Sécurité individuelle, équipage et prévention des risques

Apprendre à choisir et ajuster les brassières, organiser la sécurité à bord, prévenir les chutes, les risques liés aux hélices et les comportements dangereux.

Objectifs de la leçon

À la fin de cette leçon, vous devez être capable de :

  • assurer la sécurité individuelle et collective de l’équipage ;
  • vérifier avant le départ une check-list sécurité simple et rigoureuse ;
  • choisir une brassière ou un gilet de sauvetage adapté au type de navigation, au poids de la personne et à la situation ;
  • mettre, ajuster et contrôler l’état d’usure d’un équipement individuel de flottabilité ;
  • organiser la sécurité à bord en répartissant les rôles, les zones d’appui et les consignes ;
  • communiquer clairement avec l’équipage avant et pendant la navigation ;
  • respecter le nombre de personnes ou la charge embarqués ;
  • prévenir les accidents courants, notamment les chutes à bord et les risques liés aux hélices ;
  • adopter une attitude responsable de chef de bord vis-à-vis du bateau et des personnes embarquées.

Cette leçon prolonge les deux précédentes : les obligations réglementaires et l’armement de sécurité ont déjà été présentés. Ici, l’objectif est de comprendre comment utiliser concrètement ces principes pour protéger les personnes à bord.


1. La sécurité à bord : une responsabilité active, pas une formalité

La sécurité à bord ne consiste pas seulement à avoir le matériel obligatoire. Elle repose sur trois idées simples :

  1. prévoir les risques avant qu’ils ne surviennent ;
  2. organiser l’équipage pour éviter les erreurs ;
  3. réagir calmement si un incident se produit.

En navigation côtière, les accidents les plus fréquents ne sont pas toujours spectaculaires. Il s’agit souvent de situations banales :

  • une personne mal installée qui chute ;
  • un enfant qui se déplace sans surveillance ;
  • un départ sans vérification du matériel ;
  • un bateau trop chargé ;
  • un équipier qui ne sait pas où se tenir ;
  • une hélice dangereuse près d’un baigneur ou d’une personne tombée à l’eau.

Le chef de bord est responsable de l’équipage et du bateau. Cela signifie qu’il doit non seulement conduire, mais aussi :

  • vérifier que les personnes embarquées sont en sécurité ;
  • donner des consignes compréhensibles ;
  • adapter la sortie au niveau réel des passagers ;
  • refuser une situation dangereuse, même si elle semble pratique ou rapide.

Pourquoi l’organisation compte autant ?

Parce qu’en mer, un petit incident peut devenir grave très vite. Une chute, une perte d’équilibre ou une panique au mauvais moment peuvent provoquer :

  • un homme à la mer ;
  • une blessure ;
  • une mauvaise manœuvre ;
  • une collision au port ;
  • une mise en danger de tout l’équipage.

Une bonne sécurité à bord repose donc sur une logique simple : moins d’improvisation, plus d’anticipation.


2. La check-list sécurité avant le départ

Avant chaque sortie, il faut effectuer une vérification systématique. Cette check-list ne doit pas être faite « de mémoire » si vous débutez : mieux vaut une liste écrite, toujours identique.

2.1 Pourquoi faire une check-list ?

Parce que l’oubli est humain. Même un plaisancier expérimenté peut oublier un détail sous la pression du départ, du vent, des amarres ou des passagers impatients.

La check-list permet de :

  • sécuriser le départ ;
  • repérer une anomalie avant qu’elle devienne un problème ;
  • rassurer l’équipage ;
  • installer une habitude de navigation sérieuse.

2.2 Les points essentiels à vérifier

D’après le programme, la vérification avant départ doit porter notamment sur :

  • les dispositifs de flottabilité ;
  • l’extincteur ;
  • les moyens de remorquage ;
  • les moyens de lutte contre l’incendie ;
  • les outils de bord ;
  • les dispositifs de repérage s’ils sont présents ;
  • l’état général du bateau et du moteur.

A. Les équipements individuels de flottabilité

Vérifiez :

  • qu’il y a un équipement pour chaque personne embarquée ;
  • que la taille est adaptée ;
  • qu’ils sont accessibles immédiatement ;
  • qu’ils sont en bon état ;
  • que les enfants disposent d’un modèle réellement adapté à leur morphologie.

B. L’extincteur et la prévention incendie

Même si le détail réglementaire a été vu dans une autre leçon, sur le plan pratique il faut vérifier :

  • la présence de l’extincteur ;
  • son accessibilité ;
  • son état apparent ;
  • l’absence d’encombrement devant lui.

Un extincteur rangé sous des sacs, une glacière ou du matériel de plage devient presque inutile en cas d’urgence.

C. Les moyens de remorquage

Il faut s’assurer que le moyen de remorquage :

  • est présent ;
  • est en bon état ;
  • n’est pas emmêlé ;
  • peut être saisi rapidement.

D. Les outils et le matériel utile

Une sortie courte ne dispense pas de vérifier le minimum utile à bord. L’idée n’est pas d’emporter un atelier complet, mais d’éviter de partir avec un bateau dont aucun élément essentiel n’a été contrôlé.

E. Les points sensibles du moteur et de la structure

Le programme insiste sur l’inspection de sécurité moteur et structurelle avant sortie. Pour un débutant, cela signifie au minimum :

  • vérifier l’état visuel général du moteur ;
  • repérer une fuite de carburant ou une odeur anormale ;
  • contrôler l’étanchéité apparente ;
  • vérifier l’état de la batterie si le bateau en est équipé ;
  • observer si quelque chose semble desserré, usé ou déplacé.

F. Le coupe-circuit

Le dispositif coupe-circuit fait partie des éléments essentiels de sécurité pratique. Il doit être :

  • présent ;
  • opérationnel ;
  • utilisé correctement par le conducteur lorsque la situation l’exige.

2.3 Une méthode simple en 5 étapes

Avant de larguer les amarres :

  1. Compter les personnes embarquées ;
  2. Compter les équipements individuels de flottabilité ;
  3. Faire le tour du bateau visuellement ;
  4. Vérifier les points de sécurité accessibles immédiatement ;
  5. Faire un briefing rapide à l’équipage.

Cette routine ne prend que quelques minutes, mais elle évite beaucoup d’erreurs.


3. Choisir la brassière ou le gilet de sauvetage adapté

Le programme demande de savoir choisir la brassière adaptée aux types de navigation, puis de savoir la mettre, l’ajuster et en contrôler l’état d’usure.

3.1 Pourquoi le bon choix est essentiel

Un équipement individuel de flottabilité mal choisi peut :

  • remonter trop haut ;
  • gêner les mouvements ;
  • être refusé par son utilisateur car inconfortable ;
  • ne pas convenir à la morphologie de la personne ;
  • devenir inefficace s’il est usé ou mal fermé.

Le bon équipement est donc celui qui est :

  • adapté à la personne ;
  • adapté à la navigation ;
  • adapté à la taille et au poids ;
  • porté correctement.

3.2 Les critères de choix

A. Le poids et la morphologie

C’est le premier critère. Un modèle adulte n’est pas un « grand gilet » pour enfant. Un enfant doit avoir un équipement spécifique, ajusté à sa taille et à son poids.

Points de vigilance :

  • l’ouverture du col ;
  • le maintien du torse ;
  • la fermeture correcte ;
  • la capacité à rester bien en place si la personne tombe à l’eau.

B. Le type d’activité

Selon l’activité, on recherche un compromis entre :

  • flottabilité ;
  • liberté de mouvement ;
  • maintien ;
  • facilité d’enfilage.

Pour une navigation côtière de plaisance, l’objectif n’est pas seulement le confort, mais la protection réelle en cas de chute à l’eau.

C. Le niveau de la personne embarquée

Une personne à l’aise dans l’eau n’est pas dispensée de sécurité. En mer, la fatigue, le froid, le stress et les vêtements changent complètement la situation.

D. Les personnes vulnérables

Une vigilance renforcée s’impose pour :

  • les enfants ;
  • les personnes âgées ;
  • les passagers anxieux ;
  • les personnes ne sachant pas nager ;
  • toute personne dont la mobilité est réduite.

3.3 Brassière ou gilet : l’essentiel pour le plaisancier débutant

Dans le langage courant, on parle souvent de « gilet ». Le programme mentionne aussi la brassière. Pour le plaisancier débutant, l’essentiel est de retenir qu’il faut un équipement individuel de flottabilité conforme, adapté et bien ajusté.

Ne raisonnez jamais ainsi :

  • « il fait beau, donc pas besoin » ;
  • « on reste près du port » ;
  • « il sait nager » ;
  • « je le mettrai si la mer se lève ».

Un accident survient souvent avant que l’on ait le temps de s’équiper.


4. Mettre et ajuster correctement un gilet de sauvetage

Savoir porter un gilet ne signifie pas simplement l’enfiler. Il faut qu’il soit ajusté au corps.

4.1 La méthode pas à pas

Étape 1 : identifier le bon équipement

Vérifiez :

  • le bon modèle ;
  • la bonne taille ;
  • l’absence de déchirure visible ;
  • la présence des systèmes de fermeture.

Étape 2 : enfiler correctement

Passez les bras ou la tête selon le modèle, sans vriller les sangles.

Étape 3 : fermer tous les dispositifs prévus

Il faut fermer :

  • zip s’il existe ;
  • boucles ;
  • sangles ;
  • sous-cutale si le modèle en comporte une.

Étape 4 : serrer sans excès, mais sans jeu

Le gilet doit être maintenu fermement sans gêner totalement la respiration ou les mouvements usuels.

Étape 5 : contrôler le maintien

Test simple : tirez légèrement vers le haut au niveau des épaules. Si le gilet remonte trop facilement vers le visage ou les oreilles, il est mal ajusté.

4.2 Erreurs fréquentes

  • sangles non serrées ;
  • fermeture incomplète ;
  • modèle trop grand ;
  • enfant équipé d’un modèle adulte ;
  • gilet porté ouvert « pour être plus à l’aise ».

Ces erreurs sont dangereuses car, en cas de chute à l’eau, le gilet peut se déplacer au lieu de maintenir efficacement la personne.

4.3 Cas particulier des enfants

Avec un enfant, il faut :

  • vérifier la taille avant l’embarquement ;
  • ajuster le gilet avant le départ, pas en navigation ;
  • contrôler régulièrement qu’il ne s’est pas desserré ;
  • expliquer à l’enfant qu’il ne doit pas le retirer.

Un enfant ne doit jamais être considéré comme « surveillé » uniquement parce qu’il porte un gilet. Le gilet complète la surveillance ; il ne la remplace pas.


5. Contrôler la conformité et l’état d’usure d’une brassière

Le programme demande explicitement de savoir contrôler la conformité et l’état d’usure.

5.1 Ce qu’il faut vérifier visuellement

Avant la saison, puis régulièrement :

  • coutures intactes ;
  • tissu non déchiré ;
  • absence d’usure importante ;
  • boucles non cassées ;
  • sangles non effilochées ;
  • fermetures fonctionnelles ;
  • absence de déformation anormale.

5.2 Signes d’alerte

Un équipement doit être écarté s’il présente par exemple :

  • une sangle arrachée ;
  • une boucle défectueuse ;
  • une fermeture qui ne tient plus ;
  • une matière fragilisée ;
  • un état général douteux.

Le raisonnement à adopter est simple : si vous n’avez pas confiance dans l’équipement à quai, vous ne devez pas compter sur lui en mer.

5.3 Pourquoi l’usure est souvent sous-estimée

Parce qu’un gilet peut sembler « encore bon » alors que :

  • les sangles ont perdu de leur résistance ;
  • les fermetures ne maintiennent plus correctement ;
  • l’équipement a été mal stocké ;
  • il a subi humidité, soleil, frottements ou écrasements répétés.

Le contrôle régulier fait donc partie de la sécurité individuelle.


6. Organiser une répartition de sécurité à bord

La sécurité collective commence avant même d’appareiller. Le chef de bord doit organiser une répartition de sécurité à bord.

6.1 Que signifie « répartition de sécurité » ?

Cela consiste à définir :

  • qui s’assoit où ;
  • qui peut se déplacer et quand ;
  • qui aide à une manœuvre ;
  • où se trouvent les points d’appui ;
  • quelles zones sont interdites ou limitées ;
  • quelles consignes s’appliquent aux enfants.

6.2 Répartir les personnes à bord

La répartition ne se fait pas au hasard. Il faut tenir compte :

  • du nombre de personnes ;
  • de leur poids ;
  • de leur stabilité ;
  • de leur expérience ;
  • de l’équilibre du bateau.

Un groupe mal réparti peut provoquer :

  • une mauvaise assiette ;
  • un inconfort ;
  • des mouvements brusques ;
  • une perte d’équilibre lors d’un virage ou d’une vague.

6.3 Nombre de personnes ou charge embarqués

Le programme impose de prendre en compte le nombre de personnes ou la charge embarqués. C’est un point fondamental.

Il ne suffit pas d’avoir de la place physiquement à bord. Il faut respecter la capacité prévue pour le bateau et ne pas surcharger en personnes, bagages, carburant, matériel, glacière, annexes ou équipements divers.

Pourquoi la surcharge est dangereuse

Un bateau trop chargé :

  • flotte plus bas ;
  • embarque plus facilement de l’eau ;
  • réagit moins bien à la manœuvre ;
  • déjauge plus difficilement pour les unités concernées ;
  • devient moins sûr en virage ;
  • augmente le risque en cas de mer formée.

Bon réflexe

Avant de partir, posez-vous deux questions :

  1. Le nombre de personnes embarquées est-il compatible avec le bateau ?
  2. La charge totale reste-t-elle raisonnable pour naviguer en sécurité ?

Si le doute existe, il faut alléger ou réduire le nombre de passagers.

6.4 Les points d’appui et les déplacements

Chaque passager doit savoir :

  • où se tenir ;
  • quand il peut se lever ;
  • comment se déplacer ;
  • ce qu’il ne faut jamais faire.

Règles simples à annoncer :

  • on ne se déplace pas sans prévenir le conducteur si le bateau est petit ;
  • on garde toujours un point d’appui ;
  • on évite les déplacements pendant les manœuvres ;
  • on ne change pas tous de côté en même temps.

6.5 Les enfants à bord

Les enfants demandent une organisation spécifique :

  • place définie ;
  • surveillance constante ;
  • gilet porté et ajusté ;
  • interdiction de courir ;
  • explication simple des limites d’accès.

La sécurité d’un enfant ne doit jamais dépendre d’une consigne vague comme « fais attention ».


7. Communication claire et efficace avec l’équipage

Le programme insiste sur la capacité à démontrer une communication claire et efficace avec l’équipage. C’est une compétence de sécurité à part entière.

7.1 Pourquoi la communication évite les accidents

Un équipage mal informé :

  • se déplace au mauvais moment ;
  • gêne une manœuvre ;
  • panique plus vite ;
  • interprète mal un ordre ;
  • agit chacun de son côté.

À l’inverse, un équipage briefé :

  • sait quoi faire ;
  • sait quoi ne pas faire ;
  • comprend les priorités ;
  • aide efficacement le chef de bord.

7.2 Le briefing pré-départ

Avant de partir, même pour une sortie courte, le chef de bord doit faire un briefing simple.

Exemple de briefing débutant :

  • « Les gilets sont ici ; les enfants les gardent en permanence. »
  • « Personne ne se lève sans me prévenir. »
  • « Pour vous déplacer, tenez-vous aux points d’appui. »
  • « Pendant les manœuvres de port, je parle peu : écoutez mes consignes. »
  • « Si quelqu’un tombe à l’eau, vous le montrez du doigt sans le quitter des yeux. »
  • « Personne ne va à l’arrière près du moteur quand il est en marche. »

7.3 Les qualités d’une bonne consigne

Une bonne consigne est :

  • courte ;
  • précise ;
  • compréhensible ;
  • donnée au bon moment ;
  • vérifiée.

Dire « attention » n’est pas une consigne suffisante. Dire « reste assis à bâbord jusqu’à la sortie du port » est beaucoup plus utile.

7.4 Faire répéter pour vérifier la compréhension

Avec des débutants, il est utile de faire reformuler :

  • « Montre-moi où est ton point d’appui. »
  • « Que fais-tu si je demande à tout le monde de rester assis ? »
  • « Où ne faut-il jamais aller moteur en marche ? »

Cette méthode évite les malentendus.


8. Prévenir les chutes, les blessures et les comportements dangereux

La prévention des risques à bord repose surtout sur le comportement.

8.1 Les causes fréquentes de chute

  • déplacement brusque ;
  • appui sur une zone instable ;
  • virage non anticipé ;
  • accélération ou ralentissement soudain ;
  • pont humide ;
  • distraction.

8.2 Règles de comportement en mer

Le chef de bord doit expliquer des règles simples :

  • rester assis ou bien calé lorsque c’est demandé ;
  • garder une main pour soi et une main pour le bateau ;
  • ne pas s’asseoir sur une zone dangereuse ;
  • ne pas se pencher inutilement au-dehors ;
  • ne pas gêner la visibilité du conducteur ;
  • éviter les gestes brusques.

8.3 Adapter les consignes à la situation

Les consignes ne sont pas les mêmes :

  • à quai ;
  • en sortie de port ;
  • en vitesse de croisière ;
  • par clapot ;
  • pendant une manœuvre.

Un bon chef de bord adapte en permanence ses consignes au contexte réel.


9. Sensibilisation aux risques liés aux hélices

Le programme demande explicitement d’être sensibilisé aux risques liés aux hélices. C’est un point majeur de prévention.

9.1 Pourquoi les hélices sont particulièrement dangereuses

Une hélice en mouvement peut provoquer des blessures extrêmement graves en quelques secondes. Le danger existe :

  • au départ ;
  • à l’arrivée ;
  • lors d’une baignade ;
  • pendant la récupération d’une personne tombée à l’eau ;
  • lorsqu’une personne se trouve à l’arrière du bateau ;
  • même à faible vitesse.

9.2 Situations à risque

Les plus courantes sont :

  • passager qui descend à l’eau alors que la propulsion n’est pas sécurisée ;
  • personne à l’arrière pendant une manœuvre ;
  • redémarrage moteur sans contrôle visuel ;
  • récupération d’une personne à la mer sans neutraliser le danger de l’hélice.

9.3 Règles de prévention essentielles

  • interdire l’accès à la zone dangereuse à l’arrière moteur en marche ;
  • annoncer clairement toute mise en route ;
  • vérifier visuellement avant d’engager la propulsion ;
  • couper la propulsion si une personne est proche de l’arrière ;
  • rester extrêmement vigilant lors des baignades et récupérations.

9.4 Ce qu’il faut dire à l’équipage

Une consigne simple peut être :

  • « Personne derrière le bateau ni près du moteur lorsqu’il tourne. »
  • « Avant toute baignade ou remontée à bord, j’annonce l’arrêt de la propulsion. »
  • « Si quelqu’un est dans l’eau, on garde la zone arrière strictement interdite. »

10. Être responsable de l’équipage et du bateau au quotidien

Être chef de bord, ce n’est pas seulement tenir la barre. C’est prendre des décisions de sécurité progressives et responsables.

10.1 Une responsabilité concrète

Vous êtes responsable si vous laissez :

  • embarquer trop de personnes ;
  • naviguer des passagers mal installés ;
  • des enfants sans consigne claire ;
  • des gilets inadaptés ;
  • des déplacements dangereux ;
  • une zone d’hélice non sécurisée.

10.2 Savoir renoncer ou modifier

Une bonne décision n’est pas toujours celle qui permet de partir. Parfois, la meilleure décision est :

  • de retarder le départ ;
  • de réduire le nombre de passagers ;
  • de réorganiser le chargement ;
  • de faire remettre un gilet correctement ;
  • d’interdire une baignade ;
  • de raccourcir la sortie.

Cette attitude fait partie des compétences transversales et comportementales attendues du plaisancier responsable.

10.3 L’exemple donné par le chef de bord

L’équipage imite souvent le comportement du conducteur. Si le chef de bord :

  • agit calmement ;
  • donne des consignes nettes ;
  • vérifie le matériel ;
  • refuse la surcharge ;
  • fait respecter les zones dangereuses ;

alors la sécurité collective augmente fortement.


11. Méthode pratique : organiser la sécurité avant une sortie familiale

Voici un exemple concret.

Situation

Vous partez pour une promenade côtière courte avec :

  • 2 adultes ;
  • 2 enfants ;
  • sacs, serviettes, glacière légère.

Étape 1 : vérifier la charge et le nombre de personnes

Vous confirmez que le bateau peut accueillir ce nombre de personnes et cette charge sans surcharge.

Étape 2 : contrôler les gilets

  • un équipement par personne ;
  • tailles adaptées ;
  • ajustement des enfants avant départ ;
  • contrôle visuel rapide de l’état.

Étape 3 : répartir les places

  • enfants à des places définies ;
  • adulte accompagnant à proximité ;
  • matériel rangé sans gêner les déplacements ni l’accès au matériel de sécurité.

Étape 4 : briefing

Vous annoncez :

  • qui reste assis pendant la sortie du port ;
  • où se tenir ;
  • l’interdiction d’aller vers l’arrière ;
  • ce qu’il faut faire si quelqu’un perd l’équilibre.

Étape 5 : départ

Vous ne démarrez qu’une fois la zone arrière contrôlée et tout le monde installé.

Cet exemple montre que la sécurité à bord repose plus sur la préparation que sur la réaction tardive.


12. Erreurs fréquentes des débutants

« On part juste 20 minutes »

La durée courte n’annule pas les risques.

« Il fait beau, donc on peut être souples »

Le beau temps n’empêche ni la chute, ni le choc, ni l’hélice.

« Les enfants sont sages »

Un enfant peut bouger soudainement. La sécurité doit être organisée, pas supposée.

« Le gilet est à bord, donc c’est bon »

Non : il doit être adapté, en bon état, accessible et, selon la situation, porté correctement.

« On peut se serrer un peu »

La surcharge est une vraie cause d’insécurité.

« Tout le monde a compris »

Sans briefing clair, ce n’est souvent pas vrai.


13. Exercices pratiques

Exercice 1 : check-list orale avant départ

Pour chaque point, dites s’il doit être vérifié avant le départ :

  • gilets adaptés au nombre de personnes ;
  • état apparent des fermetures ;
  • répartition des passagers ;
  • zone arrière dégagée avant mise en route ;
  • charge embarquée.

Réponse attendue : tous ces points doivent être vérifiés.

Exercice 2 : repérer l’erreur

Situation : 5 personnes montent à bord. Les gilets sont présents, mais deux enfants portent des modèles trop grands. Le matériel de plage est posé devant l’extincteur. Un adulte s’installe à l’arrière près du moteur pendant la mise en route.

Question : citez au moins trois anomalies de sécurité.

Éléments attendus :

  • gilets enfants inadaptés ;
  • extincteur mal accessible ;
  • présence dangereuse près du moteur/hélice ;
  • absence probable de répartition correcte.

Exercice 3 : formuler une consigne claire

Transformez la phrase vague « faites attention » en consigne utile.

Exemple de bonne réponse :

  • « Restez assis jusqu’à la sortie du port et tenez-vous à la main courante. »

Exercice 4 : contrôle d’un gilet

Vous observez :

  • une sangle effilochée ;
  • une boucle qui ferme mal ;
  • une couture qui tire ;
  • une taille trop grande pour l’utilisateur.

Question : peut-on considérer cet équipement comme satisfaisant ?

Réponse attendue : non, il présente plusieurs défauts de sécurité.


14. Mémo de fin de leçon

Avant le départ

  • je compte les personnes ;
  • je vérifie la charge embarquée ;
  • je contrôle les gilets ;
  • je sécurise l’accès au matériel essentiel ;
  • je fais un briefing clair.

Pour les gilets et brassières

  • adaptés à la personne ;
  • adaptés à la navigation ;
  • bien ajustés ;
  • en bon état ;
  • contrôlés régulièrement.

Pour l’équipage

  • chacun connaît sa place ;
  • chacun sait où se tenir ;
  • les enfants sont surveillés et équipés ;
  • les déplacements sont encadrés.

Pour les hélices

  • zone arrière interdite moteur en marche ;
  • contrôle visuel avant propulsion ;
  • vigilance maximale si une personne est dans l’eau.

Pour le chef de bord

  • il est responsable du bateau et des personnes ;
  • il communique clairement ;
  • il refuse la surcharge ;
  • il anticipe plutôt qu’il n’improvise.

Conclusion

La sécurité individuelle et collective ne dépend pas d’un seul équipement, mais d’un ensemble cohérent de vérifications, de consignes et de comportements. Un plaisancier prudent ne se contente pas d’avoir du matériel à bord : il sait le choisir, le contrôler, l’expliquer et l’intégrer dans l’organisation de l’équipage.

Retenez surtout ceci :

  • un gilet adapté sauve davantage qu’un gilet seulement « présent » ;
  • un équipage briefé est plus sûr qu’un équipage silencieux ;
  • une charge maîtrisée vaut mieux qu’un embarquement trop optimiste ;
  • la prévention des risques, notamment autour des hélices, commence avant la mise en route ;
  • la responsabilité du chef de bord s’exerce à chaque instant, par des décisions simples, claires et prudentes.