VHF, appels de sécurité et organisation du sauvetage
Utiliser correctement une VHF, le canal 16, les appels de détresse, d’urgence et de sécurité, l’ASN, le MMSI, l’alphabet phonétique et les contacts de secours.
Introduction
En navigation côtière, la VHF est un outil essentiel de sécurité. Elle permet de communiquer rapidement avec les autres navires, les autorités portuaires et surtout les organismes de secours. Savoir s’en servir correctement ne consiste pas seulement à appuyer sur un bouton : il faut connaître les voies, la priorité des messages, la forme des appels, l’alphabet phonétique, l’intérêt du MMSI et de l’ASN, ainsi que l’organisation générale du sauvetage en mer.
Cette leçon s’appuie sur les notions déjà vues sur la sécurité à bord, les signaux de détresse et les responsabilités du chef de bord. Ici, l’objectif est d’apprendre comment alerter, quoi dire, à qui parler, et comment aider les secours à vous localiser efficacement.
Objectifs d’apprentissage
À la fin de cette leçon, vous devez être capable de :
- expliquer l’intérêt d’une VHF par rapport au téléphone portable ;
- connaître les bases du service mobile maritime ;
- utiliser une VHF en respectant le canal 16 et l’étiquette radio ;
- distinguer un message de détresse, d’urgence et de sécurité ;
- formuler un MAYDAY clair et complet ;
- comprendre le rôle du MMSI et de l’appel sélectif numérique (ASN / DSC) ;
- transmettre une position de manière précise ;
- savoir qui contacter localement pour le sauvetage ;
- comprendre l’organisation du sauvetage en mer et les moyens susceptibles d’être engagés ;
- organiser à bord une communication claire avec l’équipage pendant une situation critique ;
- utiliser à bon escient les moyens de détresse, sans déclenchement abusif.
1. Pourquoi la VHF est indispensable en mer
1.1 La VHF : un moyen de communication de sécurité
La VHF est le moyen de communication de référence en navigation côtière pour les échanges de sécurité. Elle appartient au service mobile maritime, c’est-à-dire l’ensemble des communications radio utilisées entre navires, stations côtières et organismes de secours maritimes.
Son intérêt principal est simple :
- elle permet de lancer une alerte immédiatement ;
- elle est entendue par plusieurs acteurs à la fois si l’on émet sur une voie de veille adaptée ;
- elle permet des échanges rapides, courts et normalisés ;
- elle est conçue pour un usage maritime, avec des procédures claires ;
- elle peut, si elle est équipée de l’ASN, transmettre automatiquement une alerte numérique.
En cas de problème grave, le temps gagné grâce à une VHF bien utilisée peut être déterminant.
1.2 Les limites du téléphone portable
Le téléphone portable peut sembler pratique, mais il présente des limites importantes en mer :
- la couverture réseau peut être absente ou instable ;
- un appel n’est reçu que par un interlocuteur unique, alors qu’une VHF peut être entendue par plusieurs navires et stations ;
- il ne permet pas toujours une localisation rapide ;
- il est moins adapté à l’ambiance marine : humidité, batterie, chute à l’eau, manipulation avec stress ;
- il ne remplace pas les procédures radio maritimes normalisées.
Le téléphone portable peut être un complément, mais pas un substitut à la VHF pour la sécurité maritime.
1.3 Pourquoi se former à l’usage des moyens de communication embarqués
La VHF n’est utile que si l’on sait s’en servir. Une mauvaise manipulation peut :
- retarder les secours ;
- encombrer une voie de sécurité ;
- transmettre une position inexploitable ;
- créer de la confusion à bord.
D’où l’importance d’une formation à l’utilisation des moyens de communication embarqués. En situation réelle, le stress réduit les capacités d’improvisation. Les procédures doivent donc être connues à l’avance.
2. Les bases du service mobile maritime
2.1 Fréquences et voies
En VHF marine, on parle de voies (ou canaux d’utilisation). Chaque voie correspond à une fréquence attribuée à un usage donné.
Pour le permis côtier, il faut surtout retenir :
- la voie 16 : voie internationale de détresse, d’urgence, de sécurité et d’appel ;
- d’autres voies peuvent ensuite être utilisées pour dégager la voie 16 après le contact initial, selon les instructions reçues.
L’idée essentielle est la suivante :
- on appelle sur la voie adaptée, en particulier la voie 16 en cas de situation relevant de la sécurité ;
- si la situation ne nécessite pas de monopoliser cette voie, l’interlocuteur peut demander de basculer sur une autre voie.
2.2 Le canal 16 : son rôle exact
La voie 16 ne sert pas aux conversations ordinaires prolongées. C’est une voie prioritaire pour :
- la détresse ;
- l’urgence ;
- la sécurité ;
- les appels initiaux.
Il faut donc :
- écouter avant d’émettre ;
- parler brièvement ;
- ne pas bavarder ;
- libérer la voie dès que possible.
2.3 Priorité des communications
Toutes les communications n’ont pas la même importance. En mer, il existe un ordre de priorité :
- Détresse : danger grave et imminent, assistance immédiate nécessaire ;
- Urgence : situation sérieuse concernant un navire ou une personne, mais sans danger grave et imminent immédiat ;
- Sécurité : message important concernant la sécurité de la navigation ou des personnes.
Cette hiérarchie explique pourquoi il faut choisir le bon type d’appel. Employer un message de détresse pour un simple retard ou une panne mineure serait une erreur grave.
3. Les trois grands types d’appels : détresse, urgence, sécurité
3.1 L’appel de détresse : MAYDAY
Le message de détresse est utilisé lorsqu’un navire ou une personne est menacé par un danger grave et imminent et qu’une assistance immédiate est nécessaire.
Exemples typiques :
- homme à la mer non récupéré ;
- incendie incontrôlable ;
- voie d’eau importante ;
- risque de naufrage ;
- blessé grave mettant en jeu le pronostic vital.
Le mot international utilisé est : MAYDAY.
3.2 L’appel d’urgence : PAN PAN
Le message d’urgence concerne une situation sérieuse, mais qui n’atteint pas le niveau de détresse immédiate.
Exemples :
- panne moteur sans danger immédiat mais avec dérive préoccupante ;
- blessure nécessitant un avis médical sans péril vital immédiat ;
- problème technique important demandant assistance.
Le mot international utilisé est : PAN PAN.
3.3 Le message de sécurité : SÉCURITÉ
Le message de sécurité sert à diffuser une information importante pour la sécurité de la navigation.
Exemples :
- objet dangereux à la dérive ;
- visibilité soudainement très réduite ;
- information de navigation utile aux autres usagers.
Le mot d’annonce est : SÉCURITÉ.
3.4 Pourquoi il faut choisir le bon niveau
Choisir le bon message permet :
- de donner aux secours une évaluation correcte de la gravité ;
- d’éviter la saturation des voies de sécurité ;
- de préserver la crédibilité des appels ;
- de déclencher des moyens adaptés.
Utiliser à mauvais escient un moyen de détresse est une faute lourde. En mer, l’alerte doit être sincère, précise et proportionnée.
4. Comment utiliser concrètement une VHF
4.1 Avant d’émettre
Avant toute émission :
- mettre en marche la VHF ;
- vérifier le volume ;
- régler le squelch si nécessaire pour supprimer le souffle parasite ;
- sélectionner la voie 16 si l’on doit lancer un appel de sécurité ;
- écouter quelques secondes pour ne pas couper une communication prioritaire.
4.2 Règles de parole à la radio
Une bonne communication radio est :
- courte ;
- claire ;
- ordonnée ;
- sans mots inutiles.
Conseils pratiques :
- parler lentement ;
- articuler ;
- approcher correctement le micro sans le coller ;
- appuyer sur le bouton d’émission avant de parler ;
- relâcher le bouton dès la fin du message ;
- éviter les phrases longues ;
- utiliser des mots simples.
4.3 Étiquette radio
Respecter l’étiquette radio signifie notamment :
- ne pas interrompre un message prioritaire ;
- ne pas utiliser la VHF pour des échanges inutiles ;
- identifier clairement le navire appelé et le navire appelant ;
- suivre les consignes de changement de voie ;
- garder un ton calme et professionnel ;
- éviter toute plaisanterie ou faux message.
Cette discipline radio est essentielle, car la VHF est un outil collectif.
5. Le message de position : ce qu’il faut savoir dire
5.1 Pourquoi la position est capitale
Lors d’un appel de détresse, d’urgence ou même de sécurité, la position est souvent l’information la plus importante. Les secours ne peuvent intervenir efficacement que s’ils savent où vous êtes.
Une position imprécise peut entraîner :
- une perte de temps ;
- une zone de recherche trop large ;
- l’engagement de moyens supplémentaires ;
- un retard critique dans l’assistance.
5.2 Les éléments d’un message de position clair
Un message de position doit comporter autant que possible :
- le nom du bateau ;
- son immatriculation si nécessaire ;
- la position ;
- la nature du problème ;
- le nombre de personnes à bord ;
- toute information utile sur le danger immédiat.
5.3 Comment donner sa position
On peut indiquer sa position de plusieurs façons, selon les moyens disponibles :
- en latitude / longitude ;
- par rapport à un point remarquable connu ;
- à partir d’un point de carte clairement identifiable.
Exemples de formulation :
- « Position : 43 degrés 12 minutes Nord, 005 degrés 21 minutes Est » ;
- « À 1 mille dans le sud de l’entrée du port » ;
- « Au large de la pointe X, entre la cardinale et l’entrée du chenal ».
La règle est simple : donnez la position la plus précise et la plus exploitable possible.
5.4 Contrôler l’information avant de parler
Avant d’émettre, si la situation le permet, vérifiez :
- la lecture du GPS ;
- l’exactitude du nom du point côtier ;
- le nombre de personnes à bord ;
- la nature réelle de l’avarie.
Une information brève mais exacte vaut mieux qu’un long message confus.
6. Le message de détresse MAYDAY : structure complète
6.1 Quand lancer un MAYDAY
Le MAYDAY est réservé aux cas où une assistance immédiate est nécessaire. Il ne faut ni hésiter quand la situation est réellement grave, ni l’employer abusivement.
6.2 Structure d’un message MAYDAY
La structure générale à retenir est la suivante :
- MAYDAY (répété) ;
- identification du navire ;
- position ;
- nature de la détresse ;
- assistance demandée ;
- nombre de personnes à bord ;
- renseignements complémentaires utiles.
6.3 Exemple de message MAYDAY
MAYDAY MAYDAY MAYDAY
Ici Belle Étoile, Belle Étoile, Belle Étoile.
Position 43 degrés 12 minutes Nord, 005 degrés 21 minutes Est.
Voie d’eau importante, bateau en train de s’envahir.
Demandons assistance immédiate.
Quatre personnes à bord.
Portons les gilets.
Terminé.
Le message n’a pas besoin d’être « beau » : il doit être compréhensible et utile.
6.4 Simuler une procédure d’alerte MAYDAY
Pour s’entraîner, il faut suivre une méthode stable :
- identifier la gravité réelle ;
- désigner une personne qui garde le calme à la VHF ;
- préparer les informations : nom du bateau, position, nature du problème, personnes à bord ;
- passer sur la voie 16 ;
- émettre clairement le message ;
- écouter la réponse ;
- répéter si nécessaire ;
- exécuter les consignes reçues.
6.5 Communication avec l’équipage pendant le MAYDAY
Le chef de bord doit aussi organiser la communication interne :
- une personne à la VHF ;
- une personne au repérage visuel ;
- une personne à la sécurité des passagers ;
- une personne à la gestion de l’avarie si possible.
Des consignes courtes sont préférables :
- « Tout le monde met son gilet » ;
- « Personne ne se déplace sans ordre » ;
- « Donne-moi la position GPS » ;
- « Prépare les moyens visuels de détresse ».
7. PAN PAN et SÉCURITÉ : comment les utiliser
7.1 Exemple d’appel PAN PAN
PAN PAN PAN PAN PAN PAN
Ici Belle Étoile, Belle Étoile, Belle Étoile.
Nous sommes en panne moteur à 2 milles à l’ouest de l’entrée du port.
Deux personnes à bord.
Dérivons lentement vers la côte.
Demandons assistance.
Le message d’urgence doit décrire une situation sérieuse sans exagération.
7.2 Exemple de message SÉCURITÉ
SÉCURITÉ SÉCURITÉ SÉCURITÉ
Ici Belle Étoile.
Signalons un objet semi-immergé à la dérive à proximité de l’entrée du chenal sud.
Navigation avec prudence recommandée.
7.3 Pourquoi ces messages sont utiles
Ils permettent :
- d’obtenir de l’aide avant que la situation ne s’aggrave ;
- d’avertir les autres usagers ;
- de prévenir un accident secondaire.
8. Le MMSI, l’ASN et le DSC
8.1 Qu’est-ce que le MMSI ?
Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est un numéro d’identification associé à la station radio du navire. Il sert notamment aux équipements VHF dotés de l’ASN.
On peut le comparer à une identité radio numérique du bateau.
8.2 Qu’est-ce que l’ASN / DSC ?
L’appel sélectif numérique (ASN, en anglais DSC) permet d’envoyer un message numérique normalisé, notamment une alerte de détresse, sans dépendre uniquement de la voix.
Son intérêt est majeur :
- l’alerte peut être envoyée très rapidement ;
- elle peut transmettre automatiquement l’identité du navire ;
- elle peut, si l’installation est correctement reliée, transmettre aussi la position.
8.3 Pourquoi l’ASN est utile en situation de stress
En situation critique, parler devient difficile : panique, bruit, fumée, blessure, fatigue. L’ASN permet de déclencher une alerte initiale normalisée même si la communication vocale est compliquée.
Mais attention : l’ASN ne dispense pas de compléter ensuite par un message vocal si cela est possible.
8.4 Bon usage du DSC
Le bon usage consiste à :
- s’assurer que le MMSI est correctement programmé ;
- vérifier la liaison avec le système de position si l’installation le permet ;
- connaître l’emplacement du bouton de détresse ;
- ne jamais déclencher l’alerte pour essai ou plaisanterie ;
- compléter l’alerte par un message vocal sur la voie appropriée si possible.
9. Alphabet phonétique et notions simples d’anglais maritime
9.1 Pourquoi utiliser l’alphabet phonétique
L’alphabet phonétique évite les erreurs de compréhension sur les noms de navires, immatriculations ou positions.
Par exemple, certaines lettres se confondent facilement à l’oreille. En radio, surtout avec du bruit ou une réception imparfaite, il faut lever toute ambiguïté.
9.2 Alphabet phonétique à connaître
- A : Alfa
- B : Bravo
- C : Charlie
- D : Delta
- E : Echo
- F : Foxtrot
- G : Golf
- H : Hotel
- I : India
- J : Juliett
- K : Kilo
- L : Lima
- M : Mike
- N : November
- O : Oscar
- P : Papa
- Q : Quebec
- R : Romeo
- S : Sierra
- T : Tango
- U : Uniform
- V : Victor
- W : Whiskey
- X : X-ray
- Y : Yankee
- Z : Zulu
9.3 Notions de base en anglais utiles
En mer, certains mots internationaux sont employés tels quels, même par des plaisanciers francophones :
- MAYDAY ;
- PAN PAN ;
- SÉCURITÉ ;
- over / terminé selon les usages ;
- chiffres et lettres énoncés distinctement.
L’objectif n’est pas de parler couramment anglais, mais d’être capable de prononcer clairement les éléments essentiels d’une communication maritime.
10. Organisation du sauvetage en mer
10.1 Le principe de base de l’assistance en mer
Le principe fondamental est qu’en mer, l’assistance s’organise d’abord autour de la sauvegarde des personnes, puis des biens. Autrement dit :
- la priorité absolue va aux vies humaines ;
- le sauvetage du bateau ou du matériel vient après.
Ce principe guide les décisions des secours comme celles du chef de bord.
10.2 Les acteurs du sauvetage
Selon la zone et la situation, l’alerte peut être reçue et coordonnée par les organismes de secours maritimes compétents, notamment les CROSS / MRCC ou, localement, les autorités portuaires pour certaines situations de proximité.
Le plaisancier doit retenir l’idée suivante :
- en cas de détresse ou d’urgence en mer, la VHF permet d’atteindre rapidement le système de secours maritime ;
- les autorités compétentes évaluent ensuite la situation et coordonnent les moyens.
10.3 Les moyens humains et matériels susceptibles d’être engagés
Selon la gravité, différents moyens peuvent être mobilisés :
- vedettes de sauvetage ;
- moyens portuaires ;
- autres navires présents à proximité ;
- équipes de secours spécialisées ;
- moyens aériens ;
- moyens médicaux si nécessaire.
Le déclenchement dépend de la nature de l’événement : homme à la mer, incendie, blessure, panne, dérive, voie d’eau, etc.
10.4 Pourquoi les secours posent beaucoup de questions
Lorsqu’un centre de coordination répond, il peut demander :
- votre position exacte ;
- votre cap ou votre dérive ;
- le nombre de personnes à bord ;
- l’état du bateau ;
- les moyens disponibles à bord ;
- la météo locale ;
- votre capacité à manœuvrer encore.
Ces questions ne font pas perdre du temps : elles servent à dimensionner la réponse et à orienter les secours au bon endroit.
11. Procédures d’alerte locale et coordination avec les secours
11.1 Qui contacter ?
Selon la situation, on peut entrer en relation avec :
- les organismes de coordination du sauvetage maritime ;
- les autorités portuaires si l’événement est localisé dans ou près du port ;
- un autre navire proche si une assistance immédiate de proximité est pertinente.
En pratique, la voie 16 reste le point d’entrée essentiel pour une alerte de sécurité maritime.
11.2 Ce qu’il faut faire après l’appel initial
Une fois l’alerte transmise :
- rester à l’écoute ;
- répondre précisément aux questions ;
- suivre les instructions ;
- maintenir la sécurité à bord ;
- préparer les moyens visuels de repérage ;
- mettre à jour les secours si la situation évolue.
11.3 Organiser une assistance radio et visuelle
L’assistance ne passe pas seulement par la parole radio. Il faut aussi faciliter le repérage visuel.
Cela peut consister à :
- rendre le bateau plus visible ;
- préparer les moyens visuels de détresse disponibles à bord ;
- signaler tout changement de position ;
- décrire la couleur du bateau ou ses particularités ;
- rester groupés et visibles si une évacuation devient nécessaire.
L’idée est simple : parler pour être localisé, puis se montrer pour être retrouvé.
12. Signaux de détresse et bon usage des moyens de détresse
12.1 Les signaux de détresse : à quoi servent-ils ?
Les signaux de détresse servent à attirer l’attention lorsqu’une assistance est nécessaire. Dans cette leçon, ils sont abordés surtout sous l’angle de leur coordination avec la VHF.
Une alerte efficace combine souvent :
- un appel radio ;
- un repérage visuel ;
- éventuellement un dispositif de signalement embarqué.
12.2 Utiliser à bon escient les moyens de détresse
Un moyen de détresse ne doit être utilisé que pour une situation réelle. Un déclenchement abusif :
- mobilise inutilement des moyens de secours ;
- peut retarder l’aide à une autre victime ;
- perturbe l’organisation générale du sauvetage ;
- engage la responsabilité de son auteur.
12.3 Associer VHF et signalement visuel
Quand c’est possible, il faut combiner :
- message radio clair ;
- position précise ;
- surveillance de la réponse ;
- signalisation visuelle adaptée.
Cette combinaison augmente fortement les chances d’une intervention rapide.
13. Méthode pratique à bord en cas d’urgence
13.1 Répartition des rôles
En situation dégradée, le chef de bord doit éviter la confusion. Une répartition simple peut être :
- Chef de bord : décide et supervise ;
- Équipier 1 : assure la VHF ;
- Équipier 2 : surveille la position et l’environnement ;
- Équipier 3 : s’occupe des passagers ou de la victime ;
- Équipier 4 : agit sur l’avarie si possible.
Même sur un petit bateau, nommer les tâches évite les doublons et les oublis.
13.2 Briefing rapide de l’équipage
Exemple de briefing efficace :
- « Nous avons une panne sérieuse. »
- « Paul reste à la VHF. »
- « Léa me donne la position GPS. »
- « Tout le monde garde son gilet. »
- « Personne ne bouge sans consigne. »
Cette communication claire fait partie des compétences essentielles du chef de bord.
13.3 Exemple de scénario
Situation : panne moteur avec dérive vers une zone rocheuse, mer formée, trois personnes à bord.
Réaction structurée :
- garder le calme ;
- vérifier la dérive et la distance au danger ;
- préparer la position ;
- lancer un PAN PAN si la situation est sérieuse mais pas encore de détresse immédiate ;
- si le risque devient imminent, passer en MAYDAY ;
- préparer les moyens visuels ;
- suivre les consignes des secours.
Ce type de progression illustre bien la logique de l’évaluation du risque.
14. Erreurs fréquentes à éviter
14.1 Parler trop longtemps
Un message trop long devient confus. Il faut aller à l’essentiel.
14.2 Oublier la position
C’est l’erreur la plus pénalisante. Sans position, l’alerte perd une grande partie de son efficacité.
14.3 Employer MAYDAY pour un problème mineur
Le niveau du message doit correspondre à la gravité réelle.
14.4 Ne pas écouter la réponse
Après avoir lancé l’appel, il faut rester en veille. Une alerte sans écoute ne sert à rien.
14.5 Compter uniquement sur le téléphone portable
C’est une erreur classique chez les débutants. Le portable peut aider, mais la VHF reste prioritaire pour la sécurité maritime.
14.6 Ne pas préparer l’équipage
Une VHF bien utilisée dans un équipage désorganisé ne suffit pas. Il faut aussi donner des consignes internes simples.
15. Mémo opérationnel
15.1 Ordre de priorité des messages
- MAYDAY : détresse, danger grave et imminent
- PAN PAN : urgence
- SÉCURITÉ : information de sécurité
15.2 Informations à donner
- nom du bateau ;
- immatriculation si utile ;
- position ;
- nature du problème ;
- assistance demandée ;
- nombre de personnes à bord.
15.3 Réflexes VHF
- voie 16 ;
- écouter avant d’émettre ;
- parler lentement ;
- être bref ;
- rester à l’écoute ;
- suivre les instructions.
15.4 Pourquoi la VHF plutôt que le téléphone
- communication maritime normalisée ;
- diffusion plus large ;
- meilleur lien avec les secours ;
- plus adaptée à la sécurité en mer.
16. Exercices pratiques
Exercice 1 : choisir le bon niveau d’appel
Pour chaque situation, indiquez s’il s’agit plutôt d’un MAYDAY, d’un PAN PAN ou d’un message de SÉCURITÉ.
- Un équipier est tombé à l’eau et n’est plus visible.
- Vous signalez un tronc flottant près d’un chenal.
- Votre moteur est en panne, vous dérivez vers la côte mais vous avez encore un peu de marge.
- Un incendie se propage à bord.
Exercice 2 : construire un message
Complétez mentalement un appel avec les éléments suivants :
- bateau : Alizé ;
- position : 2 milles au sud de l’entrée du port ;
- problème : voie d’eau ;
- personnes à bord : 5.
Objectif : construire un MAYDAY court et clair.
Exercice 3 : communication interne
Imaginez que vous êtes chef de bord avec deux équipiers. Donnez trois consignes courtes :
- une pour la VHF ;
- une pour la sécurité des personnes ;
- une pour le repérage de la position.
Exercice 4 : alphabet phonétique
Épelez à voix haute :
- le nom fictif MISTRAL ;
- l’immatriculation fictive AB1234.
Conclusion
La VHF est bien plus qu’un appareil de communication : c’est un outil vital de sécurité. Bien utilisée, elle permet d’alerter rapidement, de transmettre une position exploitable, de dialoguer avec les secours et de coordonner l’action à bord. Le plaisancier doit connaître la différence entre MAYDAY, PAN PAN et SÉCURITÉ, comprendre l’intérêt du MMSI et de l’ASN, respecter l’étiquette radio, et savoir qu’en mer, la priorité absolue reste toujours la sauvegarde des personnes.
Retenez surtout ceci : en situation critique, un message court, calme, précis et bien structuré vaut mieux qu’un long discours. La bonne utilisation de la VHF fait partie des compétences fondamentales du chef de bord responsable.