Secours, homme à la mer et détresse
Organiser les rôles à bord, récupérer une personne tombée à l’eau, pratiquer les bons réflexes face à une détresse et appliquer les premiers secours adaptés aux accidents fluviaux.
Objectifs d’apprentissage
À la fin de cette leçon, vous devez être capable de :
- assurer la sécurité individuelle et collective de l’équipage en situation dégradée ;
- organiser une procédure de prévention et d’intervention en cas de chute à la mer ;
- récupérer une personne tombée à l’eau en contrôlant la trajectoire, la vitesse et l’erre du bateau ;
- mettre en œuvre le système de remontée à bord sans aggraver l’accident ;
- passer un appel de détresse, d’urgence ou de sécurité avec la VHF en respectant la terminologie officielle ;
- résumer en moins de 2 minutes la procédure d’appel d’urgence via VHF ;
- appliquer les bons réflexes du chef de bord en cas de danger grave ou de détresse ;
- appliquer les gestes de premiers secours adaptés aux accidents fluviaux ;
- connaître le principe de base de l’assistance, les moyens qui peuvent être engagés et les conséquences d’un déclenchement abusif ;
- gérer les situations d’urgence en écluse ;
- préparer à l’avance la trousse de secours, le kit de sécurité, les dispositifs d’alerte, les contacts d’urgence et les documents utiles.
1. Le principe général : sauver sans créer un second accident
En navigation fluviale, une urgence se dégrade souvent très vite : chute à l’eau dans un courant, malaise à bord, blessure lors d’une manœuvre, perte de contrôle en écluse, voie d’eau, incendie, collision ou échouage avec risque humain.
Le premier réflexe du chef de bord n’est pas de « faire quelque chose vite », mais de faire les bonnes actions dans le bon ordre.
Les 5 principaux risques en navigation fluviale à connaître par cœur
Dans le cadre de cette leçon, retenez particulièrement ces risques majeurs, car ils exigent une réaction immédiate :
- Chute d’une personne à l’eau ;
- Collision ou abordage avec blessés ou risque de chute ;
- Incendie ou fumées à bord ;
- Voie d’eau / envahissement mettant en danger les personnes ;
- Perte de contrôle du bateau dans une zone contrainte, notamment en écluse, près d’un barrage, d’un pont, d’un quai ou dans un chenal à courant.
Pourquoi ces cinq risques ? Parce qu’ils combinent souvent :
- une menace immédiate pour les personnes ;
- un temps de réaction très court ;
- une nécessité de coordination de l’équipage ;
- le besoin éventuel d’une communication de détresse ou de sécurité.
La méthode d’action du chef de bord
Face à une urgence, le chef de bord doit :
- Observer : que se passe-t-il exactement ?
- Prioriser : quel danger menace d’abord les personnes ?
- Protéger : éviter l’aggravation immédiate ;
- Alerter : équipage, autorités, secours si nécessaire ;
- Secourir : agir avec méthode ;
- Rendre compte : noter l’événement, faire les déclarations nécessaires.
C’est là qu’intervient l’esprit d’observation et la prise de décision en situation de stress. Un chef de bord efficace n’est pas celui qui s’agite, mais celui qui garde une vision claire, donne des ordres simples et vérifie leur exécution.
2. Prévenir avant l’urgence : organisation de bord et matériel prêt
La meilleure gestion d’un accident commence avant le départ.
2.1 Dispositifs d’alerte et de communication : quoi vérifier ?
Vous devez planifier et vérifier les dispositifs d’alerte et de communication avant chaque sortie :
- VHF en état de fonctionnement ;
- alimentation électrique disponible ;
- canaux utiles connus pour la zone ;
- téléphone chargé, mais considéré comme complémentaire et non principal ;
- liste des contacts d’urgence et autorités de la zone ;
- documents de bord accessibles ;
- position de la trousse de secours connue de tous.
2.2 Où trouver rapidement la réglementation locale, les cartes et les contacts d’urgence ?
Avant de naviguer, le chef de bord doit savoir où trouver rapidement :
- la réglementation locale de la voie empruntée ;
- la carte fluviale utile à la zone ;
- les contacts d’urgence et services compétents ;
- les consignes particulières liées aux écluses, ponts ou zones réglementées.
En situation réelle, perdre du temps à chercher un numéro, un nom de secteur ou une position peut retarder l’alerte.
2.3 Trousse de secours et kit de sécurité prédéfinis
Vous devez avoir à bord une trousse de secours et un kit de sécurité prédéfinis, vérifiés avant chaque sortie.
La trousse doit rester :
- accessible rapidement ;
- protégée de l’humidité ;
- connue de l’équipage ;
- contrôlée régulièrement.
Le kit de sécurité utile à cette leçon comprend notamment :
- gilets ou dispositifs de flottabilité ;
- moyen de repérage visuel ;
- dispositif de remontée à bord ;
- moyen de communication ;
- matériel de premiers secours ;
- éventuellement matériel de remorquage ou d’assistance de proximité selon le bateau.
2.4 Briefing sécurité avant départ
Avant toute sortie, surtout avec des passagers peu expérimentés, le chef de bord doit expliquer :
- où sont les gilets ;
- qui fait quoi en cas d’homme à la mer ;
- qui utilise la VHF ;
- qui lance un dispositif flottant ;
- qui garde le contact visuel avec la victime ;
- comment embarquer et débarquer sans risque.
Cette préparation répond à l’objectif : assurer la sécurité individuelle et collective de l’équipage.
3. Chute à la mer : prévention et procédure immédiate
En eaux intérieures, on parle souvent d’homme à la mer même si la chute survient en rivière, canal ou bassin. Le danger est souvent sous-estimé. Pourtant, une personne tombée à l’eau peut :
- dériver rapidement avec le courant ;
- être aspirée vers une berge, un quai, un ouvrage ou une hélice ;
- se fatiguer très vite, même à faible distance ;
- subir un choc thermique ou une blessure.
3.1 Prévention de la chute à l’eau
La prévention repose sur des règles simples :
- déplacements limités pendant les manœuvres ;
- une seule personne agit, les autres restent stables ;
- port du gilet quand les conditions l’exigent ;
- prudence aux passages d’écluse, à quai, sur les passerelles ;
- mains et pieds jamais placés entre le bateau et un obstacle ;
- interdiction de s’asseoir sur les plats-bords ou de se pencher inutilement.
4. Procédure homme à la mer : les actions dans l’ordre
4.1 Avertir immédiatement l’équipage
L’équipier ou le chef de bord doit avertir l’équipage sans délai :
- crier clairement : « Homme à la mer ! » ;
- désigner la victime ;
- attribuer les rôles.
C’est une exigence essentielle : être capable d’avertir l’équipage et de décrire la manœuvre de récupération.
4.2 Répartition des rôles
Le chef de bord organise immédiatement :
- un veilleur visuel : ne quitte jamais la victime des yeux ;
- un équipier matériel : prépare gaffe, moyen de remontée, trousse ;
- un opérateur VHF si la situation l’exige ;
- le pilote : manœuvre le bateau.
Si vous êtes seul à bord, vous devez cumuler ces fonctions, d’où l’importance d’une procédure très simple.
4.3 Protéger la victime
Actions immédiates :
- lancer un dispositif flottant si disponible ;
- s’éloigner de l’hélice de la victime ;
- éviter toute manœuvre brutale ;
- garder la victime du côté visible.
4.4 Casser l’erre du bateau
Le bateau conserve une vitesse résiduelle même si vous réduisez les gaz. Il faut donc casser l’erre pour reprendre le contrôle et éviter de dépasser dangereusement la victime.
Pourquoi ?
Parce qu’un bateau lancé continue sur son élan. En rivière ou canal, cet élan se combine au courant. Si vous ne cassez pas l’erre :
- vous vous éloignez de la personne ;
- vous risquez de la perdre de vue ;
- vous créez un risque d’hélice.
Comment ?
- réduire immédiatement la propulsion ;
- utiliser le point mort si nécessaire ;
- adapter ensuite la manœuvre de retour ;
- employer la marche arrière avec discernement selon la position de la victime et la sécurité de l’hélice.
Cette compétence est explicitement attendue : être capable de casser l’erre du bateau.
4.5 Décrire la manœuvre avant de l’exécuter
Même dans l’urgence, le chef de bord doit annoncer simplement :
- « Je réduis » ;
- « Je reviens par l’aval / par le côté sûr » ;
- « Garde-la en vue » ;
- « Prépare la remontée ».
Cette verbalisation réduit les erreurs et rassure l’équipage.
5. Manœuvre de récupération : comment revenir sur la victime
5.1 Principes généraux
Pour récupérer une personne tombée à l’eau, il faut :
- conserver le contact visuel ;
- revenir avec une vitesse minimale ;
- garder la maîtrise de la trajectoire ;
- éviter de mettre la victime sous le vent, sous le courant ou près de l’hélice.
5.2 Atteindre la personne en contrôlant l’erre
L’objectif officiel est d’atteindre l’objet flottant ou la victime en contrôlant l’erre, la position du bateau et la propulsion du moteur.
Concrètement :
- Réduire immédiatement ;
- S’écarter de la victime pour éviter l’hélice ;
- Revenir en trajectoire maîtrisée ;
- Approcher lentement ;
- Finir sans vitesse excessive.
Le plus important n’est pas la rapidité pure, mais le contrôle final.
5.3 Avec courant : principe d’approche
En eaux intérieures, le courant modifie tout. Il faut anticiper la dérive de la victime et du bateau.
En règle générale, l’approche se prépare de façon à :
- ne pas arriver trop vite ;
- garder le bateau gouvernable ;
- éviter d’être poussé sur la victime.
Le chef de bord doit observer :
- le sens du courant ;
- la proximité d’une berge, d’un quai, d’un ouvrage ;
- la présence d’autres usagers.
5.4 En canal étroit
Le risque principal est de manquer de place et de surcorriger. Il faut alors :
- ralentir davantage ;
- utiliser de petits ordres de barre ;
- éviter les grands virages ;
- prévenir les autres usagers si nécessaire.
5.5 En zone d’écluse ou d’ouvrage
Si la chute survient près d’une écluse, d’un pont ou d’un barrage, la priorité absolue est d’éviter l’entraînement vers la zone dangereuse. Selon la situation, il peut être nécessaire d’alerter immédiatement l’éclusier ou les secours plutôt que de tenter une récupération improvisée si celle-ci met tout le monde en danger.
6. La remontée à bord : une phase souvent plus difficile que l’approche
Une fois la victime atteinte, beaucoup pensent que le plus dur est fait. En réalité, la remontée à bord est souvent la phase la plus délicate.
6.1 Mettre en œuvre le système de remontée à bord
Vous devez être capable de mettre en œuvre le système de remontée à bord prévu sur le bateau.
Les principes sont :
- sécuriser le bateau ;
- couper ou neutraliser le danger lié à la propulsion si nécessaire ;
- stabiliser la victime ;
- utiliser le moyen de remontée disponible ;
- éviter de blesser davantage la personne.
6.2 Points de vigilance
- ne pas faire passer la victime près de l’hélice ;
- ne pas la hisser brutalement ;
- protéger la tête et les membres ;
- tenir compte d’une possible blessure, hypothermie ou noyade incomplète ;
- si plusieurs équipiers sont présents, coordonner l’effort.
6.3 Si la victime est consciente
- lui parler calmement ;
- lui demander de participer si elle le peut ;
- l’aider à se positionner correctement ;
- éviter les gestes brusques.
6.4 Si la victime est inconsciente ou très affaiblie
La remontée devient une opération de secours. Il faut :
- demander de l’aide immédiatement ;
- préparer les premiers secours dès la remontée ;
- limiter les manipulations inutiles ;
- alerter les services compétents sans attendre.
7. Premiers secours adaptés aux accidents fluviaux
Cette leçon ne remplace pas une formation de secourisme, mais vous devez savoir appliquer les gestes de premiers secours adaptés aux accidents fluviaux.
7.1 Les situations les plus fréquentes
En contexte fluvial, les accidents typiques sont :
- hémorragie après choc ou coupure ;
- noyade ou inhalation d’eau ;
- hypothermie après immersion ;
- traumatisme lors d’une chute sur le quai, à bord ou en écluse ;
- malaise lié au stress, à la fatigue ou à la chaleur.
7.2 Hémorragie
Une hémorragie peut tuer en quelques minutes.
Conduite générale :
- protéger la victime et le secouriste ;
- exercer une compression adaptée si possible ;
- faire alerter les secours ;
- surveiller l’état de conscience.
7.3 Noyade ou inhalation d’eau
Une personne sortie de l’eau peut rester en danger même si elle parle.
Conduite générale :
- la mettre en sécurité ;
- vérifier conscience et respiration ;
- alerter rapidement ;
- surveiller en permanence ;
- couvrir pour éviter le refroidissement.
7.4 Hypothermie
Même en eau intérieure, l’immersion refroidit vite.
Signes possibles :
- frissons ;
- maladresse ;
- confusion ;
- fatigue intense.
Conduite générale :
- retirer de l’eau ;
- sécher et couvrir ;
- protéger du vent ;
- éviter les efforts inutiles ;
- demander un avis médical ou des secours selon l’état.
7.5 Traumatisme
Après une chute à l’eau ou contre un quai, un ponton ou une paroi d’écluse, la victime peut présenter un traumatisme.
Conduite générale :
- éviter les mouvements inutiles ;
- surveiller douleur, saignement, conscience ;
- alerter si doute ;
- ne pas forcer la remise debout.
7.6 Le rôle du chef de bord
Le chef de bord doit :
- faire cesser le danger ;
- organiser l’équipage ;
- alerter ;
- assister sans improvisation dangereuse ;
- noter l’heure, les faits, les gestes effectués.
8. Détresse, urgence, sécurité : bien utiliser les moyens d’alerte
8.1 Utiliser à bon escient les moyens de détresse
Tous les incidents ne relèvent pas d’un appel de détresse. Il faut utiliser à bon escient les moyens de détresse.
En pratique, on distingue :
- détresse : danger grave et imminent pour les personnes ou le bateau ;
- urgence : situation sérieuse demandant assistance rapide ;
- sécurité : message de prévention ou d’information important pour la navigation.
Le chef de bord doit choisir le bon niveau pour ne pas saturer les moyens de secours, tout en n’attendant pas trop quand la vie humaine est menacée.
8.2 Maîtriser l’utilisation de la VHF
La VHF est l’outil de communication adapté aux situations de sécurité en navigation. Vous devez la maîtriser avec la terminologie officielle.
Cela implique de savoir :
- identifier le type de message ;
- annoncer correctement le bateau ;
- donner la position ;
- décrire la nature de l’urgence ;
- indiquer le nombre de personnes concernées ;
- préciser l’aide demandée.
8.3 Communications liées à la détresse et à la sécurité
Les communications liées à la détresse et à la sécurité doivent être :
- courtes ;
- claires ;
- ordonnées ;
- répétables si nécessaire.
Il faut éviter :
- les phrases longues ;
- le vocabulaire flou ;
- les informations inutiles ;
- les cris ou échanges simultanés.
9. Passer un appel de détresse, d’urgence ou de sécurité
9.1 Informations indispensables
Avant d’émettre, rassemblez mentalement :
- identité du bateau ;
- position ou zone ;
- nature du problème ;
- gravité ;
- nombre de personnes à bord ou concernées ;
- assistance demandée.
9.2 Procédure de base à retenir en moins de 2 minutes
Vous devez pouvoir résumer en moins de 2 minutes la procédure d’appel d’urgence via VHF.
Formule pratique :
- Identifier : nom du bateau ;
- Localiser : où êtes-vous ? ;
- Qualifier : détresse, urgence ou sécurité ;
- Décrire : homme à la mer, blessé, incendie, perte de contrôle, etc. ;
- Compter : nombre de personnes ;
- Demander : assistance, secours, consignes.
9.3 Exemple de message clair
« Ici bateau Nom du bateau. Nous sommes sur [zone/repère]. Homme à la mer récupéré mais victime inconsciente. [Nombre] personnes à bord. Demandons assistance médicale immédiate. »
Ou :
« Ici bateau Nom du bateau. Nous sommes à l’approche de l’écluse [nom si connu]. Perte de contrôle, risque pour les personnes. Demandons assistance immédiate. »
L’essentiel est d’être compréhensible immédiatement.
9.4 Exercice d’évacuation et d’appel d’urgence
Vous devez savoir réaliser un exercice d’évacuation et d’appel d’urgence.
Un exercice simple comprend :
- annonce de l’incident ;
- attribution des rôles ;
- simulation d’appel VHF ;
- préparation à l’accueil des secours ;
- regroupement des personnes ;
- vérification qu’aucun passager ne manque.
10. Assistance : ce que cela signifie réellement
10.1 Principe de base de l’assistance
Vous devez être capable de présenter succinctement le principe de base de l’assistance.
L’idée centrale est simple :
- assistance aux personnes : priorité absolue ;
- assistance aux biens : secondaire par rapport à la vie humaine.
Autrement dit, on sauve d’abord les personnes, ensuite le bateau si cela reste possible sans danger excessif.
10.2 Moyens humains et matériels susceptibles d’être engagés
En cas de détresse ou d’urgence, différents moyens peuvent être engagés selon la zone et la gravité :
- services de secours ;
- autorités fluviales ;
- personnel d’écluse ou gestionnaires de voie ;
- autres bateaux à proximité ;
- moyens médicaux à terre ;
- moyens de remorquage ou d’assistance technique.
Le chef de bord doit être capable de décrire les moyens humains et matériels susceptibles d’être engagés sans imaginer qu’il sera toujours secouru instantanément. D’où l’importance d’une première réaction autonome à bord.
10.3 Conséquences d’un déclenchement abusif
Un déclenchement abusif d’un signal de détresse est grave.
Pourquoi ?
- il mobilise inutilement des moyens de secours ;
- il peut retarder un secours réel ;
- il engage la responsabilité du chef de bord ;
- il peut entraîner des suites administratives, civiles ou pénales selon la situation.
Il faut donc alerter sans hésiter quand c’est nécessaire, mais sans banaliser la détresse.
11. Les bonnes réactions du chef de bord en cas de danger grave ou de détresse
Le chef de bord doit garder la maîtrise de la situation humaine, matérielle et réglementaire.
Réactions attendues
- faire porter ou vérifier les gilets si nécessaire ;
- réduire le danger immédiat ;
- compter les personnes ;
- attribuer des tâches simples ;
- utiliser la VHF si la situation le justifie ;
- préparer l’accès aux secours ;
- surveiller l’évolution ;
- éviter toute panique.
Ce qu’il ne faut pas faire
- crier des ordres contradictoires ;
- laisser plusieurs personnes piloter ;
- se précipiter sans analyse ;
- oublier de surveiller la victime ;
- négliger la propulsion et l’erre du bateau ;
- couper toute communication avec l’extérieur si l’assistance est nécessaire.
12. Urgence en écluse : cas particulier à haut risque
Les situations d’urgence en écluse sont spécifiques, car l’espace est restreint et les parois, bollards, amarres et variations de niveau augmentent les risques.
12.1 Dangers typiques
- chute d’une personne à l’eau ;
- bateau plaqué contre une paroi ;
- amarre coincée ou cassée ;
- perte de contrôle à l’entrée ou à la sortie ;
- panique d’un passager ;
- blessure par coincement.
12.2 Réaction du chef de bord
En cas d’urgence en écluse :
- prévenir immédiatement l’éclusier ou le personnel si présent ;
- faire cesser la manœuvre dangereuse ;
- protéger les personnes avant le matériel ;
- éviter les gestes brusques sur les amarres ;
- utiliser la communication pour coordonner l’aide.
12.3 Si une personne tombe à l’eau en écluse
La situation est critique. Il faut :
- alerter immédiatement ;
- garder le contact visuel ;
- éloigner le bateau si cela protège la victime ;
- éviter de faire tourner l’hélice près d’elle ;
- suivre les consignes du personnel d’écluse ;
- préparer la récupération ou l’intervention des secours.
Ici plus qu’ailleurs, l’improvisation est dangereuse.
13. Responsabilités civiles et pénales après accident ou infraction
Vous devez comprendre les responsabilités civiles et pénales en cas d’accident ou d’infraction.
13.1 Responsabilité civile
Elle concerne la réparation des dommages causés :
- dommages à une personne ;
- dommages à un autre bateau ;
- dommages à un ouvrage ;
- dommages matériels divers.
Après un accident, le chef de bord peut devoir :
- identifier les faits ;
- faire une déclaration ;
- coopérer avec l’assurance ;
- conserver les éléments utiles.
13.2 Responsabilité pénale
Elle peut être engagée si le comportement du chef de bord constitue une infraction :
- imprudence grave ;
- non-respect des règles ;
- défaut d’assistance ;
- usage abusif d’un signal de détresse ;
- mise en danger d’autrui.
13.3 Pourquoi cela compte dans une leçon de secours ?
Parce qu’en situation d’urgence, vos décisions ont des conséquences humaines et juridiques. Un chef de bord responsable :
- agit ;
- alerte ;
- porte assistance ;
- respecte les procédures ;
- ne dissimule pas l’accident.
14. Exercices pratiques obligatoires à maîtriser
Cette leçon s’inscrit dans les exercices pratiques obligatoires de la formation.
14.1 Exercice 1 : annonce homme à la mer
Objectif : automatiser l’alerte.
Étapes :
- un équipier simule la chute ;
- annonce immédiate ;
- désignation d’un veilleur ;
- préparation du retour.
14.2 Exercice 2 : casser l’erre
Objectif : sentir l’inertie du bateau.
Étapes :
- navigation à vitesse modérée ;
- réduction de propulsion ;
- observation de la distance parcourue ;
- adaptation de la manœuvre.
14.3 Exercice 3 : récupération d’un objet flottant
Objectif : reproduire la récupération d’une personne.
Étapes :
- lancer un objet flottant ;
- garder le visuel ;
- revenir sans vitesse excessive ;
- approcher en sécurité ;
- saisir l’objet.
14.4 Exercice 4 : remontée à bord
Objectif : connaître le matériel réel du bord.
Étapes :
- identifier le système ;
- le préparer ;
- simuler la remontée ;
- vérifier que tout l’équipage sait l’utiliser.
14.5 Exercice 5 : appel VHF simulé
Objectif : savoir parler clairement.
Étapes :
- choisir un scénario ;
- formuler le message ;
- donner position, nature, nombre de personnes, aide demandée ;
- corriger les hésitations.
14.6 Exercice 6 : évacuation / regroupement
Objectif : préparer une situation grave.
Étapes :
- rassembler les passagers ;
- distribuer les rôles ;
- vérifier les gilets ;
- simuler l’attente des secours.
15. Études de cas
Cas 1 : passager tombé à l’eau lors d’un accostage
- Le passager veut sauter sur le quai trop tôt.
- Il glisse et tombe entre le bateau et le quai.
Réaction correcte :
- crier « Homme à la mer ! » ;
- stopper la manœuvre ;
- protéger de l’hélice ;
- garder le visuel ;
- remonter la victime sans coincement.
Cas 2 : malaise après récupération
- La victime est remontée à bord mais devient confuse et grelotte.
Réaction correcte :
- couvrir ;
- surveiller conscience et respiration ;
- alerter ;
- préparer l’accueil des secours.
Cas 3 : urgence en écluse
- Une amarre se coince, le bateau se met en travers, un passager panique.
Réaction correcte :
- ordre clair ;
- alerte immédiate au personnel ;
- priorité aux personnes ;
- éviter toute traction dangereuse ;
- reprendre le contrôle seulement quand la situation humaine est sécurisée.
16. Erreurs fréquentes
- ne pas annoncer l’homme à la mer ;
- quitter la victime des yeux ;
- revenir trop vite ;
- oublier de casser l’erre ;
- utiliser la marche arrière sans tenir compte de la victime ;
- ne pas préparer la remontée à bord ;
- faire un appel VHF confus ;
- attendre trop longtemps avant d’alerter ;
- déclencher une détresse pour un simple inconfort ;
- négliger la surveillance après récupération.
17. Check-list opérationnelle d’urgence
Chute à l’eau
- [ ] Crier « Homme à la mer ! »
- [ ] Garder le contact visuel
- [ ] Lancer un moyen flottant si possible
- [ ] Casser l’erre
- [ ] Revenir en sécurité
- [ ] Approcher lentement
- [ ] Mettre en œuvre la remontée à bord
- [ ] Faire les premiers secours
- [ ] Alerter si nécessaire
Appel VHF
- [ ] Identifier le bateau
- [ ] Donner la position
- [ ] Décrire la nature de la situation
- [ ] Indiquer le nombre de personnes
- [ ] Préciser l’aide demandée
- [ ] Rester clair et bref
Urgence en écluse
- [ ] Alerter immédiatement le personnel / les secours compétents
- [ ] Protéger les personnes
- [ ] Stopper la manœuvre dangereuse
- [ ] Surveiller amarres et position du bateau
- [ ] Préparer assistance et premiers secours
18. Mémo de fin de leçon
À retenir absolument
- En urgence, protéger, alerter, secourir dans cet ordre logique.
- Pour un homme à la mer, il faut annoncer, garder le visuel, casser l’erre, revenir lentement, remonter à bord, surveiller la victime.
- La VHF doit être utilisée avec des messages courts, clairs, structurés.
- Il faut savoir distinguer détresse, urgence et sécurité.
- L’assistance aux personnes passe avant l’assistance au bateau.
- En écluse, toute urgence est aggravée par l’espace restreint et les parois : on alerte vite et on évite l’improvisation.
- Le chef de bord engage sa responsabilité civile et pénale s’il agit avec négligence, enfreint les règles ou déclenche abusivement une alerte.
- Une trousse de secours, un kit de sécurité, des contacts d’urgence et des dispositifs de communication vérifiés sont indispensables avant le départ.
19. Questions pratiques
QCM
- Lors d’une chute à l’eau, la première action est généralement :
- A. Accélérer pour revenir plus vite
- B. Crier « Homme à la mer ! » et organiser l’équipage
- C. Chercher la trousse de secours
- D. Couper tous les appareils
Réponse : B
- « Casser l’erre » signifie :
- A. Tourner brutalement
- B. Laisser filer le bateau
- C. Réduire l’élan résiduel du bateau pour reprendre le contrôle
- D. Jeter l’ancre immédiatement
Réponse : C
- En cas de détresse réelle, la VHF doit transmettre un message :
- A. Long et détaillé
- B. Clair, bref et structuré
- C. Seulement si le téléphone ne fonctionne plus
- D. Après discussion entre tous les passagers
Réponse : B
- En assistance, la priorité est :
- A. Le sauvetage du moteur
- B. Le sauvetage des biens
- C. Les personnes
- D. Le respect de l’horaire d’arrivée
Réponse : C
Vrai / Faux
- Une personne récupérée de l’eau peut encore être en danger. Vrai
- Un déclenchement abusif d’alerte est sans conséquence. Faux
- En écluse, il faut d’abord sauver les amarres avant les personnes. Faux
- Le chef de bord doit savoir où trouver les contacts d’urgence avant le départ. Vrai
Mise en situation
Vous naviguez en rivière. Un passager tombe à l’eau à proximité d’un quai. Décrivez en 6 étapes votre conduite.
Éléments attendus :
- annonce immédiate ;
- contact visuel ;
- protection / moyen flottant ;
- casse de l’erre ;
- retour contrôlé ;
- remontée à bord et premiers secours.
20. Examen d’entraînement
Partie A – Théorie
- Citez les informations minimales à transmettre dans un appel VHF d’urgence.
- Expliquez la différence entre détresse, urgence et sécurité.
- Pourquoi faut-il casser l’erre lors d’une récupération d’homme à la mer ?
- Quelles sont les priorités du chef de bord en cas d’urgence en écluse ?
- Quelles conséquences peut avoir un déclenchement abusif d’un signal de détresse ?
Partie B – Procédure pratique
On vous demande de décrire la récupération d’une personne tombée à l’eau avec courant modéré.
Points évalués :
- annonce de l’incident ;
- organisation des rôles ;
- contrôle de l’erre ;
- approche sécurisée ;
- remontée à bord ;
- alerte et surveillance de la victime.
21. Cartes mémoire (flashcards)
- Homme à la mer : chute d’une personne à l’eau nécessitant une réaction immédiate, coordonnée et sécurisée.
- Casser l’erre : réduire l’élan du bateau pour reprendre la maîtrise de la manœuvre.
- Détresse : danger grave et imminent.
- Urgence : situation sérieuse demandant une aide rapide.
- Sécurité : message d’avertissement utile à la navigation.
- Assistance aux personnes : priorité absolue sur les biens.
- Chef de bord : organise, protège, alerte, secourt et rend compte.
- Urgence en écluse : situation à haut risque nécessitant alerte rapide et protection immédiate des personnes.