le résultat de liquidation :

  • soit il reste un solde positif ;
  • soit le patrimoine est insuffisant ;
  • soit il n’y a ni excédent ni déficit notable.

Ce moment permet d’identifier :

  • la reprise des apports ;
  • le boni de liquidation ;
  • ou le mali de liquidation.

5.5. Cinquième étape : clôture de la liquidation

La liquidation prend fin lorsque toutes les opérations ont été achevées.

À cette date :

  • la société cesse définitivement d’exister ;
  • sa personnalité morale disparaît ;
  • les associés ont été répartis selon leurs droits ;
  • les créanciers ont été payés, dans la mesure du possible.

6. Le liquidateur : nomination, rôle et responsabilité civile

Le programme mentionne expressément :

  • la nomination du liquidateur ;
  • ses rôles ;
  • sa responsabilité civile.

6.1. Pourquoi un liquidateur ?

Après la dissolution, la société n’est plus gérée dans une logique d’exploitation normale. Il faut donc un acteur spécialisé chargé de conduire les opérations de fin de vie de la société.

Le liquidateur devient l’organe essentiel de la période de liquidation.

6.2. Nomination du liquidateur

Le liquidateur est la personne désignée pour représenter la société pendant la liquidation.

L’essentiel à retenir est qu’il doit être nommé afin que les tiers sachent :

  • qui représente la société ;
  • qui peut vendre les actifs ;
  • qui peut payer les créanciers ;
  • qui rend compte aux associés.

6.3. Les rôles du liquidateur

Le liquidateur a pour mission générale de mener à bien la liquidation. Ses rôles peuvent être présentés de manière chronologique.

A. Représenter la société pendant la liquidation

Il agit au nom de la société dissoute pour les besoins de la liquidation.

B. Réaliser l’actif

Cela signifie transformer les éléments d’actif en liquidités ou en valeurs disponibles.

Concrètement, il peut :

  • recouvrer les créances clients ;
  • vendre des immobilisations ;
  • céder des stocks ;
  • récupérer les sommes dues à la société.

C. Apurer le passif

Le liquidateur doit payer les dettes sociales dans l’ordre et selon les règles applicables.

Concrètement, il règle notamment :

  • les fournisseurs ;
  • les établissements de crédit ;
  • les dettes fiscales et sociales ;
  • les autres créanciers.

D. Rendre compte de la liquidation

Le liquidateur doit pouvoir justifier les opérations réalisées et présenter le résultat final de la liquidation.

E. Organiser la répartition entre associés

Une fois le passif apuré, il procède à la répartition du solde selon les droits de chacun.


6.4. La responsabilité civile du liquidateur

Le référentiel précise certains cas dans lesquels la responsabilité civile du liquidateur peut être engagée. Il faut les connaître précisément.

A. Non-respect des opérations de liquidation

Le liquidateur engage sa responsabilité civile s’il n’accomplit pas correctement les opérations de liquidation.

Pourquoi ? Parce qu’il a reçu mission d’agir dans l’intérêt de la liquidation, avec diligence et loyauté.

Exemple : Il néglige volontairement de recouvrer une créance importante ou vend des actifs dans des conditions manifestement préjudiciables.

B. Non-paiement des créanciers avant la répartition des fonds aux associés

C’est un point fondamental.

Le liquidateur ne peut pas distribuer les fonds aux associés tant que les créanciers n’ont pas été payés.

Pourquoi ? Parce que les créanciers ont un droit prioritaire sur le patrimoine social. Les associés n’ont vocation à recevoir un solde qu’après apurement du passif.

Exemple : Le liquidateur répartit la trésorerie entre les associés alors qu’un fournisseur important n’a pas été désintéressé. Sa responsabilité civile peut être engagée.

C. Retard injustifié dans la clôture de la liquidation

Le liquidateur ne doit pas laisser durer indéfiniment la liquidation sans raison sérieuse.

Pourquoi ? Parce qu’un retard injustifié peut causer un préjudice :

  • aux associés, qui attendent la répartition finale ;
  • aux créanciers, qui attendent paiement ;
  • aux tiers, qui ont besoin d’une situation claire.

D. Engagement de sa responsabilité par le créancier

Le référentiel précise que le créancier peut engager la responsabilité civile du liquidateur.

Cela signifie que le liquidateur peut être recherché personnellement lorsqu’une faute dans la conduite de la liquidation a causé un dommage à un créancier.


7. Les droits des créanciers pendant la dissolution et la liquidation

L’un des points expressément visés par la leçon est le sort des droits des créanciers.

7.1. Principe : les créanciers conservent leurs droits

La dissolution de la société ne fait pas disparaître les dettes.

Les créanciers conservent donc leurs droits contre la société en liquidation.

Pourquoi ? Parce que la personnalité morale subsiste pour les besoins de la liquidation. Il existe encore un patrimoine social qui doit servir prioritairement au paiement du passif.

7.2. Le patrimoine social reste affecté au paiement du passif

Pendant la liquidation, les biens sociaux ne sont pas librement distribuables entre associés.

Ils constituent d’abord le gage des créanciers.

Cette idée rejoint une logique déjà rencontrée dans l’étude du patrimoine et du droit de gage général : avant tout partage entre associés, il faut régler les dettes.

7.3. Interdiction de payer les associés avant les créanciers

Le liquidateur commet une faute s’il répartit les fonds entre associés avant paiement des créanciers.

Cette règle protège la confiance des tiers dans la société.

7.4. Conséquence pratique

Lorsqu’on analyse une situation, il faut toujours raisonner dans cet ordre :

  1. identifier l’actif disponible ;
  2. identifier le passif exigible ;
  3. vérifier si les créanciers ont été désintéressés ;
  4. seulement ensuite, envisager une répartition entre associés.

8. La reprise des apports

Le référentiel exige de connaître la reprise des apports.

8.1. Définition

La reprise des apports correspond à la restitution aux associés de ce qu’ils ont apporté à la société, dans la mesure où l’actif net le permet après paiement des dettes.

Il ne faut pas confondre :

  • reprise des apports ;
  • boni de liquidation.

La reprise des apports correspond à la récupération de la mise initiale ou de sa valeur de référence dans le cadre de la liquidation.

8.2. Pourquoi distinguer reprise des apports et boni ?

Parce que juridiquement et économiquement, ce n’est pas la même chose :

  • récupérer son apport, c’est retrouver ce que l’on avait investi ;
  • percevoir un boni, c’est recevoir plus que la simple reprise de son apport.

8.3. Logique de calcul

Après liquidation :

  • si l’actif disponible permet seulement de rembourser les apports, il n’y a pas de boni ;
  • si l’actif disponible dépasse le montant des apports à reprendre, il existe un boni ;
  • si l’actif disponible est insuffisant même pour reprendre les apports, il y a une perte pour les associés.

9. Boni et mali de liquidation

9.1. Le boni de liquidation

Le boni de liquidation est l’excédent qui subsiste après :

  • paiement des dettes ;
  • reprise des apports.

Il s’agit donc d’un solde positif répartissable entre les associés.

Pourquoi existe-t-il un boni ?

Parce que la société, une fois tout payé, dispose encore d’un surplus patrimonial.

Cela peut résulter :

  • d’une activité rentable accumulée au fil du temps ;
  • de réserves ;
  • d’une réalisation d’actifs à un bon niveau ;
  • d’un passif moins élevé que prévu.

Exemple simple

  • Actif disponible après réalisation : 200 000 €
  • Dettes à payer : 120 000 €
  • Solde après paiement du passif : 80 000 €
  • Apports à reprendre : 60 000 €
  • Boni de liquidation : 20 000 €

Les associés récupèrent d’abord leurs 60 000 € d’apports, puis se partagent les 20 000 € restants selon leurs droits.

9.2. Le mali de liquidation

Le mali de liquidation correspond à une insuffisance patrimoniale ou, plus largement, à une situation où la liquidation ne permet pas de restituer intégralement les apports, voire de faire face convenablement à l’ensemble des engagements selon la structure patrimoniale disponible.

Dans une approche pédagogique simple :

  • il n’y a pas de surplus à partager ;
  • les associés supportent une perte ;
  • ils ne récupèrent pas intégralement leurs apports.

Exemple simple

  • Actif disponible après réalisation : 90 000 €
  • Dettes : 50 000 €
  • Solde après paiement du passif : 40 000 €
  • Apports à reprendre : 70 000 €
  • Mali de liquidation : 30 000 €

Les associés ne récupèrent que 40 000 € au total sur 70 000 € d’apports.


10. Les effets de la dissolution et de la liquidation

Le référentiel distingue les effets de la dissolution et de la liquidation sur :

  • la personnalité morale ;
  • le mandat social ;
  • les droits des créanciers ;
  • le boni et le mali de liquidation ;
  • la reprise des apports.

Nous pouvons maintenant les synthétiser clairement.

10.1. Effets sur la personnalité morale

Au moment de la dissolution

La personnalité morale ne disparaît pas immédiatement. La société subsiste pour les besoins de la liquidation.

À la clôture de la liquidation

La personnalité morale prend fin.

Pourquoi cette solution ? Parce qu’il serait impossible de liquider un patrimoine sans sujet de droit pour agir, vendre, payer et répartir.

10.2. Effets sur le mandat social

La dissolution met fin au fonctionnement normal des organes de direction.

Le mandat social du dirigeant prend fin, et le liquidateur prend le relais pour les besoins de la liquidation.

10.3. Effets sur les droits des créanciers

Les créanciers conservent leurs droits.

Le patrimoine social reste affecté prioritairement au paiement du passif. Les associés ne peuvent recevoir quelque chose qu’après désintéressement des créanciers.

10.4. Effets patrimoniaux pour les associés

Selon le résultat de liquidation, les associés peuvent :

  • récupérer leurs apports ;
  • recevoir en plus un boni de liquidation ;
  • ou subir une perte correspondant à un mali de liquidation.

11. Méthode d’analyse d’une situation de dissolution-liquidation

Pour qualifier le cadre juridique du client dans une situation pratique, il faut adopter un raisonnement structuré.

Étape 1 : identifier la cause de dissolution

Posez-vous la question :

  • la société arrive-t-elle à son terme ?
  • les associés ont-ils décidé une dissolution anticipée ?
  • l’objet social a-t-il disparu ?
  • existe-t-il une décision de justice ?

Étape 2 : vérifier si la liquidation est ouverte

Une fois la dissolution acquise, la société entre en liquidation.

Étape 3 : identifier le liquidateur

Il faut déterminer :

  • s’il a été nommé ;
  • quel est son rôle ;
  • s’il a correctement exécuté sa mission.

Étape 4 : examiner le sort des créanciers

Toujours vérifier :

  • quelles dettes subsistent ;
  • si elles ont été payées ;
  • si des fonds ont été répartis trop tôt aux associés.

Étape 5 : déterminer le résultat de liquidation

Comparer :

  • actif disponible après réalisation ;
  • dettes à payer ;
  • montant des apports à reprendre.

On peut alors conclure à :

  • une simple reprise des apports ;
  • un boni de liquidation ;
  • un mali de liquidation.

Étape 6 : apprécier les effets finaux

Demandez-vous enfin :

  • la personnalité morale subsiste-t-elle encore ?
  • le mandat social a-t-il cessé ?
  • la liquidation est-elle clôturée ?

12. Exemple d’application guidé

Situation

La société Alizé SARL cesse son activité. Les associés décident de mettre fin à la société avant le terme prévu. Un liquidateur est nommé.

À la date de liquidation :

  • les biens et créances réalisés rapportent 150 000 € ;
  • les dettes sociales s’élèvent à 100 000 € ;
  • les apports à reprendre représentent 40 000 €.

Analyse étape par étape

1. Cause de dissolution

Il s’agit d’une dissolution anticipée décidée par les associés.

2. Conséquence immédiate

La société est dissoute mais subsiste pour les besoins de la liquidation.

3. Rôle du liquidateur

Le liquidateur doit :

  • réaliser l’actif ;
  • apurer le passif ;
  • répartir le solde.

4. Paiement des créanciers

Sur les 150 000 €, il faut d’abord payer les 100 000 € de dettes.

Reste : 50 000 €.

5. Reprise des apports

Les associés récupèrent ensuite leurs apports : 40 000 €.

Reste : 10 000 €.

6. Résultat

Les 10 000 € restants constituent un boni de liquidation.

7. Effet final

Une fois la liquidation clôturée, la société disparaît définitivement.


13. Exemple d’erreur du liquidateur

Situation

Le liquidateur d’une société dissoute dispose de 60 000 € en trésorerie. Il verse 30 000 € aux associés alors qu’il reste 25 000 € dus à un créancier fournisseur et 20 000 € à l’administration fiscale.

Qualification

Le liquidateur a commis une faute : il a procédé à une répartition des fonds aux associés avant paiement des créanciers.

Conséquence

Sa responsabilité civile peut être engagée, notamment par les créanciers lésés.

Pourquoi ?

Parce que le patrimoine social en liquidation doit d’abord servir à apurer le passif. Les associés sont servis en dernier.


14. Points d’attention pour éviter les confusions

14.1. Dissolution ≠ disparition immédiate

La dissolution ouvre la liquidation ; elle n’efface pas instantanément la société.

14.2. Liquidation ≠ simple fermeture administrative

La liquidation est une opération juridique et patrimoniale complexe : il faut réaliser l’actif, payer le passif, puis répartir.

14.3. Dirigeant ≠ liquidateur

Le dirigeant gérait l’activité normale ; le liquidateur gère la fin de vie de la société.

14.4. Apports ≠ boni

  • reprise des apports : restitution de la mise ;
  • boni : surplus après remboursement des apports ;
  • mali : insuffisance, donc perte pour les associés.

14.5. Associés ≠ créanciers

Les créanciers doivent être payés avant toute répartition aux associés.


15. Synthèse générale

La dissolution met fin à la vie sociale normale de la société, mais n’entraîne pas sa disparition immédiate. Elle ouvre la liquidation, période pendant laquelle la société subsiste pour les besoins de l’apurement de sa situation patrimoniale.

Les causes de dissolution peuvent être variées : arrivée du terme, réalisation ou extinction de l’objet social, décision des associés, cause statutaire ou décision de justice.

La liquidation suppose la nomination d’un liquidateur, qui remplace les dirigeants pour conduire les opérations nécessaires. Son rôle consiste principalement à :

  • représenter la société ;
  • réaliser l’actif ;
  • apurer le passif ;
  • rendre compte ;
  • répartir le solde entre les associés.

Sa responsabilité civile peut être engagée en cas de faute, notamment s’il ne respecte pas les opérations de liquidation, s’il paie les associés avant les créanciers, ou s’il retarde injustement la clôture.

Pendant toute la liquidation, les créanciers conservent leurs droits. Le patrimoine social demeure affecté prioritairement au paiement du passif.

Au terme des opérations, on distingue :

  • la reprise des apports ;
  • le boni de liquidation, lorsqu’il existe un excédent après paiement des dettes et remboursement des apports ;
  • le mali de liquidation, lorsque l’actif restant est insuffisant.

Enfin, la clôture de la liquidation met fin à la personnalité morale de la société. C’est seulement à ce moment que la société disparaît définitivement.


Mémo

À retenir absolument

  • Dissolution : met fin à la vie sociale normale.
  • Liquidation : réalise l’actif, apure le passif, répartit le solde.
  • La société dissoute subsiste pour les besoins de la liquidation.
  • Le mandat social des dirigeants cesse ; le liquidateur prend le relais.
  • Les créanciers sont payés avant les associés.
  • Reprise des apports : restitution de la mise.
  • Boni de liquidation : surplus après reprise des apports.
  • Mali de liquidation : insuffisance entraînant une perte pour les associés.
  • La personnalité morale disparaît à la clôture de la liquidation.

Formule de raisonnement pratique

  1. Identifier la cause de dissolution.
  2. Vérifier l’ouverture de la liquidation.
  3. Identifier le liquidateur.
  4. Contrôler le paiement des créanciers.
  5. Calculer le solde final.
  6. Conclure : reprise des apports / boni / mali.
  7. Vérifier si la liquidation est clôturée.

Mini tableau récapitulatif

| Notion | Idée essentielle | |---|---| | Dissolution | Fin de la vie sociale normale | | Liquidation | Règlement patrimonial de la société | | Liquidateur | Représente la société pendant la liquidation | | Créanciers | Prioritaires sur les associés | | Reprise des apports | Restitution des apports si possible | | Boni de liquidation | Excédent après apurement du passif et reprise des apports | | Mali de liquidation | Insuffisance patrimoniale / perte pour les associés | | Clôture de liquidation | Fin définitive de la personnalité morale |